Les mazarinades et l'international, n°2, octobre 2026

Comité scientifique

 

-       Amstutz Delphine, maître de conférences en Littérature française du XVIIesiècle, faculté des Lettres de Sorbonne Université/ Cellf UMR 8599.

-       Bilis Hélène, professor of French, Wellesley College.

-       Curelly Laurent, professeur des Universités en littérature et civilisation anglaises du XVIIe siècle, Université de Haute-Alsace.

-       Deguin Yohann, maître de conférences en littérature française du XVIIesiècle.

-       Esteban Estríngana Alicia, T.U. de Historia Moderna, Universidad de Alcalá.

-       Górzyński Sławomir, professeur à l’Université d’Opole.

-       Haffemayer Stéphane, professeur d’Histoire moderne, Université de Rouen-Normandie, GRHis (UR 3831).

-       Herrmann Frédéric, maître de Conférences en Études Anglophones, Université Lumière Lyon 2, UMR 5206 Triangle.

-       Junot Yves, maître de conférences en Histoire moderne, Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes

-       LaPorta Dr Kathrina, Dépt. Français, Université de New York, États-Unis.

-       Loysen Kathleen, Associate Professor of French & Chair Department of Global Cultural Studies, Montclair State University.

-       Malinowski Teresa, docteure en histoire, chercheure rattachée au Mémo (Université Paris Nanterre).

-       Matsumura Takeshi, professeur à l’Université de Tokyo.

-       Poncet Olivier, professeur d'Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque moderne, École nationale des chartes.

-       Poumarède Géraud, professeur des Universités en Histoire moderne, Sorbonne Université.

-       Proot Joran, Dr., Cultura Fonds (Dilbeek)/Sint Lucas Antwerpen.

-       Steinberger Deborah, professor of French and Comparative Literature, University of Delaware.

-       Teyssandier Bernard, professeur des universités en Littérature française des XVIeet XVIIesiècles, Université de Reims.

-       Tsimbidy Myriam, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Bordeaux Montaigne, équipe Plurielles (UR24142).

-       Tylus Piotr, professeur de philologie romane à l'Université Jagellone.

V. Représentation de l’autre

Un duc étranger allié des princes français : la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les Mazarinades et les Mémoires

Cécile Leduc


Texte intégral

Introduction

1Le 24 janvier 1652, le duc d’Orléans – oncle de Louis XIV – déclare officiellement qu’il s’allie au prince de Condé, entré en guerre contre Mazarin et la Cour en septembre 1651. Il tente de convaincre son beau-frère, Charles IV de Lorraine, de joindre ses armes aux siennes1. Mais, le 18 février, ce duc souverain signe un traité avec Louis XIV, par lequel il s’engage à lui amener ses troupes. Rien n’est pourtant arrêté ; le 10 mars, Charles IV accède à la demande du roi d’Espagne, allié des rebelles, qui souhaite qu’il combatte pour les princes. Le duc de Lorraine s’avance en France sans se déclarer officiellement en faveur de l’un ou l’autre parti. De nouveau, en juin, le duc signe des accords avec les deux partis à six jours d’intervalle2. Le 15 juin, Turenne attaque l’armée du duc pour l’obliger à se déclarer : pressé, le duc s’entend finalement avec la Cour et se retire le 21 juin, sans avoir combattu pour les princes. Les promesses de secours de Charles IV ont provoqué l’espoir chez les partisans des princes, puis sa retraite a suscité la haine de ceux qui estiment qu’il a trahi.

2La marche du duc de Lorraine vers la France s’est accompagnée d’une importante campagne de libelles de février à juin 1652. Selon Hubert Carrier, trente d’entre eux3 portent sur l’arrivée du duc de Lorraine et sa retraite, formant un « faisceau4 » de textes qui vantent ou attaquent ce prince. Une majorité s’emploient à justifier le recours à l’aide étrangère. Charles IV est en effet un allié de l’Espagne, puissance étrangère ennemie, à laquelle de nombreux frondeurs refusent de se joindre. De plus, la Lorraine elle-même, « à l’époque, [est] un pays étranger pour la France, foncièrement indépendant5 ». La réputation particulière du duc renforce cette image négative : il était connu pour être « un aventurier dangereux et inutile dont les Habsbourg eux-mêmes devaient se prémunir6 ». Mais le duc de Lorraine a aussi de nombreux liens avec la France, qui pouvaient être exploités par les libellistes afin de redorer son image et justifier son aide. Le duc est en effet l’arrière-petit-fils d’Henri II. Sa sœur, Marguerite de Lorraine, a épousé le frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans. Comme le prince de Condé, Charles IV a été victime d’un ministre-favori, Richelieu, qui l’a spolié de ses États. En 1652, les libellistes doivent donc relever le véritable défi de légitimer le secours apporté par ce duc, perçu comme étranger, mais aussi proche sur de nombreux points des princes français.

3Il s’agira d’examiner en quoi ce contexte polémique a déterminé la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les mazarinades de l’année 1652 et dans les Mémoires de la Fronde. En raison de la nature polémique des mazarinades, nous ne considérerons pas les caractéristiques qui lui sont conférées comme « le reflet d’une opinion collective, [ou] l’image du [duc] dans “l’opinion publique”7 », mais nous les étudierons en tant que ressorts destinés à le louer ou à le rendre odieux8. Afin de bien saisir les enjeux de cette caractérisation, cette étude replacera tous ces discours au sein du réseau qui les définit, chaque « discours agoniste […] suppos[ant] un contre-discours antagoniste9 » auquel il répond. C’est dans cette perspective que nous envisagerons les Mémoires : il s’agira de mettre au jour la continuité et les déplacements de la représentation de Charles IV entre des discours polémiques, contemporains des faits, et des œuvres historiques, écrites a posteriori.

4Dans quelle mesure les mazarinades et les Mémoires construisent-ils un personnage du duc de Lorraine caractérisé par son origine étrangère et sa proximité avec les princes français ? Le personnage de Charles IV, déterminé par la scène polémique de l’année 1652, se retrouve-t-il dans les Mémoires ? Le premier temps de l’étude observera les principales caractéristiques attribuées au duc de Lorraine dans les mazarinades de l’année 1652. Puis, il s’agira d’établir comment la représentation du duc a été utilisée à des fins polémiques au sein de libelles qui constituaient des actions politiques. Enfin, l’analyse portera sur la trace de ces discours dans les Mémoires.

I. La construction discursive de Charles IV de Lorraine : un duc entre la France et l’étranger

5Nous nous attacherons tout d’abord à cartographier les représentations du duc de Lorraine dans les mazarinades de l’année 1652, sans tenir de leur chronologie de publication, sur laquelle nous reviendrons. Ces libelles édifient la figure duale d’un duc à la fois français et étranger, victime et trompeur.

