Sommaire
Les mazarinades et l'international, n°2, octobre 2026
- Amstutz Delphine, maître de conférences en Littérature française du XVIIesiècle, faculté des Lettres de Sorbonne Université/ Cellf UMR 8599. - Bilis Hélène, professor of French, Wellesley College. - Curelly Laurent, professeur des Universités en littérature et civilisation anglaises du XVIIe siècle, Université de Haute-Alsace. - Deguin Yohann, maître de conférences en littérature française du XVIIesiècle. - Esteban Estríngana Alicia, T.U. de Historia Moderna, Universidad de Alcalá. - Górzyński Sławomir, professeur à l’Université d’Opole. - Haffemayer Stéphane, professeur d’Histoire moderne, Université de Rouen-Normandie, GRHis (UR 3831). - Herrmann Frédéric, maître de Conférences en Études Anglophones, Université Lumière Lyon 2, UMR 5206 Triangle. - Junot Yves, maître de conférences en Histoire moderne, Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes - LaPorta Dr Kathrina, Dépt. Français, Université de New York, États-Unis. - Loysen Kathleen, Associate Professor of French & Chair Department of Global Cultural Studies, Montclair State University. - Malinowski Teresa, docteure en histoire, chercheure rattachée au Mémo (Université Paris Nanterre). - Matsumura Takeshi, professeur à l’Université de Tokyo. - Poncet Olivier, professeur d'Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque moderne, École nationale des chartes. - Poumarède Géraud, professeur des Universités en Histoire moderne, Sorbonne Université. - Proot Joran, Dr., Cultura Fonds (Dilbeek)/Sint Lucas Antwerpen. - Steinberger Deborah, professor of French and Comparative Literature, University of Delaware. - Teyssandier Bernard, professeur des universités en Littérature française des XVIeet XVIIesiècles, Université de Reims. - Tsimbidy Myriam, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Bordeaux Montaigne, équipe Plurielles (UR24142). - Tylus Piotr, professeur de philologie romane à l'Université Jagellone.Comité scientifique
- Stéphane Haffemayer Introduction : l’international dans les mazarinades
- Patrick Rebollar Aux frontières des mazarinades
- Florine Lévecque-Stankiewicz Représenter la Fronde à l’étranger : les gravures de Caspar Luyken pour la Vie de Mazarin (Leyde, 1699)
- Teresa Malinowski Les Mazarinades dans les collections de la Bibliothèque Jagellonne : recensement, provenance, réseaux de circulation
- Maxim Boyko Diffusion et perception des mazarinades en Russie de la Grande Catherine à Vladimir Poutine
- Cécile Leduc Un duc étranger allié des princes français : la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les Mazarinades et les Mémoires
- Lourdes Amigo Vázquez Les différents visages de l’Espagnol. La monarchie de Philippe IV dans les mazarinades de 1649
- Lourdes Amigo Vázquez Los diferentes rostros del español. La Monarquía de Felipe IV en las mazarinadas de 1649
- Pierre Ronzeaud « Lavemans et polacres », formes et fonctions de la représentation des ennemis étrangers dans les Mazarinades de la guerre de Paris, janvier-avril 1649
- Laurent Curelly Les mazarinades dans la presse anglaise à l’époque de la première révolution (1649)
- Stéphane Haffemayer Un moment décisif de la Fronde : Mazarin et l’attaque ad-odium du 1er février 1651 : « Il persuadoit tous les iours au Roy, que tous les Gens de bien de son Royaume estoient autant de Cromvvels de Fairfax, Tous les Parlements, des Parlements d’Angleterre »
I. Les effets de frontières
Aux frontières des mazarinades
Patrick Rebollar
Mazarins, Lorrains, Corrinthiens,
Destallez hors de nos frontieres,
Ennemis des Parisiens,
Mazarins, Lorrains, Corinthiens,
La France ne vous tient pour siens,
On vous va tailler des croupieres,
Mazarins, Lorrains, Corinthiens,
Destallez hors de nos frontieres1.
Si la question classique des origines du terme de frontière ne peut être éludée, il faut bien reconnaître que les premiers emplois attestés ne cessent de reculer et que ce sont les contextes, les contaminations réciproques à un moment donné, à l’intérieur d’un corpus unique et si possible massif, qui importent2.
Quand le nombre change le sens
1Parler de « la frontière », au singulier, c’était (et c’est encore) faire référence à une zone administrative et militaire précise ou désigner une ligne dessinée sur une carte.
2Cependant, outre le cas étymologique du front militaire qui est attesté au moins depuis le xiiie siècle3 et qui matérialise la frontière par des postes, des places et des forteresses, le tracé d’une ligne continue, que ce soit sur le terrain ou sur la carte, a longtemps été inexistant ou, au mieux, flou et mouvant4.
3En revanche, parler « des frontières », au pluriel, ne nous semble plus être localisé et concret comme pour le mot au singulier. Le pluriel, au-delà des lignes qu’il implique, tend à circonscrire et essentialiser le territoire concerné. Ce faisant, il le politise. Il désigne un ressort administratif, parfois indépendant, comme un pays souverain, parfois assujetti, comme une province ou un pays vassal. Même changeantes sur le temps long, les frontières en viennent souvent à désigner une nation et l’histoire de sa constitution, au moins de façon téléologique5.
4Pour la population, reconnaître, accepter ou contester des frontières relève du domaine de l’identité nationale et peut exacerber des sentiments, des aspirations ou des fantasmes compatibles avec la guerre, la guerre civile ou la révolution.
5Dans l’histoire de la langue française, l’utilisation métaphorique arrive tardivement et concerne plus souvent le singulier : la frontière entre le bien et le mal, la frontière entre l’art et le design ; le pluriel étant également attesté : aux frontières du langage…
Choix à faire pour la fouille d’un corpus
6Qu’en est-il de ces différences sémantiques entre singulier et pluriel dans les mazarinades, ou tout du moins dans celles que nous pouvons interroger, au sein du corpus des RIM6 ? Préalablement et pour donner un contraste synchronique à cette étude, notons que les Traités de Westphalie7, rédigés en latin (et qui ne sont pas des mazarinades), ne contiennent que très peu de mentions des termes latins qui désignent les frontières – finis, terminus ou confinia –, comme si ces documents diplomatiques considéraient avant tout des entités politiques dont les frontières sont globalement connues, et que des « commissaires8 » ou des « envoyés » iront vérifier et administrer par la suite.
7Mais ne nous y trompons pas : lorsqu’il s’agit de céder un comté et son bailliage, de conquérir une place forte ou, comme l’écrit laconiquement Renaudot dans la Gazette du 29 mars 1647, « qu’on donne à la Couronne de Suède l’Archevêché de Brème9 », il y a bien un changement des frontières, même si le mot n’est pas utilisé.
8Autre exemple : Abel Servien, dans un discours à La Haye en 1647, dénonce une trompeuse proposition des Espagnols qui concerne un changement de plusieurs frontières, comme on déplacerait des pions sur un échiquier :
Les Espagnols furent bientôt contraints de détruire eux-mêmes l’imposture dont ils avaient été les auteurs, par l’offre qu’ils nous firent de quatre méchantes Places, qui étaient une condition de paix bien disproportionnée à celle qu’ils avaient fait croire auparavant à tous les Pays-Bas, qu’on voulait donner au roi par ce traité clandestin10.
9Dans le cas des « places fortes avancées » et de « beaucoup d’enclaves lentement digérées », Yves Durand11, dans un article de 1992, disait qu’elles importaient aussi comme « zones d’influence » et comme « des passages vers les terres des princes amis et clients », sans correspondre à l’idée actuelle de frontière « vraiment linéaire, intangible et sacralisée ».
10Distinguons l’hypéronyme « frontière », parfois absent des textes, et des hyponymes ou des synonymes comme « confins », « limite », « démarcation » et bien d’autres expressions ou allusions que nous devons, devrons, inclure dans un champ lexical à constituer. Si l’on se limite à une fouille de corpus par hypéronyme, il y a un risque d’avoir un résultat faible, de peu d’intérêt et surtout de nous amener à confondre le mot et la chose, voire de conclure à l’absence de cette chose puisque le mot n’est pas dans les discours, ce qui serait une faute scientifique.
