Sommaire
Les mazarinades et l'international, n°2, octobre 2026
- Amstutz Delphine, maître de conférences en Littérature française du XVIIesiècle, faculté des Lettres de Sorbonne Université/ Cellf UMR 8599. - Bilis Hélène, professor of French, Wellesley College. - Curelly Laurent, professeur des Universités en littérature et civilisation anglaises du XVIIe siècle, Université de Haute-Alsace. - Deguin Yohann, maître de conférences en littérature française du XVIIesiècle. - Esteban Estríngana Alicia, T.U. de Historia Moderna, Universidad de Alcalá. - Górzyński Sławomir, professeur à l’Université d’Opole. - Haffemayer Stéphane, professeur d’Histoire moderne, Université de Rouen-Normandie, GRHis (UR 3831). - Herrmann Frédéric, maître de Conférences en Études Anglophones, Université Lumière Lyon 2, UMR 5206 Triangle. - Junot Yves, maître de conférences en Histoire moderne, Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes - LaPorta Dr Kathrina, Dépt. Français, Université de New York, États-Unis. - Loysen Kathleen, Associate Professor of French & Chair Department of Global Cultural Studies, Montclair State University. - Malinowski Teresa, docteure en histoire, chercheure rattachée au Mémo (Université Paris Nanterre). - Matsumura Takeshi, professeur à l’Université de Tokyo. - Poncet Olivier, professeur d'Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque moderne, École nationale des chartes. - Poumarède Géraud, professeur des Universités en Histoire moderne, Sorbonne Université. - Proot Joran, Dr., Cultura Fonds (Dilbeek)/Sint Lucas Antwerpen. - Steinberger Deborah, professor of French and Comparative Literature, University of Delaware. - Teyssandier Bernard, professeur des universités en Littérature française des XVIeet XVIIesiècles, Université de Reims. - Tsimbidy Myriam, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Bordeaux Montaigne, équipe Plurielles (UR24142). - Tylus Piotr, professeur de philologie romane à l'Université Jagellone.Comité scientifique
- Stéphane Haffemayer Introduction : l’international dans les mazarinades
- Patrick Rebollar Aux frontières des mazarinades
- Florine Lévecque-Stankiewicz Représenter la Fronde à l’étranger : les gravures de Caspar Luyken pour la Vie de Mazarin (Leyde, 1699)
- Teresa Malinowski Les Mazarinades dans les collections de la Bibliothèque Jagellonne : recensement, provenance, réseaux de circulation
- Maxim Boyko Diffusion et perception des mazarinades en Russie de la Grande Catherine à Vladimir Poutine
- Cécile Leduc Un duc étranger allié des princes français : la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les Mazarinades et les Mémoires
- Lourdes Amigo Vázquez Les différents visages de l’Espagnol. La monarchie de Philippe IV dans les mazarinades de 1649
- Lourdes Amigo Vázquez Los diferentes rostros del español. La Monarquía de Felipe IV en las mazarinadas de 1649
- Pierre Ronzeaud « Lavemans et polacres », formes et fonctions de la représentation des ennemis étrangers dans les Mazarinades de la guerre de Paris, janvier-avril 1649
- Laurent Curelly Les mazarinades dans la presse anglaise à l’époque de la première révolution (1649)
- Stéphane Haffemayer Un moment décisif de la Fronde : Mazarin et l’attaque ad-odium du 1er février 1651 : « Il persuadoit tous les iours au Roy, que tous les Gens de bien de son Royaume estoient autant de Cromvvels de Fairfax, Tous les Parlements, des Parlements d’Angleterre »
VI. Réceptions anglaises
Un moment décisif de la Fronde : Mazarin et l’attaque ad-odium du 1er février 1651 : « Il persuadoit tous les iours au Roy, que tous les Gens de bien de son Royaume estoient autant de Cromvvels de Fairfax, Tous les Parlements, des Parlements d’Angleterre »1
Stéphane Haffemayer
Introduction : de l’influence de la révolution anglaise sur la Fronde
1Pour les historiens anglais de la révolution des années 1640, qu’il s’agisse de Christopher Hill, Conrad Russel, Ann Hughes ou Michael Braddick, il ne fait aucun doute que la révolution de 1649 eut des implications internationales majeures en répandant un « langage de liberté » au moyen de l’imprimé2. En revanche, pour la plupart des historiens de la Fronde comme Louis Madelin3, Pierre-Georges Lorris4, Hubert Méthivier5, Orest Ranum6, Michel Pernot7, la question de l’influence de la révolution anglaise sur le cours des événements en France est à peine évoquée ou, quand elle l’est, elle se limite à la question bordelaise, au rapprochement entre le projet de l’Ormée et celui des Levellers, comme l’avait fait Olivier Lutaud en 19678. En 1993, Orest Ranum consacre un chapitre à la « descente dans la révolution », sans jamais évoquer la situation anglaise et Cromwell ne l’est qu’au titre des tentatives de négociation entreprises par Condé et Turenne. En 1994, Michel Pernot rapproche le projet de l’Ormée de celui des Levellers mais, en dehors de l’idée d’une forte influence de la pensée politique protestante sur les insurgés de Bordeaux, il n’aborde pas la question plus large de la manière dont la révolution anglaise aurait pu jouer un rôle dans la Fronde.
2Seuls deux historiens rapprochèrent les deux événements : le Néerlandais Ernst Kossmann en 19549 et l’anglais Philipp Knachel en 196710. À propos de mai 1648, que Méthivier qualifie d’année révolutionnaire, Kossmann écrit que les « prétentions du Parlement de Paris ressemblaient à celles du Parlement de Londres »11, observation à laquelle on ne peut que souscrire : en effet, la lecture comparée des articles de la Chambre Saint-Louis et des nouvelles de la Gazette rapportant les bills que le parlement anglais tentait alors d’imposer à Charles Ier frappe par la similitude des revendications12. Pour sa part, Philipp Knachel, influencé par les travaux de Georges Ascoli13, s’était appuyé sur l’étude de la presse pour montrer à quel point la guerre civile avait été passionnément suivie par le public français. Effectivement, tout au long des années 1640, la Gazette livra un récit détaillé, chaque semaine, du conflit entre Charles Ier et le Parlement, faisant ressortir la convergence des enjeux, notamment la question centrale du contrôle de la politique fiscale14.
3De leur côté, les spécialistes des mazarinades ne semblèrent pas davantage convaincus par l’influence de la révolution anglaise sur le cours de la Fronde. Dans La presse de la Fronde (1989), Hubert Carrier n’évoque quasiment pas la situation anglaise15, comme si elle était absente des textes. Il comble néanmoins cette lacune en 2004 dans le Labyrinthe de l’État16, en citant plusieurs extraits de mémoires dans lesquels des contemporains estimaient que les frondeurs étaient suffisamment influencés par la révolution anglaise pour vouloir changer le régime politique : Mazarin dans ses Carnets et sa correspondance, Anne d’Autriche, Guy Joly, Madame de Motteville, Goulas, Mlle de Scudéry, le Maréchal d’Estrées, le cardinal de Retz, pour ne citer qu’eux, témoignèrent à quel point la révolution anglaise avait marqué la réflexion politique. Ainsi, d’après les Mémoires de Mme de Motteville, Anne d’Autriche faisait le rapprochement entre Mazarin et Strafford, exécuté en mai 1641, jugeant que la faiblesse de Charles Ier, qui l’avait poussé à sacrifier son ministre, avait constitué la première étape de sa chute17. Dans ses Mémoires, Guy Joly rapporte même une forme de sympathie populaire avec les motivations de la révolution anglaise :
Ce qui se passait en Angleterre faisait un très mauvais effet : et bien que tout le monde désapprouvât l’emportement des Anglais, on n’en blâmait que l’excès, et non pas les raisons ; et le peuple tombait imperceptiblement dans le sentiment dangereux qu’il est naturel et permis de se défendre et de s’armer contre la violence des supérieurs18.
