Les mazarinades et l'international, n°2, octobre 2026

Comité scientifique

 

-       Amstutz Delphine, maître de conférences en Littérature française du XVIIesiècle, faculté des Lettres de Sorbonne Université/ Cellf UMR 8599.

-       Bilis Hélène, professor of French, Wellesley College.

-       Curelly Laurent, professeur des Universités en littérature et civilisation anglaises du XVIIe siècle, Université de Haute-Alsace.

-       Deguin Yohann, maître de conférences en littérature française du XVIIesiècle.

-       Esteban Estríngana Alicia, T.U. de Historia Moderna, Universidad de Alcalá.

-       Górzyński Sławomir, professeur à l’Université d’Opole.

-       Haffemayer Stéphane, professeur d’Histoire moderne, Université de Rouen-Normandie, GRHis (UR 3831).

-       Herrmann Frédéric, maître de Conférences en Études Anglophones, Université Lumière Lyon 2, UMR 5206 Triangle.

-       Junot Yves, maître de conférences en Histoire moderne, Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes

-       LaPorta Dr Kathrina, Dépt. Français, Université de New York, États-Unis.

-       Loysen Kathleen, Associate Professor of French & Chair Department of Global Cultural Studies, Montclair State University.

-       Malinowski Teresa, docteure en histoire, chercheure rattachée au Mémo (Université Paris Nanterre).

-       Matsumura Takeshi, professeur à l’Université de Tokyo.

-       Poncet Olivier, professeur d'Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque moderne, École nationale des chartes.

-       Poumarède Géraud, professeur des Universités en Histoire moderne, Sorbonne Université.

-       Proot Joran, Dr., Cultura Fonds (Dilbeek)/Sint Lucas Antwerpen.

-       Steinberger Deborah, professor of French and Comparative Literature, University of Delaware.

-       Teyssandier Bernard, professeur des universités en Littérature française des XVIeet XVIIesiècles, Université de Reims.

-       Tsimbidy Myriam, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Bordeaux Montaigne, équipe Plurielles (UR24142).

-       Tylus Piotr, professeur de philologie romane à l'Université Jagellone.

III. Les images de l’Orient

Sultan Mazarin ou cardinal croisé ? Actualité et médiatisation de l’empire ottoman dans les mazarinades, à l’heure de la guerre de Candie (Crète) – 1648-1652.

Yann Rodier


Texte intégral

1Il n’est plus à démontrer comment la Fronde s’insère, à l’international, dans une vague de révoltes, de révolutions et de guerres civiles. La « crise générale de l’État moderne au cours du premier XVIIe siècle1 », décrite par Alain Hugon pour qualifier la révolution napolitaine de Masaniello en 1647-1648, trouve des échos à travers toute l’Europe. La révolte portugaise contre l’empire espagnol (1640), la rébellion irlandaise (1641), la guerre des faucheurs catalans contre le roi (1640-1652) et le soulèvement valaque contre la domination des Habsbourg en Moravie (1640-1644), témoignent d’une actualité internationale bruissante, au moment où éclate la Fronde. Nous savons aussi combien la Grande Rébellion anglaise (1640-1649), symbolisée par la décapitation de Charles Ier, fut largement publicisée et instrumentalisée dans les mazarinades2. On oublie, en revanche, que l’empire ottoman, allié fraternel de la France3, revint sur le devant de la scène internationale, avec les débuts de la guerre de Candie en 1645. Lui aussi connaît une crise politique en 1648, rapportée par l’ambassadeur français à la Porte, Jean de La Haye, avec la révolte d’officiers revenus de la guerre de Candie, puis l’exécution du sultan Ibrahim dit Le Fou4. La médiatisation d’un tel conflit, à l’échelle européenne, introduisit un repli des relations franco-ottomanes des années 1640 à 1670. Mazarin ne joua pas peu un rôle stratégique par son interventionnisme pragmatique aux côtés des Vénitiens, dernière croisade en Europe5, sans rompre pour autant la diplomatie avec la Sublime Porte. L’entreprise hasardeuse du commandeur François de Nuchèze en Crète, à qui deux armements navals entre 1645 et 1649 sont confiés, révèle à elle seule l’évolution de la politique ottomane conduite par Mazarin, en rupture avec celle de Richelieu6. Malgré l’entente séculaire entre la France et la Porte, les suppliques de l’ambassadeur vénitien auprès de Louis XIV, Battista Nani, suscitent l’attention du cardinal7. Les événements ultérieurs à la Fronde ont confirmé l’engagement anti-ottoman et croisé de Mazarin8. Toutefois, la résurgence d’un expansionnisme ottoman en Méditerranée réactive l’atavisme anti-ottoman et constitue l’occasion rêvée pour nos libellistes d’exploiter l’imaginaire turc. Mazarin peut aisément prêter ses traits aux sultans tyranniques et sanguinaires. Loin de l’entre-deux méditerranéen valorisant les échanges et les contacts entre chrétiens et musulmans9, la mazarinade comme objet polémique, s’inscrit dans une simplification à dessein d’un rapport conflictuel et parousiaque, dicté par une mystique croisée, abondamment relayée par la République des lettres10. L’actualité de la guerre de Candie (1645-1669) recentre l’intérêt sur la cité des doges et nourrit les représentations littéraires de Venise, rempart à l’expansionnisme ottoman en Méditerranée11. La présence continuelle du Turc dans la vie culturelle banalise les guerres ottomanes12, que saisissent certaines mazarinades – les turciades – en mobilisant l’actualité tragique et anxiolytique du péril turc. Nous définissons comme turciades l’ensemble des libelles centrés sur le motif de l’Ottoman. On y adjoindra aussi les mazarinades qui font allusion à l’argument turc comme l’un des ressorts politiques de leur argumentation13. Arrière-plan à l’actualité du temps, la médiatisation de la guerre de Candie sous la Fronde réactive l’antipathie comme science politique de la xénophobie14. Le mythe de la république chrétienne, dans un contexte de crise, trouve en l’Ottoman le bouc émissaire idéal15. L’échec de la diplomatie française westphalienne avec l’Espagne aiguise la guerre contre le Turc comme la conséquence d’un gouvernement dirigé par un étranger au profit de l’Étranger.

Mazarinades, Mazarin et actualité de la guerre de Candie

L’appel de Venise à l’union chrétienne

2Dans le contexte de la reprise du conflit avec la Porte, la Sérénissime relance le recrutement de marins, de navires, de soldats, de spécialistes rompus à la guerre de siège et d’appels de fonds, à l’échelle européenne16. Ferdinand III et Louis XIV sont sollicités dès l’invasion de la Crète en 1645, perle du commerce vénitien entre le Ponant et le Levant17. Une internationale de professionnels et de soldats se mobilise par appât du gain, idéal chrétien et désir de gloire18. La militante république de Venise prosternée aux pieds de la France, implorant son secours contre la tyrannie du Turc, se présente sous la forme d’une imploration des Vénitiens à la France en vers burlesques19. Le recours à un vocabulaire chargé d’émotion – « terreur », « horreur », « cruelle tyrannie », « félonie », « fléau », « cruel pillage », « loups garroux des enfers » - accolé aux clichés du Turc impie « qui boit dans le carnage/Le sang des Chrestiens par sa rage20 », publicise la menace turque. L’emphase pathétique des vers constitue un registre rhétorique habituel pour susciter l’émotion collective en s’appuyant sur des faits d’actualité. L’allusion à Canée (Chania) se réfère au siège et à la prise de la ville par les Ottomans en 1646, malgré les aides consenties par Mazarin. La mobilisation de la diplomatie vénitienne, dès le débarquement des armées du sultan Ibrahîm Ier dans l’île de Crète au début de l’été 1645, avait d’abord suscité une disposition favorable du gouvernement français et de Mazarin lui-même. Une aide maritime financée par le trésor royal est envoyée dès 164521 avant qu’une escadre commandée par François de Nuchèze ne soit dépêchée devant Réthymnon assiégée par les forces ottomanes en 164622. Méconnaissant ces faits, cette turciade s’inscrit dans une actualité frondeuse dirigée contre la politique extérieure cardinale. Cette dernière est jugée fondée sur la continuation de la guerre contre l’Espagnol, l’alliance franco-ottomane et l’abandon de la république chrétienne contre la menace turque. Pragmatisme oblige, le gouvernement français avait fait tout son possible pour éviter tout casus belli avec la Porte et toute rupture de ses relations diplomatiques23. L’imbroglio juridique et financier des armements envoyés aux Vénitiens résulte en partie de cette stratégie d’un interventionnisme discret24. L’ambivalence de la posture française entre esprit de croisade, alliance et raison d’État, étudiée par Géraud Poumarède, nourrit sans doute aussi cette critique. Özkan Bardakçi l’a aussi illustré à partir des écrits de l’ambassadeur français François Savary de Brèves25. L’ambassadeur du roi auprès de la République, Grémonville, rapporte des rumeurs circulant à Venise et propagées par les Espagnols, que la France serait responsable de l’entrée en guerre des Turcs26. Les turciades se font donc les relais de cette prétendue politique ottomane cachée du cardinal. C’est oublier l’aversion viscérale de ce prélat italien, nourri de l’idéologie romaine en matière de lutte contre les Turcs27. Sa sympathie à l’égard de Venise lui est d’ailleurs bien rendue en 1648 lorsque le cardinal est admis au sein du patriciat vénitien pour l’assistance fournie à la République28. Le cardinal avait offert 100.000 écus au doge, tirés de sa bourse, pour que la Sérénissime arme des vaisseaux et recrute des soldats29. Cette initiative en faveur de Venise peut s’expliquer par la crainte de voir tomber ce carrefour stratégique de la Méditerranée orientale, au moment où la République intervient comme puissance médiatrice dans les négociations de Westphalie. L’attraction du camp Habsbourg est un risque d’autant plus non négligeable que des projets circulent sur un rapprochement de Venise avec l’empereur ou la constitution d’une ligne italienne, alliée au pape et au roi d’Espagne30.

