Sommaire
Les mazarinades et l'international, n°2, octobre 2026
- Amstutz Delphine, maître de conférences en Littérature française du XVIIesiècle, faculté des Lettres de Sorbonne Université/ Cellf UMR 8599. - Bilis Hélène, professor of French, Wellesley College. - Curelly Laurent, professeur des Universités en littérature et civilisation anglaises du XVIIe siècle, Université de Haute-Alsace. - Deguin Yohann, maître de conférences en littérature française du XVIIesiècle. - Esteban Estríngana Alicia, T.U. de Historia Moderna, Universidad de Alcalá. - Górzyński Sławomir, professeur à l’Université d’Opole. - Haffemayer Stéphane, professeur d’Histoire moderne, Université de Rouen-Normandie, GRHis (UR 3831). - Herrmann Frédéric, maître de Conférences en Études Anglophones, Université Lumière Lyon 2, UMR 5206 Triangle. - Junot Yves, maître de conférences en Histoire moderne, Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes - LaPorta Dr Kathrina, Dépt. Français, Université de New York, États-Unis. - Loysen Kathleen, Associate Professor of French & Chair Department of Global Cultural Studies, Montclair State University. - Malinowski Teresa, docteure en histoire, chercheure rattachée au Mémo (Université Paris Nanterre). - Matsumura Takeshi, professeur à l’Université de Tokyo. - Poncet Olivier, professeur d'Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque moderne, École nationale des chartes. - Poumarède Géraud, professeur des Universités en Histoire moderne, Sorbonne Université. - Proot Joran, Dr., Cultura Fonds (Dilbeek)/Sint Lucas Antwerpen. - Steinberger Deborah, professor of French and Comparative Literature, University of Delaware. - Teyssandier Bernard, professeur des universités en Littérature française des XVIeet XVIIesiècles, Université de Reims. - Tsimbidy Myriam, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Bordeaux Montaigne, équipe Plurielles (UR24142). - Tylus Piotr, professeur de philologie romane à l'Université Jagellone.Comité scientifique
- Stéphane Haffemayer Introduction : l’international dans les mazarinades
- Patrick Rebollar Aux frontières des mazarinades
- Florine Lévecque-Stankiewicz Représenter la Fronde à l’étranger : les gravures de Caspar Luyken pour la Vie de Mazarin (Leyde, 1699)
- Teresa Malinowski Les Mazarinades dans les collections de la Bibliothèque Jagellonne : recensement, provenance, réseaux de circulation
- Maxim Boyko Diffusion et perception des mazarinades en Russie de la Grande Catherine à Vladimir Poutine
- Cécile Leduc Un duc étranger allié des princes français : la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les Mazarinades et les Mémoires
- Lourdes Amigo Vázquez Les différents visages de l’Espagnol. La monarchie de Philippe IV dans les mazarinades de 1649
- Lourdes Amigo Vázquez Los diferentes rostros del español. La Monarquía de Felipe IV en las mazarinadas de 1649
- Pierre Ronzeaud « Lavemans et polacres », formes et fonctions de la représentation des ennemis étrangers dans les Mazarinades de la guerre de Paris, janvier-avril 1649
- Laurent Curelly Les mazarinades dans la presse anglaise à l’époque de la première révolution (1649)
- Stéphane Haffemayer Un moment décisif de la Fronde : Mazarin et l’attaque ad-odium du 1er février 1651 : « Il persuadoit tous les iours au Roy, que tous les Gens de bien de son Royaume estoient autant de Cromvvels de Fairfax, Tous les Parlements, des Parlements d’Angleterre »
II. La diffusion internationale
Diffusion et perception des mazarinades en Russie de la Grande Catherine à Vladimir Poutine
Maxim Boyko
Introduction
1Cette étude se propose d’examiner un aspect encore peu exploré de l’histoire des mazarinades : leur présence et leur réception en Russie, du xviiiᵉ siècle à nos jours. De prime abord, il peut sembler étonnant que ces pamphlets français, issus des conflits de la Fronde, aient suscité un intérêt aussi durable et profond au sein d’une culture a priori éloignée de tels enjeux. Pourtant, les collections russes de mazarinades comptent parmi les plus riches au monde, témoignant d’une fascination persistante de l’élite intellectuelle russe pour ces expressions de la contestation politique française.
2Les collections russes de manuscrits et d’imprimés français ont fait l’objet d’un intérêt scientifique croissant depuis le xixᵉ siècle. En 1862, Jacques Édouard Gardet rédigea une notice sur la collection des mazarinades de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg1. Un siècle plus tard, en 1972, l’historien Hubert Carrier effectua un long séjour en Union soviétique pour établir un inventaire exhaustif, recensant alors environ 12 500 pièces réparties entre plusieurs institutions prestigieuses2.
3Cette estimation s’avère cependant en deçà de la réalité actuelle. Des fonds inconnus ont été progressivement catalogués, tandis qu’un réexamen des collections déjà inventoriées a révélé des pièces supplémentaires. Par ailleurs, les bouleversements institutionnels post-soviétiques ont complexifié le suivi des fonds.
4Les recherches préparatoires menées en amont de cette étude permettent de dresser un panorama actualisé des principales institutions russes dépositaires de collections significatives de mazarinades. La plus importante demeure la Bibliothèque nationale de Russie (Российская национальная библиотека) située à Saint-Pétersbourg, qui conserve environ 8 500 pièces provenant de trois ensembles distincts : la collection des frères Załuski, princes-évêques de Lviv, avec quelque 7 800 libelles ; la collection personnelle du tsar Paul Ier ; les exemplaires intégrés aux volumes de la Gazette provenant de la bibliothèque de Voltaire3. L’Institut d’histoire de l’Académie des sciences de Russie (Санкт-Петербургский институт истории Российской академии наук) à Saint-Pétersbourg conserve environ 1 623 mazarinades, provenant essentiellement du fonds constitué par Nikolaï Likhatchev (1862-1936), historien et bibliophile qui rassembla la plus vaste collection privée d’archives de la Russie prérévolutionnaire. La Bibliothèque de l’Académie des sciences de Russie (Библиотека Российской академии наук), située elle aussi à Saint-Pétersbourg, possède environ 1 500 mazarinades, issues également en grande partie du fonds Likhatchev4.