1. Un duc étranger proche des princes français

6Dans les mazarinades de l’année 1652, le duc de Lorraine est à la fois représenté comme un duc étranger, qui sert une nation ennemie, et un proche des princes français. Cette construction discursive tient notamment à deux réseaux de noms propres qui gravitent autour de son nom. Le premier réseau est formé de noms propres espagnols. Le corpus des mazarinades sur l’arrivée du duc de Lorraine comporte en effet de nombreuses lettres, dont trois se donnent écrites par des expéditeurs espagnols : l’archiduc Léopold et le roi d’Espagne10. Deux mazarinades sont également attribuées à un auteur espagnol : Dom Gabriel de Tolède11, négociateur pour le roi d’Espagne. Les désignations de Charles IV l’associent également aux étrangers, notamment à Philippe IV. Dans la justification du manifeste publié à l’occasion de son ralliement au prince de Condé, Gaston d’Orléans déclare en effet qu’il s’allie avec « le Roy d’Espagne & le Duc de Lorraine12 », coordonnant le nom du duc avec celui du souverain étranger. De même, Charles IV affirme qu’il s’est battu « pour la conseruation, & pour l’affermissement de l’Estat de Sa Majesté Catholique et du [s]ien13 ». Le nom Charles IV apparaît ainsi à côté de celui de Philippe IV, ce qui contribue à construire la figure d’un prince au service de l’Espagne. Mais ce nom appartient aussi à un second réseau de noms propres, qui le rapproche des princes français. Parmi les lettres du corpus, certaines s’adressent aux grands du royaume, comme au prince de Condé, au duc et à la duchesse d’Orléans (quatre lettres), et au maréchal de Turenne14. Au sein de ce réseau, les désignations changent, et Charles IV peut être identifié en vertu de son lien de parenté avec l’oncle du roi : Gaston d’Orléans nomme ainsi le duc de Lorraine « mon beau-frere le Duc Charles15 ». Dans cette même mazarinade, il appelle le premier prince du sang français « mon Cousin le Prince de Condé16 », inscrivant ainsi le duc de Lorraine dans un même cercle de proches17. Le personnage de Charles IV de Lorraine est ainsi construit discursivement au sein de deux réseaux opposés : il est à la fois souverain étranger au service de l’Espagne, et parent des princes français. Les liens de Charles IV avec la France sont aussi mis à profit pour forger une autre image, celle d’une victime d’un ancien favori.

2. Un prince étranger victime de l’ambition d’un favori français

7Charles IV de Lorraine est érigé par les discours en modèle d’un prince étranger victime de la tyrannie d’un favori. Le passé du duc, spolié de ses États par Richelieu, est sans cesse rappelé. Les désignations jouent à nouveau un rôle important dans la construction de ce personnage. La périphrase « vn Souuerain dépoüillé de tous ses Estats il y a prés de vingt ans18 », ou le groupe nominal démonstratif « ce Souuerain qu’on auoit chassé de son pays19 », font tous deux du passé du duc une propriété qui le définit. Mazarin, quant à lui, est désigné comme « le successeur de celuy qui l’a dépoüillé cruellement de son pays20 », dans une périphrase qui nomme aussi Richelieu, l’auteur faisant ainsi d’une pierre deux coups. La parole conférée au duc de Lorraine vient compléter le modelage de cette figure : ce dernier ne manque pas de mentionner dans ses lettres l’injustice et les violences qu’il a subies. Alors même qu’il suppose son passé connu de son auditoire, le duc de Lorraine – à qui le discours est attribué – le rappelle, ce qui lui construit ainsi un ethos de victime :

Tout le monde sçait, & quantité de genereuses personnes plaignent encore auec beaucoup de justice l’extrême oppression que ie souffre depuis vn si long-temps, laquelle ne m’a esté causée que par l’ambition & la violence du feu Cardinal de Richelieu, par l’auarice & la hayne du Cardinal Mazarin, & par la tyrannie de ces deux premiers Ministres21.

8Syntaxiquement, les noms des deux ministres constituent les compléments du nom de deux vices (« ambition » et « violence », « avarice » et « haine »). Cette structure est fortement polémique : elle permet de subordonner Mazarin et Richelieu à ces vices, amplifiant ainsi leur critique, et elle fait du duc un persécuté. Ces deux ministres sont ensuite réunis sous la bannière de « la tyrannie ». Donner la parole au duc constitue donc une stratégie à part entière dans l’édification de la figure d’une victime. Ce statut lui permet d’être rapproché du duc d’Orléans et du prince de Condé, alors opprimés par Mazarin. En effet, dans la lettre à sa sœur, le duc de Lorraine, supposé auteur, justifie son entrée en guerre par une solidarité entre victimes, ne pouvant refuser son « secours à des Princes oppressés comme [luy]22 ». Les discours portant sur le duc de Lorraine, ou émanant supposément de celui-ci, participent donc à la construction de la figure d’un duc qui a subi la violence d’un favori. En cela, il est proche des princes français qui résistent à la tyrannie de son successeur. Mais le passé de Charles IV peut aussi être employé contre lui, et ce sont alors ses nombreux manquements de parole qui sont utilisés pour le caractériser.

3. Un trompeur invétéré

9Le nom de Charles IV de Lorraine est, enfin, associé à la fourberie et à la tromperie. Son passé est réutilisé mais, cette fois-ci, à ses dépens. Dans un manifeste attribué à Dom Gabriel de Tolède, publié après la retraite du duc, l’auteur déclare qu’

il faudroit bien estre ignorant en l’Histoire de nostre temps pour ne point sçauoir la mauuaise conduite de Charles Duc de Lorraine, et le violement de foy qu’il a fait en tous les traictez qui se sont passez entre le deffunt roy de France Louys le Juste, de mémoire immortelle & luy, & autres Princes auxquels il a eu affaire23.

10L’appel à des connaissances partagées permet de créer une connivence avec le lecteur, au détriment du prince. L’auteur de la Lettre prophétique insiste de même sur ses multiples manquements de parole :

c’est naturel que la fourberie dans ce Duc, c’est naturel & habitude tout ensemble. Toute sa vie n’a esté qu’vne suite continuelle & infidelitez & de changemens extrauagans24.