De la Gazette aux mazarinades : la réversibilité de l’argument ottoman

3L’actualité ottomane est, de fait, scrutée de près par la Gazette, malgré la Fronde et la lutte contre l’Espagne. Pour l’année 1648, les Turcs sont mentionnés 110 fois et la guerre de Candie 63 fois. L’évocation de ce conflit est accompagnée d’une analyse géopolitique de points chauds récurrents, mentionnés dès l’année 1646 : la concentration de soldats ottomans en Bosnie menaçant le Frioul, les îles de Corfou et Céphalonie31. Cette géopolitique expansionniste ottomane est une vulgate de la peur turque qui parcourt tous les numéros de la Gazette pendant la Fronde. Si son narratif reste souvent factuel et neutre, à quelques exceptions, comme la prise de Réthymnon en octobre 164632, l’actualité de la guerre de Candie et de la révolution de palais ottomane a été négligée dans l’interprétation des turciades. Le genre polémique de la mazarinade mobilise pourtant cette actualité turque pathétique, doublée par les rumeurs et relayée par différents vecteurs médiatiques. Il a été démontré qu’à partir de 1649 la Gazette avait été un moyen de propagande gouvernementale et un « instrument de reconquête de l’opinion »33.

4Pour autant, la crise ottomane de 1648 est sous-évaluée par la Gazette. Les informations relatées entre septembre et novembre 1648 mentionnent que la déposition d’Ibrahim Ier accroît encore davantage la guerre contre la République de Venise34. Il est même mentionné que le sultan déchu aurait été enfermé au sérail et qu’il mourut de chagrin, en lieu et place de son exécution. L’instabilité politique rapportée par les chroniqueurs ottomans ne transparaît nullement, même si certaines correspondances diplomatiques le rapportent35. Est-ce à dessein que la Gazette l’ignore et préfère continuer à mobiliser contre un Turc invincible et menaçant, pour encourager à étouffer les révoltes civiles ? La Gazette sous la Fronde pourrait-elle être interprétée comme une turciade ? L’argument ottoman, mobilisé par les deux camps, repose sur le principe que l’union chrétienne permettrait de défaire les Ottomans. Ils s’opposent en réalité sur les causes. Pour les soutiens du cardinal, ce sont les conflits civils qui l’empêchent et pour les frondeurs, c’est sa politique extérieure.

5Lecteur de la Gazette, Guy Patin égrène au fil de ses lettres l’actualité ottomane sous la Fronde. Les rumeurs, les approximations et les nouvelles curieuses constituent l’essentiel de cette trame. En août 1649, il se fait l’écho, avec un an de retard, de la mort d’Ibrahim Ier. Il évoque une prétendue conquête par les Tatars de Crimée contre l’Empire ottoman, pourtant fidèles vassaux du sultan, au bénéfice de Venise36. Quelques mois plus tard, en novembre, il rapporte que le grand vizir aurait fait étrangler le grand Turc : « Je ne sais si cela est vrai, mais il y a environ deux mois qu’un pareil bruit courut encore ici »37. L’incertitude de l’actualité ottomane accroît sans doute un sentiment d’insécurité et de peur. Dans une lettre à Nicolas Belin en juin 1649 sur l’actualité italienne entre le pape et les princes qui le menacent d’y faire venir le Turc, Guy Patin conclut que ce pourrait être le cas sans qu’on le lui mande, « les princes de la chrétienté sont assez méchants pour mériter ce fléau »38. Une turciade sarcastique abonde en ce sens. Sous la forme d’une prosopopée épistolaire du sultan Méhémet à son père Ibrahim aux Champs Élysées, le fils console le père. Il lui suggère de trouver du réconfort auprès de son cousin d’Angleterre, qui a enduré des souffrances bien plus grandes, à cause de la tyrannie de son peuple39. Il décrit ensuite disertement la cérémonie somptueuse donnée à l’occasion de son couronnement laissant présager qu’il sera un sultan belliqueux40. Le miroir entre un roi tyrannisé par son peuple et un sultan magnifié par le sien, appelé à restaurer son pouvoir expansionniste, sonne comme un désaveu. La vraie tyrannie est celle des peuples plus que des Ottomans, et les rois chrétiens ont ce qu’ils méritent s’ils ne restaurent pas leur autorité. Une turciade probablement anti-frondeuse.

6Dans Le Remède aux malheurs de l’État (1649), l’auteur met en évidence les failles du gouvernement et d’une monarchie en minorité, en l’opposant de manière critique et provocante à l’Empire ottoman. Il insiste sur le fait qu’en raison d’une justice et d’une police strictes, il est possible de circuler avec une bourse pleine, même de nuit, sans crainte, grâce aux juste châtiments infligés aux méchants41. Sa feinte admiration pour le gouvernement turc, combinée à une critique xénophobe du rôle des étrangers au sein du gouvernement – en particulier les Italiens –, discrédite Mazarin. Pire qu’un sultan, qualifié de « Machiavel monstre d’enfer42 », il justifie l’élimination des favoris. Dans cet exemple, on voit comment l’imaginaire turc est renversé au service d’une rhétorique politique, insérée dans une actualité ottomane intense, ressassant pourtant la cruauté et la barbarie turques. Lire les mazarinades ne s’inscrit pas dans un acte isolé et étanche mais dans une immersion intertextuelle. Le précipité émotionnel que mobilise l’écrit polémique contribue au constructivisme de l’émotion sociale, propre au contexte de crise, pour former cette haine publique contre le ou les coupables désignés. Les turciades publiées pendant la Fronde reprennent cet air du temps et instrumentalisent la médiation de l’actualité vénéto-ottomane.

Les Turciades : réécriture et instrumentalisation de l’actualité vénéto-ottomane

Le sultan Mazarin ou sa politique ottomaniste dévoilée

7L’actualité introduit un effet de réel, de véracité, au récit polémique, par nature engagé. Dans le Secret découvert du temps présent (1649), l’auteur réagit à l’affaire des cardinaux Francesco et Antonio Barberini, persécutés par Innocent X pour malversations financières et réfugiés en France. Il s’indigne que Mazarin ait menacé de faire intervenir ses troupes contre les États pontificaux, pour faire annuler la bulle fulminée contre les cardinaux, alors que Venise est menacée par l’ennemi commun de tous, le Turc43. Il déplore que nos « Roys sont très-Chrestiens mais nos Ministres sont un peu Mahometans44 ». Cette affaire authentique est représentative de l’ambiguïté des relations du Saint-Siège avec Mazarin45. Banni en 1649 par le Parlement, Mazarin est ainsi associé à un sultan ottoman dans La misérable chute du ministre d’Etat étranger (1649). Dans un monologue, le cardinal confesse l’immensité de ses crimes et cherche un asile parmi les infidèles à Constantinople46.