5À Moscou, la Bibliothèque d’État de Russie (Российская государственная библиотека) abrite un important corpus de 3 703 mazarinades, réparties en 69 recueils. Ce chiffre, très supérieur aux estimations précédentes, met en lumière la nécessité de réévaluer ces collections5. Quant à la Bibliothèque publique historique d’État de Russie (Государственная публичная историческая библиотека), elle conserve environ 1 000 mazarinades6.
6Enfin, un cas singulier mérite une attention particulière : celui de la Bibliothèque scientifique de l’Université de Tomsk (Научная библиотека Томского государственного университета), en Sibérie. Longtemps ignoré des chercheurs, ce fonds provient de la bibliothèque familiale des comtes Stroganov, léguée en 1875 à l’Université alors en cours de fondation. Il rassemble 719 mazarinades, organisées en douze recueils, et constitue l’un des ensembles les plus homogènes et historiquement cohérents conservés en Russie7.
7Ce patrimoine documentaire exceptionnel offre une occasion unique d’étudier les circuits de diffusion de ces textes polémiques et leurs diverses lectures au fil des régimes successifs. Plusieurs questions structurent cette recherche : par quels canaux ces documents français ont-ils été transmis jusqu’en Russie ? Quelles motivations animaient les collectionneurs russes ? Comment l’intérêt pour ces textes a-t-il évolué selon les bouleversements politiques et les contextes idéologiques ?
8Nous formulons l’hypothèse que les mazarinades constituèrent pour leurs lecteurs russes successifs un miroir déformant mais précieux, offrant une fenêtre sur l’Occident et ses crises politiques. Selon les époques, ce miroir a pu servir à légitimer le pouvoir en place dans l’espace russe.
La constitution des collections à l’époque tsariste : fascination pour la culture française (fin xviiie - début xxe siècles)
Catherine II et l’héritage voltairien
9L’histoire des mazarinades en Russie commence symboliquement en 1778 avec l’acquisition par Catherine II de la bibliothèque de Voltaire. Cet achat politique et culturel introduisit les premiers exemplaires de mazarinades sur le sol russe : 330 textes, insérés dans des volumes de la Gazette comme sources historiques du xviie siècle français. Négociée par Friedrich Melchior (1723-1807), baron von Grimm, et Ivan Chouvalov (1727-1797) pour 135 000 livres, la bibliothèque fut acheminée à Saint-Pétersbourg en 17798. Ce transfert illustre les liens intellectuels entre la cour russe et les Lumières françaises.
10Tout au long de son règne, Catherine II manifesta un intérêt constant pour les imprimés et manuscrits français. En 1796, peu avant sa mort, elle fit transférer de Varsovie à Saint-Pétersbourg l’importante collection des frères Andrzej (1695-1758) et Józef Załuski (1702-1774), princes-évêques de Lviv. L’une des plus grandes bibliothèques d’Europe au xviiie siècle, elle abritait la plus vaste collection francophone hors de France9, dont un remarquable ensemble de mazarinades, insérées dans des recueils de pamphlets ou des séries historiques sur la France. Cette collection forma le noyau du fonds étranger de la Bibliothèque publique impériale fondée en 1795.
11Présentes comme éléments périphériques dans ces acquisitions, les mazarinades participaient d’une stratégie de légitimation culturelle fondée sur l’appropriation du patrimoine intellectuel européen. Leur intérêt résidait moins dans leur contenu polémique que dans leur valeur symbolique, reflet d’une culture française raffinée, compatible avec le projet impérial éclairé. Ainsi, ces textes jouèrent peut-être un rôle de « miroir déformant » révélateur, permettant à la monarchie russe d’observer et d’analyser les crises politiques occidentales. Dans le contexte d’une politique francophile, leur présence renforçait l’image d’une Russie cultivée et intégrée aux réseaux du savoir européen.
12La bibliothèque personnelle de Catherine II, qui comptait environ 40 000 ouvrages soigneusement classés10, prolonge cette hypothèse. Elle témoigne d’une ambition où la possession du livre participait à la construction d’un capital symbolique. Paul Iᵉʳ semble avoir poursuivi cette démarche en réunissant sa propre collection de 361 mazarinades11. Cette phase initiale marque les prémices d’une relation complexe entre la Russie et ces pamphlets français, tiraillée entre attrait bibliophilique, usage politique et curiosité intellectuelle.
Les collections aristocratiques du premier xixe siècle : Stroganov et le miroir des contestations françaises
13La collection de mazarinades du comte Grigori Stroganov (1770-1857) conservée à la bibliothèque de l’Université de Tomsk révèle les motivations complexes de l’aristocratie russe éclairée. Cet érudit constitua une bibliothèque de plus de 20 000 volumes, incluant douze recueils de mazarinades12. Ces 719 pièces comprennent majoritairement des éditions parisiennes (498 exemplaires), des éditions régionales et plus d’une centaine de pièces clandestines sans mention d’imprimeur, ainsi que treize gravures de Balthazar Moncornet sur les figures de la Fronde13.
14Ces recueils se distinguent par leur facture sobre : reliures en demi-cuir, plats de papier marbré, dos ornés de plaques de maroquin vert portant titres, numéros et dates à l’encre dorée. L’ex-libris « comtal » apposé sur l’ancien ex-libris « baronnial » témoigne de la mise à jour des collections après l’élévation de Stroganov au rang de comte en 1826. Ces indices matériels suggèrent que Stroganov acquit des ensembles déjà organisés, vraisemblablement en France ou en Allemagne, plutôt que de constituer sa collection pièce par pièce14.
15L’intérêt de Grigori Stroganov pour les collections françaises s’enracine dans sa formation intellectuelle, confiée au précepteur Charles-Gilbert Romme (1750-1795), futur révolutionnaire15. En 1787, Grigori entreprit un Grand Tour européen avec son cousin Pavel Stroganov et Romme. Leur séjour parisien débuta début 1789, plaçant les deux jeunes Russes au cœur de l’effervescence prérévolutionnaire. Le décès du père de Grigori en avril 1789 força ce dernier à regagner la Russie, où il entama une carrière diplomatique16. Pavel, resté en France, s’engagea dans les événements révolutionnaires, avant d’être rappelé et temporairement exilé par Catherine II17.