4En revanche, ce que souligne Carrier dans le Labyrinthe de l’État, c’est l’influence de la révolution anglaise sur la Fronde, non comme modèle à imiter, mais comme répulsif, reprenant un exemple cité par Kossmann : en septembre 1644, alors que l’Angleterre était en pleine guerre civile, le partisan La Rallière s’était adressé à Anne d’Autriche, affirmant que le Parlement en voulait à son autorité et qu’elle devait faire réflexion sur l’exemple anglais19. Michel Pernot relève pour sa part que lors du siège de Paris, entre janvier et mars 1649, des brochures royalistes incitaient le peuple parisien à empêcher le Parlement d’imiter les Anglais20. Du côté des frondeurs, Dubosc-Montandré, en 1650, dans l’Aveuglement de la France, véritable réquisitoire contre la politique menée par Mazarin et la reine depuis la mort de Louis XIII, mettait en garde contre le risque de basculer dans une révolution semblable :
Les monarchiques, c’est-à-dire tous les bons François considerent les desordres d’Angleterre sans s’en émouvoir. Aveugles qui ne voyent pas que c’est un prejugé des extremitez où nos revoltes peuvent conduire cét Estat : l’esprit Republicain est contagieux21.
5Bref, ces témoignages confirment à quel point, avant même la Fronde et pendant près de huit ans, la révolution anglaise fut bien présente dans les esprits. Pourquoi est-elle donc si difficile à saisir dans les mazarinades ? À l’évidence, la dimension sacrilège du tyrannicide ne pouvait qu’entraîner l’autocensure et l’interdiction implicite d’une filiation assumée. Mais il n’en reste pas moins que telle un filigrane et une menace sourde, la révolution anglaise projette son ombre sur nombre de mazarinades et qu’elle constitue une référence puissamment évocatrice dans la guerre des mots que se livrent les partis : ne met-elle pas en question l’enjeu fondamental de la nature et distribution des pouvoirs entre le parlement et le roi ?
6En somme, cet article vise à essayer de comprendre comment la révolution anglaise s’est installée dans l’espace discursif des mazarinades, et les usages rhétoriques qu’en ont fait les différents partis, un usage à plusieurs facettes, qui va bien au-delà de la seule mise en garde contre les conséquences d’un mauvais gouvernement et la peur de la contagion révolutionnaire.
7Méthodologiquement, cette analyse fut rendue possible par le recours à la base de données élaborée par le projet Mazarinades, avec le choix d’une entrée portant sur « Cromwell » qui, à lui seul, incarne la représentation de la révolution anglaise. Apparaissant sous des orthographes très diverses dans les mazarinades (Cronuet, Cronuel, Cronuelle, Cromvuel, Cromvuels, Cromvvels, Crommwell, Cromuels, Cromvvel, cronuet, cronuel, Cromouelle, etc., il a fallu formuler les deux requêtes suivantes : « crom[muv].* » et « cron[muv].* »22, ce qui permet d’obtenir un corpus d’un peu plus d’une trentaine d’occurrences23.
8Ce dernier permet de confirmer que, de 1649 à 1652, la révolution anglaise marqua les mazarinades d’une forte empreinte : il y eut d’abord, en 1649, le temps paradoxal de la sidération et du besoin de savoir, dans le contexte difficile du siège de Paris et d’une information parvenant difficilement dans la capitale (I). La figure de Cromwell est alors supplantée par celle de Fairfax, à tort considéré comme le principal régicide. À partir de 1650, la figure de Cromwell se précise mais la figure du régicide se confond avec celle du général victorieux, vainqueur des Irlandais et des Écossais (II). Le 1er février 1651 marque un tournant méconnu de la Fronde, lorsque Mazarin accuse publiquement les frondeurs de vouloir imiter les révolutionnaires anglais (III). Se produit alors un retournement rhétorique majeur, l’attaque ad odium devenant l’un des plus virulents arguments frondeurs contre Mazarin et la famille royale (IV).
I. Les mazarinades et la mort de Charles Ier, entre le besoin de savoir et l’indicibilité du crime
9L’exécution de Charles Ier le 30 janvier 1649 ne fut connue à Paris que le 19 février, dans le contexte d’une ville assiégée par les troupes royales et d’une cour réfugiée à Saint-Germain. Néanmoins, des récits très circonstanciés du procès et de l’exécution furent publiés par les libraires rouennais qui disposaient d’imprimés anglais24. Réédités à de multiples reprises, ils firent la fortune des libraires-imprimeurs rouennais et répondirent au besoin de savoir des lecteurs français, tout en leur proposant une figure ambivalente, d’un roi martyr pour les uns, tyran pour les autres25.
10Imprimée à Saint-Germain, une relation, probablement écrite par Renaudot, explique que l’armée anglaise commandée par Fairfax et Cromwell et dominée par les Indépendants, avait pris le contrôle du roi, des institutions, des places fortes, et avait ordonné le procès du roi :
Ainsi, ces Indépendans s’estans rendus les maistres, tant de la personne de leur Roy que des Estats d’Angleterre & de la ville de Londres, & s’estans asseurez de toutes les places & de tous les postes avantageux du Royaume, mesme déposé tous les Officiers qui leur estoyent suspects, & mis en leur lieu d’autres de leur créance, pour empescher les Presbytériens de s’assambler, bien qu’ils soyent trois fois en plus grand nombre & plus riches qu’eux : ils donnérent soixante dix Iuges à leur Roy, tous de leur faction, & la plus grand part de leur armée, entre lesquels estoit le Général Fairfax & son Lieutenant général Cromvuel, donnant pouvoir à vingt d’entr’eux de prononcer & faire exécuter la sentence qu’ils rendroyent, afin que l’absence de quelques vns ne pûst différer sa condamnation qu’ils avoyent si à cœur26.
11Renaudot connaissait bien le contexte général mais réfugié à Saint-Germain depuis le début du mois de janvier 1649, les détails du procès puis du régicide lui manquaient cruellement. C’était la même chose pour les Parisiens assiégés qui ne disposaient que d’informations parcellaires, orales ou manuscrites, qui les forcèrent à suppléer par l’imagination leur manque d’information. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que les premières mazarinades parisiennes firent de Fairfax et de Cromwell les bourreaux masqués de Charles Ier :
Il parut d’abord deux bourreaux masquez, qu’on croit estre Fairfax & Crommwell, parce qu’ils ne parurent point de tout le iour, soit qu’ils se defiassent de toute autre personne, ou qu’ils voulussent eux-mesmes gouster ce detestable plaisir, de tremper leurs mains sacrileges dans le sang Royal. Car vous sçaurez que les bourreaux ordinaires, quoy qu’accoustumez au carnage, eurent horreur de prester leurs mains à cét horrible parricide, & s’enfuirent ou se cacherent27.
