Sommaire
Les mazarinades et l'international, n°2, octobre 2026
- Amstutz Delphine, maître de conférences en Littérature française du XVIIesiècle, faculté des Lettres de Sorbonne Université/ Cellf UMR 8599. - Bilis Hélène, professor of French, Wellesley College. - Curelly Laurent, professeur des Universités en littérature et civilisation anglaises du XVIIe siècle, Université de Haute-Alsace. - Deguin Yohann, maître de conférences en littérature française du XVIIesiècle. - Esteban Estríngana Alicia, T.U. de Historia Moderna, Universidad de Alcalá. - Górzyński Sławomir, professeur à l’Université d’Opole. - Haffemayer Stéphane, professeur d’Histoire moderne, Université de Rouen-Normandie, GRHis (UR 3831). - Herrmann Frédéric, maître de Conférences en Études Anglophones, Université Lumière Lyon 2, UMR 5206 Triangle. - Junot Yves, maître de conférences en Histoire moderne, Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes - LaPorta Dr Kathrina, Dépt. Français, Université de New York, États-Unis. - Loysen Kathleen, Associate Professor of French & Chair Department of Global Cultural Studies, Montclair State University. - Malinowski Teresa, docteure en histoire, chercheure rattachée au Mémo (Université Paris Nanterre). - Matsumura Takeshi, professeur à l’Université de Tokyo. - Poncet Olivier, professeur d'Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque moderne, École nationale des chartes. - Poumarède Géraud, professeur des Universités en Histoire moderne, Sorbonne Université. - Proot Joran, Dr., Cultura Fonds (Dilbeek)/Sint Lucas Antwerpen. - Steinberger Deborah, professor of French and Comparative Literature, University of Delaware. - Teyssandier Bernard, professeur des universités en Littérature française des XVIeet XVIIesiècles, Université de Reims. - Tsimbidy Myriam, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Bordeaux Montaigne, équipe Plurielles (UR24142). - Tylus Piotr, professeur de philologie romane à l'Université Jagellone.Comité scientifique
- Stéphane Haffemayer Introduction : l’international dans les mazarinades
- Patrick Rebollar Aux frontières des mazarinades
- Florine Lévecque-Stankiewicz Représenter la Fronde à l’étranger : les gravures de Caspar Luyken pour la Vie de Mazarin (Leyde, 1699)
- Teresa Malinowski Les Mazarinades dans les collections de la Bibliothèque Jagellonne : recensement, provenance, réseaux de circulation
- Maxim Boyko Diffusion et perception des mazarinades en Russie de la Grande Catherine à Vladimir Poutine
- Cécile Leduc Un duc étranger allié des princes français : la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les Mazarinades et les Mémoires
- Lourdes Amigo Vázquez Les différents visages de l’Espagnol. La monarchie de Philippe IV dans les mazarinades de 1649
- Lourdes Amigo Vázquez Los diferentes rostros del español. La Monarquía de Felipe IV en las mazarinadas de 1649
- Pierre Ronzeaud « Lavemans et polacres », formes et fonctions de la représentation des ennemis étrangers dans les Mazarinades de la guerre de Paris, janvier-avril 1649
- Laurent Curelly Les mazarinades dans la presse anglaise à l’époque de la première révolution (1649)
- Stéphane Haffemayer Un moment décisif de la Fronde : Mazarin et l’attaque ad-odium du 1er février 1651 : « Il persuadoit tous les iours au Roy, que tous les Gens de bien de son Royaume estoient autant de Cromvvels de Fairfax, Tous les Parlements, des Parlements d’Angleterre »
VI. Réceptions anglaises
Les mazarinades dans la presse anglaise à l’époque de la première révolution (1649)
Laurent Curelly
Introduction
1À la fin de la décennie 1640, l’Angleterre et la France étaient confrontées à une situation de crise politique majeure. La première avait été déchirée par deux guerres civiles meurtrières entre le roi Charles Ier et son parlement, respectivement entre 1642 et 1646, puis en 1648. Victime des divisions de ses membres, le Long Parlement (Long Parliament), ainsi que fut connue l’assemblée des Communes qui siégea à partir de l’automne 1640, subit en décembre 1648 une purge orchestrée par l’armée parlementaire, dite Armée du Nouveau Modèle (New Model Army), dont les soldats et les officiers subalternes défendaient des positions politiques radicales1. Le Parlement Croupion (Rump Parliament), qui lui succéda, entreprit de traduire le roi devant un tribunal d’exception. À la suite d’un procès expéditif durant lequel il refusa de se défendre, Charles Ier fut condamné à mort, puis il fut exécuté sur l’échafaud le 30 janvier 1649. Le régicide, le premier de ce type en Europe, fut suivi d’un changement de régime, puisque la monarchie fut abolie et une république fut instituée, qui prit le nom de Commonwealth2. Les espoirs de nombre de ceux qui s’étaient opposés aux dérives absolutistes du roi Charles, dont des soldats de l’armée et certains groupes radicaux comme les Levellers (les « Niveleurs » en français), qui aspiraient à un gouvernement plus démocratique, furent rapidement douchés car la république nouvellement créée se trouva entre les mains d’une oligarchie. La répression contre les tenants de thèses perçues comme subversives s’abattit au moins aussi férocement que sous le règne de Charles, et la relative liberté d’expression qui avait cours, dans les faits plus que dans le droit, fut mise à mal par un renforcement de la censure en septembre 1649.