11Le comble est atteint quand un mot n’existe pas encore. Ainsi l’absence totale de l’adjectif « international » dans les mazarinades ne nous a pas empêché d’y consacrer un colloque. En effet, si le mot « nation » a plus de 1300 occurrences dans le corpus12, l’adjectif « national » n’en a que 16 – c’est donc un mot naissant à cette époque. L’adjectif « international », quant à lui, a été introduit en français plus d’un siècle plus tard – attesté vers 1780, selon le TLF13.
12La recherche de frontière(s) dans le corpus nous propose 588 occurrences en contexte, au singulier et au pluriel. Il convient de lire quelques dizaines de ces contextes, dans un premier temps, afin de repérer les candidats à la constitution du champ lexical. Il est ensuite possible d’analyser ce champ lexical de la frontière au sein des 376 mazarinades concernées, soit 14 % du corpus des RIM14 ; le but étant de savoir si cela contribue à une meilleure compréhension des sens du mot, ou s’il existe des sens spécifiques aux mazarinades.
Pour décider de l’envergure d’un sous-corpus de travail
13Regardons d’abord les fréquences par forme puis par année dans le corpus.
14Les 588 occurrences trouvées avec la troncature « frontiEr.* » se répartissent en 198 formes au singulier (33,7 %) et 390 formes au pluriel15 (66,3 %), variantes orthographiques incluses. Comme il n’y a ni ambiguïté sémantique ni alternative lexicale, ces variantes orthographiques ont peu d’importance, même si elles doivent être connues pour être comptabilisées. Selon notre hypothèse de départ, la différenciation sémantique du singulier et du pluriel est a priori pertinente, à analyser.
15En fonction de la date de publication (ou de son absence), les formes se répartissent ainsi : sans date, 51 occ. ; pour 1648, 1 occ. ; pour 1649, 307 occ. ; pour 1650, 54 occ. ; pour 1651, 48 occ. ; pour 1652, 165 occ. ; pour 1653, 0 occ. ; autres années : au moins 4 occ., pour un total de 630 occurrences16.
16L’importance des années 1649 et 1652 correspond logiquement aux deux années de forte production pamphlétaire17. Elles n’en devraient pas moins être étudiées avec attention tant on sait que des salves de pièces partisanes alternent et se répondent, en particulier pour ces deux années-là.
17Un tel cadrage par nombre d’occurrences reste toutefois peu signifiant, voire peu pertinent, s’il n’est pas inscrit dans un champ lexical, par exemple en indiquant le nombre d’occurrences dans le même corpus pour des termes a priori de sens voisin, liés au territoire et à son administration, comme limite, entrée, barrière, pays, généralité ou juridiction, etc.
18Voici les résultats de cette pondération :
19– Barrière(s), 68 occ., principalement dans le sens abstrait ; exemple : « vous seruez
de barriere à cette authorité Royale18 ».
20– Confin(s), 11 occ.
21– Dehors, 77 occ., dont la moitié environ désigne l’extérieur du royaume19.
22– Douane(s), dont « doüan(n)e20 », 20 occ.
23– Entrée(s), principalement substantif, 845 occ. ; exemples : « l’imposition mises (sic) aux entrées du vin lors du siege de Corbie21 », « ce Prince se tient tousiours en estat de luy deffendre l’entrée du Royaume22 ».
24– Généralité(s), au sens de ressort territorial dans l’Ancien Régime, 214 occ. ; exemple : « les sommes imposees de son authorité dans l’estenduë des Generalitez de Bordeaux & Montauban23 ».
25– Juridiction(s), dont les variantes « iuris… », « ivris… », 362 occ. ; exemple : « Les Magistrats mesmes en la personne desquels residoit l’authorité de la iurisdiction souueraine, n’estoient point exceptés de la Loy generale24 ».
26– Limite(s), nom, verbe et mot latin, attesté en français dès le xive siècle, n’a pourtant que 167 occ. dans le corpus.
27– Nation(s), 1253 occ.
28– Passage(s), au sens du lieu, du mouvement ou d’une partie d’un texte, 818 occ. ; exemple : « quand tout d’vn coup les principaux passages ont esté fermez25 ».
29– Pays, dont « païs », « pais », 2135 occ.
30– Provinc(e)(es)(ial)(iaux), subst. et adj., 172 occ.
31– Sortie(s), nom et participe passé, issue et action militaire, 580 occ. ; exemple : « on leua dans Paris mesme vne armée de vingt mil hommes de caualerie & infanterie, pour faires des sorties, ouurir les passages bouchez, & faire venir du pain en la ville26 ».
32– Territoire(s), 20 occ.
33– Traites foraines, du lat. foris, « dehors », au pluriel avec le sens d’un impôt sur la circulation des marchandises27, 19 occ.
34En revanche, les termes borne(s) (355 occ.), front (201 occ.) et passeport (écrit en un mot ou en deux, 136 occ.) n’ont pas été retenus dans ce panorama parce que leur usage dans les mazarinades ne participe presque jamais à un discours sur les frontières.
35Cette pondération lexicale nous permet d’affirmer qu’il y a environ quatre fois moins de frontière(s) que de pays, deux fois moins que de nation, un tiers de moins que d’entrées mais à peu près autant que de sorties, plus que de généralités et de juridictions mises ensemble, plus de trois fois plus que de provinces et beaucoup plus que de territoires, de barrières et de confins.
36Un tel aperçu lexical peut s’avérer plus instructif ou plus utile à garder à l’esprit que la fréquence brute des seules formes de frontière(s) attestées dans le corpus, de toute façon bien inférieure à 1 % de la totalité des mots du corpus (environ sept millions).
37Par ailleurs, une recherche lexicométrique qui se voudrait sérieuse, voire scientifique, devrait d’abord répondre à la question du nombre de libelles dans un corpus composé, comme la plupart des fonds de mazarinades, d’un agrégat de volumes issus de collections familiales, religieuses, parlementaires, etc., groupées puis disloquées par les confiscations révolutionnaires, les destructions naturelles et les ventes à la découpe – nombre difficile à établir aussi du fait que des pièces sont présentes en deux, trois ou quatre exemplaires dans une même collection, que certains libelles sont inclus dans d’autres pièces, ou du fait que des portions de textes sont recopiées d’un pamphlet à un autre sans que le titre soit identique. Sans parler des périodiques qui sont comptés tantôt au titre, tantôt au numéro…
38Dans ces conditions, la fréquence brute d’une forme peut-elle être pertinente alors qu’un quart de ses occurrences provient de répétitions textuelles ? Ne faudrait-il pas plutôt supprimer les doublons dans un relevé de contextes ou dans une concordance pour n’étudier que des emplois différents les uns des autres, au mépris d’une hypothétique28 valeur quantitative ?
39Nous avons choisi cette seconde option. Par conséquent, l’étude du sens des mots que nous proposons ne portera pas sur les 588 occurrences précédemment mentionnées de « frontière(s) » mais sur un total de 410 occurrences, différentes les unes des autres, et qui forment maintenant notre sous-corpus de référence (donc après retrait des doubles, triples ou quadruples occurrences de notre concordance, comme le montre l’illustration 1).

1 Extrait de la concordance brute (à gauche) et de la nouvelle concordance (à droite).
« Frontière(s) » dans les titres de mazarinades
40Dans un article de la revue xviie Siècle de 1978, Hélène Himelfarb suivait une piste ouverte par Georges Poisson et affirmait, je cite :
[…] en effet, nous savons mal ce que c'est qu'un château, et cet inventaire si nécessaire qu'il [G. Poisson] appelait de ses vœux, exige un travail de définition plus vaste encore que celui qu'il esquissait. Si le terme est infiniment flou dans notre vocabulaire présent (hôtel urbain, gentilhommière, logis abbatial, folie, ferme fortifiée, palais épiscopal, autant de réalités connexes du château, aux frontières incertaines), les textes d'époque accroissent et compliquent cette confusion : les sens évoluent, se chevauchent, se contredisent. Et plus grave encore, je crois percevoir que les désignations dont usaient couramment les possesseurs et les hôtes des châteaux – ce sont elles que nous livrent les Mémoires – diffèrent profondément de celles de la langue juridique, que nous livrent pièces notariées, fois et hommages, aveux et dénombrements […]29.