11Dans ces deux extraits, le déterminant composé en « tout » (« tous les traictez », « toute sa vie ») amplifie l’accusation de malhonnêteté. L’histoire de Charles IV change de face et sert à modeler le visage d’un imposteur. De nouveau, les désignations participent grandement à cette construction : le duc est appelé un de « ceux qu[e Mazarin] sçait de longue main enclins à la trahison25 », ou celui « qui trompa bien le feu Cardinal, et le Roy26 ». La chanson Le Tour burlesque du duc Charles enchaîne ludiquement les désignations qui soulignent son caractère trompeur : il est tour à tour nommé « Ce Duc inconstant & leger27 », « le Duc Giroüette28 », « vn infidelle, Qui va, comme fait l’hirondelle, / A tout vent, & de tout costé, / Auec trop de legereté29 », » Vn inconstant & mercenaire30 », « vn Prince qui sçait en vn mois / Tourner casaque au moins dix fois31 ». Cette représentation d’un personnage fourbe permet à l’auteur d’associer Charles IV au premier ministre haï : il réunit ces deux hommes autour de l’action de tromper. Le duc de Lorraine a en effet trahi

Pour vne promesse peu fine, / Mais promesse à la Mazarine, / dont le trompeur bien atrapé / Se verra luy mesme trompé / Par vn trompeur incomparable / Qui tromperoit mesme le diable / Et qui ne songe à tout moment / Qu’à tromper plus adroitement32 […].

12Le duc, tout d’abord désigné par le groupe nominal « le trompeur », qui le place en agent de l’action, subit ensuite la tromperie : il est « trompé » et passif. C’est Mazarin qui devient le « trompeur », à la faveur d’un changement de référent sans changement de désignateur. La dérivation ludique, qui structure tout le passage, associe discursivement les deux figures, Mazarin remportant finalement le duel. À la fin de l’été 1652, le personnage de Charles IV de Lorraine est ainsi défini par la tromperie, identifiant cette figure à celui que les discours érigent comme le trompeur national.

13Le personnage de Charles IV de Lorraine, édifié par les mazarinades de l’année 1652, est ainsi une médaille à deux faces – l’une positive et l’autre négative. Au duc étranger allié des Espagnols répond le Charles parent des princes français. À la figure de victime d’un favori haï, Richelieu, s’oppose celle d’un trompeur aussi fourbe qu’un autre favori odieux, Mazarin. Certes, ces traits définissant le duc se fondent sur des faits réels, mais les auteurs des discours ont opéré un véritable choix. Le contexte polémique de la Fronde détermine, en effet, la sélection de caractéristiques exploitables d’un point de vue polémique.

II. Ennemi étranger ou allié des princes français : utilisation polémique de la caractérisation de Charles IV de Lorraine

14Ce deuxième temps de la réflexion a pour objectif de déterminer l’utilisation qui a été faite des caractéristiques attribuées à Charles IV de Lorraine en fonction des événements de l’année 1652. Le personnage du duc, tel qu’on vient de le décrire, a en effet été modelé selon les enjeux polémiques du moment. Lors de la première venue du duc, au printemps 1652, alors que le camp des princes doit galvaniser les membres du parti, c’est un duc proche des princes français qui est construit par les discours. Après la retraite du duc, en juin 1652, certains discours font émerger la figure d’un traître étranger pour minorer l’importance de son départ, quand d’autres tentent malgré tout de maintenir celle d’un prince allié afin de maintenir l’espoir dans le parti.

1. Avant la retraite : d’un ennemi étranger à un allié providentiel

15Entre février et mai 1652, paraissent de nombreuses mazarinades qui s’efforcent de façonner une image positive du duc de Lorraine. La méfiance envers un duc étranger à la tête d’une armée qui pille doit être transformée en confiance envers un allié des princes français, qui vient les secourir. Pour ce faire, les libelles utilisent plusieurs stratégies. Ils se servent tout d’abord de tous les liens de Charles IV avec la France : c’est à ce moment-là qu’est, en grande partie, construit le personnage d’un duc proche de Gaston d’Orléans et du prince de Condé. Mais, la proximité du duc avec les Espagnols est aussi étonnamment sollicitée. C’est un élément qui joue en faveur de Charles IV parce que son lien avec l’Espagne lui permet d’être l’intercesseur de la paix générale en Europe. Dans son manifeste, le duc déclare avoir « tousjours persuadé sa Majesté Catholique & son Altesse l’Archiduc Leopold à faire la Paix », alors que Mazarin est accusé d’être « celuy qui luy sert d’obstacle33 ». Les deux réseaux, français et espagnols, concordent donc pour présenter Charles IV comme l’allié idéal. Ces discours qui rapprochent le duc étranger des princes français, opèrent un renversement : la Lorraine – pays étranger, qui suscite la méfiance – devient un allié, et les partisans de Mazarins – français et normalement alliés – se transforment en ennemis. Dans sa déclaration, le duc de Beaufort invite en effet à « reconnoistre les Mazarins, d’auec les veritables François » : les Mazarins sont de faux Français et ils constituent les vrais ennemis. L’armée du duc de Lorraine, quant à elle, doit être distinguée des « veritables ennemis de l’Estat34 » : bien qu’étrangère, elle n’est pas une ennemie mais, au contraire, une alliée. L’adjectif « veritables » permet, dans les deux cas, le retournement de la doxa. Cette rhétorique répond à des besoins polémiques : elle permet au parti des princes de donner espoir à son camp. Les titres des mazarinades de cette période montrent bien l’enjeu de la construction de ce personnage : ils insistent en effet tous « sur l’avancement de ses troupes35 », sur « la marche de son Armée pour le secours de la Ville de Paris36 », afin de donner espoir au parti. Une mazarinade présente même son secours comme une manifestation de la providence divine qui aide les justes37. Entre février et fin mai, la figure du duc de Lorraine est donc modelée pour correspondre à celle de l’allié idéal. Les mazarinades réduisent l’altérité entre le duc et les princes français, font de sa proximité avec les étrangers un atout en tant qu’allié, et affirment que le duc – lorrain – est plus proche des Français que les partisans de Mazarin – français, mais ennemis. Cette représentation du duc est conditionnée par les intérêts immédiats du camp des princes : ainsi configuré, ce personnage peut être porteur d’espoir. Il peut encourager les Français à soutenir le camp des princes parce que, grâce à ce duc, leur victoire est imminente. Cette figure est entièrement renversée au moment de la retraite de Charles IV : il s’agit alors, pour le camp des princes, de montrer que la victoire n’est pas mise en péril par cette défection.