16Cette immersion précoce dans la pensée française façonna durablement ces deux aristocrates. Plusieurs chercheurs soulignent l’influence durable de Pavel sur son cousin Grigori, notamment dans l’enrichissement de sa bibliothèque18. Dès 1789-1790, Pavel acquérait des pamphlets révolutionnaires et conservait des liens avec Romme, qui lui transmettait des documents issus des bibliothèques saisies durant la Révolution19. Après la mort de Romme en 1795, Pavel maintint un réseau d’érudits et libraires parisiens lui permettant de poursuivre ses acquisitions.
17Il est donc raisonnable de supposer que la collection de mazarinades de Tomsk résulte, au moins en partie, de ces circulations franco-russes. Cette transmission s’inscrit dans un contexte particulier : une aristocratie fascinée par la culture française mais confrontée aux contradictions entre cette admiration et les bouleversements révolutionnaires. L’intérêt pour ces pamphlets critiques envers l’absolutisme offrait peut-être un compromis intellectuel : observer les mécanismes de contestation politique française sans s’impliquer dans les débats révolutionnaires contemporains.
18L’acquisition des mazarinades par les Stroganov pourrait également être liée à Piotr Doubrovski (1754-1816), attaché de l’ambassade russe à Paris pendant douze ans20. Sa position diplomatique lui donnait accès aux cercles érudits et aux bibliothèques dispersées par la Révolution. Opportuniste et bien introduit, il acquit notamment une partie des archives de la Bastille et de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés21. Doubrovski aurait pu agir comme agent d’acquisition pour les Stroganov, ce qui expliquerait comment un diplomate aux moyens modestes put rassembler une collection aussi remarquable22.
19Cette configuration met en lumière un triangle d’échanges intellectuels entre la France révolutionnaire et la Russie impériale : Romme représentait le lien avec les milieux révolutionnaires, Doubrovski assurait la circulation matérielle des ouvrages, les Stroganov incarnaient ces élites éclairées qui s’intéressaient aux formes historiques de contestation malgré le durcissement politique. L’acquisition de ces documents pendant ou peu après la Révolution française s’inscrivait dans une réflexion sur les formes de contestation du pouvoir et les dynamiques entre autorité et opinion publique – questions particulièrement sensibles dans une Russie ébranlée par l’écho des révolutions européennes.
20Une autre hypothèse situe leur acquisition dans le sillage de l’insurrection décembriste de 1825, menée par une partie de la noblesse libérale et violemment réprimée23. L’intérêt de Grigori Stroganov pour ces textes pourrait refléter une tentative de compréhension rétrospective au moment où la Russie venait d’expérimenter sa propre tentative de révolution nobiliaire. Le fait que Stroganov ait été élevé au rang de comte en 1826, lors du couronnement de Nicolas Ier24, le place dans une position ambivalente : récompensé par le régime impérial mais héritier d’un environnement intellectuel proche des idéaux libéraux. Cette collection peut ainsi être interprétée comme un espace de résistance intellectuelle où, à une époque de surveillance accrue, étudier la contestation sous couvert d’érudition offrait un refuge pour la pensée critique. Elle reflète une interrogation sur les limites du changement politique : Stroganov, nouvellement anobli, se trouvait à l’intersection de la tradition et de la modernité et pouvait voir, à travers les pamphlets de la Fronde, une image des révoltes nobiliaires, qu’il s’agisse de la France du xviie siècle ou de la Russie contemporaine.
Quand un général russe collectionne la sédition française : le fonds Mavros
21L’intérêt des élites russes pour les mazarinades ne se limite pas à la première moitié du xixᵉ siècle, comme en témoigne la collection du comte Dmitri Mavros (1820-1896). Lieutenant-général de l’armée impériale et commandant du district militaire de Vilna, Mavros incarne une noblesse militaire cultivée, soucieuse de s’approprier les référents culturels européens25.
22Sa bibliothèque de près de 9 000 volumes, répartie en vingt sections thématiques avec catalogues détaillés, témoigne d’une démarche intellectuelle rigoureuse26. Elle comprenait cinq recueils de mazarinades regroupant 244 pamphlets : environ la moitié concernent le blocus de Paris, l’autre moitié les années 1649 à 1651. L’absence de pièces de 1652 suggère la perte d’un ou plusieurs volumes27.
23La singularité du fonds Mavros tient à son histoire matérielle et ses provenances multiples. Contrairement à d’autres ensembles conservés en Russie, celui-ci ne contient ni portraits ni copies manuscrites. Sa valeur réside dans les traces de possession laissées par ses anciens propriétaires : trois exemplaires portent la marque d’un apothicaire de Gien datée de 1784, une autre annotation de 1887 à Metz révèle que la collection se trouvait encore en France à cette époque, suggérant un transfert vers la Russie dans les dernières années du xixᵉ siècle28.
24Ce cas illustre le paradoxe du rapport des élites russes aux productions occidentales : servant un régime autocratique autoritaire, Mavros collectionnait des pamphlets séditieux quand l’expression libérale était surveillée. Les mazarinades, autrefois polémiques, deviennent objets d’étude historique désidéologisé. Elles cessent d’être des vecteurs d’émancipation pour devenir des archives politiques, permettant une réflexion érudite sur les tensions entre pouvoir et opinion. Cette évolution préfigure l’approche savante du tournant du xxᵉ siècle, notamment avec les collections de Nicolaï Likhatchev.
Les collections des milieux érudits et scientifiques : l’exemple de Nikolaï Likhatchev et le regard savant sur les contestations occidentales29
25Contrairement aux collections aristocratiques, souvent motivées par la bibliophilie ou un intérêt pour la contestation politique française, la collection de Nikolaï Likhatchev (1862-1936) incarne une approche érudite et scientifique des mazarinades, marquant un tournant décisif dans leur réception en Russie.
26Archiviste et collectionneur hors pair, Likhatchev consacra sa vie à l’étude des documents anciens, rassemblant une collection exceptionnelle d’actes, de manuscrits, d’autographes et de sceaux russes et européens, acquise entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale30. Son projet s’inscrivait dans le courant positiviste de l’historiographie russe, fondé sur l’analyse rigoureuse des sources et l’adoption des méthodes scientifiques occidentales. Pour lui, les mazarinades n’étaient ni des curiosités bibliophiliques, ni de simples vestiges de contestation politique, mais des matériaux documentaires essentiels pour comprendre les formes de communication politique en Europe moderne.