41Notre questionnement sur les frontières s’inscrit dans cette filiation intellectuelle car, paraphrasant Himelfarb, nous savons mal ce que c’est qu’une frontière au temps de la Fronde. Nous tenterons donc d’en saisir le sens grâce aux 410 contextes textuels auxquels nous relie la concordance, en commençant par les titres de mazarinades.
42Seuls quatre titres du corpus contiennent le terme recherché, dont deux qui, bien que différents, sont en fait suivis d’un texte identique30. Il s’agit de deux pièces datées du 11 janvier 1649 et dont les titres sont : Arrêt de la cour de Parlement contre les gens de guerre qui ont quitté les frontières pour empêcher les vivres en cette ville de Paris31 et Arrêt de la cour de Parlement […] par lequel il est défendu à tous gouverneurs des villes frontières ou autres places de laisser sortir aucuns canons, armes et munitions de guerre32…

2 Arrest de la Cour de Parlement contre les gens de guerre... [M0_222], p. 3.
43Ces deux pièces, très brèves, traitent des mouvements de troupes qui assiègent Paris dès le 8 janvier sous le commandement du prince de Condé, alors fidèle au roi. L’auteur du texte accuse doublement Mazarin (voir illustration 2) ; d’une part, d’exercer sa vengeance contre le parlement frondeur et, d’autre part, de mettre la France en péril en dégarnissant les frontières :
Le Cardinal Mazarin, pour exercer sa vengeance contre ladite Cour & cette Ville de Paris, fait aduancer toutes les troupes qui estoient sur la frontiere, mesmes celles qui estoient en garnison dans les places les plus importantes, & tire le Canon des Citadelles des Villes frontieres, & expose par ce moyen toutes les Villes aux ennemis, & le Royaume en proye […]33.
44Sur une base de 50 à 60 kilomètres parcourus par jour, selon le Grand Atlas de l’histoire de France34, nous nous demandons, puisque le texte ne le précise pas, de quelles frontières ces troupes sont-elles arrivées à pied et à cheval en moins d’une semaine. Pour les contemporains, était-il important de savoir que ces troupes étaient stationnées dans l’Est et le Nord-Est du pays ? Le mot frontière n’agissait-il pas plutôt sur eux comme un signal émotionnel de mise en danger de la France elle-même, ou de ses récentes frontières acquises par les traités de Westphalie, alors que cette semaine-là, précisément, Paris sous blocus allait manquer de vivres, qu’il faisait froid et que la Seine avait débordé ?
45La pièce suivante, dans le catalogue du PM, est La Chasse mazarine hors des frontières de Champagne et de Brie […] de 1652. Trois ans plus tard, elle fait un récit très elliptique d’escarmouches le long de la Marne dans les environs de Saint-Dizier. Un narrateur dit que :
Qvelques trouppes de Caualerie ayant ceint de part & d’autre la riuiere de Marne, gastant & rauageant tout le païs les enuirons d’icelle. Ne sçachant plus, comme l’on dit, sur quel pied dancer, nous nous resolumes d’opposer nos foibles armes à leurs plus puissants efforts. La contrainte nous y forçant de toutes parts, & la necessité qui iamais ne s’establit de Loy ; nous donner courage & ferme resolution de nous vanger des desordres que nos ennemis faisoient souuent tomber sur nous35.
46Le « Nous » du texte désigne des hommes de quelques communes de Brie et de Champagne, quelque peu chauvins avant le mot36, qui parviennent héroïquement à repousser les troupes de Mazarin au-delà des limites de « leur contrée ». Le mot « frontières » du titre désigne implicitement les limites de leur région et non celles de la France – au cas où elles ne se confondraient pas. La connotation émotionnelle vient de l’expression entière : chasser [l’ennemi] hors des frontières.
47Le dernier titre est une fausse Lettre du roy d’Espagne envoyée au duc de Lorraine, du 2 avril 1652. Le roi écrit à son cousin Charles IV, duc de Lorraine, apparemment indécis :
Nostre Conseil trouue à propos de vous en escrire pour sçauoir ce que vous desirez de faire dans vne occasion si importante, & laquelle vous doit rendre maintenant vos Terres, ou bien vous n’y deuez iamais rien pretendre. L’on nous a aduerty de vostre acheminement du costé de France, & que vous estiez des-ja sur la frontiere, sans que pourtant vous vous soyez declaré pour aucun party, nonobstant les obligations de vostre sang, & les promesses de tous ces Princes, ausquelles moy-mesme me suis confié, & continuë tous les iours. I’en ay escrit à nostre tres-cher Oncle l’Archiduc Leopold, pour vous destourner d’embrasser le party de ce Cardinal, en cas que vous en ayez la pensée ; Car il n’y auroit plus de lieu de vous proteger apres auoir supporté la tyrannie des Ministres, laquelle seule à causé les mal-heurs de vostre Maison37.
48Le sens du mot frontière y est bien géographique, sans équivoque possible. Aujourd’hui, dans une phraséologie similaire, il pourrait aussi avoir le sens moral d’un choix politique à faire, à l’instar de l’expression « passer le Rubicon38 », dont le sens ne se réduit pas à la traversée d’une rivière. Ce « frontiere » avait-il ou n’avait-il pas ce double sens pour des lecteurs de 1652 ? Nous reviendrons plus loin sur cette possibilité de polysémie.
49Comme on le voit par la rapide description de ces titres, il faudrait beaucoup de temps pour une analyse fine des 410 occurrences de notre sous-corpus. Nos simples remarques permettent cependant de poser deux jalons. Premièrement, il est plus souvent question de mouvements de troupes et de positions militaires que de considérations géographiques ou sociales, ce qui peut paraître raisonnable dans le contexte agonistique de la Fronde. Et deuxièmement, plus important peut-être : il est à l’évidence très peu question de frontières dans les titres de mazarinades, comme si le mot avait peu d’intérêt ou d’attrait pour le lectorat de l’époque.
50Dans le sous-corpus, des groupements d’occurrences ont été effectués sur des critères syntaxiques, à relier aux discours et à leur performativité. Grâce à la concordance triée à gauche39 (dont le mot avant la forme recherchée – ou co-texte gauche – a été alphabétiquement trié), il devient possible de compter les articles définis, indéfinis, les adjectifs possessifs, démonstratifs, mais aussi, dans la continuité syntaxique de la citation, des séries d’expressions, de groupes verbaux, de noms propres, etc.

3 Extrait de la concordance fournie par Philologic, le moteur de recherche lexicale du PM.
51Le relevé analytique de ces 410 occurrences fait apparaître que le nom est beaucoup plus présent (83 % des cas) que l’adjectif, employé le plus souvent après les noms « ville » ou « place ».
52Précédé d’un article défini ou de la préposition « aux » (49 % des occ.), le nom exprime logiquement une généralité de la ou des frontière(s) ; cela contraste alors avec les emplois précédés d’un adjectif possessif, comme dans la citation des Triolets en exergue, qui suggère la propriété ou le sentiment d’appartenance (dans près d’un quart des cas).

4 Classement fréquentiel des co-textes gauches de « frontière(s) » (abrégé en f., ou f.s pour le pluriel).
53Ces informations morpho-syntaxiques pourront ensuite être combinées avec des données sémantiques et discursives.
Après compilation, il est apparu que les deux catégories lexicales les plus déterminantes et les plus fréquentes dans les contextes de « frontière(s) » sont le verbe et le toponyme, dans cet ordre d’importance (exemples dans l’illustration 5).