8Rappelons que le « faux pas » du cardinal dans les négociations pour le traité de Westphalie avait brisé l’union politique et laissé penser que Mazarin n’avait pas mis fin à la guerre avec l’Espagne à dessein. Ce faisant, il avait empêché la réunion de la République chrétienne contre l’empire ottoman47. Paul Sonnino considère que cette erreur diplomatique marque le début de la Fronde, nombre de Français ne faisant plus confiance au gouvernement48. A cet espoir pacifique brisé, s’annonce la crainte d’une guerre nouvelle avec les Ottomans et la question de la juste guerre. Une longue mazarinade publiée à Amsterdam en 1650 commémore les actions du duc de Longueville, devenu frondeur après son échec humiliant à Münster pour la négociation de la paix westphalienne, et revient sur cet épisode.

« Il [Mazarin] les flattoit de ce doux nom de Paix dans le deſſein caché de continuer toufiours la guerre. On vit bien que pour faire prendre la Candie au Turc, il vouloit empeſcher que les Venitiens ne reçeuſſent aucun ſecours, mefme de leurs Alliez. »49.

9Par conséquent, simuler la compromission des Habsbourg avec l’Ottoman fit l’objet d’une série épistolaire diplomatique fantaisiste entre l’Escurial et la Porte. Un registre classique que les libellistes utilisent sous la régence de Marie de Médicis, pour justifier une alliance contre les Turcs50. Prétendues traductions de l’original turc, titulatures imaginaires, cadeaux diplomatiques fantaisistes, ambassadeur fantoche, émaillent la mise en scène de ces textes. Quatre mazarinades sont publiées, la Lettre du Grand Turc écrite au roi d’Espagne, sous trois versions différentes51, puis la Réponse à la lettre du Grand Turc envoyée au roi d’Espagne, qui confirme le scellement de leur amitié à travers une série d’articles52. Le plus curieux évoque le mariage d’une sultane, sœur du Grand Seigneur, avec Dom Juan d’Autriche, en échange des territoires hongrois ottomans53. Dans une autre version, il est précisé que la sultane a été capturée par les chevaliers de Malte et convertie au christianisme54. L’exhumation prétendue de ces courriers, évoquant la figure héroïque de la grande victoire navale à Lépante contre les Ottomans, décrédibilise les partis pro-espagnols par la compromission prétendument secrète des Habsbourg avec les Infidèles, par la liste des présents diplomatiques offerts et par le contenu des articles. Le lecteur est apostrophé : « Remarque l’abaissement de la Maison d’Austriche, d’estre contrainte de s’allier avec l’ennemy commun des Chrestiens ». La décrédibilisation de la diplomatie espagnole justifie la politique extérieure du cardinal.

10Une autre affaire relayée par plusieurs sources défraie la chronique : la saisie de vaisseaux arméniens, au service de la Porte, par le chevalier de Bourlemont, au large de Gênes55. La plainte des marchands arméniens et l’arrêt du conseil du roi, en faveur de la restitution de leurs biens, donnent lieu à une turciade56. Sous la forme d’une Lettre du Grand Turc adressée à leur avocat, cette missive fait l’éloge de l’alliance franco-ottomane et exprime solennellement sa gratitude. Il y invite ce dernier à rejoindre la terre d’islam et à occuper des fonctions administratives57. Cet argument renvoie à l’un des principaux motifs qui prévalent chez les renégats dans l’Europe des chrétiens d’Allah, traîtres à leur foi et à leur patrie58. La prétendue ottomanisation des esprits rappelle en d’autres temps et d’autres lieux une accusation xénophobe classique.

Crise politique et grande Peur du Turc

11Certaines turciades, sont exclusivement construites autour de l’actualité militaire ottomane en Méditerranée entre 1649 et 1651. La narration de la victoire navale des Vénitiens contre les Turcs en mer Égée, la bataille de Focchies (Foça), le 12 mai 1649, est relayée par une série de textes. Une turciade, traduite de l’italien et adressée à l’ambassadeur ordinaire de Venise à Paris, rapporte le récit haletant de la bataille navale conduite par l’amiral Jacques de Riva59. De son héroïsme tactique et stratégique, les ressorts martiaux de la victoire sont mobilisés et célébrés en Europe par des manifestations publiques et par l’image60. Dans la Description burlesque du combat naval des Vénitiens et des Turcs, le versificateur indique qu’un feu de joie aurait été donné sur le pont des Tuileries, en présence de l’ambassadeur de Venise. Une joie liée à la destruction sanglante et féroce de ces « hommes barbares », à leurs cadavres sans nombre flottant sur le dos de l’onde61. Ces magnificences et feux de joie, donnés à Paris le 28 juillet 1649, font l’objet d’une autre turciade, publiée par le même éditeur62. La volonté d’inscrire l’actualité internationale dans l’espace public, en pleine Fronde, montre à quel point ces brefs politisent la lutte contre l’Ottoman, devenue un argument anti-mazarin. Pauline Valade a montré dans le contexte des spectacles monarchiques le rôle joué par ces réjouissances publiques, à l’instigation du pouvoir royal, pour instiller un sentiment fédérateur autour du souverain63. Le spectacle comme ferment d’unité par la joie publique. Dans la crise frondeuse, l’expression de cette joie anti-ottomane résonne comme une possibilité de cristalliser un ressentiment national et international stratégique, par-delà la haine publique mazarine. Une externalisation de la crise intérieure, en somme, que l’on trouve dans les mécanismes de la victime émissaire64.

12A l’occasion de la victoire navale du général Mocenigo dans les Cyclades à Paros contre la flotte ottomane, le 10 juillet 1651, une mazarinade est également publiée. La rhétorique de la division de la chrétienté contre l’ennemi commun,

« sans aucun secours considerable des autres Princes engagez malheureusement dans des guerres beaucoup moins iustes & moins nécessaires »,

13rappelle l’urgence de résister aux Ottomans65. La protection assurée à Candie par cette victoire, « Theatre à la cruauté et à l’orgueil de ce Monstre qui n’aspire qu’à la destruction de la Chrestienté », mobilise les ressorts de l’émotion publique beaucoup plus que ceux d’une incertaine opinion publique. La narration du combat naval souligne l’héroïsme du général et des Vénitiens, la prétendue libération de 500 chrétiens, la réduction à l’esclavage de 3500 Turcs, le grand nombre de morts et de pertes matérielles pour ces deniers66. Une autre victoire, celle des galères du pape et de Malte contre trois vaisseaux de Tripoli, permit de libérer des captifs chrétiens et de réduire en esclavage les autres mahométans67. L’évocation récurrente des captifs chrétiens s’inscrit dans la déploration pathétique et compassionnelle d’une tragédie abondamment relayée par la littérature, les ordres rédempteurs et les processions pénitentielles des chrétiens rachetés68.

Médiatisation et culture de l’antagonisme contre l’ennemi commun de la chrétienté

Mystique et mystification croisées

14La culture de l’antagonisme contre le Turc, figure du barbare et du despote oriental contre lequel la chrétienté doit s’unir, est réactivée avec profit. Non seulement les mazarinades intègrent l’actualité vénéto-ottomane mais capitalisent aussi sur la mystique croisée relayée par les Lettres et recourent à l’astrologie judiciaire. L’astrologue d’Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1666), Jean du Four dit Mittanour, publie plusieurs turciades eschatologiques présageant la ruine du Turc pour l’année 164969. Frère du Grand Condé, Conti s’engage dans la révolte parlementaire dès 1649 avant d’être arrêté par Mazarin en 1650. La publication de la seconde turciade authentifie la prédiction formulée dans la première, après la victoire des Vénitiens. Il avait écrit dans L’Universelle disposition du Ciel qu’« en l’an 1649/ Trois fois le soleil patira/Deux fois tout Lune noircira/Turcs accablez par Lion & Bœuf/Venise triomphe de gloire »70. La politisation de l’astrologie judiciaire sous la Fronde se remarque aux alignements des astres avec le camp anti-Mazarin qui gravite autour de Gaston d’Orléans71. Le patronage des astrologues par les princes renforce leur collusion et leur allégeance à leurs mécènes72. Le pronostic de 1649 est une reprise d’une prophétie ligueuse de 1588 que l’auteur a retouchée pour l’adapter aux nouvelles circonstances. Dans son Manifeste du Ciel, l’éclipse solaire d’août 1652 est l’occasion de prononcer un nouvel Arrest pour les Venitiens : « Le soleil La Turquie desjoint » et plus loin, « on lict au signe de Sainct Marc/pour la Foy qui tire son arc,/quand au Lion joincts Mars & Saturne,/Venise met les Turcs à l’urne »73. La présence du lion de Venise sur la page de garde ne laisse aucune ambiguïté sur la politisation de l’actualité ottomane sous la Fronde. Dans la tradition astrologique, le lion, signe du feu, est aussi lié à des phénomènes catastrophiques comme les déluges de feu auxquels sont promis les Turcs74.