27Cette vision est clairement formulée dans un texte de 1918, en pleine révolution :
Pendant trente ans, j’ai systématiquement collecté des monuments documentaires de différentes époques et de différents peuples, avec l’audacieuse ambition de créer une “diplomatique” russe, éclairée non par des reproductions extraites des atlas européens, mais par des échantillons inédits de ma propre collection. Je voulais mettre en lumière les sphères d’influences mutuelles entre l’Orient et l’Occident31 […]
28Malgré les bouleversements politiques, Likhatchev inscrivait la recherche russe dans un dialogue intellectuel avec l’Europe, affirmant une volonté d’autonomie scientifique. Cette ambition éclaire l’intérêt russe pour les mazarinades : ériger une historiographie nationale fondée sur l’accès direct aux sources plutôt que sur des médiations savantes occidentales.
29La collection de Likhatchev, forte de près de 1 600 mazarinades principalement acquises à Paris, se distingue par l’exceptionnelle fraîcheur de ses exemplaires. La plupart sont dans un état de conservation remarquable, ayant manifestement peu circulé. Un grand nombre sont encore conservés « en feuilles », dans leur état d’origine32. Cette caractéristique confère à l’ensemble une valeur documentaire inestimable pour l’étude des conditions matérielles de production et de diffusion.
30Grâce à sa correspondance, notamment avec les libraires parisiens, on sait aujourd’hui que la majorité de ces documents provenait de la maison Charavay, illustre dynastie de libraires et antiquaires parisiens. Il est donc probable que les mazarinades aient été acquises auprès de cette maison. Dans une lettre de 1903, Likhatchev évoque avec émotion sa relation avec leur boutique :
Oh ! M. Charavay, au fil des longues années de correspondance et de notre relation, j’ai acquis beaucoup, vraiment beaucoup […] Un petit cabinet, rempli d’étagères et de cartons, sur deux étages, dans une rue étroite près de la célèbre abbaye de Saint-Germain-des-Prés, m’est très cher, et de doux souvenirs y sont associés. C’est là que je trouvais les maillons tant désirés de la grande exposition diplomatique dont je rêvais33.
31L’approche de Likhatchev inaugure une nouvelle phase : la transformation des mazarinades en objets de savoir, étudiés dans le cadre d’une réflexion sur l’histoire des idées politiques et des techniques discursives. Ce passage d’un regard aristocratique à une lecture scientifique préfigure leur réinterprétation par les institutions soviétiques après la nationalisation des collections privées. Devenus des matériaux d’analyse du processus révolutionnaire français, les mazarinades participèrent à la légitimation historique de la révolution bolchevique, intégrés dans une historiographie marxiste attentive aux luttes sociales et aux crises politiques occidentales.
La réinterprétation soviétique : une lecture marxiste des mazarinades (1920-1990)
Les mazarinades comme témoignages des luttes de classes
32La période soviétique marque un tournant radical dans l’approche des mazarinades. Alors que les élites tsaristes les considéraient comme des objets de prestige culturel ou de curiosité érudite, les historiens soviétiques les réinterprétèrent comme des archives de la contestation populaire. Elles devinrent un « miroir déformant » des préoccupations idéologiques, chaque époque y projetant ses propres lectures politiques.
33Dans les années 1930 à 1960, les chercheurs soviétiques, formés dans l’historiographie marxiste, concentrèrent leurs travaux sur un corpus d’environ 1 000 mazarinades conservées à la Bibliothèque publique historique d’État de Moscou. Ce déplacement de Saint-Pétersbourg vers Moscou traduit un changement symbolique : les documents passaient d’un patrimoine aristocratique à un objet d’étude idéologique, porteur d’une vision militante de l’histoire.
34Dans cette nouvelle lecture, les mazarinades furent analysées comme des témoignages des contradictions sociales de l’Ancien Régime. La Fronde, reconsidérée à travers le prisme marxiste, était perçue comme une étape préliminaire vers la Révolution française – elle-même conçue comme une révolution bourgeoise nécessaire dans le schéma menant au socialisme. Cette lecture téléologique illustre l’instrumentalisation politique des sources, soucieuse d’inscrire toute contestation dans une narration progressiste des luttes de classes.
35Parmi les figures marquantes de cette historiographie, Boris Porchnev (1905-1972) occupe une place centrale. Spécialiste des révoltes populaires sous l’Ancien Régime, il développa une analyse influente dans son ouvrage Les Soulèvements populaires en France de 1623 à 164834. S’appuyant principalement sur les mazarinades les plus radicales conservées à Moscou, Porchnev y décelait les prémices d’un discours révolutionnaire. Il mettait en évidence l’émergence d’idées patriotiques, les accusations de tyrannie, les remises en cause du pouvoir absolu, ainsi que des réflexions sur les obligations réciproques entre le roi et le peuple. Pour Porchnev, ces pamphlets témoignaient d’un certain degré de maturité de l’idéologie révolutionnaire bourgeoise : « La religion, le pouvoir royal, les privilèges féodaux – tout est pris pour cible ». La Fronde apparaissait comme une étape préparatoire aux grandes luttes sociales modernes, l’historien évoquant l’émergence d’« idées révolutionnaires, patriotiques et nationalistes »35.
36Cette lecture résolument téléologique fut cependant vivement critiquée, notamment par Roland Mousnier, qui l’accusa d’anachronisme et de réductionnisme36. Comme l’a souligné Hubert Carrier, les pamphlets véritablement radicaux étaient statistiquement marginaux dans le corpus, et leur contenu ne saurait être considéré comme représentatif de l’opinion publique de l’époque – une opinion encore largement monarchiste, malgré une critique virulente des pratiques gouvernementales37.
37Si l’historiographie soviétique offrit aux mazarinades une place inédite dans le récit historique national, elle les interpréta à travers une grille idéologique rigide, souvent au prix d’une simplification des réalités politiques et culturelles du xviiᵉ siècle français.
La préservation paradoxale d’un patrimoine « bourgeois »
38Paradoxalement, la réinterprétation idéologique des mazarinades par le régime soviétique a joué un rôle décisif dans leur préservation. Alors que nombre de documents considérés comme « bourgeois » ou « aristocratiques » furent négligés, dispersés, voire détruits au lendemain d’Octobre, les mazarinades, requalifiées comme témoins des contradictions du système féodal, bénéficièrent d’un nouveau statut. Ce reclassement idéologique leur conféra une légitimité politique et scientifique qui favorisa leur conservation et leur étude.