2La révolution anglaise aboutit donc à un changement constitutionnel majeur, dont le régicide fut sans doute le point d’orgue, cependant que la France était en proie à la Fronde, mais que la monarchie n’était pas contestée avec autant de virulence qu’outre-Manche. Conséquemment à l’arrestation du président du Parlement de Paris de Blancmesnil et du conseiller Broussel, opposants affichés à Mazarin, les Parisiens se soulevèrent et érigèrent des barricades. La situation empira en janvier 1649 alors qu’en Angleterre, Charles Ier était face à ses juges et, bientôt, à son bourreau. Il est peu de dire que le régicide provoqua une onde de choc majeure sur le continent européen et, en particulier en France, où s’était réfugiée la famille royale anglaise lors de la première Guerre civile. La révolte parisienne s’accentua durant l’hiver, précipitant le départ de la Cour et de Mazarin pour Saint-Germain-en-Laye le 6 janvier, et la Fronde s’étendit à des parlements de province, comme ceux d’Aix-en-Provence, de Bordeaux ou de Rouen. Certes, les attaques des magistrats parisiens et de leurs collègues ailleurs en France ciblaient avant toute chose Mazarin, et non la monarchie. Cela étant, on débat en France du rôle potentiellement malfaisant des conseillers du roi, ce qui, dans l’Angleterre des années 1648-1649, avait un accent de déjà-vu. De semblables critiques avaient en effet été adressées aux conseillers du roi Charles avant que le souverain n’en devînt lui-même la cible. Dans le même temps, Paris fut victime de graves inondations qui limitèrent considérablement l’accès des biens et des personnes à la capitale française. On perçoit comment, en cette année 1649, se cristallisèrent en France et en Angleterre des oppositions, de nature diverse d’ailleurs, qui produisirent la chute de la monarchie Stuart en Angleterre et firent vaciller le gouvernement de Mazarin en France.
3Malgré les obstacles liés au siège et aux inondations qui affectaient Paris et à la difficulté d’acheminer les nouvelles dans ce contexte, les échanges entre la France et l’Angleterre ne furent pas stoppés net, et la diffusion des informations et des écrits en provenance de l’un ou l’autre pays continua, donnant parfois lieu à une récupération politique dans le pays destinataire. Depuis Paris, qui était devenue un lieu majeur du traitement de l’information, les nouvelles internationales telles qu’elles figuraient dans la Gazette de Théophraste Renaudot étaient acheminées vers Londres, où elles étaient traduites en anglais et publiées dans certains hebdomadaires anglais des années 16403. L’Angleterre connut une efflorescence de la presse à la faveur de la crise politique qu’elle traversait. Publiés chaque semaine, les journaux étaient nombreux et, même si le nombre d’exemplaires vendus ne peut être connu avec certitude, ces hebdomadaires étaient partagés, mêlés à de la correspondance et probablement lus à haute voix pour un public illettré. Ces publications, diverses, reflétèrent ainsi l’expression d’opinions de plus en plus polarisées et favorisèrent l’émergence d’une opinion publique. Cet article se nourrit des recherches portant sur la sphère publique dans l’Angleterre du début de l’époque moderne, en particulier celles de Peter Lake et de Steve Pincus4, travaux qui se gardent à la fois des généralisations habermassiennes et de la tendance des historiens révisionnistes des années 1980 à mettre sous l’éteignoir les forces révolutionnaires à l’œuvre dans les années 1640-1650.
4Les journaux de la révolution anglaise constituent un matériau textuel non canonique encore relativement peu étudié, bien que certaines de ces publications proposent une contribution étoffée à la pensée politique et que d’autres fassent preuve d’une grande inventivité littéraire. Les ouvrages de J. B. Williams et de Joseph Frank sur l’histoire de la presse anglaise du début de l’époque moderne offrent de très utiles vues d’ensemble5, lesquelles ne sauraient toutefois rendre compte de la diversité des journaux ni des potentialités d’analyse qu’ils recèlent. Ces travaux pionniers ont depuis été enrichis d’études portant sur des aspects spécifiques de la presse tels que le contenu de journaux individuels6, la dimension commerciale de la transmission de l’information7, la question de la contrefaçon8, le rôle des journaux dans la formation d’une culture politique partagée9, ou encore la qualité littéraire des journaux et la manière dont ceux-ci questionnent les traditions, les conventions et les genres littéraires10. Les réseaux d’information locaux et internationaux dans lesquels s’inscrivent les périodiques de la révolution anglaise ont également fait l’objet d’études novatrices11. Cette contribution s’intéresse à la circulation trans-Manche des nouvelles, pas tant du point de vue des réseaux de diffusion, lesquels sont déjà plutôt bien cartographiés, que du point de vue des représentations de l’actualité étrangère.
5Cet article propose donc une lecture croisée de l’histoire anglaise et de l’histoire française alors que la France et l’Angleterre étaient plongées concomitamment dans une grave crise politique. Elle vise en particulier à donner quelques éléments d’analyse relatifs à la diffusion des nouvelles internationales et des textes politiques à visée polémique dans l’Angleterre révolutionnaire. Les mazarinades font partie intégrante de cette étude, mais la circulation de ces textes s’inscrit évidemment dans un contexte de diffusion de l’imprimé bien plus large. Il s’agira de mettre en évidence la façon dont est représentée l’actualité politique anglaise en France et l’actualité politique française en Angleterre à la fin des années 1640, afin de questionner l’utilisation, voire l’instrumentalisation, des textes rendant compte de cette actualité, particulièrement des mazarinades, dans un contexte autre que celui de leur production. Cette étude portera d’abord sur les représentations du régicide dans les mazarinades, puis elle évoquera la représentation de la Fronde dans la presse anglaise contemporaine, avant de s’intéresser à la façon dont certains journaux anglais s’emparèrent des mazarinades et de montrer à quelles fins celles-ci furent utilisées.