2. Après la retraite : représenter un traître étranger pour maintenir l’espoir

16Après la retraite du duc, se produit un revirement total des discours : ceux-ci renforcent l’altérité du duc pour minimiser la perte de cet allié et contrer le désespoir qui pourrait s’emparer des partisans des princes. Les discours s’emploient à défaire les précédentes déclarations, qui en font un allié idéal, pour ériger la figure d’un duc étranger odieux. Le second manifeste de Dom Gabriel de Tolède est destiné à annuler les effets du manifeste du duc de Lorraine38, en montrant que ce texte n’est qu’un tissu de mensonges. Ce manifeste cite les propos du duc, ses promesses, et y confronte ce qui est réellement advenu. Alors même que le duc « [a] di[t] par sa lettre qu’en [la] marche [de son armée], il y mettroit vn si bon ordre & vseroit de tant de precaution, qu’il n’y auroit personne qui en peust former aucune plainte legitime », Dom Gabriel pointe les « volleries, pilleries, & […] irruptions incroyables39 » réalisées par ses armées. Il dénonce le fait qu’il n’ait déclaré vouloir « puni[r] exemplaire[ment] […] ce cruel tyran du Roy [Mazarin]40 » uniquement pour « couuvrir […] la trahison qu’il tramoit en son cœur41 ». Le personnage du duc, construit pour inspirer la confiance, est détruit par ce discours, qui surenchérit dans la violence42. De plus, les mazarinades de cette période convoquent les stéréotypes xénophobes traditionnels pour susciter la haine des lecteurs. Dom Gabriel de Tolède – supposé auteur espagnol – cherche à rendre le duc odieux en rappelant qu’« il a loüé & vendu ses trouppes à l’Espagnol pour se deffendre contre les armes de France43 ». L’utilisation du déterminant défini, à valeur péjorative, est un trait habituel des discours xénophobes. Une des mazarinades les plus acerbes contre le prince assure qu’« il n’y a eu dans cette trahison que les Lorrains naturels qui ayent suiuy le party du duc Charles44 ». Charles IV et son armée sont ici renvoyés à leur origine étrangère, et au fait qu’ils n’habitent pas en France45, afin d’exempter les Français de cette trahison. Représenter le duc en étranger permet aux libelles de faire de sa retraite une manifestation de la protection divine. En effet,

le Ciel [a ainsi] fait voir [que] la Prouidence [est] du costé de la Iustice des armes de son Altesse Royale, dont les troupes sont encor assez fortes pour faire voir au Mareschal de Turenne qu’il n’a point affaire à des Lorrains, mais a de bons François46.

17La conjonction « mais » oppose aux « bons François » – des sujets fidèles au roi, modérés, qui souhaitent des réformes pour le bien de l’État47 – les « Lorrains », dont le caractère néfaste pour la France est présupposé. Le stéréotype xénophobe retourne de cette manière un événement négatif en un événement providentiel, propre à réhausser le moral du parti. Après la retraite du duc, la médaille est donc tournée et au duc allié proche des princes français succède le duc étranger, traître et voleur. Il s’agit, pour le camp des princes, de minimiser la perte de cet allié, afin que leurs partisans ne perdent pas foi en la victoire. Mais d’autres discours forgent une représentation opposée de Charles IV à la même période : leur objectif est le même – donner espoir – mais ils le font en montrant que ce duc n’a pas trahi les princes.

3. Après la retraite : représenter un allié pour maintenir l’espoir

18Après la retraite du duc, la mazarinade intitulée L’Illusion publique tente de soutenir le moral des partisans des princes en continuant de présenter le duc comme un allié. Pour ce faire, elle met à profit chaque trait de caractérisation du discours commun sur Charles IV afin d’en maintenir une image positive. Son objectif est de montrer que le duc n’a pas trahi le camp des princes, mais qu’il a agi en vrai stratège en prenant de l’argent à Mazarin pour ensuite revenir le combattre avec de nouvelles troupes. L’auteur du libelle commence par exploiter les liens de parenté du duc, avançant que ce dernier ne peut avoir « trah[i] les interests de son beau-frere, de sa sœur, de ses nepueux, & de tous les amis qu’il a dans le party48 ». La figure d’ancienne victime de Richelieu est aussi sollicitée ; celle-ci permet d’expliquer que son « ressentiment l’enporte tousiours au de-là de ses premieres resolutions, au moindre iour qu’il trouuve de s’en vanger sur ses successeurs49 ». Cette figure est même actualisée, puisque le duc est victime du « Roy d’Angleterre », sbire de Mazarin, qui a usé de « fourberies […] pour [le] détourner […] de l’affection qu’il auoit pour S.A. Royale & Messieurs les Princes50 ». Ancienne victime de la violence de Richelieu, le duc en est une nouvelle des ruses de Mazarin. Enfin, L’Illusion publique rapproche le duc de Lorraine et Mazarin mais, cette fois-ci, pour les distinguer. Le libelle emploie le caractère trompeur du duc pour l’exploiter de manière positive :

Ce Duc en effet s’est confirmé dans l’opinion qu’il est tousiours permis de voler les volleurs, & principalement ceux qui nous ont volez autrefois, ou leurs heritiers que nous trouuons encore saisis de nos despoüilles51.

19Le personnage d’ancienne victime de Charles IV est mis à profit par le discours, parce qu’il légitime son vol. Les jeux de dérivation lient une nouvelle fois Mazarin (désigné par « les volleurs » et « ceux qui nous ont volez ») et le duc de Lorraine (associé au verbe « voler »), mais ici c’est le duc qui sort gagnant du duel. S’il a réussi à fourber l’Archifourbe52, il ne peut manquer de mener les princes vers la victoire. Cette mazarinade reprend donc des éléments appartenant aux discours positifs sur le duc – ses liens de parenté et son statut de victime – et transforment un élément négatif – sa proximité avec Mazarin – en élément positif afin de maintenir l’espoir dans le camp des princes.

20Les libelles de l’année 1652 se sont donc d’abord employés à construire une figure positive du duc de Lorraine avant, pour la majorité d’entre eux, de la déconstruire. L’origine étrangère du duc et sa proximité avec les princes français ont été au cœur des stratégies de valorisation comme de dénigration. Avant la retraite du duc, le camp des princes construit la figure d’un bon prince français, beau-frère du duc d’Orléans, qui vient apporter un secours providentiel. Après la retraite du duc, les discours se scindent. D’une part, les libellistes attirent la haine sur le duc, représentant un duc voleur, traître et étranger, disculpant ainsi le parti des princes. D’autre part, un discours continue d’édifier la figure d’un bon allié, proche des princes français, capable de tromper Mazarin parce qu’expert en fourberies comme lui. Ces discours immédiats, conditionnés par de très forts enjeux polémiques, ont-ils déterminé la représentation postérieure du duc ? Quelles traces les Mémoires portent-ils des mazarinades de 1652 ?