39Cette requalification illustre la plasticité interprétative d’un corpus documentaire, dont le sens peut être entièrement réorienté selon les contextes idéologiques. De « trésor » bibliophilique aristocratique sous les tsars, les mazarinades devinrent, sous le régime soviétique, des pièces à conviction au service d’une lecture marxiste de l’histoire. Ce glissement révèle à quel point ces pamphlets ont servi de miroir aux préoccupations politiques et intellectuelles successives en Russie.
40Malgré le prisme idéologique parfois rigide imposé par les cadres marxistes, cette période permit un véritable approfondissement scientifique : catalogage systématique, études philologiques, contextualisations historiques. L’institutionnalisation de ces travaux garantit la transmission et l’accessibilité de ces documents jusqu’à aujourd’hui.
41La sauvegarde des mazarinades sous un régime révolutionnaire, pourtant initialement hostile au patrimoine « bourgeois », témoigne de la complexité des logiques de valorisation patrimoniale et de l’instrumentalisation des sources par les pouvoirs. Ce paradoxe rappelle que les usages politiques de l’histoire ne se limitent pas à la sélection des faits, mais englobent aussi la préservation, la transmission et l’interprétation des traces du passé.
La Russie contemporaine : réappropriation et instrumentalisation
Un regain d’intérêt sous l’ère Poutine
42Depuis le début des années 2010, un intérêt renouvelé se manifeste en Russie pour les collections de mazarinades conservées dans ses principales institutions patrimoniales. Ce renouveau, s’inscrivant dans la continuité d’une tradition érudite amorcée dès l’époque impériale, se distingue par des finalités nouvelles, intimement liées aux enjeux politiques et identitaires contemporains.
43En 2010, Anna Isaeva, responsable au département des manuscrits et livres anciens de la Bibliothèque d’État de Russie à Moscou, engagea une première étude d’envergure sur les mazarinades du fonds national. Ses travaux permirent d’identifier plusieurs priorités scientifiques : inventorier les recueils encore non catalogués, authentifier des pièces absentes des bibliographies de référence, et établir des partenariats internationaux – notamment avec l’équipe des Recherches internationales sur les Mazarinades – en vue de l’intégration des collections russes dans une base de données collaborative38. Cette démarche répondait à un constat de longue date : l’absence de catalogage exhaustif entravait la visibilité scientifique de ces documents.
44L’année 2017 marqua une étape symbolique avec l’organisation, par la Bibliothèque publique historique d’État de Russie, d’une exposition majeure consacrée aux mazarinades39. En rendant accessible au grand public un patrimoine longtemps réservé aux chercheurs, cette initiative contribua à repositionner ces documents au cœur du paysage culturel russe.
45Un mouvement similaire s’observe à la Bibliothèque universitaire de Tomsk, engagée dès 2011 dans un projet de valorisation scientifique. Olga Kroupzeva soulignait alors la nécessité de mieux faire connaître le fonds issu de la bibliothèque Stroganov40. Ce travail déboucha sur une exposition thématique, puis, en 2019, sur la publication du premier catalogue complet de cette collection, accompagné d’un projet de numérisation lui conférant une visibilité internationale41.
46Ce regain d’intérêt pour les mazarinades s’inscrit dans un contexte idéologique plus large, où la mémoire impériale et soviétique est mobilisée pour asseoir la légitimité du pouvoir actuel, tout en redéfinissant la place de la Russie face à l’Occident. Le regard porté sur ces pamphlets participe d’un discours identitaire à la fois introspectif et géopolitique.
Une double lecture contemporaine : délégitimation de l’Occident et critique implicite du pouvoir
47L’analyse des discours entourant la revalorisation contemporaine des mazarinades révèle une tension interprétative qui prolongerait leur fonction de « miroir déformant » des dynamiques politiques russes. Deux lectures concurrentes se dégagent, qui seraient révélatrices des ambivalences du récit national actuel.
48D’un côté, il serait pertinent d’étudier si les mazarinades font l’objet d’une instrumentalisation dans une optique de délégitimation de l’Occident. Présentées comme des témoignages de l’instabilité chronique des régimes européens, ces pamphlets pourraient servir à construire une opposition idéologique entre un « chaos politique occidental » et une Russie gardienne de l’ordre et de la stabilité. Cette hypothèse reste à documenter par une analyse systématique des discours accompagnant les expositions et catalogues récents, mais elle s’inscrirait dans un discours plus large de différenciation civilisationnelle observable dans la Russie contemporaine : les querelles fratricides de la Fronde deviendraient alors l’illustration d’une modernité politique occidentale fondée sur la violence et la division – traits jugés incompatibles avec le modèle russe d’unité nationale et de centralisation étatique.
49Mais, à rebours de cette instrumentalisation potentiellement conservatrice, il conviendrait également d’explorer l’émergence possible d’une lecture plus subversive, implicite mais puissante. En mettant en scène la virulence des attaques contre l’autorité (Mazarin, mais aussi le roi, la noblesse, le clergé), les mazarinades réactiveraient une grammaire politique contestataire susceptible de résonner avec les interrogations du lecteur contemporain. La dénonciation de l’arbitraire, la satire des élites, les appels à la justice ou à la responsabilité du pouvoir – autant de motifs qui pourraient être transposés dans le contexte actuel. Cette hypothèse mériterait d’être vérifiée par une enquête qualitative auprès des lecteurs et chercheurs russes contemporains, ainsi que par l’analyse de la réception de ces documents dans les médias et forums de discussion en ligne.
50Cette ambivalence témoigne de la résilience sémantique du corpus : tout en étant mobilisées comme instruments de légitimation du pouvoir, les mazarinades continueraient de porter une charge critique potentielle, selon la sensibilité et le positionnement de leurs lecteurs.
51La redécouverte contemporaine des mazarinades ne se limite pas à une simple opération patrimoniale. Elle révèle la polyphonie des usages du passé dans la Russie post-soviétique, et confirmerait que ces pamphlets demeurent des objets dynamiques de dialogue politique et de réflexion historique. Leur réactualisation dans des contextes divergents atteste de leur capacité à traverser les siècles sans perdre leur pouvoir d’interpellation.