5 Exemples de citations du corpus : à gauche, avec verbe et toponyme ; à droite, avec noms et toponymes.
Toponymie dans les contextes des frontières
54Le cas de « Arras frontière de France », tiré de la troisième partie du Burlesque ON de ce temps40, nous invite à considérer dans toutes les pièces la présence de nombreux toponymes. Ainsi trouvons-nous – à titre d’exemple de ce qui peut ensuite être systématisé, compilé et catégorisé – « Champagne, Lorraine et Picardie » dans La Politique sicilienne41, noms de provinces qui reviennent dans bien plus de contextes de frontière(s) que Normandie ou Beauce, à l’évidence. Ainsi relevons-nous aussi des verbes, ici commencer, là souffrir et des noms comme ravages et peuples.
55Par suite, notre ambition n’est pas ici d’observer dans le détail historique et géographique la situation évoquée par chaque pièce mais de donner sens aux récurrences de toponymes par rapport aux frontières françaises du milieu du xviie siècle42, en rappelant par exemple qu’au temps de la Fronde, la Picardie et la Champagne sont des provinces frontières.
56Dans l’ensemble des mazarinades, toutes les provinces frontières de l’époque sont citées, souvent sans que le mot « frontière » ne soit présent dans le contexte. Le Roussillon, qui ne deviendra français qu’en 1659 par le Traité des Pyrénées, est nommé plus de cinquante fois dans les mazarinades du PM, dont seulement cinq en contexte de « frontière(s) » ; cela témoigne d’une permanente dispute territoriale, sans recours systématique à l’hypéronyme :
Pour Monsieur le Duc de la Trimoüille, la restitution de la ville de Perpignan, & de tout le Comté de Roussillon, qu’il pretend luy appartenir du chef de sa bisayeule, qui estoit de la Maison d’Aragon, & heritiere de la branche des Roys de Naples de cette famille là, en vertu de certaine clause d’vn ancien Contract de mariage. Mais pour ce poinct on croid que c’est plustost pour faire vn acte qui conserue à ce Seigneur le droit qu’il peut auoir, qu’en esperance d’obtenir sa demande, qu’il a fait faire cette proposition43.
57De même pour les toponymes de la Décapole alsacienne pour laquelle les Traités de Westphalie confirment la protection de la France (avant intégration par le Traité de Nimègue en 1679) – malgré l’absence du mot « frontière(s) » dans leur contexte :
47. Sa Majesté Imperiale tant pour soy que pour toute la Maison d’Austriche & l’Empire, renoncent a tous les droicts de proprieté, seigneurie possession & jurisdiction, qu’ils auoyent en la ville de Brissac, au Landgrauiat de la haute & basse Alsace, Sunegavv, & en la Préfecture prouinciale des dix villes Imperialles, sises en l’Alsace : sçauoir Hagenavv, Colmar, Schlettuart, VVensenburg, Landau Oberenhaim Rosshain, Munster en la valée Sainct Gregoire, Kaisersberg, & Turinchaim […]
48. Pareillement ledit Landgarviat de l’vne & l’autre Alsace & Suntgavv, comme aussi la préfecture provincialle sur ces dix villes & lieux en dépendãs, tous les vassaux, sujets, hommes villes, chasteaux, forteresses, bois, forests, minnes d’or, d’argent, & d’autres métaux, rivieres, prairies & tous leurs autre droits Royaux & apartenances, sans aucune réserve, avec toutes jurisdictions & souveraine puissance, apartiennẽt des à present & pour tousiours au Roy Tres-Chrestien & à la Couronne de France, & luy demeurent incorporez sans contradiction de la maison d’Austriche ny de quelque autre que ce puisse estre44 […]
58L’absence d’hypéronyme relativise la pertinence de cette étude en nous ramenant à une précédente remarque : non seulement les mots recherchés sont peu présents dans les titres des libelles, ils sont aussi quasi absents des contextes des toponymes. L’implicitation logique de la notion de frontière lors de toute mention d’une ville ou d’une province (que l’on sait) frontière pourrait entraîner le chercheur vers une recherche systématique des toponymes concernés – longue et sans garantie de pertinence.
59Inversement, des noms de lieux sont présents dans moins d’un quart des contextes du sous-corpus, une petite centaine d’extraits donc, qu’il s’agisse de provinces, comme celles déjà citées, ou de villes frontières, d’ailleurs très peu nombreuses : du nord comme Arras ou Bapaume, frontière provisoire, mais aussi Paris avec un sens métaphorique, ou Bordeaux, dans un sens négatif.
60Pour cette dernière, il était débattu de la destruction ou non du château Trompette, déjà bien abîmé pendant les troubles de 1648. L’auteur de La Guyenne victorieuse contre ses tyrans dit :
Ie ne doute pas qu’ils [les Bordelais] ne se soient trouuez en grande perplexité sur la question qui a esté euë, s’il falloit raser ladite place, ou bien la garder, reparer toutes les bréches, la rauitailler, & y mettre forte garnison […]
Si le dessein des Bordelois estoit autre que de vouloir viure & mourir subiects à la Couronne de France, selon les loix fondamentales de l’Estat & du Pays, ils pourroient garder ladite place, la bien munir, & en faire vn puissant asyle de leur liberté. Neantmoins comme ils ont monstré ne vouloir surpasser tous les autres François qu’en fidelité, aussi bien qu’en courage, en démolissant ledit Chasteau ils veulent donner à connoistre que l’obeyssance qu’on doit pretendre & exiger d’eux, sera aussi prompte & entiere qu’elle sera legitime & sans contrainte.
C’est à faire, disent-ils, à des villes frontieres, d’auoir des Citadelles pour leur seruir de deffense contre les surprises des ennemis45 […]
61Ce dernier argument n’est bien sûr pas nouveau, puisque Henri IV avait déjà ordonné la destruction du Fort du Hâ en 1604. D’autres décisions allant dans ce sens – éviter les rebellions armées à l’intérieur du territoire – étaient déjà connues, comme le rappelle ce Cayer contenant les tres-humbles remontrances des députés de Bordeaux… :
Le Parlement a diuerses fois demandé & les Roys ordonné la demolition des Chasteaux & forteresses qui ne sont frontieres pour soulager les finances des defenses superfluës, s’il plaist à leurs Maiestés conformement à ce qu’il fut ordonné en 1626. les places de cette nature, comme Puymirol, la Reolle, Bourg, Castillon, le Chasteau Trompette & celuy du Ha seront desmolies & rasees, & par ce moyen la Prouince sera deschargee d’vne nouuelle impositiõ46 […]
62Pour Paris, il n’y a que trois co-occurrences, dont une par allusion. La première, dans les Observations curieuses sur l’état et gouvernement de la France… consiste en un rappel historique de 1636 et le fait qu’il avait alors fallu rappeler « le ban et l’arrière-ban » pour sauver l’État :
Quand les Espagnols entrerent dans la Picardie, & que nous fûmes contraincts de considerer sainct Denys en France, comme vne Frontiere de Paris47.
63La même crainte obsessionnelle – et compréhensible – se retrouve dans une co-occurrence par allusion deux ou trois ans plus tard. En effet, l’auteur de l’Avis important d’un abbé au cardinal Mazarin… de 1652 dépeint flatteusement Paris avant de constater que :
Cette Ville sans égale qui fait le plus beau fleuron de la Couronne du Roy, perd tous les iours cette splendeur qui la rend admirable à toute l’Europe, & au lieu qu’elle enuoyoit la guerre bien loin sur les terres estrangeres, elle est deuenuë le theatre de la guerre & frontiere à ses habitans48.
64Imputée au seul cardinal, la décadence civilisationnelle que Paris subirait est exprimée par l’opposition hyperbolique entre sa désignation laudative de « fleuron » et celle de « frontiere à ses habitans », où frontière prend assurément un sens dégradant quand on veut que le roi, son palais et sa ville soient au centre du monde.