Les représentations du régicide anglais dans les mazarinades
6Il semble que les événements d’Angleterre de la fin des années 1640 servirent plutôt de frein que de catalyseur à toute forme de radicalisation de la Fronde qui atteindrait en son cœur le pouvoir royal. Au contraire, l’exécution du roi Charles Ier et l’instauration de la République anglaise conduisirent à une réaffirmation du sentiment monarchique. Que l’on en juge par le commentaire que suscite le régicide dans la Gazette de Théophraste Renaudot. Alors que la « grande force d’esprit » du roi Charles attendant son procès est vantée, sa décapitation est décrite comme une « action si barbare [que] je ne pourrois vous donner les circonstances qu’avec horreur »12. Pareilles stupeur et condamnation devant le régicide étaient sans doute attendues dans une publication qui fut créée sur commande du cardinal Richelieu et qui était si étroitement liée à la monarchie française.
7Pour autant, cette stupéfaction à l’égard du régicide s’exprima également dans des écrits plus polémiques, à l’instar d’un ensemble de sonnets sur l’exécution du roi Charles Ier composés par le poète satirique Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, qui prit part à une mission diplomatique en Angleterre lors de la première Guerre civile. Il traduisit dans ses vers son indignation contre le procès du roi d’Angleterre et contesta la légitimité d’une cour de justice mise en place par des hommes décrits comme « vils », argument que n’avait de cesse d’invoquer le roi Charles lui-même :
Un roy se voir juger par ses propres sujets !
Par des hommes sans nom, vils, infâmes, abjects […].
Un roy passer ainsy du trosne à l’eschafaut !
Faire un si dur chemin, un si tragique saut
Ha ! C’est un coup du sort que je ne puis comprendre13.
8Parmi ceux qui se rendirent complices du régicide, Saint-Amant s’en prit, tout à fait injustement par ailleurs, au général de l’Armée du Nouveau Modèle, Thomas Fairfax, dans un sonnet conçu comme épitaphe pour le roi Charles : « En cet acte cruel, long et misterieux / Fairfax donna le coup, ce monstre inexorable ». En contrepoint, il présente Charles comme une victime sacrificielle qui rendit « par son noble sang l’eschafaut glorieux »14. Les pamphlétaires royalistes anglais s’employèrent semblablement à donner forme au martyre du roi, s’inspirant du livre de mémoires supposées de Charles, Eikon Basilike, qui connut un franc succès, y compris sur le continent, et participa grandement à une image posthume glorieuse du monarque : le souverain se trouve comme sanctifié par le régicide, œuvre de barbares sanguinaires.
9La détestation qu’éprouve Saint-Amant envers la révolution anglaise et sa loyauté à l’endroit de la monarchie française est particulièrement sensible dans ces vers, extraits du « Sonnet sur les mouvements de Paris » :
Qu’on ne compare point les troubles de la Seine
A ceux de la Tamise, où l’orgueil mesme agit ;
C’est un fleuve brutal qui sans cause mugit,
Mais l’autre avec raison murmure en voix humaine.
Paris ayme le roy, Paris ayme la reyne15.
10Saint-Amant semble ici minimiser le potentiel subversif de la Fronde parisienne tandis qu’il considère la révolution anglaise, symbolisée par l’impétueuse Tamise, pour ce qu’elle fut, c’est-à-dire non seulement un changement de régime politique, mais une mise à terre des normes et des valeurs associées à l’ordre politique et social de la monarchie.
11La condamnation du régicide anglais se manifeste tout autant dans des libelles ciblant Mazarin. Le sentiment monarchique en France n’était pas incompatible avec la détestation que suscitait le ministre d’État, loin s’en faut. Ainsi, la pénétration des idées républicaines anglaises en France fut toute relative à cette époque. Ce n’est que plus tard que les penseurs républicains anglais furent mis au service d’une autre révolution, la Révolution française de 1789, dont on sait à quel point elle est le moment fondateur de la République française.
12Le Commonwealth essaya pourtant de souffler sur les braises de la Fronde, singulièrement durant l’été 1652, en recevant des émissaires Frondeurs bordelais et en missionnant des envoyés devant œuvrer souterrainement à Bordeaux. C’est ainsi qu’Edward Sexby, officier de l’Armée du Nouveau Modèle, tenta d’exporter la révolution anglaise et, pour ce faire, de s’allier avec les membres de l’Ormée, composante populaire et plus radicale de la Fronde bordelaise, pour laquelle il traduisit en français un projet constitutionnel à coloration « démocratique » élaboré par les Levellers, The Agreement of the People16. Malgré la publication à Paris de quelques pamphlets antimonarchistes et favorables à une forme de souveraineté populaire, cette tentative de subversion de la monarchie française fit long feu. Il n’y eut pas de contagion révolutionnaire.
13Quand elles évoquent le régicide anglais, même les mazarinades, en tout cas la plupart d’entre elles, en livrent une ardente critique, à l’instar de cette chanson contre Mazarin composée en janvier 1649, intitulée « La Chanson des Barricades de Paris » :
Toutes les Chaines on tendit,
Et les Barricades on fit,
Témoignant nostre collère [ce sont des harengères qui s’expriment]. […]
Crions tous de vive foy,
Vive Louis nostre Roy […],
Puis crions pareillement,
Vivre nostre Parlement,
Qui sont Nos Nosseigneurs & Pères17.
14On comprend parfaitement que l’expression de la colère des Frondeurs parisiens contre Mazarin n’était pas incompatible avec leur loyauté au roi et leur attachement à l’ordre monarchique.
15Semblablement, le journal Le Courrier français, qui prend le parti des Frondeurs, s’en prend violemment à Mazarin, mais il dénonce avec autant de vigueur le « parricide commis en la Sacrée personne du Roy son mari, inhumainement attenté, & exécuté à Londres », référence au régicide, bien sûr, mais aussi à Henriette Marie, fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, et sœur du défunt roi Louis XIII. Dans l’adaptation de ce journal en vers burlesques, Saint-Julien stigmatise « la fureur de l’Anglois / Infâme bourreau de ses Rois »18.