Conclusion
52L’étude de la présence et de la réception des mazarinades en Russie, de l’époque de Catherine II jusqu’à nos jours, dépasse le cadre d’une simple curiosité bibliophilique. Elle s’impose comme un révélateur des dynamiques culturelles, idéologiques et politiques qui ont structuré les relations franco-russes sur le temps long. Avec probablement près de 15 000 exemplaires aujourd’hui recensés, répartis de Saint-Pétersbourg à la Sibérie, ces collections témoignent d’un intérêt soutenu et remarquablement persistant.
53Cette cartographie documentaire a permis de retracer les multiples circulations de ces pamphlets français et d’analyser leurs diverses relectures successives. Les mazarinades apparaissent comme un miroir déformant : elles ont reflété les crises politiques de l’Occident tout en servant, à différentes époques, à légitimer les formes de pouvoir en Russie.
54De Catherine II, qui en fit un instrument d’élévation culturelle et de dialogue avec l’Europe des Lumières, aux historiens soviétiques qui y virent le symptôme des luttes de classes en gestation, chaque régime a projeté sur ces textes ses propres préoccupations idéologiques. Les circuits d’acquisition ‑‑ commandes impériales, collections aristocratiques érudites ou transferts révolutionnaires – illustrent l’ancrage profond de la Russie dans les réseaux culturels européens, malgré les ruptures politiques.
55Les mazarinades ont traversé les régimes et les révolutions sans perdre leur valeur symbolique. Leur interprétation s’est continuellement adaptée aux paradigmes dominants, tout en conservant une fonction critique latente. Le regain d’intérêt observé depuis les années 2010 atteste de la permanence de cette fascination russe pour un corpus pourtant né dans un contexte de contestation étrangère.
56Cette étude ouvre des perspectives de recherche fécondes. Un inventaire exhaustif des collections, notamment régionales, reste à établir. Une numérisation systématique, accompagnée d’un travail sur les provenances et annotations anciennes, permettrait de mieux comprendre les trajectoires singulières de ces documents. De futures enquêtes dans les archives locales pourraient révéler des corpus encore inconnus.
57En définitive, les mazarinades constituent un prisme original pour observer l’évolution du rapport que la Russie entretient avec l’Europe, la contestation politique et sa propre mémoire historique. L’étude rigoureuse de ce patrimoine documentaire exceptionnel contribuerait à enrichir non seulement l’histoire culturelle russe, mais aussi notre compréhension des transferts intellectuels qui ont façonné l’espace européen.
1 Jacques Édouard Gardet, « Détails bibliographiques sur la collection des mazarinades de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg », Bulletin du bibliophile, Paris, 1862, p. 1148-1151. L’ensemble du dossier relatif à sa mission en Russie (1857-1859), qui visait à identifier dans les bibliothèques de Saint-Pétersbourg les documents inédits susceptibles d’éclairer l’histoire de France, est aujourd’hui conservé aux Archives nationales sous la côte F/17/2968.
2 Hubert Carrier, « Souvenirs de la Fronde en U.R.S.S. : les collections russes de Mazarinades », Revue historique, n° 511, 1974 (juillet-septembre), p. 27-50.
3 Le bibliothécaire Nikolaï Chechulin (1863-1927) entreprit l’une des premières tentatives de catalogage, bien que très sommaire, dont il rendit compte dans Отчет Императорской публичной библиотеки за 1908 г. [Compte rendu de la Bibliothèque impériale publique pour l’année 1908], section des travaux de bibliographie, Petrograd, 1915, p. 234-239. Je tiens à remercier Kseniia Soshnikova, chercheuse au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Russie, pour les précieuses informations qu’elle m’a fournies sur la collection de mazarinades conservée dans cette institution.
4 Quelques efforts ont néanmoins été entrepris. L’Institut d’histoire de l’Académie des sciences de Russie propose ainsi un catalogue en ligne progressivement mis à jour : https://spbiiran.ru/wp-content/uploads/2025/07/arhiv-spbii-ran-zes-kollekciya-8.pdf (consulté le 8 septembre 2025).
5 Les recherches sur le fonds de la Bibliothèque d’État de Russie à Moscou – anciennement Bibliothèque d’État V. I. Lénine de l’URSS – sont détaillées dans Hubert Carrier, art. cit., p. 43-45. Les travaux d’Anna Isaeva ont depuis permis une estimation plus précise du nombre de mazarinades (Анна Исаева, « Коллекция мазаринад в фонде иностранной старопечатной книги НИО редких книг (Музей книги) Российской государственной библиотеки », Румянцевские чтения 2010. Материалы международной научной конференции (20-22 апреля 2010) [Anna Isaeva, « La collection de Mazarinades dans le fonds de livres anciens étrangers du Département des livres rares (Musée du livre) de la Bibliothèque d’État de Russie », Lectures Rumiantsev 2010. Actes de la conférence scientifique internationale (20-22 avril 2010)], Moscou, 2010, vol. 1, p. 68-170).
6 Un catalogue recensant les mazarinades est consultable sur le site de la bibliothèque : https://unis.shpl.ru/Pages/Search/BookInfo.aspx?Id=1156698 (consulté le 8 septembre 2025).
7 Ольга Крупцева, Мазаринады в книжном собрании Г. А. Строганова (1770–1857) : каталог [Olga Kruptseva, Les Mazarinades dans la collection de livres de G. A. Stroganov (1770-1857) : catalogue], Tomsk, Université d’État de Tomsk, 2019. Pour la la collection numérisée de mazarinades de Tomsk, voir https://koha.lib.tsu.ru/cgi-bin/koha/opac-search.pl?idx=&q=su%3A%22%D0%BC%D0%B0%D0%B7%D0%B0%D1%80%D0%B8%D0%BD%D0%B0%D0%B4%D1%8B%22&offset=0&sort_by=popularity_dsc&count=50 (consulté le 8 septembre 2025).
8 Sur la bibliothèque de Voltaire et sa composition, voir Fernand Caussy (éd.), Inventaire des manuscrits de la bibliothèque de Voltaire conservée à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Paris, Imprimerie nationale, 1913 ; Bibliothèque de Voltaire. Catalogue des livres, Moscou-Léningrad, Éditions de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S., 1961 ; Nikolaï Kopanev, La bibliothèque de Voltaire à Saint-Pétersbourg, Saint-Pétersbourg, Evropejskij Dom, 2002.