65La deuxième co-occurrence effective, dans l’Advis d’un bon père hermite49, traite d’une situation que nous verrons plus bas à propos du blocus de 1649, quand il s’est agi, selon de nombreuses pièces, de dégarnir les frontières pour envoyer des troupes assiéger et affamer Paris.
66Ces quelques citations nous confirment, d’une part, que les mazarinades colportent aussi bien de la propagande ou des craintes collectives que de réelles informations topographiques ou militaires et, d’autre part, que, loin de notre attente ou de nos habitudes informationnelles, auteurs et lecteurs ne semblaient guère friands de noms de lieux, soit qu’ils ne pouvaient les situer, soit qu’ils en savaient l’intérêt éphémère ou la fiabilité douteuse, dépendant de la fraîcheur des nouvelles sur les mouvements de troupes ou sur les étapes itinérantes du roi, de Mazarin ou de tel ou tel grand.
67Un constat s’impose tout de même pour l’ensemble du sous-corpus : il est très peu question de villes ou de provinces d’autres pays, à l’exception de Porto Longone, en référence à la prise de ce port stratégique de l’île d’Elbe en 1646.
68Les noms d’autres pays sont également très rares, qu’ils soient ennemis ou alliés. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ne sont présentes qu’une fois chacune à proximité textuelle du mot frontière(s). En revanche, la Flandre, ou les Flandres, avec 18 co-occurrences dans le sous-corpus parmi les quelque 500 qui se trouvent dans les mazarinades du PM, n’est pas encore, selon Georges Livet, une « entité constituée50 ».
Co-occurrences des verbes, panorama
69Suite à ces exemples et catégorisations, il est loisible à chacun, à partir d’une occurrence sélectionnée, d’explorer chaque texte pour en détailler le sens ou en affiner le détail historique. Pour notre propos, il s’agissait aussi de vérifier la validité et la robustesse de la démarche méthodologique avant de l’appliquer à une étude quantitative – et de nous assurer que la lecture à distance (distant reading) ne trahirait pas la lecture réelle.
70Passons donc au panorama de plusieurs centaines de verbes et d’expressions verbales que nous avons étudiées, dont une dizaine est répétée de nombreuses fois tandis que beaucoup d’autres en sont synonymes ou quasi (voir ill. 6).

6. Catégorisations produites à partir de la concordance du sous-corpus de 410 occurrences de "frontiEre(s)".
71Ainsi, parmi les verbes les plus fréquents, abandonner, dégarnir ou retirer des troupes aux frontières (ce dont il était question précédemment dans les exemples), qui s’opposent à envoyer ou assembler des soldats aux frontières. Il est aussi question d’attaquer et de franchir des frontières, ou d’y rester, possiblement pour la ou les défendre. L’évocation de ces différents mouvements militaires correspond à deux grands types de situations : la guerre contre un pays voisin, dans un mouvement centrifuge, ou la guerre civile de la Fronde parisienne, dans un mouvement centripète. Bien souvent, quel que soit le cas, on en accusera Mazarin ou Condé, à propos desquels, en effet, les textes laudatifs sont rares s’ils n’émanent pas de leur camp.
72Parmi les verbes de mouvement, on trouve ensuite une deuxième catégorie, celle des déplacements diplomatiques ou individuels : « vos majestés51 » ou Mazarin vont, s’acheminent ou avancent vers les frontières. Avec égard, des personnes sont conduites ou escortées jusqu’à la frontière pour ensuite la quitter. Des étrangers vont s’en retourner de l’autre côté des frontières.
73Ensuite, plutôt du côté des opérations planifiées que du mouvement au sol, il sera question de payer les garnisons ou de taxer les villes frontières, de les rassurer ou d’observer la neutralité avec le pays voisin, le mot devenant une métonymie du pays concerné. On devra se rendre maître de la frontière ou la laisser piller (la laisser être pillée). Plus diplomatiquement, on va vouloir pacifier les frontières, et pour cela négocier et conclure la paix.
74Certains auteurs s’interrogent sur la fonction et l’existence même des frontières. On peut alors argumenter sur le sujet, en déclarant que la France « n’a plus ses frontieres dans ses rempars & dans ses places fortes ; par tout elle void des Ennemis qui la pressent52 ». Dans cette catégorie plus existentielle, les verbes être ou n’être plus frontière, ou devenir ont été relevés, par exemple : « Piedmont devient frontière, Milan a peur de l’être53 ».
75Ou encore l’expression verbale servir à quoi ? quand, dans une longue prosopopée, l’une des 12 pièces en vers burlesques de notre sous-corpus, La France [s’adresse] à la Reyne :
Ces nouueaux peuples conquestez (sic) ;
Tous ces Chasteaux & ces Citez
Sur tant de si belles riuieres,
Me pourroient donner quelque rang :
Mais que me seruent ces frontieres,
Si pour des fleuues d’eau j’en ay donné de sang54 ?
76La France personnifiée fustige ici amèrement un bellicisme inutile. Elle oppose une vie douce et anachronique, symbolisée par les « belles rivières », à la puissance des « fleuves » qu’elle associe à la guerre, comme en écho de Joachim du Bellay qui opposait un siècle plus tôt « le Loire gaulois » au « Tibre latin55 ». Cette opposition prend une tournure philosophique grâce à la question rhétorique qui nie la valeur des frontières « si pour des fleuves d’eau j’en ai donné de sang ? »
77Tout autant politique, elle s’élève contre Mazarin :
Vous pouuez tres-facilement
Dissiper cette tyrannie,
En rendant à mon Parlement
L’authorité qu’on luy dénie :
Il vous a mis le Sceptre en main,
Il vous le peut oster demain ;
De sa souueraine puissance
Dépend le rang que vous tenez ;
Il cassera vostre Regence,
Si contre ce Tyran vous ne me conseruez56.
78Enfin, au comble de l’art poético-rhétorique, la frontière elle-même, à l’instar d’un pays, peut être personnifiée afin qu’elle réponde à une question, quand un auteur invective à la cantonade par une anaphore qui impose l’évidence :
Si nos Princes seruoient la France comme il la sert, il y a long-temps que l’Espagnol seroit nostre Maistre. Demandez aux peuples qui les saoule & qui les maintient ? Demandez à la frontière qui l’attaque qui la défend ? Demandez à la Catalogne qui la secourt & qui l’abandonne ? Demandez à l’Espagne qui la sert & qui la combat ? Et sur ces tesmoignages publics faites le procez à qui le merite.
Demandez encore vn coup aux peuples qui les pille : qui enleue tous les tresors de l’Estat, qui les accable de Tailles de & (sic) Subsides, qui empesche la paix & qui cause la guerre, qui a voulu perdre Bourdeaux & laisse rauager la Picardie & la Champagne, qui a fait arrester les Princes du Sang, & qui les a voulu perdre, qui a enleué le Roy & bloqué Paris, & finalement qui s’est emparé de l’Authorité Royale, & qui fait tous les affaires de France ? Et sur les témoignages publics que toute l’Europe en rendra comme nous auons
dit, vous sçaurez veritablement si c’est Mazarin ou si c’est Messieurs les Princes57.
79Tous ces effets de manche dignes d’un tribun ont-ils eu un quelconque effet performatif en 1652, dans cette période de la Fronde moins théâtrale que les précédentes, plus martiale ? Rien n’est moins sûr avec une pièce de plus de trente pages, dont les arguties n’ont pas dû parvenir à des centaines de lecteurs…
Différenciation des usages discursifs
80Au-delà des verbes, après avoir analysé l’ensemble du vocabulaire connexe de « frontière(s) » dans les contextes qui constituent notre sous-corpus de travail, les usages discursifs peuvent se répartir en cinq catégories de sens, du plus au moins fréquent :
811. La frontière est liée à un mouvement vers…, jusqu’à… ou au-delà…, qui concerne des troupes et des stratégies militaires. Elle est alors une destination, tactique ou stratégique.