12Reprenant à peu près le même contenu, une autre mazarinade, la « relation véritable » publiée à Paris, faisait de Fairfax l’acteur principal des événements ayant mené à la chute de Charles Ier, et attribuait à Cromwell le second rôle. Les deux hommes auraient été les bourreaux de l’exécution, avec le Milord Say :
& l’on tient que Fairfax, Crommwell & le Milord Say, (soit qu’ils se défiassent de toute autre personne, ou qu’ils voulussent eux-mesmes auoir ce detestable contentement, de tremper leurs mains sacrileges dans ce sang Royal, ils se trauestirent & se masquerent pour seruir de bourreaux28.
13Dans cette autre mazarinade, dialogue entre deux souverains « assassinés » sous forme d’un poème en vers, Fairfax est le principal régicide, secondé par Cromwell :
Vn traistre, vn meschant, vn infame, Vn Scelerat qui n’a point d’ame, Vn perfide, vn dissimulé Qui m’a meschamment decelé M’a reduit à perdre la vie Par la plus estrange infamie Où iamais vn Roy s’est trouué Iamais ie n’aurois éprouué La main de ce bourreau barbare, Donc l’acte chez nous est si rare Qu’il n’y a point de nations Qui ne blasment ses actions. Et afin que tout l’Enfer sçache Quel est ce meschant & ce lasche, Et pour respandre icy son renom Ie vous veux apprendre son nom. Farfaix, est ce traistre homicide De son Prince, & qui fut le guide, Secondé de Cromvvel aussi Du dessein qui m’a mis icy29.
14Dans ces récits parisiens mal informés – qui ignoraient, par exemple, que Fairfax avait refusé de signer l’acte d’exécution du roi, l’usage des métaphores et les hyperboles était un moyen de compenser le manque d’informations factuelles. Dans cette mazarinade sous la forme d’un poème en latin, probablement écrit au début de l’année 1649, les expressions comme « mer de sang », « miracles barbares », « exemple sans précédent », « parricides des plus monstrueux jamais vus parmi les hommes » traduisent une tension paradoxale entre le besoin de savoir et de qualifier l’inqualifiable, entre le besoin de comprendre et l’impuissance de l’histoire à inscrire l’événement dans un cadre narratif référentiel qui lui donnerait du sens : hyperbolique, la « tyrannie » des bourreaux serait tellement incomparable qu’elle élèverait Néron, Busiris, Catilina, Cethégus au rang de saints, tandis que « deux noms redoutables consacrent tous les tyrans (des noms qu’il ne faudrait inscrire que dans des livres infernaux) » : Fairfax, « celui qui s’acharne contre les Rois », est le premier d’entre-eux, suivi de Cromwell, « fils des Furies » qui accomplit son crime sous l’apparence d’une pure dévotion30. Mais le besoin d’une condamnation emphatique se conjugue à la nécessité du silence : le crime est à ce point indicible que le monde entier doit se taire à son sujet, comme l’estimait Mazarin, ulcéré par les récits circonstanciés qui parurent ensuite et qu’il attribua au machiavélique Gondi.
15Cette tension paradoxale entre le besoin de comprendre, l’effet de sidération et l’indicibilité d’un crime hors-norme constitue peut-être un premier élément d’explication à la faible présence explicite de la révolution anglaise dans les mazarinades. En revanche, les allusions au régicide, le fantôme de Charles Ier et la leçon politique qui s’en dégage, planent par périphrases sur un très grand nombre de textes. On peut citer cette mazarinade de 1652, considérée comme peu commune par Moreau, nourrie de références historiques, qui s’adresse directement au roi pour lui demander de tenir sa promesse concernant les articles de paix avec Paris : l’auteur y défend le bien-fondé de la révolte parlementaire depuis 1648 contre la politique fiscale de Mazarin, évoquant le risque de la colère des peuples que peuvent engendrer les excès d’un mauvais gouvernement, et surtout la lassitude d’une guerre civile qui s’éternise :
lisez, Sire, dans ce petit racourcy qu’vne Lettre vous peut estaler ce qui se passa auant hier, dans le centre, dans le cœur, dans la circonference de vostre Royaume, dans nos Frontieres, & chez nos Voisins : les dangers & les ruines que les Princes trop coleres ont attiré sur leurs Couronnes en voulant abbattre, fouler, & victimer des Peuples supplians. […] « & nous voyons par tout dans les Histoires, que ceux qui se fians par trop à leurs propres forces, ont voulu punir & chastier rigoureusement leurs sujets, se sont trouuez mal de leur procedé, & n’y ont rien gagné que leur propre ruïne31.
16La référence anglaise est implicite et mobilise la même rhétorique de la fragilité du pouvoir royal face à la colère des peuples qu’exprime Racine dans Athalie à la fin du XVIIe après la Glorieuse Révolution de 168932.
17Chez certains auteurs, mue par sa bourgeoisie et l’armée, la révolution anglaise serait même un modèle d’efficacité : dans cette mazarinade écrite dans les premiers mois de 1649 et relativement bien informée, l’auteur compare la France endormie dans une « tyrannie de quarante ans » (ramenée à trente ans quelques pages plus loin) et incapable de présenter un front uni face à la tyrannie fiscale exercée par Mazarin, et l’Angleterre, où le roi a dû faire face à une opposition commune, abandonner le contrôle des finances au Parlement, accepter le sacrifice de Strafford, et fuir devant la mobilisation populaire :
Ce zele du Bourgeois de Londres, & la bonne discipline que le Parlement a fait exercer dans ses armées, en payant bien les soldats, & empeschant toute sorte de violence, a fait enfin triompher ce foible party, dont la cause estoit iniuste & le but Tyrannique, puis qu’ils ont renuersé la Religion de l’Estat, persecuté cruellement les Catholiques, & changé la Monarchie en vn Gouuernement monstrueux33.
II. Cromwell dans la fronde : l’image paradoxale du général victorieux et du régicide
18À partir de 1650, la figure de Cromwell se précise peu à peu autour de la figure ambivalente du régicide et du général victorieux, combattant élu de Dieu. La perception qui s’en dégage obéit à des clivages qui sont encore ceux des divisions religieuses : l’Europe protestante attend celui qui, après Gustave-Adolphe, prendra la tête de la cause protestante (on sait que Christine de Suède admirait Cromwell pour ses victoires militaires), alors que les catholiques craignent le danger qu’il représente pour la religion catholique. On retrouve cette ambivalence tant dans l’iconographie que dans les mazarinades.
19En France, la première gravure représentant Cromwell est exécutée et publiée à Paris par François Mazot en 1650. Elle le montre en tant que « General des Armées de la Republique Angloise, Lieutenant et Gouverneur d’Irlande et Chancelier de l’académie d’Oxford ». Après les victoires sanglantes de Drogheda et de Wexford en 1649 en Irlande, de Dunbar et de Worcester en Écosse en 1650 et 1651, Cromwell est non seulement le vainqueur contre des sujets rebelles (notamment ceux que l’Europe considère comme des « barbares irlandais » depuis 1641), mais également le premier réalisateur d’une forme de Grande-Bretagne.

Figure 1 : Oliver Cromwell, par François Mazot, 1650. British Museum
20En 1651, c’est un graveur protestant français, installé à Londres, Pierre Lombart, qui réalise l’une des gravures les plus célèbres de Cromwell, d’après le portrait de Robert Walker (conservé à la National Gallery).