III. Des mazarinades aux Mémoires : continuité et déplacement de la caractérisation de Charles IV de Lorraine

21En suivant les propositions de Myriam Tsimbidy53 qui a éclairé les Mémoires de Retz à la lumière des mazarinades du même auteur, nous suggérons de lire les Mémoires de la Fronde, et leur récit de la venue du duc de Lorraine, dans la continuité des libelles de cette période. Selon nos recherches, quinze mémorialistes54 rapportent cet événement. Il s’agira d’examiner dans quelle mesure les Mémoires reconduisent les représentations contradictoires du duc, déterminées par la scène polémique contemporaine. Si le caractère trompeur du duc perdure, et s’oppose à l’image d’un prince irrésolu, néanmoins les divergences s’estompent dans les Mémoires, et les récits partageraient même une langue pour narrer l’événement.

1. Charles IV de Lorraine : un duc trompeur ou irrésolu ?

22Comme nous l’avons vu, le personnage de Charles IV en duc trompeur a été largement diffusé par les libelles d’après sa retraite. Cette caractéristique semble s’être attachée durablement à cet acteur politique, la plupart des mémorialistes la reprenant55 :

Dans ce temps-là les troupes du duc de Lorraine vinrent proche de Paris, et lui dans la ville. D’abord son arrivé surprit le menu peuple, qui crut que son armée mettroit M. le prince sur le haut du pavé, et réduiroit les affaires du Roi dans un mauvais état ; mais les honnêtes gens de s’en étonnèrent point, parce qu’ils savoient que ce duc faisoit gloire de ne rien tenir de ce qu’il promettoit56 […].

Si Monsieur de Lorraine parut empressé à venir secourir Monsieur, de qui il avoit l’honneur d’être Beau-frere, il ne le parut pas moins à s’en retourner, & le Roy d’Angleterre negocia avec lui, en lui offrant de la part de la Cour de l’argent, qu’il accepta, sans paroître se mettre beaucoup en peine du Parti qu’il avoit pris & qu’il abandonnoit. Madame en pensa mourir de chagrin, & cela n’en inquiéta pas davantage le Duc son frere57.

[…] comme on n’est jamais si facile à être surpris que quand on songe trop à tromper les autres, M. de Lorraine, qui croyait trouver ses avantages et toutes ses sûretés dans les négociations continuelles qu’il ménageait avec la Cour, avec beaucoup de mauvaise foi pour elle et pour le parti des Princes, vit tout d’un coup l’armée du Roi marcher à lui, et il fut surpris lorsque M. de Turenne lui manda qu’il le chargerait, s’il ne décampait et ne se retirait en Flandres58.

23Le caractère fourbe de Charles IV permet à Berthod (premier extrait), qui a défendu la Cour pendant la Fronde, de tourner en dérision ce potentiel allié des princes, tout en minimisant la menace qu’il peut représenter. L’hyperbole ironique agrémente cette séquence d’une pointe d’humour, qui joue contre le duc.

24Chez Nemours (deuxième extrait), la répétition du verbe paraître et le système corrélatif qui lie la première et la troisième proposition servent aussi une expression humoristique du retournement de situation, qui dénonce le caractère trompeur du duc. Les Mémoires de Berthod et de Nemours se caractérisent par une forte charge anti-condéenne, la représentation négative de Charles IV correspond ainsi à l’objectif rhétorique de leur narration : ces deux mémorialistes reprennent une représentation polémique et la remotivent en partie pour alimenter l’acte de langage de leurs Mémoires.

25La Rochefoucauld (troisième extrait), quant à lui, insère la caractérisation dans une maxime généralisante, qui, selon Bruno Tribout, a une double visée : polémique – ce passage, ajouté dans le deuxième état du texte, participe à la mise à distance du clan Condé59 – et historiographique – la maxime « transforme le statut de l’événement et fait advenir l’exemplarité60 ».

26Berthod, Nemours et La Rochefoucauld reprennent donc, à des fins rhétorique, polémique et historiographique, la représentation négative du duc forgée notamment par les libelles de 1652. Le potentiel polémique de cette caractérisation – plus ou moins réinvestie selon les Mémoires – est mis au jour par le détournement qu’opèrent deux mémorialistes anciens frondeurs.

27Chez Montpensier et Retz, en effet, Charles IV négocie, mais c’est son incertitude qui l’empêche de se décider, et non sa volonté d’abuser autrui. Montpensier écrit que le duc « évit[e] les conférences avec Monsieur et M. le Prince de peur de conclure quelque chose61 ». Et, afin de montrer cette crainte, elle raconte trois anecdotes au sein desquelles le duc préfère faire rire avec un bon mot ou danser plutôt que de « parler d’affaires62 ». Retz construit un personnage similaire : il raconte deux entrevues avec le duc pendant lesquelles celui-ci n’entretient Retz que de bons mots et de discours incompréhensibles. Puis, Retz rapporte que ce prince accepte de faire lever le siège d’Étampes parce que « ce parti, qui tenait des deux côtés, plut à son incertitude naturelle63 ». Cette « incertitude » correspond à la « peur de conclure » présente chez Montpensier. Il n’est pas étonnant de trouver des versions similaires chez ces deux mémorialistes qui appartiennent tous les deux, à ce moment-là de la Fronde, à l’entourage du duc d’Orléans. Une telle séquence est en premier lieu écrite pour le divertissement du destinataire, surtout dans les Mémoires de Montpensier64. Mais cette représentation ne nous semble pas dénuée d’enjeux rhétoriques, dans la mesure où elle s’oppose à celle qui émane du parti de la Cour. Dans le cadre du plaidoyer pro domo que sont en partie les Mémoires de Montpensier et de Retz, l’incertitude de Charles IV constituerait une mise à distance de son caractère trompeur. De ce point de vue, les Mémoires sont informés par les discours contemporains : ceux-ci ont déterminé une représentation polémique de Charles IV, reprise ou non. La scène conflictuelle de la Fronde est aussi à l’origine d’autres divergences sur le duc, moins visibles, qui tiennent aux causes de sa retraite.

2. Des divergences plus discrètes : les causes de la retraite

28Le changement de forme – des mazarinades aux Mémoires – s’accompagne d’une invisibilisation des divergences existantes entre les représentations du duc. En effet, celles-ci se déplacent du caractère intrinsèque du duc à la narration de l’action ; or la mise en récit lisse des représentations qui restent, nous le montrerons, contradictoires. Les Mémoires, en tant qu’œuvres d’Histoire, expliquent les causes des événements, et c’est sur ce point que les personnages de Charles IV s’opposent de manière plus discrète. Trois justifications différentes sont invoquées par les mémorialistes (la levée du siège d’Étampes, la faiblesse de l’armée du duc, l’offre d’argent de la part de la Cour) :

Dès qu’il [le prince de Condé] fut arrivé, il [le duc de Lorraine] lui dit qu’il étoit si pressé qu’il ne pouvoit plus résister ; que le siége d’Étampes étant levé, qui étoit le seul sujet de son voyage, il avoit traité avec M. de Turenne, et avoit un passe-port pour s’en retourner avec ses troupes. Il fit escorter celles que M. de Beaufort lui avoit amenées jusqu’aux portes de Paris, et lui marcha pour s’en retourner65.