16La diffusion des récits du régicide anglais en France fut diversifiée. De la rumeur à l’information périodique et aux narrations imprimées et médiatisées par la traduction, à Paris comme dans des villes de province telles que La Rochelle ou Rouen, le procès et l’exécution de Charles Ier donnèrent lieu, pour reprendre la formule de Stéphane Haffemayer, à une « frénésie éditoriale » dans la France frondeuse, où l’imagination le disputait souvent à l’information. Il fallait en effet tenter de comprendre et de nommer l’acte sacrilège dont le roi anglais fut victime. La plupart de ces productions, y compris l’essentiel des textes frondeurs, à de rares exceptions près, dénoncèrent le régicide et contribuèrent à façonner l’image du roi martyr qui imprima sa marque dans la conscience collective19.
17Qu’elle soit célébrée ou condamnée, la Fronde n’est en rien comparable à « cette impiété » qu’est le régicide, pour reprendre le mot de Saint-Amant. Une fois n’est pas coutume, la modération semble venir de France, alors que l’Angleterre est secouée par des passions débridées. L’actualité anglaise, on le voit, agit essentiellement comme un repoussoir en France et cultive, en creux, une forme d’allégeance à la Couronne française.
18L’actualité française a elle aussi droit de cité dans les journaux anglais de la fin des années 1640. L’intérêt de la presse outre-Manche, on peut s’en douter, porte essentiellement sur les événements qui eurent cours dans les îles Britanniques. Toutefois, les événements liés à la Fronde sont assez régulièrement décrits dans les pages des hebdomadaires.
La représentation de la Fronde dans la presse anglaise
19Les hebdomadaires de la révolution anglaise peuvent être classés en deux catégories. D’un côté, les mercuries, publications polémiques au ton souvent satirique et au format hybride, mi-journaux mi-pamphlets, étaient principalement dévolus à la cause royaliste, même si l’on trouve des publications pro-parlementaires de ce type, dont l’objectif consistait principalement à réfuter et railler les mercuries royalistes. L’actualité française y figure, de manière plus ou moins régulière, selon le bon acheminement des nouvelles. Avec la verve satirique qui les caractérise, les auteurs s’employèrent à mettre en relief la supposée communauté de destins entre l’Angleterre la France, comme le rédacteur de Mercurius Elencticus, qui relate la fuite de la famille royale française en janvier 1649 en ces termes : « The face of things there doth much resemble the Beginning of our Troubles. / Our English were the Traitors led the Dance / They laught at us : now we will laugh at France »20.
20Contrairement à la perception que donnent de la révolution anglaise les auteurs de mazarinades mentionnés dans la première partie de cette étude, les auteurs de journaux royalistes anglais représentent la Fronde, non seulement comme une rébellion contre Mazarin, mais comme un prélude à une révolution imitant le modèle anglais, voire une pièce maîtresse d’un échiquier républicain européen en train de se constituer. Un autre rédacteur royaliste écrit d’ailleurs en mai 1649 : « As Holland led the Dance, / Republique-Fashions will come in / And then the next is France »21.
21L’autre catégorie de journaux anglais des années révolutionnaires est constituée de diurnals, essentiellement des journaux au service de la cause du parlement, caractérisés par une présentation « traditionnelle » de l’information, c’est-à-dire journalière, voire chronologique, et plutôt factuelle. Ces publications s’enrichirent au fil des années de conflit de « rubriques » de nature variée : éditoriaux, pétitions, newsletters, annonces et publicités. La présentation de l’actualité internationale, européenne pour l’essentiel, dans les quelques hebdomadaires qui en faisaient état suivait peu ou prou le modèle canonique des corantos, les premiers journaux diffusés en Europe à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles. Tous n’intégraient toutefois pas de nouvelles de l’étranger, et celles-ci étaient parfois utilisées comme variables d’ajustement pour pallier le relatif manque de nouvelles domestiques.
22Contrairement aux autres nouvelles de l’étranger, y compris celles qui relataient des épisodes de la Guerre de Trente Ans, les nouvelles en provenance de France acquirent un statut informatif et éditorial particulier dans les diurnals anglais de la fin de la décennie 1640, puisqu’elles faisaient généralement l’objet d’un traitement séparé, qui permettait une mise en exergue. À titre d’exemple, on peut citer une brève publiée par The Moderate, hebdomadaire à coloration radicale. Cette information figure au beau milieu de nouvelles relatives aux décisions du parlement anglais à Westminster. On est loin du modèle formel « classique » concernant la disposition des nouvelles internationales. C’est dire l’importance que revêt ici l’information communiquée: « The News from France is extraordinary, the people having Fortified Paris, and resolve to be as free men, (God assisting them) as we are, or hope to be, in this Nation »22. La nouvelle s’accompagne ici d’un commentaire éditorial à forte tonalité politique et d’autant plus percutant qu’il peut se lire comme faisant écho à l’éditorial du numéro, dans lequel l’auteur condamne l’absolutisme royal en réfutant les théories de Pierre de Belloy sur la monarchie de droit divin. L’auteur lit donc les événements liés à la Fronde parisienne à l’aune non seulement de l’actualité anglaise, mais aussi et surtout de ses présupposés idéologiques, à savoir, une défense résolue des libertés publiques et de la souveraineté populaire. Par son commentaire éditorial incisif, l’auteur du journal The Moderate légitime une forme de résistance à l’absolutisme royal.
23Il n’est guère étonnant que, quand ils évoquent la Fronde, les auteurs des journaux royalistes la condamnent, cependant que leurs concurrents parlementaires s’en félicitent. Ce qui est moins attendu, peut-être, est qu’ils l’utilisent, à la manière d’un prisme, pour proposer leur propre lecture des événements révolutionnaires anglais. La Fronde sert alors tantôt d’avertissement lancé aux lecteurs pour faire accroire que, sur l’échiquier géopolitique européen, l’Angleterre républicaine pourrait bien gagner la partie, tantôt de caution légitimant la révolution anglaise, dont les mérites et la portée sont vantés. Dans un cas comme dans l’autre, qu’il soit décrié ou glorifié, l’(anti)modèle anglais est de nature à s’exporter sur le Continent européen, pour le meilleur ou pour le pire.