Figure 2 : Oliver Cromwell, par Pierre Lombart, 1651, British Museum
21Les portraits témoignent de l’admiration pour une figure d’autorité, un général victorieux des rebelles. Toutefois, dans les mazarinades, celui qui n’est pas encore le Protecteur, apparaît surtout un régicide, voire un massacreur de catholiques, comme dans cette mazarinade de 1650 adressée au pape Innocent X, où un carmélite irlandais accuse Cromwell du massacre des catholiques en Irlande. D’après lui, la menace est à la fois religieuse et politique, les régicides ayant l’intention d’anéantir la religion catholique dans toute l’Europe et d’y instaurer des républiques :
De plus sa Saincteté remarquera encores, Que ces infames abominables Regicides vsurpans iniustement & s’attribuans toute l’authorité Royale, persecutent auec toutes les cruautez imaginables tous les pauures Catholiques tant en l’Hybernie34 qu’en l’Angleterre, Bannissent les vns, jettent les autres dans les Cachots, & leur font souffrir toute sorte de tourmens ; Et apres auoir confisqué & enuahy les biens de plusieurs autres, les font mourir cruellement. Témoins les estranges carnages qu’a fait le General Cromouelle dans toutes les Villes qu’il a prises, & sur tout dans celles de Pontare, Vaxfordie & autres lieux, où il a fait passer par le fil de l’espée, sans exception d’aage ny sexe, tous les Catholiques qui ce sont trouuez. Tesmoins encore ceux qui souffrent presentement dans les liens & dans les chaisnes audit Royaume d’Angleterre, où la persecution contre les Catholiques est plus grande & plus cruelle qu’elle n’a iamais esté ailleurs. Ce qui fait assez cognoistre, que l’intention de ces Regicides & Tyrans Parlementaires auec la pacte & conuention qu’ils ont auec leur Dieu, qu’ils appellent, n’est autre que de defaire enfin tous les Catholiques, D’esteindre & d’aneantir par toutes les parties du monde, la Foy & Religion Catholique, ne faisant point de difficulté de publier tout haut, Qu’apres qu’ils auront asseurez les affaires du dedans de leurs Estats, ils se jetteront sur leurs voisins, puis s’empareront de l’Allemagne, de l’Italie & de toute l’Europe, & depossederont tous les Roys & les Monarques, qui leur sont si odieux & qu’ils abhorrent si merueilleusement. Et en vn mot, ils n’ont rien si à cœur que ces deux choses, Sçauoir l’aneantissement de la Religion Catholique & la ruine de toute la Monarchie : Et comme le feu Roy, & Charles second son Fils, ont tousjours témoigné de l’horreur pour vn tel dessein, voila pourquoy ils ont fait mourir le premier, & laissent le second comme vn exilé ; & par vne hardiesse & audace toute pleine de meschanceté, se disent desja Republique35.
22Menace à la fois religieuse et politique pour toute l’Europe catholique, Cromwell s’invite véritablement dans la Fronde à partir de 1651, lorsque Condé tente de créer une alliance anglo-espagnole contre la France36 (ce qu’une mazarinade condéenne s’emploie du reste à réfuter37). Dans une lettre à M. de Senneterre du 3 décembre 1651, Mazarin écrit que ceux qui ont allumé la guerre civile
n’oublient rien pour mettre la France en proye aux Espagnols et aux Anglois, Cromwell s’étant vanté depuis peu d’abattre en peu d’années la monarchie françoise, en profitant pour cela de la conjoncture presente38.
23À partir de 1652, Condé dispose d’un représentant officiel à Londres, Henri Taillefer, le sieur de la Barrière, auquel s’ajoutent d’autres agents envoyés pour des périodes plus brèves comme Louis du Pas, sieur de Mazerolles, Pierre de Caumont La Force, marquis de Cugnac, ou bien le sieur de Conan. Cette menace bien réelle d’une alliance entre Condé et Cromwell suscite à son tour des mazarinades anti-condéennes, comme celle attribuée au cordelier François du Faure par Moreau et à Arnaud d’Andilly par Carrier, dans laquelle Condé est accusé d’avoir « imploré » le secours de Cromwell, ce qui est le « crime des crimes », Cromwell étant décrit comme un
[…] demon sorty de l’enfer pour tremper dans le sang de son Roy & d’vn des meilleurs Roys du monde, ses mains parricides & sacrileges, ce Mahumed de nostre siecle, qui en renuersant toutes les Loix diuines & humaines fait le Prophete, & affecte de viure comme vn simple particulier, lors qu’il est en effet l’vsurpateur & le tyran de l’Angleterre39.
24C’est dans ce contexte que survient l’un des moments-clés de la fronde, l’exil volontaire de Mazarin, suivi d’un retournement rhétorique majeur dans les mazarinades, lorsque, le 1er février 1651, Mazarin lance sa fameuse attaque ad odium.
III. Mazarin et la désastreuse attaque ad odium du 1er février 1651
25Il faut d’abord en rappeler les circonstances : fin janvier 1651, Mazarin se trouve dans une situation désespérée, face à l’union des deux Frondes, scellée par un traité général signé entre les représentants des princes et du Parlement. Le 1er février 1651, Gondi fait savoir au Parlement que le duc d’Orléans est prêt, aux côtés du Parlement, à œuvrer pour la libération des princes.
26Mazarin fait donc face à une hostilité générale fédérant tous les partis : le duc d’Orléans, le Parlement, Condé, Gondi, le clergé, et la noblesse. Ce qu’il perçoit, c’est non seulement une menace personnelle mais également un risque de subversion de la monarchie.
27Aussi, le 1er février au soir, à la sortie du Conseil d’en-haut, le cardinal sort un argument choc, à l’origine d’une véritable tempête. Mémorable, la scène est rapportée par Dubuisson-Aubenay :
Le mercredi soir, premier février, conseil d’en haut et au sortir le cardinal Mazarin regardant le Roi dit d’un ton triste qu’il étoit le plus infortuné Roi de la Chrétienté, puisqu’ayant une si haute naissance et de si belles qualités, il ne pouvoit gagner le cœur de ses peuples entre lesquels il y avoit et dans sa ville capitale des Fairfax et des Cromwells qui tendoient à le faire périr. – M. le duc d’Orléans dit que les peuples aimoient le Roi et la Reine, mais haïssoient seulement le ministre qui étoit cause de tant de maux qu’ils avoient soufferts et souffroient. – Le Cardinal répliqua que c’étoit le prétexte même des Cromwels et Fairfax qui avoient en Angleterre couru sus d’abord aux ministres, pour ensuite, dans leur perte, ensevelir le Roi, comme ils ont fait40.
28Paradoxalement, la révolution anglaise a nourri la rhétorique de défense du ministériat : d’une part, en recourant à la synecdoque, Fairfax et Cromwell se retrouvent dépersonnalisés et englobés dans la figure plurielle et repoussoir d’une abstraction monstrueuse. D’autre part, elle permet habilement à Mazarin de retourner à son profit l’argument monarchomaque du rôle malfaisant du mauvais conseiller, qui conduirait ensuite au régicide41. Néanmoins, en faisant publiquement le rapprochement entre les frondeurs et les régicides, Mazarin a franchi une ligne rouge. Visiblement excédé, il a perdu le contrôle de soi et lancé la plus grave des accusations, aboutissant au résultat inverse de celui escompté : ce fut alors le prétexte à l’explosion d’une nouvelle dynamique frondeuse et d’un fructueux renversement d’arguments.