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Figure n° 1 : Page de garde de la mazarinade L’universelle disposition du ciel par Jean Mittanour Du Four, Paris, T. La Carrière, 1649, BnF V-21108.

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Figure n° 2 : Page de garde de la mazarinade Le Manifeste du Ciel, selon la lecture dans les astres…, Paris, 1652, Mazarine, M 13487. Le lion de Saint-Marc sur le médaillon, associé au zodiaque du lion à l’occasion de l’éclipse solaire d’août 1652, indique le lien entre le combat de Venise contre l’empire ottoman et la prophétie de sa chute prochaine.

15Ces textes versifiés et sibyllins, en partie en latin et mâtinés de termes hébraïques, s’inscrivent dans la tradition cabalistique et soulignent la réjouissance des Français à cette nouvelle victorieuse75. L’appel à l’unité d’une chrétienté fracturée est une constante. Dans le Cantique des réjouissances publié la même année, les festivités publiques sont célébrées dans cette liesse de la victoire prochaine contre le Turc. Cette mazarinade est publiée à l’occasion de l’entrée solennelle de louis XIV et Anne d’Autriche à Paris le 18 août 1649, marquant la fin de la première phase de la Fronde parlementaire (1648-1649). Ce retour triomphal dans la capitale après la paix de Rueil signée en mars et l’exil de la Cour à Saint-Germain, réactive le mythe de la destinée orientale du roi de France. Après avoir dressé le sombre tableau d’une guerre des catholiques contre les catholiques, du régicide du roi d’Angleterre et de la colère que le roi est appelé à forger pour combattre les infidèles, il est rappelé qu’

à l’imitation de Sainct Louis, il aborera l’Estendart de la croix contre les Mahometans et sera le sacré conducteur des troupes fidèles, pour la conqueste de la Ierusalem terrestre, et pour l’accomplissement de ceste Prophetie qui fait trembler de peur le Turban et le Croissant qu’un Roy de la race de Sainct Louys doit destruire leur Empire76.

16Probablement dans le même contexte politique, les Premières nouvelles de la paix conclut son texte par la même prophétie, également mentionnée en italique.

Un jeune Prince en armes florissant
Verra chez luy des trouppes allarmées,
Mais la fureur de ses grandes armées
Ira par force envahir le Croissant77.

17Il se trouve que la Gazette rapporte l’avènement de prodiges, survenus dans l’empire ottoman entre les mois de juin et d’août 1649. La première anecdote mentionne l’exécution de 40 Turcs facilement convertis au christianisme par l’un des leurs, signe qu’il serait facile de leur faire apostasier leur foi78. La seconde anecdote, digne des canards de la bibliothèque bleue de Troyes, décrit l’apparition miraculeuse découverte par un Imam de plusieurs croix, rouges puis noires, dans l’une des mosquées de Constantinople79. Prédiction que les croix remplaceront bientôt les croissants sur les mosquées et que l’empire ottoman est menacé de décadence. Cet univers astrologique en faveur d’une chute de Constantinople s’accorde bien avec la prophétie qu’un Prince fera chuter l’empire ottoman. La rumeur raconte qu’elle serait issue de l’Alcoran lui-même et devient un argument récurrent que l’on retrouve dans de nombreuses mazarinades, au gré des circonstances en 1650 et 165180.

18Rappelons au passage que la première traduction de l’Alcoran de Mahomet en français de l’arabe, par André Du Ryer, circule sous cape et qu’il est réédité plusieurs fois sous la Fronde à Paris en 1649, 1651 et 165281. La résistance suscitée par le Conseil de conscience et l’hostilité de Vincent de Paul obligent les études orientales à avancer l’argument de l’intérêt missionnaire82. L’éditeur de la version anglaise du Coran, inspirée de la version française, Robert White, est arrêté par les autorités du Commonwealth en 164983. La crainte qu’il ne sape la stabilité religieuse et qu’il ne soit une critique implicite du nouveau régime républicain n’empêche finalement pas la disculpation de l’éditeur. Cet épisode médiatisé explique sans doute les références à ce texte d’actualité dans les mazarinades, à des fins politiques. On y présume qu’il contient les prophéties annonçant la chute de l’empire ottoman, une lecture recevable, à l’image des préjugés contre l’islam et les mahométans.

19Dans Le Sanglant combat naval, on rapporte un fait d’actualité, le secours ottoman porté aux leurs, en difficulté à Chania84. Les enjeux navals détaillés, l’auteur rappelle que les hydres ottomanes doivent bientôt être exterminées par l’Hercule français. Il appelle de ses vœux la noblesse chrétienne à s’unir pour conduire cette légitime guerre qu’est la croisade85. La tradition messianique sur la destinée orientale du roi de France est fondée sur l’exhumation de prophéties prédisant sa reconquête des lieux saints et la ruine de l’empire ottoman86. Le premier XVIIe siècle connaît plusieurs séquences d’une réactivation discursive du « mirage de croisade87 » au moment des révoltes princières sous la régence de Marie de Médicis88, des mariages espagnols et de la reprise des guerres civiles de religion dans le contexte de la Montagne Blanche89. Parallèlement, le genre apologétique, les dédicaces au monarque, les histoires, cultivent les parallèles avec Saint-Louis et le roi en héraut de la chrétienté qui anéantira l’empire ottoman90. Lorsque l’on insère les turciades dans l’actualité médiatique, on s’aperçoit que les textes sont porteurs d’un esprit du temps : l’espoir de la décadence et de la chute de l’empire ottoman, étayée par une eschatologie croisée dûment documentée.

La médiatisation des turciades en-dehors des mazarinades

20Cet état d’esprit croisé se retrouve dans la réédition en 1650 de l’Histoire de la décadence de l’empire turc. Classique de l’esprit croisé, cet ouvrage providentialiste de Chalcondyle s’adapte à chacun des contextes politiques autour de deux piliers : la déploration de la désunion des chrétiens et la nécessité de s’unir pour anéantir les Turcs. Traduite par Blaise de Vigenère à l’époque des guerres de religion, republiée sous la révolte des princes et complétée par l’historien Artus Thomas en 1612, cette histoire est dédicacée au duc Charles de Gonzague. En 1650, l’ouvrage est complété par l’historien Mézeray pour la période 1612-1649. Longtemps accusé d’avoir rédigé des mazarinades91, son rôle oublié dans la rédaction non anonyme de cet ouvrage, marque d’étonnantes similarités avec l’Etat présent de la fortune de tous les potentats (1652), attribué à Sandricourt92. Or, dans une étude récente sur les recueils de mazarinades, Mathilde Bompart mentionne un volume conservé à Bordeaux de 18 pièces de Sandricourt. Une note en tête signale que les pièces seraient dues à Mezeray, « sous le nom de Sandricourt93 ». L’argument ottoman serait peut-être une piste pour déterminer si Mézeray est l’auteur de ces turciades. Dans ce texte, l’Europe se lamente d’une chrétienté déchirée, comparée à des loups qui s’entremangent alors que le lion turc affamé s’apprête à dépecer l’Europe94. Revenons à l’ouvrage d’histoire de Chalcondyle actualisé par ce dernier, dédicacé au duc de Richelieu, Armand-Jean du Vignerot du Plessis (1629-1715), général des galères. Cette fonction avait pour objectif de lutter contre les barbaresques et d’être impliqué dans le rachat des captifs chrétiens depuis Marseille95. Le dolorisme larmoyant et pathétique des captifs chrétiens fait précisément l’objet de la seconde édition de l’Histoire de Barbarie en 1649 du Père trinitaire Pierre Dan. Brûlot contre l’islam et les musulmans, l’ouvrage mobilise les ressorts compassionnels du théâtre de la cruauté en exhibant les supplices endurés par les chrétiens en terre d’islam96. En recherche continuelle de fonds pour entreprendre leurs rachats, le martyrologe de ces derniers a fait l’objet d’une pastorale de la pitié chez les Trinitaires97. La réédition de cet ouvrage en 1649, pendant la Fronde, s’inscrit parfaitement dans cette actualité de Candie.