822. Elle doit être prise, défendue ou abandonnée lors d’opérations qui doivent être commandées. Elle est ainsi un enjeu, un trophée ou une perte.
833. Pour une grande part des usages, elle doit être administrée sur le long terme, ce qui concerne gouverneurs, parlements, ministres et jusqu’au roi. La frontière est un élément constitutif de l’État et un important secteur du budget, parfois avec sa fiscalité propre.
844. Elle indique une situation qui participe à la définition du pays et à laquelle une défense doit être stationnée. Pour tout le peuple, elle acquiert une dimension existentielle.
855. Enfin, elle est l’objet de sentiments et d’opinions, souvent utilisés à des fins de propagande, que ce soit lié au danger, à la sécurité ou de façon plus complexe. Les représentations et l’imagination la font entrer dans l’irrationnel.
86Loin d’être étanches, ces catégories s’entrelacent ou fusionnent : chaque occurrence de « frontiere(s) » est l’occasion d’un dosage polysémique original dont aucun des auteurs n’a même conscience, comme c’est le cas dans la plupart des actes de discours.
87À nos yeux, Guez de Balzac est un de ceux qui aura su, sciemment peut-être, mettre en rapport la nature matérielle et géographique de la frontière avec le ressenti général des populations du royaume (et pas seulement des frontaliers), combinant à peu près tous les usages discursifs que nous venons de différencier :
Il [le peuple] pleure souuent les victoires de ses Princes, & se morfond auprés de leur feux de ioye, parce que les aduantages de la guerre ne sont iamais purs, ny les victoires entieres, d’autant que le deüil, les pertes & la pauureté se trouuent souuent auec les triõphes. Quelque heureux succez qui accompagne nos armes sur la frontiere & hors du Royaume. Cet Estat du dehors ne guerit point les incõmoditez domestiques. Apres auoir braué l’ennemy sur la frontiere & hors du Royaume, chacun se trouue malheureux chez soy, & l’estat où nous sommes n’est pas vne vraye prosperité, c’est vne misere que l’on loüe, & qui est en bonne reputation58.
88Loin des querelles partisanes et des prétentions nobiliaires qui emplissent les chroniques de la Fronde jusqu’au xxie siècle, Guez de Balzac exhorte la reine à « faire cesser les misères59 » dont souffre le peuple – un peuple qui « voudroit plus de bled & moins de lauriers60. »
Conclusion
89On ne parcourt pas des centaines de citations sans remarquer également des co-occurrences dominantes parmi les substantifs, ce qui vient redoubler et confirmer les constats déjà exposés.
90Ainsi, près des « frontière(s) », on trouvera presque 240 fois la « ville » ou la « place », soulignant l’importance de cet usage en apposition, moins fréquent de nos jours, même si beaucoup de frontières sont des lieux urbanisés et habités.
91Près de 120 fois, la moitié donc, le mot « ennemi » est proche de « frontière », signalant un danger ou un sentiment de danger que ressentent les auteurs de libelles – ou qu’il leur est commandé d’exprimer, par exemple à des fins perlocutoires comme émouvoir le peuple ou tromper le parti adverse… Ce type de discours est toujours en usage.
92Dans 79 cas, les « troupes » sont aux frontières, y arrivent ou en repartent, comme les verbes nous avaient permis de le comprendre. Cela se produit plus ou moins dans 51 cas où le mot « guerre » et 38 cas où le mot « paix » sont également connexes.
93Le nom de Mazarin est proche dans 39 des cas tandis que le « gouverneur » de la place est dans 32 co-occurrences. Le responsable ou le gardien des frontières, réel ou imaginaire, semble donc moins important, dans les mazarinades, que la dynamique ou la présence militaire en soi. La différence entre Mazarin et les gouverneurs, c’est que ces derniers sont invoqués dans le contexte des frontières dont ils ont la charge et peu considérés dans le reste des mazarinades concernées. En revanche, les 39 co-occurrences qui concernent Mazarin ne sont qu’une fraction des nombreux passages dans lesquels le ministre est généralement cité comme responsable de tous les maux de la terre, en sus de la situation des frontières.
94Bien sûr, outre les sentiments exprimés ou la propagande diffusée dans les libelles, il y a bien une réalité des frontières – d’ailleurs très changeantes, à cette époque – que le pouvoir politique et ecclésiastique connaît par le détail des rapports militaires et des courriers diplomatiques ou, pour un public lettré, grâce à des succès de librairie comme La Géographie royale du père jésuite Philippe Labbe61 de 1646.
95À l’inverse, la nature des mazarinades et les fonctions qu’on leur attribue veulent que l’on n’entre presque jamais dans les détails de ce qui se passe réellement aux confins du pays. Que ce soit pour disposer un épouvantail (repousser) ou pour agiter un chiffon rouge (attirer), les pamphlétaires, pour les plus habiles manipulateurs d’entre eux, ont bien plus besoin de construire un discours flou et désinvolte sur les frontières que d’informer véritablement leur lectorat. Ce sont souvent les connotations et les allusions qu’ils y associent par le lexique connexe qui importent et déterminent l’influence. D’ailleurs, combien de parisiens, qu’ils soient auteurs, lecteurs ou auditeurs, sont réellement capables de situer les frontières ?
96Les noms des côtes maritimes, des fleuves ou des montagnes qui délimitent le territoire français sont absents de notre sous-corpus, au profit des noms de postes, de villes et de provinces frontières, tous construits par l’homme, avec casernes et forteresses. Dans les textes, ils voisinent souvent des patronymes et des titres nobiliaires de grandes familles qui ont contribué à leur histoire. Implicitement, les mazarinades nous confirment que, dans l’esprit des contemporains, les frontières édifiées par l’homme sont plutôt des points que des lignes, des points historiques, certains disent des bornes, que relient des lignes frontalières, dites naturelles, et d’où partent ou aboutissent des axes concentriques vers les grandes villes et vers Paris.
97Pour finir par un propos sur l’évolution de la langue, cette étude lexicale m’a mené à une dernière découverte. Lorsque Michel Le Guern écrit que « les frontières du corpus pascalien sont floues62 », il utilise un sens métaphorique dont il était question dans notre introduction et qui indique, dans notre esprit, la délimitation intellectuelle ou émotionnelle entre deux choses. Or, les centaines de contextes parcourus pour cette recherche permettent de constater que les sens non-géographiques du mot « frontière(s) » ne sont pas présents dans les mazarinades. Autrement dit, au milieu du xviie siècle, le sens du mot n’est pas encore sorti de ses limites dénotatives. Ironiquement, les frontières morales, sociales et politiques que Mazarin est accusé par des milliers de libelles d’avoir franchies et piétinées ne sont jamais nommées frontières…
98(P. Rebollar, Juillet 2025.)
1 Anonyme, Triolets a faire le tacet svr le temps present, Paris, Simon Le Porteur, 1652, [M0_3846], p. 6.
2 Daniel Nordman, Frontières de France. De l’espace au territoire, xvie-xixe siècle, Paris, Gallimard, 1998, p. 23-24.
3 Cf. TLFi : https://www.cnrtl.fr/definition/frontière
4 « Un terme est ici judicieusement choisi [dans une citation du Page disgracié de Tristan L’Hermite où il est question d’une « frontière » du royaume de Louis XIII en 1620-1621], à la condition que le lecteur maintienne l’exacte valeur du mot frontière, telle qu’elle est à peu près exclusivement attestée jusqu’au milieu du xviiie siècle : un front spatial, militaire, tangible et visible, localisé en un ensemble de points forts et de villes, et nullement une frontière sociale, culturelle et religieuse, en une acception dérivée, figurée, courante – mais seulement deux siècles plus tard. » (Daniel Nordman, « Louis XIII, roi de guerre et de frontière », 1648, La paix de Westphalie, vers l’Europe moderne, Paris, Imprimerie nationale, 1998, p. 89.)