29Ce type de procédé rhétorique – argument ad odium – dont on trouve beaucoup d’exemples chez les orateurs de l’Antiquité comme Démosthène et Cicéron (souvent cités dans les mazarinades), visait à associer les frondeurs à quelque chose de haïssable, à provoquer une réaction émotionnelle négative, fondée sur le rejet instinctif du régicide. Mazarin en était la cible ordinaire, mais pour la première fois, il l’emploie contre ses adversaires, exprimant publiquement ce dont il semblait personnellement convaincu depuis le début de la Fronde : déjà en 1648, dans ses Carnets, il avait fait le rapprochement entre ce qui se passait en Angleterre et en France42. Le 8 février 1651, il écrit à Le Tellier « Leurs Majestez courent risque » face à « ces gens-là », et « qu’il ne faut pas perdre un moment de temps à sortir de Paris43 » ; le 5 mars 1651, il écrit à Hugues de Lionne qu’il est « persuadé plus que jamais que le but du Coadjuteur est de perdre l’Estat, et qu’il enchérit sur toutes les pensées de Cromwell44 ».
30Mais si Mazarin semblait bien convaincu du risque d’une imitation de la situation anglaise, il n’avait certainement pas mesuré les réactions en chaîne que l’accusation publique produirait et l’usage qu’en feraient ses adversaires. Pour commencer, elle provoque la rupture entre Mazarin et le duc d’Orléans qui, dès le lendemain, décide de ne plus assister au Conseil tant que la reine n’aura pas chassé Mazarin. Elle entraîne ensuite la rupture avec le Parlement, informé de l’incident le 3 février par Gondi ; le lendemain, 4 février, le Parlement réclame à la reine l’éloignement du cardinal (et non plus seulement la libération des princes). Habilement exploitée, l’affaire semble précipiter l’union des deux frondes : le 5 février, Gaston d’Orléans tente de faire passer la garde suisse sous son contrôle, dans un contexte d’agitation nobiliaire et cléricales, avec des assemblées de la noblesse et du clergé ; le même jour, des gentilshommes venus de province commencent à se réunir chez le marquis de La Vieuville (puis chez le duc de Nemours), autorisés par le duc d’Orléans (assemblées auxquelles s’ajoutent celles que le clergé tient depuis mai 1650 dans le couvent des Grands Augustins. Le 6 février, le Parlement ordonne aux maréchaux de France et à la municipalité de Paris de n’obéir qu’au duc d’Orléans.
31En somme, l’analogie avec la révolution anglaise caractérisée par une publique attaque ad odium de la part du cardinal constituerait l’un des moments décisifs de la Fronde. Un demi-siècle plus tard, le fait est considéré comme suffisamment important par le graveur Gaspar Luyken pour qu’il en fasse le thème de l’une des seize gravures consacrées à la vie de Mazarin45 ; dans cette publication hollandaise datée de 1699, la onzième gravure est spécifiquement consacrée à l’accusation du 1er février 1651 et montre le cardinal pointer un doigt accusateur en direction des Grands, entraînant la rupture.

Figure 3 : Gravure de Casper Luyken (1672-1708), « Mazaryn in Cardinaals gewaat geeft aan veel grooten gehoor » : Mazarin devant le conseil royal (1er fév. 1651)46
32L’événement était donc ancré dans la mémoire de la Fronde et considéré comme l’un de ses tournants. Estimant que la monarchie était véritablement en péril et que son sort personnel l’était tout autant, Mazarin prit son salut dans la fuite, le 6 février, en espérant que la reine et le jeune roi le suivraient le lendemain. Le 9 février, par un arrêt, le Parlement ordonna que le cardinal, ses parents et ses domestiques quittent le royaume dans les quinze jours. Jusqu’au 30 mars 1651, le cardinal se retrouva isolé dans l’exil, la reine et le jeune roi demeurant prisonniers de la Fronde dans le Palais-Royal. Dès lors, l’accusation ad odium de Mazarin se retourna contre lui et devint pour les frondeurs un sophisme de premier ordre, mis en scène et amplifié dans nombre de mazarinades de 1652.
IV. Le sophisme de la rupture et son amplification
33Toutes les voix opposées à Mazarin s’en emparèrent : le clan condéen, le Parlement, la noblesse, ainsi que les bourgeois de Paris. Pour les Condéens, dont la propagande domine la capitale au cours de l’été 1652, il s’agit de prévenir le retour de Mazarin en France : elle rappelle les actions autoritaires du cardinal contre les Grands du royaume, ainsi que ses accusations injustes à leur encontre :
il a traitté la pluspart des Grands du Royaume du nom de Cromvuels & de Fairfax. Il a voulu faire passer dans son esprit le Parlement de Paris pour le Parlement d’Angleterre47.
34Du côté du Parlement, l’accusation de Mazarin semble justifier a posteriori la révolte parlementaire : cette mazarinade publiée en mars 1652 défendant les pouvoirs du Parlement eut un grand retentissement (on y retrouve les mêmes arguments, presque à l’identique dans une autre mazarinade48). Elle était l’œuvre de Louis Machon, archidiacre de Toul, qui était une créature de Séguier et avait été employé aux sceaux49. Les arguments sont érudits et défendent la légitimité des arrêts rendus par le parlement depuis 1648, en se fondant sur l’histoire de France, les doctrines de l’Église gallicane et le droit public du royaume. Aux yeux de Louis Machon, le Parlement, abrégé des trois États du royaume, est de toute antiquité le véritable dépositaire de l’autorité royale et son consentement est nécessaire pour donner force de loi, par leur enregistrement, aux décisions du souverain. Le pamphlet réclame que le roi vienne en personne devant le Parlement pour répondre des actes de Mazarin :
Il falloit que le Roy eust fait voir dans son Parlement, que le Cardinal Mazarin n’a point rompu la paix generale, que ce n’est point luy qui a exercé la piraterie sur la Mer, qu’il n’a point esté d’intelligence auec les ennemis pour laisser perdre Courtray, & le Royaume de Naples qui nous tendoit les bras. Qu’il n’est pas vray aussi qu’il ait traitté la pluspart des grands du Royaume de Cromuels & de Fairfax. Qu’il ait voulu faire passer dans son esprit le Parlement de Paris, pour le Parlement d’Angleterre50.
35Dans cette autre mazarinade, l’accusation figure au rang des vingt-cinq crimes capitaux imputés à Mazarin, laissant entendre qu’elle visait explicitement le Parlement et son projet d’imiter l’Angleterre : Mazarin est accusé
D’auoir malicieusement offense le premier Senat de France les appellants Fairfax & Cromvuels, qu’ils vouloient faire de ce Royaume, ce que ceux-là auoient fait d’Angleterre, & traicter le Roy ainsi que ceux-là auoient fait le leur51.
36Une mazarinade fait parler le père de Mazarin, expliquant que l’odieuse comparaison l’a mis en horreur partout :
L’Angleterre a de veritables Cromuels & Fairfax qui vous souffriroient moins que ceux que vous disiez estre à Paris, & les seules odieuses comparaisons que vous auez faites de ces Parlemens vous y ont mis en horreur par tout52.