21Une rare turciade, à l’occasion d’une bataille, mobilise cette haine latente publique contre le cruel Turc par la relation du martyre que le sultan aurait fait endurer à un gentilhomme vénitien98. La mazarinade s’ouvre avec le récit admirable des martyrs chrétiens aux premiers temps du christianisme, s’inspirant en cela des ouvrages à la mode d’Antonio Gallonio et de Girolamo Maggi, lui-même fait prisonnier par les Turcs99. Dans le contexte de la guerre de Candie, Louis d’Isnard, ce gentilhomme vénitien, fut fait prisonnier et refusa de se convertir. Commence alors le récit détaillé des supplices endurés représentés sur la gravure : supplice avec des aiguilles, éventrement et extraction de son cœur. Cette estampe s’inscrit dans une tradition iconographique des supplices ottomans endurés par les captifs ou les prisonniers de guerre comme celui du gouverneur vénitien Marcantonio Bragadin après la reddition de Famagouste, écorché vif, relayé dans les estampes et la peinture européennes100. L’Histoire de Barbarie du Père Dan recense sous la forme de planches iconographiques les supplices que les captifs chrétiens enduraient101. Le dolorisme stratégique des captifs chrétiens rachetés, traversant le royaume de France de Marseille à Paris, était relayé par une iconographie trinitaire sanglante, pour susciter la compassion et obtenir des dons pour le rachat des captifs102. Ce supplice, objet de la mazarinade, peut représenter, par analogie, l’agonie de la République chrétienne tyrannisée par les Turcs comme les souffrances du peuple, causées par la tyrannie du sultan Mazarin. Il est utile de replacer cette iconographie dans la tradition du martyrologe, alors en vogue, et dans son instrumentalisation politique.

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Figure n° 3 : Gravure publiée dans la mazarinade Relation véritable de tout ce qui s’est fait et passé en la bataille des Vénitiens contre les Turcs et le martyre que le Grand Seigneur a fait souffrir à un gentilhomme vénitien, Mazarine, M.12259, p. 2. Droits de reproduction autorisés par la Bibliothèque Mazarine.

22Revenons à Mézeray. A la manière de la Gazette, l’année 1649 de son histoire de l’empire ottoman actualisée est ainsi introduite : « l’opiniastre continuation des guerres civiles entre les Chrestiens, ostoit toute esperance aux Venitiens de pouvoir moyenner la paix générale103 ». L’ouvrage s’achève par les tableaux prophetiques sur la ruine du mesme empire (ottoman). Le 28 avril 1649 est aussi publié dans la Gazette un Extraordinaire intitulé Les Cérémonies faites dans la ville de Constantinople au couronnement du sultan Mehmed IV. A l’issue de ce narratif, Renaudot y fait suivre un long paragraphe sur les « raisons qu’ont tous les princes chrétiens de s’accorder pour faire la guerre aux Turcs104 ». Les chrétiens sont exhortés à s’unir en mettant fin à leurs guerres intestines et à percevoir la menace turque, que la chute de Candie aggraverait en lui ouvrant la voie de l’Adriatique et de Venise105. Quand les chaires retentiront d’une même voix pour ce dessein,

« que Dieu les bénira & se fera de la partie, & que les libelles diffamatoires céderont aux écrits approuvez de Dieu & des hommes, qui consigneront à la Postérité les exploits héroïques de tant de personnes pieuses qui se consacreront très volontiers à cette sainte guerre106. »

23Au temps des libelles polémiques, de la guerre de plumes, succédera le temps de la juste guerre…

Conclusion

24Cette politisation opportuniste de la guerre sainte a pu donner à ce nouvel élan de l’imaginaire croisé un caractère peu spirituel. Toutefois, face à l’angoisse suscitée par la guerre de Candie, relayée par de multiples vecteurs médiatiques, les turciades contribuent à construire cette communauté émotionnelle de l’odieux107. Le Turc n’est pas la seule figure de l’étranger honnie. Il s’inscrit dans une nébuleuse d’étrangers stigmatisés, construite par un réseau intertextuel complexe dont la mazarinade est partie prenante et auquel elle est étroitement associée. Ce faisant, l’objectif recherché est de restaurer l’unité chrétienne, brisée à l’échelle de l’Europe, et l’unité nationale, déchirée sous la Fronde. La culture de l’antagonisme entre la Croix et le Croissant participe à recoudre les plaies d’une société civile déchirée, autour du bouc émissaire turc. Tous les ressorts de l’antipathie sont mobilisés : mystique, eschatologie, captifs chrétiens, théâtre de la cruauté turque, prophéties, prodiges astrologiques, guerre sainte et idéal de croisade. L’échappatoire à la guerre civile consiste à lui substituer la guerre croisée et ravive l’imaginaire de l’ennemi commun108, devenu un leitmotiv européen depuis le XVe siècle109. Un courant historiographique a démontré combien, au fil des siècles, la turcophobie avait servi de socle à la construction identitaire de l’Europe110. Rapporté au corpus total des mazarinades, les turciades n’occupent qu’une infime place mais, si l’on recherche le terme Turc dans le corpus de mazarinades numérisées par le RIM, soit 2709 documents, on obtient 189 occurrences, 161 avec « Venise », 71 avec « Infidèles » et 19 avec « Mahometans ». Soit 16 % du total de ce corpus. Le recours à l’argument ottomaniste illustre à quel point l’actualité vénéto-turque a servi de cristalliseur à la politisation de la Fronde.

Notes

1 Alain Hugon, Naples insurgée (1647-1648). De l'événement à la mémoire, Rennes, PUR, 2011, p. 139.

2 Stéphane Haffemayer, « La mort de Charles Ier Stuart dans la culture politique française au XVIIe siècle », Dix-septième siècle, 2012, n°254, p. 605-625.

3 Jensen De Lamar, « The Ottoman Turks in 16th c French Diplomacy », dans The Sixteenth Century Journal, vol. 16, n°4, 1985, p. 451-470. Jean Bérenger, « Alliances de revers et coopérations militaires au XVIIe siècle : la politique française en Europe orientale », dans Forces armées et systèmes d’alliances. Actes du colloque international d’histoire militaire et d’études de Défense nationale, Montpellier, 2-6 septembre 1981, p. 137-156. Géraud Poumarède, « “Justifier l’injustifiable” : l’alliance turque au miroir de la Chrétienté (XVIe-XVIIe siècles) », Revue d’histoire diplomatique, 1997, p. 217-246.

4 Nicolas Vatin et Gilles Veinstein, Le Sérail ébranlé : Essai sur les morts, dépositions et avènements des sultans ottomans (XIVe – XIXe siècle), Paris, Fayard, 2003, p. 196-204. Voir aussi : AMAE, CP, supplément, Turquie, vol. 3, fo 171 vo, lettre du 16 septembre 1648 de Jean de La Haye à la Cour.

5 François Pugnière et Özkan Bardakçi, La dernière croisade. Les Français et la guerre de Candie 1669, Rennes, PUR, 2008.

6 Jérôme Cras et Géraud Poumarède, « Entre finance et diplomatie : les armements de François de Nuchèze pour le secours de Candie », dans Daniel Tollet (dir.), Guerres et paix en Europe centrale aux époques moderne et contemporaine. Mélanges d’histoire des relations internationales offerts à Jean Bérenger, Paris, PUPS, 2003, p. 507-544.

7 Bibliothèque nationale de France, Fonds italien, 1825, p. 559-564, Nani au Sénat, Paris, 14 juillet 1645 ; ibid., p. 683-686, Paris, 8 août 1645.

8 Dans une lettre du 20 juin 1658, il annonçait qu’il avait envoyé à la république de Venise 100 000 écus pour lutter contre les Turcs. Mentionné dans Raymond Darricaut, « Mazarin et l’Empire ottoman. L’expédition de Candie, 1660 », Revue d’histoire diplomatique, 1960, p. 335-355. Après le traité des Pyrénées, Mazarin proposa aux Espagnols une action commune contre les Turcs mais ils refusèrent. Voir Faruk Bilici, « Les relations franco-ottomanes au XVIIe siècle. Réalisme politique et idéologie de croisade », dans Lucien Bély (dir.), Turcs et turqueries (XVI-XVIIIe siècles), Paris, PUPS, 2009, p. 44.