5 Voir la carte animée (gif) de « la formation territoriale de la France – 1 000 ans d’évolution des frontières », https://histoire-itinerante.fr/cartotheque/1000-ans-evolution-frontieres-de-la-france/ qui se trouve également dans la page Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Formation_territoriale_de_la_France
6 Les recherches lexicales qui suivent sont extraites du Projet Mazarinades (abrégé en PM par la suite), corpus et site construits et gérés depuis 2010 par l’équipe des Recherches Internationales sur les Mazarinades (RIM) : mazarinades.org/recherche/.
7 Voir textes et recherche lexicale sur le site : http://www.pax-westphalica.de/ipmipo/indexfr.html. Par exemple, la recherche de la troncature « termin* », qui regroupe tous les mots de la famille, ne propose que 28 occurrences.
8 « Arrive lentement le moment des traités et des conférences : alors sont négociés au sommet, puis précisés par des commissaires en d’interminables débats frontaliers la nature des titres et des droits, le sort de places, de bailliages, de villages. L’échelle change, la paix s’insinue, et aux cessions massives de frontières en des pays où la guerre a naguère amené le roi font suite des limites plus précises, fixées sur le terrain, imposées aux villes et aux communautés par des envoyés qui parlent toujours, mais en son absence, au nom du roi. » (D. Nordman, Ibid., p. 92.)
9 Cité par Hélène Duccini, Guerre et paix dans la France du Grand Siècle. Abel Servien : diplomate et serviteur de l’État (1593-1659), Seyssel, Champ Vallon, 2012, p. 253.
10 Abel Servien, extrait d’un discours d’avril 1647 à La Haye, cité par Hélène Duccini, ibid., p. 256.
11 Yves Durand, « L’appartenance nationale en France au xviie siècle : Jus Sanguinis ou Jus soli ? », xviie Siècle, n° 176, juillet-septembre 1992, p. 299.
12 Dans le corpus du PM : « natio.* » : 1322 occ. (nation, nations) ; « nationa.* » : 15 occ., « nationna.* » : 1 occ. (nationnaux) ; « intern.* » : 28 occ. (interne, du lat. internus, ce qui est au-dedans) ; « interna.* » : 0 occ.
13 « Le mot [international] est entré en fr. grâce à la trad. fr. faite par Dumont de l'ouvrage de J. Bentham, publié en 1780 sous le titre : An Introduction to the principles of morals and legislation » (TLFi).
14 Ces contextes d’occurrences (ou occurrences en contexte) sont extraits du corpus par l’outil de recherche du PM et restitués dans une page web. Chaque contexte est un paragraphe d’environ 80 mots, centré sur le terme recherché et suivi de références. Ils peuvent être lus et étudiés en ligne ou copiés-collés dans un document de texte à conserver. Lors de la recherche de co-occurrences, la distance entre les deux formes recherchées doit être indiquée. Pour cette étude, elle est d’une dizaine de mots, chaque utilisateur pouvant moduler ce paramètre à sa convenance.
15 Dans le détail, nous trouvons : « frontiere » : 191 occ. (soit 32,5 %) ; « frontiére » : 7 occ. ; « frontieres » : 371 occ. (soit 63 %, dont 3 coquilles « frontierés ») ; « frontiéres » : 13 occ. ; « frontiers » : 6 occ. ; « frontière » ou « frontières » : 0 occ. – il n’y a donc aucune occurrence avec l’accent grave. Il est à noter qu’aucun adjectif dérivé n’est attesté dans le corpus ; le TLFi date « frontalier » de 1730.
16 Ce total de 630 occurrences est supérieur aux 588 trouvées précédemment, certains titres de périodiques étant répertoriés dans plusieurs années ; cela explique que des formes soient comptabilisées plusieurs fois.
17 « L’explosion [d’environ 2000 pièces en 1649] a lieu pendant l’hiver, quand Paris est assiégé après la fuite du roi et de sa mère à Saint-Germain […] [puis] nouvelle explosion en 1652 quand se radicalisent les conflits et les enjeux de la "Fronde des princes" : plus de mille cinq cents. Plus des trois quarts d’une production de cinq ans se concentrent donc sur 1649 et 1652. Après, c’est l’effondrement […] » (Christian Jouhaud, Mazarinades. La Fronde des mots [1985], Paris, Aubier-Flammarion, coll. « Historique », [rééd.] 2009, p. 20-21.)
18 Anonyme, Lettre d’avis a Messievrs dv Parlement de Paris escrite par vn provincial, Paris, 1649, [M0_1837], p. 31. Nous conservons généralement l’orthographe du texte original.
19 « Les affaires du dehors le Royaume se reduisent à trois especes ou chefs: à sçauoir, la conqueste, la negociation,
le commerce, lesquels trois chef tombent par reduction sous trois de ceux du premier genre. » (Anonyme, Discovrs important svr le govvernement de ce royavme…, Paris, veuve d’André Musnier, 1649, [M0_1126], p. 3.)
20 « Les autres [impositions] sur les choses qui entrent des Royaumes estrangers dans le nostre, ou sortent du nostre pour passer dans les estrangers, qu’on appelle doüanes ou traittes foraines. » (R. P. D. P. D. S. J. [Saint-Joseph], Catéchisme des partisans…, Paris, Cardin Besogne, 1649, [M0_652], p. 12.) Il est à noter que l’insertion d’une définition dans le texte peut signifier que le mot n’est guère courant, ni clairement défini à l’époque – d’où résulte peut-être son faible nombre d’occurrences dans le corpus – alors qu’une administration douanière existe (douaniers, officiers, percepteurs, etc.).
21 Anonyme, Catalogve des partisans, ensemble levrs genealogies, [s. l.], [s. n.], 1649, [M0_647], p. 4.
22 P. M. L. D. R., L’exacte recherche des desordres que la mauuaise Conduite de Monsieur le Prince a causé dans l’Estat..., Paris, [s. n.], 1651, [M0_1313], p. 16.
23 Anonyme, Cayer contenant les tres-hvmbles Remonstrances des Deputez du Parlement de Bordeaux…, [s. l.], [s. n.], 1649, [M0_662], p. 18.
24 Anonyme, Cavses de recvsation proposées par Monsieur le Duc de Beaufort, Messire Iean François Paul de Gond..., [s. l.], [s. n.], [s. d.], [M0_656bis], p. 2.
25 Anonyme, Conseil necessaire donné avx Bovrgeois de Paris pour la conseruation de la Ville, contre les desseins de Mazarin…, Paris, Cardin Besogne, 1649, [M0_760], p. 6.
26 Anonyme, Decadance (sic) de l’inivste parti des Mazarins refugiez à S. Germain…, Paris, veuve André Musnier, 1649, [M0_864], p. 4.
27 « pourueu qu’il plaise à sa Majesté d’abolir & suprimer les tailles, taillon, Aydes, Gabelles & generalement tous autres subsides & imposts, tant anciens que nouueaux (exceptez toutes-fois ceux de la Doüanne de Lyon, & des entrées & traites foraines du Royaume, lesquels pour certaines bonnes considerations doiuent subsister) » (Anonyme, L’hevrevse rencontre d’vne mine d’or trovvee en France…, Paris, Mathurin Henault, 1649, [M0_1631], p. 4.).
28 D’autant plus hypothétique que le corpus du PM n’est pas l’ensemble des mazarinades actuellement connues et que ni le total des exemplaires produits pendant la Fronde ni celui des pièces encore disponibles dans le monde n’ont jamais été connus, sinon par les extrapolations certes utiles mais imprécises que nous connaissons tous.
29 Hélène Himelfarb, « "Palais" et "châteaux" chez les Mémorialistes », xviie Siècle, n° 118-119, janvier-juin 1978, p. 88-89.
30 Pour la recherche dans le catalogue du PM (mazarinades.org/corpus/index.php), écrire simplement « frontiere » dans le champ de titre. Il y a six résultats dont trois exemplaires de la même pièce (M0_222). Dans la Bibliographie des Mazarinades de Célestin Moreau, il n’y a que cinq titres de pièce qui contiennent le mot frontière(s).