37En août 1652, le transfert du Parlement à Pontoise accentue les divisions au sein du Parlement, opposant, comme pendant la Ligue, un parlement fidèle et un parlement rebelle. Le ton de certaines mazarinades pro-parlementaires et parisiennes se radicalise :
Sire, nous sommes estonnez comme vostre Conseil violent, vient resueiller vne guerre cruelle contre des sujets respectueux, obeїssans, & qui n’ont iamais monstré à leur, Monarques que de l’amour & du secours dans les plus vrgentes necessitez de leur Estat ; On persuade à V. M. pourtant que nous sommes des coupables, que nous n’auons autre dessein que d’abatre vostre Throsne, & secoüer le joug de l’obeїssance : celuy qui est l’Intendant de vos Conseils, le Surintendant de vostre education, fait passer vostre Parlement de Paris, dans le mesme predicament que celuy de l’Angleterre, composé des parricides creatures de Cromvvel ; Ie vois bien aussi qu’il nous fait passer pour des independans & des souhaitteurs de Republiques53.
38L’amplification du sophisme en arrive à l’argument, avancé dans cette mazarinade produite soi-disant par les « bourgeois de Paris », que le roi s’entendrait dire « deux ou trois fois par jour » que ses sujets souhaitent importer en France la révolution anglaise, que « S.A.R. lui veut ravir la couronne, que M. le prince est un Cromwell, que M. le duc de Beaufort est un Fairfax, que le parlement de Paris veut imiter celui d’Angleterre »54.
39Dans ce manifeste de la Ville de Paris, Mazarin
employe tout ce que les Tyrans de la Grece, & de la nouuelle Rome, auoient autresfois inuenté, pour se maintenir dans vne domination vsurpée, & pour exercer leurs cruautez & leurs vengeances. La Victoire de Rhetel, qu’on deuoit à la seule fortune de l’Estat, rendit encore ce Ministre plus orgueilleux. Il persuadoit tous les iours au Roy, que tous les Gens de bien de son Royaume estoient autant de Cromvvels & de Fairfax, Tous les Parlements, des Parlements d’Angleterre. Il luy donnoit d’horribles impressions contre ses Peuples, & luy faisoit croire que c’estoit à la Royauté & à sa personne qu’on en vouloit, & non pas à ses Tyrannies55.
40Dans cette autre mazarinade, on écrit que la reine partagerait avec Mazarin la pensée que les rebelles seraient des Cromwell et des Fairfax :
La Reyne se plaint qu’on en veut à l’authorité du Roy, & maintient la sienne en soustenant celle de son fils. Cette vnion de pouuoir lui persuade sans doute que les Sujets ne peuuent estre parfaitement soûmis au Roy, qu’ils ne le soient aussi à toutes ses volontez : tandis que cela ne sera point, ils seront tousiours des rebelles, des Cromvvels & des Ferfax : ce sont les termes dont elle vse ordinairement56.
41Dans cette autre mazarinade de fin août ou début septembre 1652 d’après Moreau, l’auteur se déchaîne contre le ministériat, qu’il juge responsable des guerres civiles, notamment des révoltes nobiliaires. Il dénonce les
Ministres qui veulent gouuerner sans compagnon, employeront toute leur puissance, celle du Roy, & encore des Estrangers à rompre vn si loüable dessein. Si vous leur en faites seulement la proposition, ou ils la mépriser ont ainsi que le Cardinal de Richelieu, qui disoit que cela estoit beau & bon ; mais qu’il falloit regner, où bien s’en offenseront comme le Cardinal Mazarin, qui crie que ce sont des Cromvuels & des Fairfax, & ne nous menace que de la corde & de la potence. Mais crions à nostre tour que ce sont des Tyrans, des Denys, des Phalaris, des Sejans, des Herodes & des Caligules. Oüy, ce sont des Ennemys du repos public qui nous viennent troubler au plus profond de nostre repos : Ce sont des Boutefeux, des Traistres & des Perfides, ausquels il faut faire rendre compte de leur mauuaise conduite, & les chastier en suite du plus rigoureux supplice qui se puisse inuenter. Il faut absolument se deliurer de ces Tygres, qui se repaissent du sang de tant de millions de personnes : ces monstres font horreur à la nature, il s’en faut depescher, & n’en souffrir jamais, qui puissent encore infecter la France par leurs lâches empoisonnemens57.
42Au fil des mazarinades, le sophisme s’est amplifié pour atteindre son efficacité rhétorique maximale : mis en scène dans les mazarinades, il est devenu un élément essentiel de la constitution d’un imaginaire de la haine dirigé contre Mazarin.
Conclusion
43La presse de la Fronde entendue dans un sens large - nouvelles et pamphlets - montre que la révolution anglaise s’est invitée dans la réflexion politique à différents niveaux : du côté du pouvoir royal, Anne d’Autriche et Mazarin en ont acquis la conviction que, face aux frondeurs, ils ne devaient pas faire preuve de la même faiblesse que celle que Charles Ier avait manifestée tout au long des années 1640 (de même que Louis XVI lisant et relisant l’histoire d’Angleterre de David Hume était hanté par la peur de reproduire les mêmes erreurs) ; l’exemple anglais les a convaincus de ne pas céder. Du côté du Parlement de Paris, on ne peut que relever la similitude des revendications avec celles du Parlement de Londres, avant, comme après l’exécution de Charles Ier : certes le parlement clame son loyalisme après le régicide, mais bien des mazarinades continuent, en 1652, à justifier la révolte parlementaire de 1648 contre la tyrannie fiscale de Mazarin, posant plus ou moins directement la question des limites de la prérogative royale.
44Parallèlement à cette référence idéologique, la révolution anglaise a également constitué un motif rhétorique extrêmement puissant à partir de février 1651, lorsque Mazarin accuse publiquement les frondeurs de vouloir imiter les régicides anglais. C’est un tournant majeur dans la propagande anti-mazarine, car même limitée à l’entourage royal, l’accusation constitue une attaque inédite, non calculée, et considérablement imprudente de la part du cardinal : dans les mazarinades, jamais son cabinet de presse n’aurait osé avancer cet argument. Mais dans le contexte particulier de l’union des deux frondes, une telle accusation est intervenue à point nommé pour justifier l’unanimité contre le cardinal et le forcer à l’exil. Au fil des mazarinades, le sophisme est devenu l’un des arguments les plus efficaces de la dénonciation de la tyrannie mazarine : le parlement, les Grands, la Ville de Paris, se drapent dans un honneur bafoué, celui de leur fidélité ontologique à la monarchie, et en font le prétexte idéal pour appeler à l’exécution du cardinal, devenu monstrueux par la monstruosité du crime, un crime indicible et tabou, mais dont il a osé appeler publiquement la comparaison.
1 MANIFESTE DE LA VILLE DE PARIS, CONTRE LE RETOVR du Cardinal Mazarin. DEDIE A SON ALTESSE ROYALE (1652) chez Guillemot (veuve de Jean) à Paris, 27 pages (p. 7-8). Référence RIM : M0_2362 ; cote locale : B_11_20.
2 M. Braddick (ed.), The Oxford Handbook of the English Revolution, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 585.
3 L. Madelin, La Fronde, Paris, 1931.
4 P.-G. Lorris, La Fronde, Paris, 1961.
5 Hubert Méthivier, La fronde, Paris, Presses universitaires de France, 1984.
6 Orest Allen Ranum, The Fronde: a French revolution 1648-1652, New York London, W. W. Norton, 1993, 386 p.
7 M. Pernot, La Fronde, Paris, Editions de Fallois, 1994.
8 O. Lutaud, Les Niveleurs, Cromwell et la république, Paris, Aubier Montaigne, 1967.
9 E. Kossmann, La Fronde, Leiden, Universitaire Pers Leiden, 1954.
10 P.-A. Knachel, England and the Fonde. The Impact of the English Civil War and Revolution on France, Cornell University Press, New York, 1967, 312 p.