Il [le duc de Lorraine] vint à Paris voir Mme la duchesse d’Orléans, sa sœur, et il eut plusieurs conférences avec M. le duc d’Orléans, M. le Prince et les autres du parti, et leur ayant fait voir qu’il n’avoit pas de quoi subsister, qu’il ne pouvoit pas forcer à un combat M. de Turenne qui estoit maistre de la Seine, il retourna à ses troupes, et fit une espèce de traité avec lui. On disoit mesme à Paris que la cour lui avoit fait donner une somme d’argent considérable, avec quoi il abandonna les Princes et se retira dans ses troupes, faisant dans la Brie et dans la Champagne des désordres effroyables, quoiqu’il eust promis le contraire66.

Le Duc de Lorraine fut fort surpris de cette diligence, & se trouva bien étonné de se trouver contraint de donner bataille contre une armée plus forte que la sienne & pour le moins aussi aguerie. Il n’avoit depuis la perte de ses États, d’esperance qu’en ses troupes, qui lui donnoient de la considération ; & s’il étoit si malheureux que de les perdre, il prévoioit qu’il seroit sans ressource & ruïné entierement. […] enfin le Duc de Lorraine ne voulant pas hasarder un combat inégal, & se croiant dégagé de la parole qu’il avoit donné à Monsieur le Duc d’Orléans de faire lever le siége d’Étampes & de délivrer ses troupes, conclut un Traité avec le Roi67 […].

29Dans le premier extrait, Montpensier donne la parole au duc de Lorraine qui, dans un discours indirect, justifie sa retraite par la levée du siège d’Étampes. Or ce faisant Montpensier relaie un argument utilisé dans les Mazarinades : après sa première retraite, le duc, scripteur supposé de lettres, se défend en effet d’avoir trahi en arguant qu’il a levé le siège d’Étampes comme promis au duc d’Orléans68. Dans leurs Mémoires, La Rochefoucauld et de Retz69 retranscrivent aussi un discours de Charles IV qui justifie ainsi sa retraite, alors que Brienne, Motteville, Nemours, Boudon – qui soutiennent la Cour – ne disent pas un mot de ce motif. Le discours de Charles IV chez La Rochefoucauld, Montpensier et Retz s’explique, certes, par la situation de ces mémorialistes : ils appartiennent au camp des princes et les deux derniers sont dans l’entourage proche du duc. Mais en justifiant ainsi l’action, les mémorialistes relaient un argument utilisé par leur parti et ils font référence à une de leurs victoires militaires. Outre le réseau d’informations, la visée rhétorique des Mémoires nous semble ainsi déterminer la cause donnée à l’action du duc. Le deuxième extrait, tiré des Mémoires de Boudon, avance deux autres justifications : Charles IV s’est retiré en raison de la faiblesse de son armée et parce que la Cour lui a offert de l’argent70. La surenchère polémique du second motif est bien signifiée par l’adverbe intensif « mesme ». Le discours de la rumeur permet au mémorialiste de retranscrire un propos particulièrement discréditant, sans en assumer la responsabilité énonciative. Cette représentation du duc, défavorable pour lui et le parti des princes, correspond à l’orientation politique des Mémoires de cet ancien partisan de la Cour.

30Les Mémoires de Montglat (troisième extrait) détonnent dans notre corpus ; si l’auteur reprend deux arguments déjà rencontrés (la faiblesse de l’armée et la levée du siège d’Étampes), il est le seul à évoquer le passé du duc – amplifiant ainsi les conséquences négatives de son éventuelle défaite. Or ce passage comporte des ressemblances non négligeables avec la mazarinade La Vérité toute nuë, libelle qui attaque violemment le prince de Condé en justifiant la conduite de Charles IV :

il [le duc de Lorraine] prit le party qu’il auroit fallu auoir perdu l’esprit pour ne pas prendre, qui estoit de ne point hazarder vn combat, parce que s’il luy eust esté des-auantageux, comme il y auoit grande ap-parence, il eust perdu en perdant son armé́e la seule chose qui le rend considerable, n’ayant plus ny Estat ny Places71 […].

31Outre le vocabulaire commun, la séquence de cette mazarinade et celle des Mémoires de Montglat développent une idée commune : l’armée, que le prince de Condé met en péril, est l’unique bien du duc. Ce discours est destiné à accuser Condé de se servir de Charles IV. Le développement, chez Montglat, des motifs de la retraite du duc de Lorraine, qui la justifie largement, permettrait ainsi de dénoncer les menées du prince de Condé. Montglat remotive aussi une matière polémique à des fins rhétoriques, puisque ce passage alimente parfaitement la charge anti-condéenne de ses Mémoires. En observant de près les textes des Mémoires apparaissent ainsi des divergences invisibilisées par la mise en récit, mais qui construisent des représentations contradictoires du duc de Lorraine selon le but rhétorique du récit. De manière a priori paradoxale, la scène polémique de la Fronde aurait aussi déterminé des représentations convergentes de Charles IV.

3. Charles IV de Lorraine en « secours » : la constitution d’une langue partagée ?

32Dans la continuité de l’article fondateur de Pierre Nora sur l’événement72, Karine Abiven et Laure Depretto ont exploré les conséquences du genre textuel et du contexte d’écriture sur la mise en récit d’un événement, ce qui les amène à affirmer « que l’événement brut n’existe pas, puisqu’on n’y accède que par des textes qui sont des versions de cet événement73 ». Étudiant la mise en récit des barricades d’août 1648, Karine Abiven a proposé l’hypothèse que l’événement se constitue aussi par « une langue partagée74 ». Les Mazarinades de 1652 ont-elles déterminé une langue sur l’événement ? Alors même que le duc de Lorraine traite avec la Cour et les princes, les libelles affirment et répètent qu’il vient « au secours » des seconds. Cette construction du duc comme un « secours » se manifeste tout d’abord dans les titres des Mazarinades :

Lettre du duc de Lorraine envoyée à S.A. royale madame la duchesse d’Orléans, sur la marche de son Armée pour le secours de la Ville de Paris75