9 Jocelyne Dakhlia et Wolfgang Kaiser, Les Musulmans dans l'histoire de l'Europe. Passages et contacts en Méditerranée, Paris, Albin Michel, 2013, t. 2. Alexandra Merle, Le miroir ottoman. Une image politique des hommes dans la littérature géographique espagnole et française (XVI-XVIIe siècles), Paris, PUPS, 2003.

10 Alexandre Haran, Le Lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2000. Guy Le Thiec, « Et il y aura un seul troupeau… ». L’imaginaire de la confrontation entre Turcs et Chrétiens dans l’art figuratif en France et en Italie de 1453 aux années 1620, thèse sous la direction d’Arlette Jouanna, Université Paul Valéry-Montpellier III, 1994, 5 vol., 617 p.

11 Clément Van Hamme, « Venise dans l’imaginaire français de la frontière turque au XVIIe siècle », dans Claudine Nédelec (dir.), Frontières, expériences et représentations dans la France du XVIIe siècle, 2023, p. 85-100.

12 Clarence Dana Rouillard, The Turk in French History. Thought and Literature (1520-1660), Paris, Boivin & Cie, 1940. Christian Zonza, « Écho des guerres ottomanes dans les nouvelles historiques. De la représentation de l’Autre à la représentation de soi », Dix-Septième siècle, n° 229, 2005, p. 653-678.

13 Hubert Carrier, Le Labyrinthe de l’État. Essai sur le débat politique en France au temps de la Fronde (1648-1653), Paris, Honoré Champion, p. 370-378.

14 Yann Rodier, « L’Antipathie et la science politique de la xénophobie. La fabrique ambiguë de l’étranger dans le premier XVIIe siècle (1614-1660) », dans Les étrangers à la cour de France au temps des Bourbons (1594-1789). Stratégies, apports, suspicions, Bulletin du centre de recherche du château de Versailles, janv. 2019, en ligne, p. 1-20.

15 René Girard, Le bouc-émissaire, Paris, Grasset, 1982.

16 Géraud Poumarède, Pour en finir avec la croisade : mythe et réalité de la lutte contre les Turcs aux XVIe- XVIIe siècle, Paris, PUF, 2004, p. 508-509 ; 539-548. Giovanni Ricci, « Craindre les Turcs ou appeler les Turcs ? Émotions en conflit dans l’Italie de la Renaissance », dans Émotions en bataille XVIe-XVIIIe siècle. Sentiments, sensibilités et communautés d’émotions de la première modernité, Paris, Hermann, 2021, p. 165-177. Glenn Sanders, “‘A Plain Turkish Tyranny’: Images of the Turk in Anti-Puritan Polemic,” dans Laura L. Knoppers (dir.), Puritanism and Its Discontents, Newark, Del., 2003, p. 167–93, 179–82.

17 Jean Bérenger, « Les vicissitudes de l’alliance militaire franco-turque (1520-1800) », Revue internationale d’histoire militaire, n° 68, 1987, p. 24.

18 Géraud Poumarède, Pour en finir avec la croisade…, op. cit., p. 570-586.

19 La militante république de Venise prosternée aux pieds de la France, implorant son secours contre la tyrannie du Turc, Paris, R. de la Haye, 1649.

20 Ibid., p. 5.

21 BnF, Fonds italien, 1825, Nani au Sénat, Paris, 8 août 1645, p. 695. Voir aussi les Archives du Ministère des Affaires Étrangères (M.A.E), M.D. France, vol. 852, f° 136r., « Estat des vaisseaux qui ont esté esquipez et radoubez de charpente et calfatz à Toullon en l’année 1645 ». Les équipages et munitions sont payés sur le trésor royal : BnF, Fonds italien, 1825, Nani au Sénat, Paris, les 12 et 19 septembre 1645, p. 809, 853-854.

22 Géraud Poumarède et Jérôme Cras, « Entre finance et diplomatie… », art. cit., p. 524-525, 2003.

23 Journal de l'expédition de monsieur de la Feuillade pour le secours de Candi, Jean Thioly, Lyon, 1669, p. 8.

24 Géraud Poumarède et Jérôme Cras, « Entre finance et diplomatie… », art. cit., p. 517-521.

25 Özkan Bardakçi, « François de Savary de Brèves, un diplomate français au début du XVIIe siècle, et son projet politique turc. Entre esprit de croisade, alliance et raison d’État », Revue du XVIIe siècle, n° 291, 2021, p. 143-166.

26 M.A.E, Paris, C.P. Venise, vol. 55, f°86r., Grémonville à Brienne, Venise, 2 septembre 1645 ; ibid., f°120r., Grémonville à Mazarin, Venise, 7 octobre 1645.

27 Raymond Darricaut, « Mazarin et l’Empire ottoman… », art. cit., p. 339-340. Pierre Goubert note dans son testament que le cardinal légua 200.000 écus pour la croisade, Mazarin, Paris, 1990, p. 432.

28 Girolamo Zulian, « Le prime relazioni tra il card. Giulio Mazzarini e Venezia », Nuovo archivio Veneto, n° 17, 1909, p. 5-139.

29 BnF, Fonds italien, 1825, p. 634-635, Nani au Sénat, Paris, 27 juillet 1645. Gazette, 1648, p. 1713.

30 Géraud Poumarède et Jérôme Cras, « Entre finance et diplomatie… », art. cit., p. 510. M.A.E, Paris, C.P. Venise, vol. 54, f°71v., « Grémonville aux plénipotentiaires de Münster », Venise, 14 juillet 1645.

31 Gazette, 1646, p. 220 et 302-303.

32 Ibid., p. 1210-1211 et 1224.

33 Stéphane Haffemayer, L’information dans la France du XVIIe siècle. La Gazette de Renaudot de 1647 à 1663, p. 652 sq. Voir aussi du même auteur, « Mazarin face à la fronde des mazarinades ou comment livrer la bataille de l'opinion en temps de révolte (1648-1653). », dans Histoire et civilisation du livre – Revue internationale, Librairie Droz, n°12, déc. 2016, p. 261-263.

34 Gazette, 1649, p. 1414, 1463-1464, 1663, 1709 et 1712.

35 Nicolas Vatin et Gilles Veinstein, Le Sérail ébranlé, op. cit., p. 196-204. Özkan Bardakçı, « Le sultan ‘miracle’ Le cülûs de Mehmed IV à travers les chroniques ottomanes du xviie siècle », Rennes, PUR, p. 233-242. Les janissaires et les sipahis s’unissent aux hommes du turban, les şeyhülislam, et aux magistrats de la ville pour exiger la destitution du sultan.

36 Loïc Capron, Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, Paris, Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018, Lettre 193, « À Charles Spon », le 28 août 1649.

37 Ibid., Lettre 207, « À Charles Spon », le 16 novembre 1649.

38 Ibid., Lettre 184, « À Nicolas Belin », le 19 juin 1649.

39 Lettre de consolation envoyée dans les Champs Elisées au sultan Hibraim par le sultan Méhémet, son fils, empereur des Turcs, S.l., 1649, p. 4-5.

40 Ibid., p. 6.

41 Remede aux malheurs de l’Estat de France au suiet de la question Si la voix du peuple est la voix de Dieu, Paris, 1649, p. 24-26.

42 Ibid., p. 23.

43 Secret découvert du temps présent ou l’intrigue manifestée, Nicolas de la Vigne, 1649, Lb37 965, p. 9-11. Proche d’Urbain VIII, Mazarin est indirectement visé par Innocent X, à travers cette affaire, qui décide que les cardinaux ne résidant pas à Rome pourront être privés de leurs biens voire de leur dignité. Omer Talon en appelle comme d’abus et le Parlement de Paris considère donc Mazarin comme français en 1646.

44 Ibid., p. 11.

45 Lucien Bély, La France au XVIIe siècle. Puissance de l'État, contrôle de la société, Paris, PUF, chap. ix : « Mazarin, la régence et les négociations de Westphalie », p. 263-297.

46 La misérable chute du ministre d’Etat étranger, et son bannissement, sa fuite préméditée et sa retraite en Turquie, Paris, F. Noel, 1649.