11 E. Kossmann, La Fronde, op. cit., p. 34.
12 S. Haffemayer, L’information dans la France du XVIIe siècle: « La Gazette » de Renaudot, de 1647 à 1663, Paris, Honoré Champion, 2002, p. 661‑662.
13 G. Ascoli, La Grande-Bretagne devant l’opinion française au XVIIe siècle, Paris, Gamber, 1930.
14 S. Haffemayer, L’information dans la France du XVIIe siècle: « La Gazette » de Renaudot, de 1647 à 1663, op. cit., p. 609‑652.
15 H. Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653) : les Mazarinades, Genève, Droz, 1989.
16 H. Carrier, Le labyrinthe de l’État : essai sur le débat politique en France au temps de la Fronde, 1648-1653, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 79‑84.
17 Mémoires de Mme de Motteville, tome II, p. 327 ; p. 356-357.
18 Guy Joly, Mémoires de Guy Joly, collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, Paris, Foucault, 1825, p. 15.
19 E. Kossmann, La Fronde, op. cit., p. 34.
20 M. Pernot, La Fronde, op. cit., p. 129.
21 Claude Dubosc-Montandré, L’Aveuglement de la France depuis la Minorité, Paris, 1650, p. 17.
22 Je remercie Patrick Rebollar pour m’avoir aidé à formuler ces requêtes sur le site des RIM : https://mazarinades.org
23 http://mazarinades.org/recherche/rechercher_affichage.php?word=crom%5Bmuv%5D.*
24 Stéphane Haffemayer, « La mort des Princes dans les gazettes au XVIIe siècle » dans Les Funérailles princières en Europe, XVIe-XVIIIe siècle. Vol. 3. Le deuil, la mémoire, la politique, Juliusz A. Chroscicki, Mark Hengerer, Gérard Sabatier (dir.)., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, p. 63‑76.
25 S. Haffemayer, « La naissance du mythe de Charles Ier “prince martyr” dans la France de la Fronde » dans Le sang des princes. Cultes et mémoires des souverains suppliciés, XVIe-XXIe siècle, Paul Chopelin et Sylvène Edouard (dir)., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2014, p. 49‑61 ; S. Haffemayer, « La « tyrannie » de Charles Ier Stuart : circulation d’une légende noire d’une révolution à l’autre (Angleterre-France, 1649-1789) », Revue d’histoire culturelle de l’Europe, 2016, no 2.
26 Renaudot, Théophraste [?]. LA DEPLORABLE MORT DE CHARLES I, ROY DE LA Grande-Bretagne (1649) chez [s. n.] à Saint-Germain-en-Laye, 8 pages (p. 3). Mention au colophon: de Saint-Germain-en-Laye, le 18 mars 1649, avec privilège.. Référence RIM : M0_1005 ; cote locale : A_1_23.
27 Anonyme. LE PROCEZ, L’ADIOVRNEMENT PERSONEL, L’INTERROGATOIRE, ET L’ARREST DE MORT DV ROY D’ANGLETERRE. Auec ce qu’il dit & fit deux iours auant sa mort : Et la Harangue qu’il prononça sur l’échaffaut. Selon le rapport de plusieurs Gentils-hommes Anglois qui y assisterent, & meirent le tout sur des tabletes. Fidelement traduit de l’Anglois, par le sieur DE MARCYS, Interprete & Maistre pour la langue Françoise du Roy d’Angleterre regnant à present, & de son Altesse Royale Mgr le Duc d’York son Frere. (1649) chez Preuveray (François) à Paris, 14 pages, p. 13. Voir aussi C_6_67 et D_1_12. Référence RIM : M0_2888 ; cote locale : A_6_70.
28 Anonyme. RELATION VERITABLE De la mort barbare & cruelle du Roy d’Angleterre. Arriuée à Londres le huictiesme Fevrier mil six cens quarente-neuf. (1649) chez Preuveray (François) à Paris, 8 pages (p. 7). Référence RIM : M0_3241 ; cote locale : C_9_33.
29 1649. Anonyme. L’ENTREVEVË DV SVLTAN HIBRAIM EMPEREVR DES TVRCS ET DV ROY D’ANGLETERRE, AVX CHAMPS ELYSEES. (1649) chez [s. n.] à Paris, 8 pages (p. 7). Référence RIM : M0_1261 ; cote locale : C_4_7.
30 Anonyme [1649], EXEMPLVM SINE EXEMPLO, IN Orbe Christiano, vel etiam Ethnico, nempe Serenissimi Regis CAROLI, magnæ Britanniæ, & Hyberniæ Augustissimi Monarchæ à nonnullis subditis suis, scilicet Rebellibus, & post homines natos immanissimis Parricidis, crudeliter & indignè obtruncati, & capite percussi, etiam ante ipsius ædes Palatinas, vulgò dictas Albam Aulam propè Fanum Westmonasteriense. Référence RIM : M0_1327. Cote locale : A_4_35.
31 LETTRE RENDVË AV ROY EN PARTICVLIER, Pour luy representer les dangers ausquels les Princes exposent leurs Estats en poussant à bout la patience de leurs Peuples. Prouué par les Exemples tirez des Histoires Anciennes & Modernes, Estrangeres & Domestiques. (1652) chez [s. n.] à Paris, 30 pages (p. 4 ; 11). Référence RIM : M0_2254 ; cote locale : B_2_34.
32 J.M. Goulemot, Discours, histoire, et révolutions, Paris, Union générale d’éditions, 1975.
33 Anonyme. RAISONNEMENT SVR LES AFFAIRES PRESENTES, & LEUR COMPARAISON AUEC CELLES D’ANGLETERRE (1649), chez Preuveray (François) à Paris, 7 pages (P. 5). Voir aussi C_9_6. Référence RIM : M0_2970 ; cote locale : A_8_29.
34 Irlande
35 PROPOSITIONS ET LES MOTIFS PRESENTEZ A NOSTRE SAINT PERE LE PAPE Innocent X. du nom, en cette année Sainte de Iubilé 1650. par le Reuerend Pere IEAN ROÉ, Carmelite Hybernois. En faueur de Charles second Roy de la Grand’Bretagne, d’Ecosse & d’Hybernie. Pour son establissement, & conseruation de la Religion Catholique, Apostolique & Romaine en ses Estats (1650) chez [s. n.] à Paris, 7 pages (p. 5). Référence RIM : Mx ; cote locale : D_1_26.
36 Xavier Le Person, Le Grand Condé, un exil pour l’honneur, paris, Fayard, 2023, p. 187.
37 L’ANTIDOTE AV VENIN DES LIBELLES DV ROYALISTE, A AGATHON, ET DE LA VERITÉ NVE. (1652) chez [s. n.] à Paris, 32 pages (p. 28). Référence RIM : M0_88 ; cote locale : B_17_23.
38 Cheruel, p. 529.
39 Faure ? Arnauld d’Andilly ? LA VERITE TOVTE NVË, OV ADVIS SINCERE & des-interessé, sur les veritables causes des maux de l’Estat, & les moyens d’y apporter le remede. (1652) chez [s. n.] à Paris, 16 pages (p. 6-7 ; 13). Dans Choix II de Moreau et pièce 11 des 52 mazarinades publiées par Carrier. Référence RIM : M0_4007 ; cote locale : B_17_13.
40 Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, tome 2, p. 10.