Mazarinades et presse anglaise des années révolutionnaires
24L’actualité française liée à la Fronde telle qu’elle est décrite dans les journaux anglais de la fin des années 1640 prend variablement la forme de dépêches provenant de France et traduites du français vers l’anglais, conformément au format traditionnel hérité des corantos, ou encore d’informations factuelles commentées par les auteurs des hebdomadaires, souvent à des fins polémiques. Outre les dépêches, elle ne donne que plus rarement lieu à l’inclusion, dans ces palimpsestes textuels qu’étaient les journaux anglais des années 1640, de documents publiés en France et traduits en anglais. Certains de ces textes étaient des mazarinades, et leur présence dans les pages des hebdomadaires contribua à une lecture spécifique des événements français, mais aussi anglais.
25Ainsi, quelques auteurs de diurnals s’emparèrent de mazarinades traduites en anglais qu’ils reproduisirent dans leurs journaux. Cinq mazarinades furent publiées en 1649 dans trois hebdomadaires différents, mais c’est principalement l’un d’eux, The Moderate, qui concentre ces publications. Le nombre peut paraître faible, mais la loi sur la censure de septembre 1649 provoqua la disparition de tous les journaux existants, lesquels furent remplacés par des publications officielles approuvées par le parlement23. Les mazarinades dont la publication était postérieure à cette date ne furent pas reproduites. Par ailleurs, l’actualité internationale, pour importante et brûlante qu’elle fût, était largement concurrencée par celle des îles Britanniques. Enfin, il n’était pas si fréquent que des textes entiers soient intégrés aux journaux.
26Les mazarinades publiées dans les journaux anglais sont de nature diverse : on dénombre une apologie des Frondeurs, une pétition et trois lettres. Parmi ces missives, on trouve une lettre du Parlement de Paris reprenant des ordonnances qu’il vota ; une longue lettre fictive adressée par le père de Mazarin à son fils, suivie de la réponse du cardinal à son père ; enfin, une lettre non signée adressée à la reine régente, lettre qui parut dans une version abrégée et édulcorée24. Ces textes ont en commun le fait qu’ils éreintent Mazarin, dont le gouvernement est jugé attentatoire à l’ordre public. La lettre fictive, de nature parodique, poursuit l’objectif de discréditer Mazarin. Mazarin père écrit ainsi :
Souvenez vous, je vous prie, mon fils, que vous n’avez jamais beaucoup estudié, et que vous n’estes pas parvenu à une si haute fortune par la capacité de votre esprit, que ce n’a esté que par l’heureuse rencontre du Cardinal de Richelieu, qui vous a elevé et mis en la place25.
27Les traductions sont généralement fidèles, sauf celle de la lettre à Anne d’Autriche, qui sera évoquée un peu plus loin26.
28On peut noter que ces mazarinades semblent avoir donné lieu à une forme de récupération politique, même s’il est difficile de la mesurer avec certitude. Ainsi, dans un des journaux parlementaires, A Perfect Diurnall, la mazarinade intitulée en français Lettre de la cour de parlement de Paris, envoyée aux baillis, seneschaux, maires eschevins, & autres officiers de ce royaume, et traduite en anglais sous le titre de A Letter from the Court of Parliament at Paris, sent to all Majors, Bailiffs, Sheriffs, and other publicke Officers in the Kingdome of France, est introduite par un commentaire éditorial dans lequel le rédacteur se réjouit des troubles en France, les Parisiens ayant levé leur étendard, tout comme les Normands, et tous proclamant la souveraineté du peuple, censément sur le modèle de la devise que se choisit le parlement anglais dans une proclamation du début du mois de janvier 1649 : « Salus populi suprema lex » (« le salut du peuple est la loi suprême »)27. Le commentaire évoque également une révolte contre le roi d’Espagne, faisant croire à l’existence d’une sorte d’Internationale antimonarchique. Le rédacteur opère ici une forme de désinformation, en entretenant à tout le moins une certaine confusion, dans la mesure où le texte original n’est absolument pas antimonarchique, mais se présente comme une diatribe contre Mazarin, accusé d’avoir enlevé le roi et d’œuvrer précisément au discrédit de la monarchie, dont la légitimité n’est absolument pas remise en question.
29The Moderate, qui reproduisit en traduction anglaise quatre mazarinades sur les cinq, est un cas de figure particulièrement intéressant. Ce fut le seul à publier ces textes, exception faite de deux journaux concurrents, qui reproduisirent chacun une mazarinade28 et, pour The Perfect Diurnall, évoqué plus haut, une mazarinade qui avait été publiée précédemment dans The Moderate. The Moderate était une publication radicale : il était issu de la contrefaction d’un autre journal en mai 1648 ; il adopta par la suite une ligne éditoriale résolument antimonarchique et soutint l’Armée du Nouveau Modèle, l’armée parlementaire qui défit le roi en septembre 1648 ; puis, il afficha des opinions politiques plus radicales, en relayant les griefs des soldats et en soutenant les revendications des Levellers, groupe ou secte, pour reprendre le terme anglais, de la frange radicale qui militait pour une démocratisation des institutions politiques ; après le régicide, enfin, il s’opposa farouchement aux dérives oligarchiques de la république nouvellement créée, se fit l’avocat des Levellers emprisonnés et d’autres réprimés par Cromwell, et défendit continûment les libertés publiques ainsi que le principe de souveraineté populaire, préconisant la mise en place d’un régime contractualiste.