47 Lucien Bély, La France au XVIIe siècle…, op.cit., chap. ix, p. 292-293. Le duc de Longueville quitte Münster et le comte d’Avaux est rappelé : tous deux expriment leur ressentiment et accablent le Premier ministre.

48 Paul Sonnino, Mazarin’s Quest: The Congress of Westphalia and the Coming of the Fronde, Harvard University Press, 2008.

49 [Jacques de Lescornay], Apologie particulière pour Monsieur le Duc de Longueville, où il est traité des services que fa Maison, & fa Personne ont rendus à l'Estat, tant pour la Guerre que pour la Paix. Avec la response aux imputations calomnieuſes de ſes ennemis, Amsterdam, 1650, p. 50, Arsenal 8-H-7661 (14).

50 On retrouve ce procédé lors des révoltes princières sous la régence : Lettre du grand Sophy de Perse…, 1615, Lb36 513 ; Lettre des chevaliers de Malte, envoyée à monseigneur le prince de Condé, pour joindre ses forces à celles du grand maître, afin de dissiper l’entreprise du Turc sur la chrétienté, Paris, J. Bourriquant, 1615, Lb36 514.

51 Lettre du Grand Turc écrite au roi d’Espagne, ensemble les presens envoyez par son Camerier. Et les articles proposez de la part du Grand Seigneur à sa Maiesté Catholique, Paris, 1649, p. 6, BnF Oc 464. Les Presens inestimables envoyez par le grand Turc au Roy d'Espagne. Avec une lettre..., Coulongne en Allemagne, (s. d.), [1649], BnF J-3383. La lettre du grand Turc au roi d'Espagne avec les présents envoyés par son camerier et les articles proposés à sa majesté, (S. l.), 1649, Arsenal 8-H-7818 (94).

52 Responce à la lettre du Grand Turc envoyée au roy d'Espagne [Philippe IV], présentée au grand Seigneur par dom Ferdinand de Gusman, ambassadeur extraordinaire de SM. catholique, Paris, 1649.

53 Ibid., p. 6.

54 La lettre du grand Turc au roi d'Espagne…, op.cit., p. 6. S’il existe bien un prince marocain converti au catholicisme et devenu jésuite, Balthazar Loyola de Mendes (1631-1667), il n’existe aucune sultane ottomane capturée et convertie.

55 Sur cette affaire, voir le Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay : 1648-1652, Paris, H. Champion, Paris, 1883-1885, t. II, p. 227 et 267.

56 Arrêt contradictoirement rendu au Conseil d'état du roi, en faveur des marchands arméniens, contre le sieur chevalier de Bourlemont, portant condamnation, et par corps, de leur rendre et restituer les marchandises sur eux malprises, BM d’Amiens, N. Bessin, 1651. Voir aussi Jean Loret, La Muze historique ; ou Recueïl des lettres en vers, contenant les nouvelles du temps, Paris, Charles Chenault, 1650, t. I, p. 131-132 qui se réjouit de cette résolution.

57 Lettre du Grand Turc écrite en France à Monsieur Rousseau, avocat au Conseil, au sujet des Arméniens pris en mer qui sont de présent à Paris, Paris, Nicolas Jacquard, p. 5, BnF Lb37 1661 : « si tu veux venir te ranger dans les Païs de nostre Domination, tu seras honoré des principales charges de nostre Empire ».

58 Bartolomé et Lucile Bennassar, Les Chrétiens d'Allah : l'histoire extraordinaire des renégats, XVI et XVII siècles, Paris, Perrin, 2006.

59 Relation de la victoire obtenue par les armes de la Sérénissime République de Venise […] contre l’armée Turquesque, en Asie, au port de Foquie, Paris, Estienne, 1649, Arsenal 8-H-7718 (50).

60 On peut citer, par exemple, l’estampe publiée à Rome de Giovanni Giacomo de Rossi (1649) et celle du Hollandais Pieter Nolpe (1649-1651).

61 Description burlesque du combat naval des Vénitiens et des Turcs ; avec la sollennité du feu de joie fait par M. l’ambassadeur de Venize devant le pont des Tuilleries à Paris, Paris, Pierre Variquet, 1649, p. 8-9.

62 Description des magnificences et feux de joie faits à Paris le 28 juillet 1649, par l'illustrissime... ambassadeur de la sérénissime république de Venise auprès de Sa Majesté très-chrétienne, pour la grande victoire navale obtenue contre l'armée turquesque en Asie, Paris, Estienne, 1649, Arsenal 8-H-7728 (99).

63 Pauline Valade, Le goût de la joie, Réjouissances monarchiques et joie publique à Paris au XVIIIe siècle, Champ Vallon, Seyssel, 2021.

64 René Girard, Le bouc-émissaire, Paris, Grasset, 1982.

65 La victoire remportée par l’armée navale des Vénitiens, commandée par le général Moccenigo : sur celle des Turcs dans l’archipel, Lyon, Guillaume Barbier, 1651, p. 3.

66 Ibid., p. 5-7.

67 Ibid., p. 8.

68 Yann Rodier, « L’Histoire de Barbarie du Père Dan et la tragédie des captifs chrétiens : l’imaginaire de la haine mahométane au XVIIe siècle", dans Anne Duprat (dir.), « Légendes barbaresques. Le récit de captivité : codes, stratégies, détournements (XVI-XVIIIe siècles) », Paris, Bouchêne, 2016, p. 89-104. Daniel Hershenzon, « Plaintes et menaces : captivité et violences religieuses en Méditerranée au XVIIe siècle », dans Jocelyne Dakhlia et Wolfgang Kaiser (dir.), Les Musulmans dans l'histoire de l'Europe…, op.cit., p. 441-460.

69 Jean Mittanour du Four, L’Universelle disposition du ciel pour l’an de grâce 1649, Paris, T. La Carrière, 1649. La France congratulante à Venise, sur sa très-glorieuse, amplissime victoire remportée contre les Mahumetans, (S.l), 1649, Lb37 1307.

70 Jean Mittanour du Four, L’Universelle disposition du ciel…, op.cit., p. 4.

71 Sur ces mazarinades recourant à l’astrologie de manière fictive contre Mazarin, voir Jacques Halbronn, « Questions autour du texte sur l’éclipse de 1654 attribué à Gassendi », dans Gassendi et la modernité, Sylvie Taussig (dir.), Brepols, 2008, p. 316-317. Jacques Halbronn, « L'astrologie sous Cromwell et Mazarin », Politica Hermetica, n°17, 2003, p. 70-94. Sous la Fronde, Jean-Baptiste Morin, pensionné par Gaston d’Orléans, publie son Eclipsis Solis en 1650.

72 Aurélien Ruellet, La Maison de Salomon. Histoire du patronage scientifique et technique en France et en Angleterre au XVIIe siècle, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2016, p. 173-212.

73 Jean Mittanour du Four, Le manifeste du ciel, selon la lecture dans les astres. Item. La determination de la durée du monde, selon le Thalmoud jerosolimitain. Cæli declaratio secundum lecturam in astris. Item. Mundi durationis determinatio, secundum Thalmoud Jerosolimitanum, Paris, 1652, Mazarine, M 13487, p. 4.

74 Jacques Halbronn, « Questions autour du texte sur l’éclipse de 1654… », art. cit., p. 329-330.

75 Jean Mittanour du Four, La France congratulante à Venise…, op.cit., p. 3 : « Ter patitur Sol, Lunaque tunc bis mergitur omnis, Sol Turcas affligit, Luna ad Tartara mittit, in Libra sunt Iupiter & Mars, Ergo datur Pax. »

76 Cantique de reioüissance des bons François, pour l’heureux retour du Roy dans sa bonne ville de Paris, Paris, Jean Remy, 1649, p. 17-18.

77 Premières nouvelles de la paix, Paris, Remy, 1649, p. 7 4, BnF LB37 1000.

78 Gazette, 1649, p. 1177-1182.

79 Gazette, 1649, p. 1182-1185. Maurice Lever, Canards sanglants. Naissance du fait-divers, Paris, Fayard, 1993. Plusieurs canards relatent ces prodiges annonciateurs de la fin de l’empire turc.

80 Les énigmes de ce temps, 1650, p. 10, Mazarine M.10884 ; Clément Durand, Discours abrégé de la naissance, éducation, études, exercices entrée et déclaration du roi, 1651, M.10108 ; Guy Patin, Harangue faite au roi par le recteur de l’Université de Paris, 1651, M. 13026 (4).