9 Sur la constitution et la dispersion de la bibliothèque, voir Danuta M. Gorecki, « The Zaluskis’ Library of the Republic in Poland », The Journal of Library History (1974-1987), vol. 13, no 4, 1978, p. 408-431 ; Maciej Forycki et Aleksander Małecki, « La Bibliothèque Załuski - témoin d’échanges, victime de dévastations (xviiie-xxe siècles) », Revue française d’histoire du livre, vol. 141, 2020, p. 197-213.
10 Sur la bibliothèque personnelle de Catherine II, voir Жанна Павлова, « Из истории книжного собрания Эрмитажа: Библиотека Екатерины II », Труды Государственного Эрмитажа [Janna Pavlova, « De l’histoire du fonds de livres de l’Ermitage : La bibliothèque de Catherine II », Trudy Gosudarstvennogo Ermitazha], vol. 16, 1975, p. 6-32 ; Сергей Королев, Книги Екатерины Великой. Очерки по истории Эрмитажной библиотеки в xviii веке [Sergueï Korolev, Les livres de Catherine la Grande. Essais sur l’histoire de la bibliothèque de l’Ermitage au xviiiᵉ siècle], Moscou, Trouten’, 2016 ; Сергей Королев, Эрмитажная библиотека императрицы Екатерины II: указатель изданий [Sergueï Korolev, La bibliothèque de l’Ermitage de l’impératrice Catherine II : répertoire des éditions], Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie, 2022.
11 Hubert Carrier, art. cit., p. 30.
12 Sur la bibliothèque de Grigori Stroganov, voir : Ирина Поплавская, Библиотека графа Г. А. Строганова в Томске: история формирования и изучения [Irina Poplavskaïa, La bibliothèque du comte G. A. Stroganov à Tomsk : histoire de sa formation et de son étude] Tomsk, Université d’État de Tomsk, 2020.
13 Ольга Крупцева, Мазаринады в книжном собрании Г. А. Строганова (1770-1857), op. cit., p. 5-6.
14 Pour une étude détaillée de la composition de la collection de mazarinades conservée à Tomsk, voir
Ольга Крупцева, « Собрание мазаринад в Томске », Документ: история, теория, практика : сборник материалов V Всероссийской научно-практической конференции с международным участием [Olga Kruptseva, « La collection de Mazarinades à Tomsk », Le document : histoire, théorie, pratique, actes de la Ve conférence scientifique et pratique panrusse avec participation internationale], Tomsk, Université d’État de Tomsk, 2012, p. 290-294 et Мазаринады в книжном собрании Г. А. Строганова (1770-1857), op. cit., p. 5.
15 Sur Romme, voir notamment Jean Ehrard et Albert Soboul (dir.), Gilbert Romme et son temps. Actes du colloque de Riom et Clermont-Ferrand (10-11 juin 1965), Paris, Presses universitaires de France, 1966 ; Alessandro Galante Garrone, Gilbert Romme, histoire d’un révolutionnaire, 1750-1795, Paris, Flammarion, 1971 ; Mara de Paulis, Gilbert Romme, naissance et mort d’un révolutionnaire, Biarritz, Atlantica, 1998.
16 Sur la vie et carrière de Grigori Stroganov, voir Елена Кудрявцевa, « Российский дипломат Г.А. Строганов (1770-1857) », Новая и новейшая история [Elena Kudriavtseva, « Rossiiskii diplomat G. A. Stroganov (1770-1857) », Novaia i noveishaia istoriia], n° 4, 1993, p. 153-165.
17 Александр Чудинов, « Ж. Ромм и П. Строганов в революционном Париже (1789-1790 гг.) », Россия и Франция xviii-xx вв [Aleksandr Tchoudinov, « J. Romm et P. Stroganov dans le Paris révolutionnaire (1789-1790) ; Rossiia i Frantsiia xviii-xx vv., vol. 2, 1998] ; « “Русский якобинец” Павел Строганов. Легенда и действительность », Новая и новейшая история [Aleksandr Tchoudinov, « “Le Jacobin russe” Pavel Stroganov. Légende et réalité », Novaia i noveishaia istoriia], n° 4, 2001, p. 42-60 et « Quatre lettres de Gilbert Romme et de Pavel Stroganov écrites de Paris en 1789-1790 », dans Georges Dulac, Sergej Âkovlevič Karp (dir.), Les Archives de l’Est et la France des Lumières ; guide des archives et inédits, Ferney-Voltaire, Centre international d’étude du xviiie siècle, 2007, vol. 2, p. 682-695.
18 Ирина Поплавская, « Книги о Великой французской революции (из собрания графов Строгановых) », Русская книга в дореволюционной Сибири: Фонды редких книг и рукописей сибирских библиотек [Irina Poplavskaïa, « Livres sur la Révolution française (issus de la collection des comtes Stroganov) », Russkaia kniga v dorevoliutsionnoi Sibiri: Fondy redkikh knig i rukopisei sibirskikh bibliotek], Novossibirsk, 1988, p. 48-49 ; Александр Чудинов, « Книжные приобретения Ж. Ромма и П. А. Строганова в революционном Париже (1789-1790) », Век Просвещения [Aleksandr Tchoudinov, « Les acquisitions de livres de J. Romm et P. A. Stroganov dans le Paris révolutionnaire (1789-1790) », Vek Prosveshcheniia], vol. 1, 2006, p. 270-281.
19 Sur les liens étroits entre P. Stroganov et C.-G. Romme, voir Александр Чудинов, Жильбер Ромм и Павел Строганов [Aleksandr Tchoudinov, Gilbert Romme et Pavel Stroganov], Moscou, Novoe literaturnoe obozrenie, 2010. Sur les documents de Romme conservés aux archives russes, voir Aleksandr Tchoudinov, « Les papiers de Gilbert Romme aux archives russes », Annales historiques de la Révolution française, no 304, avril-juin 1996, p. 257-265.
20 Сигурд Шмидт, « К юбилею П. П. Дубровского: дипломат-коллекционер в контексте развития отечественной культуры и общественной мысли второй половины xviii-начала xix века », Археографический ежегодник за 2004 год [Sigurd Shmidt, « À l’anniversaire de P. P. Dubrovsky : un diplomate-collectionneur dans le contexte du développement de la culture nationale et de la pensée sociale de la seconde moitié du xviiie au début du xixe siècle », Arkheograficheskii ezhegodnik za 2004 god], Nauka, 2005, p. 276-356.