30Là encore, le recyclage des mazarinades semble obéir à une forme de récupération politique. C’est particulièrement net pour l’un des quatre textes, intitulé en français Décision de la Question dv Temps. A la Reyne regente, publié à Paris en 1649, et traduit en anglais. L’auteur se piquait de vouloir ouvrir les yeux de la régente sur la situation jugée déplorable du pays et les malversations supposées des conseillers royaux, et soutenait le Parlement de Paris contre l’autoritarisme de Mazarin. Le rédacteur de The Moderate livra de ce pamphlet une version abrégée et caviardée, intitulée Quaerie of the Times decided in a Letter to the Queen Regent of France. Il en expurgea certains passages, en particulier celui dans lequel l’auteur de la mazarinade rejette les accusations de rébellion prononcées à l’encontre du peuple de Paris et dénonce tous ceux qui, à l’étranger, ont osé s’en prendre à l’autorité monarchique. Il vise en particulier les Napolitains qui se rebellèrent contre la monarchie espagnole tutélaire en 1647 et, surtout, les régicides anglais, qu’il fustige en ces termes :
A-t-on veu Paris […] remply de sang et de carnage comme Naples ? Je ne parle pas de la furie enragee des Anglois, qui par un execrable regicide, ont fait un original effroyable à la posterité, sur lequel les plus detestables rebelles pussent tirer des copies29.
31Le texte français fait écho aux vers de Saint-Julien mentionnés plus haut : « La fureur de l’Anglais / Infâme bourreau de ses Rois ».
32La traduction de ce passage en anglais, telle qu’elle est reprise par The Moderate, est grandement édulcorée: « I will not insist upon the example of Naples, and other Countries near us, who upon small grounds have sought their redress through fire and sword »30. Il est clair que la publication de l’ensemble de ce texte aurait été transgressive dans le contexte anglais. On ne sait d’ailleurs si le caviardage est le fait du traducteur ou de l’auteur de The Moderate qui, même s’il avait alors pris ses distances avec la république, n’aurait peut-être pas couru le risque de publier un texte à ce point sulfureux en Angleterre.
33Même dans sa version édulcorée, la publication de ce texte était déjà subversive, dans la mesure où elle se faisait l’écho d’un pamphlet militant pour une réconciliation entre la régente et le Parlement de Paris et prenait la défense de la reine de France, publication qui indisposa peut-être les autorités du Commonwealth. L’auteur de The Moderate se montrait de plus en plus hostile à la dérive autoritaire de la république et soutenait ouvertement les Levellers. Peut-être s’était-il fait à l’idée qu’une monarchie mixte était préférable à une tyrannie républicaine, thèse que certains pamphlets Levellers défendirent par la suite.
Conclusion
34Quels enseignements peut-on de tirer de cette analyse de la circulation des nouvelles d’une rive à l’autre de la Manche et, plus précisément, de la publication des mazarinades dans les journaux de la révolution anglaise ?
35Premièrement, alors que la France et l’Angleterre connaissaient concomitamment des troubles politiques, nous savons que les nouvelles voyageaient dans les deux sens. S’agissant des mazarinades, nous avons la preuve qu’elles cheminaient jusqu’en Angleterre, et qu’elles étaient traduites et diffusées grâce à la presse parlementaire. Peut-être l’intégration aux journaux dont certaines faisaient l’objet servait-elle un objectif documentaire, au même titre que les nouvelles. Cela étant, dans la mesure où les mazarinades possédaient une dimension fortement politique, voire polémique, il est fort probable que leur publication dans les journaux devait également obéir à des considérations politiques.
36Deuxièmement, s’agissant de l’hebdomadaire The Moderate, on peut faire l’hypothèse selon laquelle son rédacteur prit appui sur les mazarinades qu’il publia, quitte à en gauchir quelque peu le sens, afin de légitimer sa propre ligne éditoriale. Les mazarinades en question soutiennent les Frondeurs, à savoir le Parlement et le peuple de Paris contre Mazarin. Dans le journal anglais, elles viennent étoffer un plaidoyer pour le peuple, dont le rédacteur se fait le porte-voix, ainsi qu’une défense de la souveraineté populaire. Le positionnement politique du rédacteur évolua au fil du temps, puisqu’il afficha d’abord un anti-royalisme virulent avant d’adopter, au printemps 1649, une attitude plus conciliante à l’égard de la monarchie, mais franchement hostile à l’égard de la république oligarchique qui se mettait en place. En revanche, son engagement en faveur du peuple fut constant. La publication des mazarinades ne semble pas avoir été incompatible avec ces oscillations : Mazarin pouvait invariablement servir de repoussoir contre toute dérive autoritaire, qu’elle fût monarchique ou républicaine, et la Fronde pouvait être utilisée comme légitimation de la révolution anglaise, jusque dans sa forme radicale.
37Troisièmement, la publication des mazarinades dans la presse anglaise dément l’hypothèse selon laquelle les nouvelles internationales n’étaient pas chargées politiquement, à l’inverse de la thèse de Nicholas Brownlees, qui décrit les nouvelles internationales comme des informations à l’état brut et non politisées (« conventional non-politicised hard news stories »)31. Il est vrai que son hypothèse ne prend pas en compte ces textes politiques et polémiques que sont les mazarinades. Peut-être leur inclusion dans un journal anglais, à cause de la distance géographique, aurait-elle amoindri leur potentiel subversif, si elles avaient été publiées dans un contexte autre que celui du régicide et du changement de régime. Les mazarinades ne constituaient pas vraiment un facteur de déstabilisation pour des lecteurs anglais ; elles n’étaient pas en soi un appel à la révolte. Elles coexistaient, en revanche, avec des éléments textuels sans doute plus sulfureux : interventions éditoriales, qu’il s’agisse d’éditoriaux en bonne et due forme ou de commentaires plus ponctuels, ou encore pétitions, dont certaines étaient particulièrement virulentes. Ces éléments étaient véritablement en prise sur l’actualité anglaise et véhiculaient une critique, parfois véhémente, du statu quo politique. C’est par le prisme de l’Angleterre que ces informations en provenance de France sont appréhendées et reconstruites. Dans un autre contexte que celui des îles Britanniques de l’après régicide, les nouvelles de la Fronde n’auraient sans doute pas revêtu la même charge politique : étant donné les circonstances politiques que connurent les deux pays à la fin des années 1640, la distance géographique se trouve comme abolie au profit d’une communauté de destins, qui peut être souhaitée, voire fantasmée, ou regrettée. Ainsi, ce que l’on peut appeler l’ordre des nouvelles, auquel contribuaient les nouvelles étrangères et, singulièrement, les mazarinades, pouvaient devenir facteur de désordre.