81 L’Alcoran de Mahomet est réédité en 1649 (Paris, Sommaville ; Amsterdam, Johannes Janssonius ; Amsterdam, Lodewijk III Elzevier), 1651 (Paris, Sommaville), 1652 (même lieu, même éditeur, réédition du précédent).

82 Alastair Hamilton, « André Du Ryer », dans CMR, vol. 9, Western and Southern Europe (1600-1700), p. 453-465. Asmaa Aoujil, Le Coran en français. André Du Ryer, premier traducteur de l’Alcoran de Mahomet (1647), thèse soutenue à l’université Paul Valéry – Montpellier III, 2018.

83 Mordechai Feingold. “‘The Turkish Alcoran’: New Light on the 1649 English Translation of the Koran”, Huntington Library Quarterly, vol. 75, n° 4, 2012, p. 475–501.

84 Le Sanglant combat naval donné entre les Vénitiens et les Turcs, Paris, J Brunet, 1651, BnF K-4878.

85 Ibid., p. 5-6.

86 Yann Rodier, Les Raisons de la haine. Histoire d’une passion dans la France du premier XVIIe siècle (1610-1659), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2019, p. 81-88. De nombreux auteurs, historiens et libellistes relaient et rappellent les prophéties d’Hippolyte, évêque de Sicile, présageant l’anéantissement du Turc sous une alliance franco-espagnole, celles de sainte Brigitte ou réinterprètent Nostradamus pour déterminer la chute imminente de l’ottoman sous les lys de France.

87 Alexandre Y. Haran, Le Lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, p. 269-307. Georges Dethan « Pour le tricentenaire du traité des Pyrénées. Nationalisme et idée de croisade au XVIIe siècle », Revue d’histoire diplomatique, 74e année, oct-déc. 1960, p. 289-297.

88 Yann Rodier, Raisons de la haine…, op. cit., p. 189-198.

89 Yann Rodier, « De la Bohême à Paris en 1621. Mystique et démystification des guerriers de Dieu », dans Un tragique XVIe siècle. Mélanges offerts à Denis Crouzet, Tatiana Baranova, Caroline Callard et Nicolas Le Roux (dir.), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2022, p. 415-422.

90 Depuis la fin du XVIe siècle, la mystique de la reconquête de Constantinople et du refoulement des Turcs en Asie par les rois de France d’Henri IV à Louis XIII se retrouve chez les poètes Desportes, Bertaut, Malherbe, Du Bellay, Racan, Régnier ; les historiens : Michel Baudier, Jean-Philippe Varin, Mézeray ; les lettres : Jean de Rotrou, Charles Sorel.

91 Mathilde Bombart, « La Fronde en recueils », Pratiques et formes littéraires, 18 | 2021, note 39, mis en ligne le 29 mars 2022, consulté le 22 mai 2025. URL : https://publications-prairial.fr/pratiques-et-formes-litteraires/index.php?id=374

92 [Sandricourt], L’Estat présent de la fortune de tous les potentats et de toutes les puissances de l’Europe en proverbes, Paris, 1652, BnF LB37 3102.

93 Le volume porte la cote H2847 et est désigné dans le catalogue de la bibliothèque sous le titre de Fictions politiques ou sérieux et agréables caprices sur les désordres civils arrivez en France ès-années 1651-1652. Voir Mathilde Bombart, « La Fronde en recueils », art. cit.

94 [Sandricourt], L’Estat présent de la fortune…, op.cit., p. 15-16.

95 Michel Vergé-Franceschi, André Zysberg, Marie-Christine Varachaud, Les Marins du Roi-Soleil, Paris, Perrin, 2023. Sur le rôle des galères en Méditerranée contre les corsaires de Barbarie, Marc Vigié, « Galères et sea-power en France au XVIIe siècle », Revue historique des Armées, 1991, 182, p. 45-56.

96 Histoire de Barbarie et de ses corsaires des royaumes, et des villes d’Alger, de Tunis, de Salé, & de Tripoly. Divisé en six livres. Ou il est traitte de leur gouvernement, de leurs Mœurs, de leurs Cruautez, de leurs brigandages, de leurs Sortileges, & de plusieurs autres particularitez remarquables ; Ensemble des grandes miseres et des cruels tourmens qu’endurent les Chrestiens Captifs parmy ces Infideles, Paris, Pierre Rocolet, 1649, BnF M-19637.

97 Yann Rodier, « L’Histoire de Barbarie du Père Dan et la tragédie des captifs chrétiens : l’imaginaire de la haine mahométane au XVIIe siècle », dans « Légendes barbaresques. Le récit de captivité : codes, stratégies, détournements (XVI-XVIIIe siècles) », Anne Duprat (dir.), Paris, Bouchène, 2016, p. 89-104.

98 Relation véritable de tout ce qui s’est fait et passé en la bataille des Vénitiens contre les Turcs et le martyre que le Grand Seigneur a fait souffrir à un gentilhomme vénitien, Paris, G. Sassier, 1650, Mazarine, M.12259.

99 Antonio Gallonio, Trattato degli instrumenti di martirio e delle varie maniere di martirizzare... (Traité des instruments de martyre...), Rome, 1591. Girolamo Maggi, De equuleo, Hanau, 1609.

100 Martyrs et martyrologes, Fr. Lestringant et P.-Fr. Moreau (dir.), Revue des Sciences Humaines, n° 269, 2003. Sur la représentation du martyre de Jacques le Majeur dit le Matamore (le tueur de Maures), voir Civil, P., « De quelques décapitations : images et théâtralité en Espagne au Siècle d'Or », Littératures classiques, 73(3), 55-65.

101 Yann Rodier « Le miroir aux affects haineux : faire voir le Barbaresque et le captif chrétien dans la France du premier XVIIe siècle », dans Annie Duprat (dir.), La guerre de course en récits. Terrains, corpus, séries, 2011, p. 21-45.

102 Emmanuelle Bermès, Le couvent des Mathurins de Paris et l’estampe au XVIIe siècle, thèse à l’E.N.C., 2001, chap. I, non publiée.

103 François Eudes de Mézeray, L'Histoire de la décadence de l'Empire grec et establissement de celuy des Turcs […] Histoire des Turcs, second tome, contenant ce qui s'est passé dans cet empire depuis l'an 1612 jusqu'à... 1649, M. Guillemot, 1650, FOL-J-461 (2), p. 183.

104 La Gazette, 28 avril1649, p. 278-280.

105 La Gazette, p. 278-279.

106 Ibid., p. 280.

107 Barbara H. Rosenwein, “Worrying about Emotions in History”, The American Historical Review, 2002, vol. 107, n° 3, p. 821-845. Yann Rodier, « Les mazarinades génovéfaines et la stratégie politique de l’odieux (avril-septembre 1652) », dans Histoire et civilisation du livre – Revue internationale, Librairie Droz, n°12, déc. 2016, p. 299-312.

108 Alexandra Merle, Le Miroir ottoman…, op.cit.

109 Joël Elie Schnapp, Prophéties de fin du monde et peur des Turcs au xve siècle. Ottomans, Antichrist, Apocalypse, Paris; Classiques Garnier, 2017.

110 I.B. Neumann et Welsh, J., « “The Turk” » as Europe’s other », dans Cultural Politics and Political Culture in Postmodern Europe, éd. par J.P. Burgess, Amsterdam, 1997, p. 291-320. I.B. Neumann, Uses of the Other: « The East », dans European Identity Formation, Minneapolis, 1999.

Pour citer ce document

Yann Rodier, « Sultan Mazarin ou cardinal croisé ? Actualité et médiatisation de l’empire ottoman dans les mazarinades, à l’heure de la guerre de Candie (Crète) – 1648-1652. » dans Les mazarinades et l'international,

Revue du GRHis, n° 2, 2026

URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/grhis/175.html.

Quelques mots à propos de :  Yann Rodier

Directeur du département d’histoire à Sorbonne Université Abu Dhabi, Yann Rodier est l’auteur de La Raison de la haine. Histoire d’une passion dans la France du xviie siècle, publié aux éditions Champ Vallon en 2020. Cet ouvrage issu de sa thèse a été distingué par le Prix de la Revue d’étude du xviie. Il est rattaché à SAFIR et au Centre Roland Mousnier (UMR-8596). Ses recherches s’intéressent à la médiatisation de la xénophobie et aux rapports à l’altérité en Europe et en Orient au XVIIe siècle.