41 Je remercie Laurent Curelly pour cette suggestion.
42 M. Pernot, La Fronde, op. cit., p. 95.
43 Adolphe Chéruel et Georges d’Avenel (eds.), Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère, Paris, Imprimerie nationale, 1887, vol.4 (1651), p. 7.
44 Ibid., p. 51.
45 Je remercie chaleureusement Florine Levecque pour avoir, lors du colloque, porté ces gravures à mon attention.
46 Het leven en bedryf van den wytberoemden en grooten staatkundigen Julius Mazaryn, Cardinaal en eerste Bedienaar van Staat, behelsende deszelfs schrandere maximen, behendige kuyperyen, doorslepen beleyd, en handelingen, voorgevallen onder de Ryks-swayinge van Lodowick de XIII, en de XIV, koningen van Vrankryk. &c. Mitsgaders een naauwkeurig Verhaal van alle Polityke Stukken heymelyke raadsplegingen, en wonderlyke uytvoeringen van dien, op zyn ordre tussen beyden ingevoegt, volgens een Frans, en Italiaans manuscript, door een voornaam Heer en Liefhebber ons ter hand gestalt, nu in’t Nederduyts overgebragt, en met fraaye figuuren en registers verciert. Eerste [Tweede] deel. Hot Leyden, by Boudewyn Vander Aa, Boekverkooper woonened op’t Rapenburg opt de hoek van de Kloksteeg, over de Academie 1699. Au tome 2 : fol. 8.
47 Anonyme [1652], LA PHYSIONOMIE DE LA FRANCE, OV SE VOID LE MAVVAIS Estat auquel elle se trouue. I. Sur la perte de ses belles Conquestes. II. Sur les entreprises des ennemis Estrangers sur nous. III. Et le tout par les mauuais Conseils de ceux qui ont gouuerné & gouuernent l’Estat (p. 6). Référence RIM : M0_2756. Cote locale : B_4_27.
48 Anonyme. OBSERVATIONS VERITABLES ET DES-INTERESSEES, Sur vn escrit imprimé au Louure, INTITVLÉ LES SENTIMENS D’VN FIDELLE SVIET DV ROY, Contre l’Arrest du Parlement du 29. Decembre 1651. Par lesquelles l’authorité du Parlement, & la Iustice de son Arrest contre le Mazarin, est plainement deffenduë ; & l’imposteur qui le condamne entierement refuté. Par vn bon Ecclesiastique tres-fidelle sujet du Roy. PREMIERE PARTIE. Qui iustificat impium, & qui condemnat iustum ; abominabilis est vterque apud Deum ; Prouerb. cap. 17. vers. 15 (1652) chez [s. n.] à Paris, 160 pages (p. 134-135). Langue : français, latin. Table des matières en pages 5-6; avertissement de l'imprimeur au lecteur en page 8. Notre page 9 est numérotée 1 dans l'original (cet écart de 8 se maintient jusqu'à la fin de la pièce). Référence RIM : M0_2574 ; cote locale : B_11_23.
49 H. Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653) : les Mazarinades, op. cit., p. 41 (tome 2).
50 LES VERITABLES MAXIMES DV GOVVERNEMENT DE LA FRANCE, IVSTIFIÉES PAR L’ORDRE des temps, depuis l’establissement de la Monarchie iusques à present : Seruant de Response au pretendu Arrest de cassation du Conseil du 18. Ianvier 1652. DEDIĖ A SON ALTESSE ROYALE, (1652) chez Guillemot (veuve de Jean) à Paris, 23 pages (p. 13). Voir aussi B_5_23 (partie 1) et E_1_86 (partie 1). Pièce 8 des 52 mazarinades publiées par Carrier. Référence RIM : M0_3969 ; cote locale : C_12_34.
51 (1652) - Anonyme. LES ARTICLES DES CRIMES CAPITAVX, DONT EST ACCVSÉ, le Cardinal Mazarin, & desquels il se doit iustifier (1652) chez Porteur (Simon Le) à Paris, 8 pages (article XV). Référence RIM : M0_418 ; cote locale : B_12_22.
52 Mazarini, Pietro [signé]. REMONSTRANCE DV PERE DE MAZARIN ENVOYÉE DE ROME À SON FILS, sur son esloignement de France. Traduite d’italien en bon Francois (1651) chez [s. n.] à [s. l.] , 7 pages (p. 6). Daté du 15 février 1651 et signé au colophon. Référence RIM : M0_3320 ; cote locale : C_11_27.
53 LETTRE RENDVË AV ROY EN PARTICVLIER, Pour luy representer les dangers ausquels les Princes exposent leurs Estats en poussant à bout la patience de leurs Peuples. Prouué par les Exemples tirez des Histoires Anciennes & Modernes, Estrangeres & Domestiques. (1652) chez [s. n.] à Paris, 30 pages (p. 26). Référence RIM : M0_2254 ; cote locale : B_2_34.
54 Très humble remontrance des bons bourgeois de Paris à nosseigneurs du parlement, Paris, J. Le Rouge, 1652 (p. 6) ; Manifeste de la ville de Paris, Paris, Vve Guillemot, 1652 (p. 7-8).
55 MANIFESTE DE LA VILLE DE PARIS, CONTRE LE RETOVR du Cardinal Mazarin. DEDIE A SON ALTESSE ROYALE (1652) chez Guillemot (veuve de Jean) à Paris, 27 pages (p. 7-8). Référence RIM : M0_2362 ; cote locale : B_11_20.
56 Anonyme. L’INQVISITION RECHERCHANT EXACTEMENT CE QV’ON DOIT FAIRE DAN L’ESTAT PRESENT DES AFFAIRES (1652) chez [s. n.] à Paris, 24 pages (p. 16). Voir aussi B_19_58. Référence RIM : M0_1703 ; cote locale : C_12_1.
57 Anonyme. LE GRAND RESSORT DES Guerres ciuiles en France. Faisant voir dans les vies de tous les Ministres d’Estat qui se sont ingerez de nous gouuerner. I. Qu’ils ont tousiours esté la source de toutes les dissentions publiques ; & le sujet qui a fait prendre les armes aux Grands du Royaume. II. Qu’ils ont eux mesmes fait naître & entretenu les Guerres ciuiles, comme vn des moyens propres pour les rendre necessaires aux Rois, & pour se maintenir dans le Ministere. III. Qu’ils ont tousiours employé tous leurs artifices à detourner la conoissance des affaires d’Estat aux Rois, & fait tous leurs efforts pour abatre les Princes, & tenir les Peuples dans l’oppression. Le remede necessaire & Politique à tous ces desordres. I. Est de donner vn Conseil de sages testes au Roy, qui l’instruise dans l’art de Regner par soy mesme. II. D’éloigner de luy cõme des pestes d’estat tous ceux qui voudront s’opposer à ce loüable établissement. III. D’établir de rigoureux supplices pour les Ministres qui passeront leur deuoir, qui est seulement de donner conseil à leur Souuerain, sans iamais rien entreprendre de leur teste : De rendre le rang aux Princes du Sang qui leur est deu par leur naissance ; & donner le repos aux Peuples. (1652) chez [s. n.] à [s. l.], 52 pages (p. 14-15). Référence RIM : M0_1513 ; cote locale : B_3_18.
Revue du GRHis, n° 2, 2026
URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/grhis/195.html.
Quelques mots à propos de : Stéphane Haffemayer
Professeur d’histoire moderne, Université de Rouen-Normandie