1 L’adjectif « radical » tel qu’il est utilisé dans cet article s’applique à des positions politiques ou des comportements sociaux jugés contraires à la norme établie. Ainsi, en 1647, les soldats de l’Armée du Nouveau Modèle avaient élu, dans leurs régiments respectifs, des Agitateurs dont la mission consistait à négocier avec leurs supérieurs le paiement de leurs arriérés de solde et, de manière plus significative, des droits politiques élargis pour le peuple anglais.
2 Du point de vue institutionnel, le Commonwealth était constitué d’un parlement unicaméral, la chambre des Lords ayant été abolie, et d’un Conseil d’État composé de quarante-et-un membres, organe exécutif du régime. Cette institution fut de plus en plus contestée à cause de ses agissements jugés autoritaires, tels que des arrestations sommaires d’opposants politiques ou des mesures répressives contre les dissidents au sein de l’armée.
3 The Moderate Intelligencer (février 1645-octobre 1649) était un pourvoyeur reconnu de nouvelles étrangères, lesquelles complétaient donc l’actualité des îles Britanniques.
4 Peter Lake, Steve Pincus, « Rethinking the Public Sphere in Early Modern England », Journal of British Studies, 45.2, 2006, p. 270-92.
5 J. B. Williams, A History of English Journalism to the Foundation of the Gazette, Londres, New York, Longmans, Green, & Co, 1908; Joseph Frank, The Beginnings of the English Newspaper, 1620-1660, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1961.
6 Laurent Curelly, The Moderate: An Anatomy of an English Radical Newspaper (1648-9), Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, 2017; Angela E. J., Macadam, « Mercurius Britanicus: Journalism and Politics in the English Civil War », PhD diss, University of Sussex, 2005.
7 Jason Peacey, « The Management of Civil War Newspapers: Auteurs, Entrepreneurs and Editorial Control », Seventeenth Century, 21.1, 2006, p. 99-127.
8 Laurent Curelly, « Mind your U’s and V’s! Counterfeiting Newspapers in Civil War Britain », dans Philip Lavender, Matilda Amundsen Bergström (dir.), Faking It – The Performance of Forgery in Late Medieval and Early Modern Culture, Leyden, Brill, 2023, p. 199-230; Jason Peacey, « ‘The counterfeit silly curr’: Money, Politics, and the Forging of Royalist Newspapers during the English Civil War », Huntington Library Quarterly, 67.1, 2004, p. 27-57.
9 Jason Peacey, « News, Pamphlets and Public Opinion », dans Laura Lunger Knoppers (dir.), The Oxford Handbook of Literature and the English Revolution, Oxford, Oxford University Press, 2012, p. 173-89; David Zaret, Origins of Democratic Culture: Printing, Petitions, and the Public Sphere in Early Modern England, Princeton, Princeton University Press, 2000.
10 Il convient de mentionner ici l’étude pionnière de Joad Raymond, The Invention of the Newspaper– English Newsbooks, 1641-1649, Oxford, Clarendon Press, 1996. Voir aussi Laurent Curelly, « ‘Ha, ha, ha’: Modes of Satire in the Royalist Newsbook The Man in the Moon », XVII–XVIII, 70, 2013, p. 73-90; Laurent Curelly, « Is the Pen Really Mightier than the Sword? Poetic Fragments and Politics in Civil War Ephemeral Newspapers », dans Paloma Bravo, Charlotte Coffin, Séverine Delahaye-Grévois (dir.), Le Sens des formes dans l’Europe d’Ancien Régime, Études Épistémè, 2021, https://journals.openedition.org/episteme/11105.
11 Stéphane Haffemayer, Les Lumières radicales de la Révolution anglaise : Samuel Hartlib et les réseaux de l’intelligence, Paris, Classiques Garnier, 2018 ; Joad Raymond, Noah Moxham (dir.), News Networks in Early Modern Europe, Leiden, Boston, Brill, 2016 ; Roeland Harms, Joad Raymond and Jeroen Salmon, Not Dead Things. The Dissemination of Popular Print in England, Wales, Italy and the Low Countries, 1500–1800, Leiden, Boston, Brill, 2013; Andrew Pettegree, The Invention of News: How the World Came to Know about Itself, New Haven (CT), Londres, Yale University Press, 2014.
12 Théophraste Renaudot, Gazette n°21 (10 février 1649), dans Recueil des Gazettes Nouvelles Ordinaires et Extraordinaires, Paris, 1650, p 135-136.
13 Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, « Sonnet - À la Renommée, sur la mort du roi d’Angleterre », dans Charles-Louis Livet (dir.), Œuvres de Saint-Amant, vol. 1, Paris, P. Jannet, 1855, p. 439.
14 Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, « Autre sonnet -Pour son epitaphe », op. cit., p. 440. S’il commanda bien l’Armée du Nouveau Modèle et participa à la répression contre les mutins de l’armée en mai 1649, Thomas Fairfax s’opposa au régicide. Quoique nommé juge au procès de Charles Ier, il s’abstint de siéger à la cour ad hoc qui convainquit le roi de trahison et l’envoya à l’échafaud.