Lettre du duc de Lorraine, avec la déclaration de ses bonnes intentions sur son entrée en France, pour le secours de la Ville de Paris, & la conclusion de la paix generale. A tous les bons & veritables François76

La Response du roy faite aux remontrances de Messieurs du Parlement & de la ville de Paris. Avec l’offre faite à Son Altesse Royale par les Bourgeois de ladite ville, d’entretenir douze mille hommes à leurs despens. Et l’asseurance de sadite Altesse de l’approche du Duc de Lorraine pour le secours de Paris77

33Ces trois lettres reprennent la même formule, qui est destinée à maintenir le moral des Parisiens. Dans une autre lettre envoyée à sa sœur, le duc de Lorraine, supposé auteur, justifie son entrée en guerre par une solidarité entre victimes, ne pouvant refuser son « secours à des Princes oppressés comme [luy]78 ». Le terme secours permet d’amplifier l’aide apportée par le duc de Lorraine ; comme nous l’avons dit, une mazarinade la présente même comme une manifestation de la justice divine. Y est affirmé que Dieu « ne manque jamais de […] donner du secours » aux « Justes79 ». Ce substantif est donc motivé polémiquement. Or il se retrouve dans de nombreux Mémoires de notre corpus pour décrire un état de fait. Chez Montpensier et Bussy-Rabutin, le duc de Lorraine a promis aux Espagnols de « secourir Étampes80 » ; chez Tarente, il vient aussi sur demande des Espagnols, « dans le dessein de secourir81 » Étampes ; enfin, chez Retz et Boudon, il avance pour « secourir les Princes82 ». Montglat et Nemours sont les seuls chez qui le terme secourir n’est pas intégré dans une diathèse active mais passive : chez eux, ce sont en effet les princes qui demandent du secours, ce qui est une manière d’insister sur leur faiblesse83. Le terme secours, employé initialement à des fins polémiques par le parti des Princes, est donc utilisé unanimement par les mémorialistes, peu importe leur camp politique. Les mazarinades auraient ainsi participé à constituer une langue partagée sur l’événement et, de ce fait, sur le duc de Lorraine lui-même.

34Il y a donc continuité et déplacement des divergences entre les représentations du duc de Lorraine des mazarinades aux Mémoires. Son caractère trompeur perdure dans les Mémoires, en ayant conservé son potentiel polémique ; celui-ci peut être remotivé à des fins rhétorique, polémique, historiographique, ou, au contraire, mis à distance. Mais, dans les Mémoires, les divergences se déplacent aussi du caractère du référent à la narration de l’action : les causes de la retraite du duc permettent ainsi de forger discrètement un personnage (dé)favorable au camp des princes. Les libelles ont enfin participé à créer une langue sur l’événement qui est reprise par tous les mémorialistes et participe à faire converger les personnages représentant le duc de Lorraine.

Conclusion

35La construction discursive du personnage de Charles IV de Lorraine au printemps 1652 est tiraillée entre l’image d’un prince étranger et celle d’un prince français, entre la représentation d’un trompeur et celle d’une victime. C’est une figure extrêmement polarisée qui émerge des mazarinades de la période. Or ce personnage est indissociable du contexte polémique qui l’a vu naître ; toutes les caractéristiques attribuées au nom Charles IV ont été sélectionnées pour leur effet immédiat sur le public. En effet, les différentes représentations du prince ont été déterminées par les libelles et utilisées selon l’action politique visée : (res)susciter l’espoir d’un secours venant d’un allié proche des princes français ou lutter contre le désespoir de la retraite d’un traître étranger. Les mazarinades qui doivent frapper immédiatement le destinataire ont été friandes d’arguments ad hominem qui reposent sur la xénophobie ou sur la proximité du duc avec les Français. Les Mémoires laissent de côté ces arguments, trop polémiques pour des œuvres d’Histoire. La scène conflictuelle contemporaine a néanmoins déterminé des représentations contradictoires de Charles IV, au potentiel polémique, qui peuvent être mises à distance ou nourrir la visée polémique, rhétorique ou historiographique des Mémoires. C’est aussi, paradoxalement, une langue partagée sur le référent qu’ont déterminé ces libelles, en mettant en circulation le terme « secours » repris par les mémorialistes de tous les partis. Des mazarinades aux Mémoires, il y aurait donc une reprise et un effacement de certaines caractéristiques polémiques, entraînant un glissement de la représentation des acteurs, d’une construction clivée et clivante à une construction plus consensuelle, dont les divergences passent plus facilement inaperçues. Ce lissage des discours ne doit néanmoins pas amener à sous-estimer certaines divergences, significatives, une fois leur origine expliquée et interprétée à l’aune du projet de chaque auteur.

Notes

1 La chronologie qui suit est inspirée de celle proposée par Laurent Jalabert, Charles IV de Lorraine (1604-1675). L’esprit cavalier, Metz, Paraiges, 2021, p. 201-210.

2 Le 6 juin, il signe un accord avec la Cour, dans lequel il s’engage à rester sur la Seine sans mener aucun combat. En échange, la Cour promet la levée du siège d’Étampes et la suspension d’armes avec les princes. Le 12 juin, il conclut un pacte d’union avec le duc d’Orléans et le prince de Condé.

3 Hubert Carrier, La Presse de la Fronde (1648-1653) : les Mazarinades. La conquête de l’opinion, Genève, Droz, 1989, p. 262. Ces libelles, provenant majoritairement du camp des princes, prennent place dans une campagne plus générale menée par le bureau de presse de Condé. C’est une période de très forte publication parce que le camp des princes devait « lutter contre une lassitude grandissante du public à l’égard des troubles » (ibid., p. 145).

4 Selon le terme de Christian Jouhaud (Mazarinades, la Fronde des mots, Paris, Flammarion, 2009, p. 32).

5 Jean‑Charles Fulaine, Charles IV de Lorraine et son armée, Metz, Serpenoise, 1997, p. 33. Ajoutons à cela le fait que « le nom même de “Lorraine” a une teinte de suspicion en France » en raison de l’implication des Guise dans les guerres de religion à la fin du xvie siècle » (id.).

6 Xavier Le Person, Le Grand Condé. Un exil pour l’honneur, Paris, Fayard, 2023, p. 96.

7 Christian Jouhaud, op. cit., p. 110-111. Pour l’historien, les mazarinades doivent être envisagées d’un point de vue pragmatique : elles constituent en elles-mêmes des actions politiques destinées à agir sur l’auditoire. Ce point a fait l’objet d’un vif débat avec Hubert Carrier qui utilise, au contraire, les mazarinades comme une source documentaire. Selon lui, celles-ci « sont à la fois un miroir où se reconnaît l’opinion publique et un moule qui la façonne, elles expriment des réactions en même temps qu’elles cherchent à en provoquer » (op. cit., p. 33).