31 Anonyme, Paris, Imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1649, 4 pages, [M0_222].
32 Anonyme, Paris, Imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1649, 4 pages, [M0_221].
33 Ibid., [M0_222], p. 3.
34 J. Boutier, O. Guyotjeannin, G. Pécout, Grand Atlas de l’histoire de France, Paris, Éditions Autrement, 2011, p. 105.
35 Anonyme, La Chasse mazarine hors des frontières de Champagne et de Brie […], Paris, Rolin de la Cote, 1652, p. 3-4 (pièce absente de la Bibliographie des Mazarinades de Moreau et donc labellisée [Mx] dans le PM).
36 Les mots chauvin, chauvinisme renvoient à un soldat fictif de la grande armée napoléonienne. Voir TLFi : « Du nom de Nicolas Chauvin, type du soldat patriote naïvement exalté des armées du premier Empire, mis en scène par Cogniard dans la Cocarde tricolore (d'apr. larch., p. 79 : Je suis Français ! Je suis chauvin) ».
37 Philippe IV d'Espagne [signé, faux, prétendument traduit de l’espagnol], Lettre du roy d’Espagne envoyée au duc de Lorraine sur la frontière de France pour le prier de s’avancer pour le soulagement de Mrs les Princes, Paris, Jacob Chevalier, 1652, [M0_2145], p. 4 (datée du 2 avril 1652 à Tolède, p. 5).
38 La recherche de « rubico* » dans le corpus du PM propose d’ailleurs 5 occurrences de l’expression, dont deux qui ont bien ce double sens.
39 Outre les contextes définis plus haut, les résultats de recherche peuvent aussi être présentés sous forme de concordance, qui est une liste de citations d’une seule ligne pour chaque occurrence (ill. 3). Dans cet extrait de la concordance, certaines lignes en double n’ont pas été retirées parce qu’elles présentent des variations possiblement intéressantes. Les couleurs ne servent qu’à la différenciation visuelle.
40 Anonyme, Svitte et troisiesme partie dv bvrlesqve ON de ce temps qvi sçait qvi fait et qvi dit tovt, Paris, [s. n.], 1649, [M0_611], p. 7.
41 Anonyme, La Politiqve sicilienne, ov Les Pernicievx Desseins du Cardinal Mazarin ; Declarés à Monseigneur le Duc de Beavfort de la part de toutes les Prouinces de France, [s. l.], [s. n.], 1650, [M0_2817], p. 29.
42 Voir la carte de la France intitulée « Acquisitions territoriales de Louis XIV » que propose Wikipédia, notamment dans l’article : « Formation territoriale de la France », chapitre : « les guerres du xviie siècle » (fr.wikipedia.org/wiki/Formation_territoriale_de_la_France#Les_guerres_du_XVIIe_siècle).
43 Anonyme, Le Covrier de la Covr, portant les novvelles de S. Germain, depuis le 15 Mars 1649 iusques au 22, Paris, Denis Langlois, 1649, [M0_821], p. 5.
44 Anonyme, Sommaire des Articles de la Paix generale entre l’Empire & la France, Orléans, Gilles Hotot et Gabriel Frémont, 1648, [M0_3685], p. 10-11.
45 Anonyme, La Guyenne victorieuse contre ses tyrans, Paris, [s. n.], 1649, [M0_1537], p. 8-9.
46 Anonyme, Cayer contenant les tres-hvmbles Remonstrances des Deputez du Parlement de Bordeaux, presenté au Roy & à la Reyne Regente, le second Octobre mil six cens quarente neuf, [s. l.], [s. n.], 1649, [M0_662], p. 19.
47 Anonyme, Observations cvrievses, svr l’Estat et Govvernement de France. Auec les Noms, Dignitez & Familles principales, Comme il est en la presente année 1649, Paris, Gervais Alliot, Denis et Jacques Langlois, [1650], [M0_2568], p. 33.
48 Anonyme, Advis important d’un abbé au cardinal Mazarin, svr le sviet de sa sortie hors du Royaume de France, Paris, François Preuveray, 1652, [M0_516], p. 9.
49 Anonyme, Advis d’vn bon pere hermite, donnė a vn avtre svr les malhevrs dv temps, Paris, Claude Huot, 1649, [M0_501], 8 p.
50 « Sans doute faut-il reprendre le travail par la base, et revenir aux archives […] Par la force des choses, les clauses territoriales restent l'essentiel. Notons en effet que ces pays, qu'il s'agisse de l'Artois, des Flandres ou de l'Alsace, ne se présentent pas comme des entités constituées : inconsciemment, on projette en 1648 l'image de l'Alsace telle qu'elle ne sera constituée qu'en 1713, de même pour l'Artois ou les Flandres. Cependant les traités de Munster [1648], d'Aix-la-Chapelle [1668], de Nimègue [1678], de Ryswick [1697], de Rastadt [sic, Rastatt, 1714] et de Bade [sic, Baden, 1714] représentent autant d'étapes territoriales ; il convient de définir les contours des acquisitions successives, travail ingrat s'il ne veut pas être seulement une énumération de villes et de noms, mais indispensable, car il permet de rendre compte du grignotage continu qui, des limites d'une province, passe aux frontières d'un royaume. Cas typique de l'Alsace auquel les Réunions ont donné la célébrité, une génération sépare la prise de possession de la Haute-Alsace des premières pénétrations dans les villes de la Décapole : 33 ans s'écoulent de la paix de Munster à l'occupation de Strasbourg. » (Georges Livet, « Louis XIV et les Provinces conquises », xviie Siècle, n° 16, 1952, p. 484-485).
51 Anonyme. Discovrs d’Estat et de religion, svr les affaires du Temps present, Paris, veuve Jean Guillemot, 1649, [M0_1106], p. 3.
52 Anonyme, La Réunion des esprits, Paris, François Noël, 1649, [M0_3535], p. 5.
53 Anonyme, Le Regne sans favory, ov l’Abregé de la vie du Roy Henry le Grand, Dedié aux bons François, Paris, Robert Quenet, 1649, [M0_3078], p. 6.
54 Anonyme, La France a la Reyne, Paris, Robert Sara, 1649, [M0_1415], p. 2.
55 Allusion aux derniers vers de « Heureux qui comme Ulysse » : « Plus me plaît […] / Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin, / Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, / Et plus que l’air marin la douceur angevine. » (J. du Bellay, Les Regrets, Paris, Fédéric Morel, 1558, version en français modernisé.)
56 La France a la Reyne, op. cit., p. 6.
57 Anonyme, Refvtation de la Piece de Pontoise intitvlée Les sentimens divers svr l’Arrest dv Parlement dv vingtiesme Ivillet. Et le discovrs seditievx qv’on pretend faussement auoir esté fait par Monsieur Bignon, le 26 sur la Lieutenance du Royaume, [s. l. n. d.], [1652], [M0_3067], p. 27.
58 Guez de Balzac, La Harangue célèbre faite à la Reyne sur sa régence, Paris, Toussaint Quinet, 1649, [M0_1544], p. 11.
59 Ibid., p. 10.
60 Ibid., p. 11.
61 Voir Jean Lecuir, « À la découverte de la France dans les abrégés d’histoire et de géographie des collèges jésuites du xviie siècle », dans La découverte de la France au xviie siècle, neuvième colloque de Marseille organisé par le Centre Méridional de rencontres sur le xviie siècle, 25-28 janvier 1979, Paris, Éditions du CNRS, 1980, p. 300, note 10. Lecuir mentionne également le Rationarium temporum du Père Denis Pétau (p. 301, note 12) qui semblait inclure euphémiquement la Fronde dans une période dite de « brouilleries » (p. 309).
62 Michel Le Guern, « Sur une collaboration probable entre Pascal et Arnauld », xviie siècle, n° 4, oct.-déc. 1991, p. 351.
Revue du GRHis, n° 2, 2026
URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/grhis/167.html.
Quelques mots à propos de : Patrick Rebollar
Université Nanzan, Japon, équipes RIM, GRIM