21 Sur les acquisitions réalisées par Doubrovski dans le Paris révolutionnaire, voir Patricia Z. Thompson, « Biography of a Library: The Western European Manuscript Collection of Peter P. Dubrovski in Leningrad », The Journal of Library History, vol. 19, n° 4, 1984, p. 477-503 ; Georges Dulac, Alexandre Stroev, « La lointaine sauvegarde : les manuscrits français du xviiie siècle dans les fonds russes », Genesis (Manuscrits-Recherche-Invention), n° 3, 1993, p. 143-156 ; Jean-Robert Armogathe, « Manuscrits et bibliothécaires de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés », Comptes-rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 158e année, n° 4, 2014, p. 1737-1753 et le récent article de Vladimir Chichkine, qui retrace l’itinéraire de Doubrovski, parti de Paris en juin 1792 avec les manuscrits (Владимир Шишкин, « Проезжая грамота Людовика XVI П. П. Дубровскому 27 мая 1792 г », Вспомогательные исторические дисциплины [Vladimir Chichkine, « Passeport délivré par Louis XVI à P. P. Dubrovsky, 27 mai 1792 », Vspomogatel’nye istoricheskie distsipliny], Saint-Pétersbourg, 2024, vol. XLIII, n°2, p. 134-137).
22 Jean-Robert Armogathe, art. cit., p. 1751-1752.
23 Sur les Décembristes, voir les travaux de Julie Grandhaye, Les Décembristes : une génération républicaine en Russie autocratique, Paris, Publications de la Sorbonne, 2011 et Russie. La république interdite : le moment décembriste (xviiie-xixe siècles), Seyssel, Champ Vallon, 2012.
24 Елена Кудрявцева, op. cit., p. 153-165.
25 Sur le comte de Mavros, voir Петр Дружинин, Русский геральдический суперэкслибрис: сводный каталог [Petr Droujinin, Le super ex-libris héraldique russe : catalogue général], Moscou, Truten’, 2014, t. 2, p. 100–101.
26 Les catalogues de sa bibliothèque furent élaborés du vivant de Mavros (voir, par exemple, Catalogue de la bibliothèque du lieutenant-général comte D. Mavros, Königsberg, Hartung’sche Buchdruckerei, 1885).
27 Hubert Carrier, art. cit., p. 44.
28 Ibid.
29 Je tiens à remercier Vladimir Chichkine qui m’a orienté vers plusieurs travaux sur Likhatchev et sa collection.
30 Sur les collections de Likhatchev et ses réseaux, voir Лев Климанов, « Н. П. Лихачёв – коллекционер «сказочного размаха» », Из коллекции Н. П. Лихачёва [Lev Klimanov, « N. P. Likhatchev – un collectionneur d’"ampleur féerique" »], Iz kollektsii N. P. Likhachëva, Saint-Pétersbourg, 1993, p. 7-28 ; A. Цеханович, « Коллекция европейских изданий xvi-xviii вв. в собрании Н. П. Лихачёва и её научное значение », Вспомогательные исторические дисциплины [A. Tsekhanovitch, « La collection d’éditions européennes des xvie-xviiie siècles dans le fonds N. P. Likhatchev et sa valeur scientifique », Vspomogatel’nye istoricheskie distsipliny], Saint-Pétersbourg, 1998, vol. 26, p. 88-101 ; Лев Климанов, « Н. П. Лихачев-коллекционер и его связи : антиквары, коллекционеры, ученые (по различным источникам) », «Звучат лишь письмена…» : к 150-летию со дня рождения академика Николая Петровича Лихачева [Lev Klimanov, « N. P. Likhatchev, collectionneur et ses réseaux : antiquaires, collectionneurs, savants (d’après diverses sources) », dans Zvuchat lish’ pis’mena… » : k 150-letiiu so dnia rozhdeniia akademika Nikolaia Petrovicha Likhachëva], Saint-Pétersbourg, 2012, p. 565-593.
31 Лев Климанов, « Учёный и коллекционер,«известный всей России, ещё более Европе» », Репрессированная наука [Lev Klimanov, « Savant et collectionneur, « connu dans toute la Russie, encore plus en Europe » », Repressirovannaia nauka, Léningrad, Nauka, 1991, vol. 1, p. 424-425.
32 Hubert Carrier, art. cit., p. 40-42.
33 Lev Klimanov, « N. P. Likhatchev, collectionneur et ses réseaux … », art. cit., p. 586.
34 Борис Поршнев, Народные восстания во Франции перед Фрондой (1623-1648) [Boris Porchnev, Les soulèvements populaires en France avant la Fronde (1623–1648)], Moscou/Léningrad, Éditions de l’Académie des Sciences de l’URSS, 1948. Voir aussi sa traduction française : Boris Porchnev, Les Soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, Paris, S.E.V.P.E.N., 1963.
35 Борис Поршнев, op. cit., p. 566.
36 Roland Mousnier, « Recherches sur les soulèvements populaires en France avant la Fronde », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 5, n° 2, Avril-juin 1958, p. 81-113 et « Porchnev (Boris). Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648 », Revue belge de philologie et d’histoire, t. 43, fasc. 1, 1965, p. 166-171.
37 Hubert Carrier, La Fronde : contestation démocratique et misère paysanne : 52 mazarinades, Paris, ÉDHIS, 1982, t. 1, p. 5.
38 Анна Исаева, art. cit., p. 168-170.
39 http://filial.shpl.ru/vistavki/kollektsiya-mazarinad (consulté le 8 septembre 2025).
40 Ольга Крупцева, « Собрание мазаринад в Томске », art. cit., p. 290-294.
41 Ольга Крупцева, « Мазаринады в книжном собрании Г. А. Строганова », art. cit., p. 5-6. L’ensemble des mazarinades de Tomsk a été numérisé et est disponible en téléchargement libre. Les documents peuvent être consultés via le site de la Bibliothèque scientifique de l’Université d’État de Tomsk, dans la section Catalogue électronique. Il suffit de saisir les premiers mots du titre, un mot-clé ou le terme « Мазаринада » pour accéder aux documents souhaités : https://koha.lib.tsu.ru/ (consulté le 8 septembre 2025).
Revue du GRHis, n° 2, 2026
URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/grhis/173.html.
Quelques mots à propos de : Maxim Boyko
Docteur en histoire, Centre Roland Mousnier (Sorbonne Université)