15 Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, « Sonnet -Sur les mouvements de Paris », op. cit. p. 438.
16 Voir Laurent Curelly, « “Do look on the other side of the water”: de la politique étrangère de Cromwell à l’égard de la France », E-rea, 11.2, 2014, https://journals.openedition.org/erea/3751.
17 Recueil Général De toutes les Chansons Mazarinistes. Et avec plusieurs qui n’ont point testées chantées, Paris, 1649, p. 9.
18 Suitte et sixsième arrivée du Courier françois, apportant toutes les nouvelles véritables de ce qui s'est passé depuis sa cinquième arrivée iusques à présent, Paris, Rolin de La Haye, 1649, p. 8 ; Saint-Julien, Cinquième Courrier françois traduit fidellement en Vers Burlesques, Paris, Claude Boudeville, 1649, dans Célestin Moreau (dir.), Les courriers de la Fronde en vers burlesques, vol. 2, Paris, J. Jannet, 1857, p. 64.
19 Stéphane Haffemayer, « La naissance du mythe de Charles Ier “prince martyr”, dans la France de la Fronde », dans Paul Chopelin et Sylvène Édouard (dir.), Le Sang des princes – Cultes et mémoires des souverains suppliciers, XVIe-XXIe siècles, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2014, p. 49-61. Parmi les Frondeurs qui se servirent du régicide anglais pour pourfendre la tyrannie royale, Stéphane Haffemayer évoque François Davant et Jean Rousse, qui font figure d’exception.
20 « Les choses ici se passent ici d’une façon qui ressemble fort à la manière dont a débuté l’agitation dans notre royaume. / Les Anglais sont des traîtres qui ont mené la danse. / Ils se sont gaussés de nous ; c’est à notre tour maintenant de nous gausser de la France », Mercurius Elencticus, n°59, 2-9 janvier 1649, p. 564. Les citations en anglais seront données dans la langue originale dans le corps du texte et traduites en français en note.
21 . « La Hollande a mené la danse, / le modèle républicain va s’imposer / et le prochain pays sur la liste est la France », Mercurius Pragmaticus. (for King Charls II.), n°6, 22-29 mai 1649, p. 41.
22 « Les nouvelles en provenance de France sont extraordinaires, le peuple ayant barricadé Paris et ayant pris la résolution d’être aussi libre, avec l’aide de Dieu, que nous le sommes, ou espérons l’être, dans ce pays », The Moderate : Impartially communicating Martial Affaires to the Kingdom of England, n°24, 19-26 décembre 1648, p. 224.
23 La loi sur la censure de 1649, An act against unlicensed and scandalous books and pamphlets, and for better regulating of printing, qui fit disparaître un grand nombre de diurnals et les remplaça par deux publications officielles, n’était pas la première tentative consistant à juguler la presse, mais les contrôles furent plus efficaces et, surtout, le chaos lié aux guerres civiles avait fait place à un semblant d’ordre politique. Voir Laurent Curelly, « Silencing the Press/Censors during the English Revolution and the Early Restoration », XVII-XVIII, 82, 2025, https://journals.openedition.org/1718/15899#ftn15.
24 Les deux premiers textes originaux sont intitulés La Fronde du Parlement fatalle au Mazarin (Paris, 1649) et La Requeste des Trois Estats presentee à Messieurs du Parlement (s.l., 1649). Quant aux lettres, il s’agit respectivement de Lettre de la cour de parlement de Paris, envoyée aux baillis, seneschaux, maires eschevins, & autres officiers de ce Royaume (Paris, 1649) ; Lettre du sieur Mazarini au cardinal Mazarin son fils, de Rome, le 25 octobre 1648, avec la réponse du Cardinal Mazarin à son père (Paris, 1649) ; Decision de la Question du Temps. A la Reyne regente (Paris, 1649).
25 Lettre du sieur Mazarini au cardinal Mazarin son fils, op. cit., p. 6.
26 Les traductions anglaises publiées dans la presse sont les suivantes: The Sling of the Parliament fatall unto Mazarini; The Humble Petition of the Clergy, Nobility, Gentry, and the Commons within the Province of the Isle de France; A Letter from the Court of Parliament at Paris, sent to all Majors, Bailiffs, Sheriffs, and other publicke Officers in the Kingdome of France; Copy of a Letter from Monsier Mazarini, to the Cardinal his son; Quaerie of the Times decided in a Letter to the Queen. Tous ces textes furent publiés dans l’hebdomadaire The Moderate, sauf le premier, qui fut repris par A Perfect Diurnall. Ce dernier journal publia également A Letter from the Court of Parliament at Paris.
27 A Perfect Diurnall of some Passages in Parliament, n°287, 22-29 janvier 1649, p. 2310.
28 Il s’agit en l’occurrence de A Perfect Diurnall et de The Moderate Intelligencer.
29 Décision de la Question dv Temps. A la Reyne regente, op. cit., p. 7.
30 « Je ne m’étendrai pas sur l’exemple de Naples ni sur celui d’autres pays proches du nôtre, qui ont cherché à remédier à de petites difficultés par le feu et l’épée », The Moderate, n°42, 24 avril - 1mai 1649, p. 480.
31 Nicholas Brownlees, « Narrating Contemporaneity : Text and Structure in English News », dans Brendan Dooley (dir.), The Dissemination of News and the Emergence of Contemporaneity in Early Modern Europe, Farnham, Burlington (VT), Ashgate, 2010, p. 225-250.
Revue du GRHis, n° 2, 2026
URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/grhis/188.html.
Quelques mots à propos de : Laurent Curelly
Université de Haute-Alsace, ILLE, Professeur de littérature et de civilisation anglaises de la première modernité