8 Nous employons ce terme dans le sens défini par Yann Rodier : l’odieux est une passion d’État, qui crée des « “communautés émotionnelles” » et peut être manipulée pour influencer la société (Les Raisons de la haine. Histoire d’une passion dans la France du premier xviie siècle, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2019, p. 19). Yann Rodier déplace ainsi la question de l’opinion publique à celle de l’émotion publique (id.).

9 Marc Angenot, La Parole pamphlétaire. Contribution à la typologie des discours modernes, Paris, Payot, 1995, p. 34.

10 Léopold-Guillaume de Habsbourg, LA LETTRE DE L’ARCHIDVC-LEOPOLD, À SON ALTESSE ROYALE, (1652) chez Lafosse (Salomon de), à Paris, 7 pages, référence RIM : M1_142, cote locale : B_8_29 ; Léopold-Guillaume de Habsbourg, LETTRE DE L’ARCHI-DVC LEOPOLD ENVOYÉE A SON ALTESSE ROYALE. DETESTANT LA TRAHISON DV DVC CHARLES. Auec l’approche de son Armée au seruice des Princes, (1652) chez Leroy (Claude) à Paris, 7 pages, référence RIM : M0_1931, cote locale : B_8_25 ; Philippe IV d’Espagne, LETTRE DV ROY D’ESPAGNE ENVOYÉE AV DVC DE L’ORRAINE SVR LA FRONTIERE DE FRANCE. POVR LE PRIER DE S’AVANCER pour le soulagement de Mrs les Princes, (1652) chez Chevalier (Jacob), à Paris, 7 pages, référence RIM : M0_2145, cote locale : C_12_18. 

11 Anonyme, ADVIS TRES-IMPORTANT DE DOM GABRIEL DE TOLEDE, APPORTÉ A MESSIEVRS les Princes de la part du Roy d’Espagne. Pour faire avancer l’Armée du Duc de Lorraine en France, (1652) chez Hardouin (Louis), à Paris, 7 pages, référence RIM : M0_550, cote locale : B_8_51 ; Gabriel de Toledo, MANIFESTE DE DOM GABRIEL DE TOLEDE, COMMANDANT L’ARMEE D’ESPAGNE enuoyée en France pour Messieurs les Princes, contre les perfidies du Duc de Lorraine, où sont adjoustées les violemens des traittez faits par ce Duc depuis 32 ans, notamment celuy du 16. Iuin dernier, fait auec S.A.R., (1652), chez Chouqueux (André), à Paris, 16 pages, 1652, référence RIM : M0_2354.

12 Anonyme, LES MOTIFS QVI ONT PORTÉ SON ALTESSE ROYALLE, A SE DECLARER POVR MONSEIGNEVR LE PRINCE, QVI SERVENT DE IVSTIFICATION A SON MANIFESTE, (1652), chez [s.n.], à [s.l.], 15 pages, référence RIM : M0_2509, cote locale : B_7_13. 

13 Charles IV, duc de Lorraine, LA LETTRE DV DVC DE LAVRAINE ESCRITE À MONSEIGNEVR LE PRINCE DE CONDÉ ; SVR L’AVANCEMENT DE SES TROVPES, (1652), chez Le Roy (Charles), à Paris, 7 pages (non paginé), référence RIM : M0_2107.

14 La Lettre dv dvc de Lavraine escrite à monseignevr le prince de Condé, op. cit. ; Charles IV, duc de Lorraine, LETTRE DE MONSIEVR LE DVC DE LORRAINE APPORTÉE À SON ALTESSE ROYALLE, PAR MONSIEUR LE COMTE DE MARCHEVILLE, (1652), chez Chevalier (Jacob), à Paris, 7 pages, référence RIM : M2_121 ; Charles IV, duc de Lorraine, LETTRE DV DVC DE LORRAINE ENVOYÉE À S.A. ROYALE MADAME LA DVCHESSE D’ORLÉANS, sur la marche de son Armée pour le secours de la Ville de Paris, (1652) chez la veuve Guillemot, à Paris, 6 pages,  référence RIM : M0_2110 ; Charles IV, duc de Lorraine, LETTRE DV DVC DE L’ORRAINE A MADAME LA DVCHESSE D’ORLEANS SA SOEVR. Touchant la marche de son Armée, & les asseurances qu’il luy donne, qu’il vient se joindre à S. A. R. pour esloigner le Mazarin (1652) chez Chevalier (Jacob), à Paris, 7 pages, référence RIM : M0_2103, cote locale : B_8_45 ; Charles IV, duc de Lorraine, LETTRES VERITABLES DV DVC DE LORRAINE, ENVOYÉES A SON ALTESSE ROYALLE, ET A MADAME LA DVCHESSE D’ORLEANS. Sur quelques Libelles publiez à Paris, descriant la conduite de son Altesse de Lorraine en France, (1652) chez [s. n.], à [s. l.], 8 pages, référence RIM : M2_135, cote locale : C_12_22 ; Charles IV, duc de Lorraine, LETTRE DV DVC DE LORRAINE AV MARESCHAL DE TVRENNE QUI A ESTÉ INTERCEPTÉE, par laquelle il tâche à couurir sa trahison manifeste, (1652) chez Chouqueux (André), à Paris, 6 pages, référence RIM : M0_2110.

15 Les motifs qui ont porté son Altesse royalle, op. cit., p. 10.

16 Id.

17 Un même rapprochement avec le prince de Condé est à l’œuvre dans une lettre supposément écrite par Charles, au sein de laquelle il déclare « desir[er] viure desormais d’vne amitié ferme & stable avec [le prince de Condé], & telle que l’on peut l’esperer de deux plus grands Princes de l’heurope » (La Lettre dv dvc de Lavraine escrite à monseignevr le prince de Condé, op. cit., non paginé). Le duc étranger et le premier prince du sang français sont englobés dans une seule et même désignation, qui les réunit sous une même caractéristique : leur appartenance à une maison souveraine (ce que dénote le terme prince).

18 Anonyme, L’ARRIVÉE DU DUC DE LORRAINE À PARIS LE 2. JUIN 1652. AVEC LA MARCHE DE SES TROVPES : ET CELLE DE L’ARCHIDVC, (1652) chez Chevalier (Jacob), à Paris, 7 pages (p. 3), référence RIM : M2_28.

19 Anonyme, L’ILLUSION PVBLIQUE, OV LA REVELATION DV SECRET DE LA RETRAITTE DU DUC DE LORRAINE, Discours & Raisonnement sur ce sujet, Avec l’Abregé des moyens de finir bien-tost la guerre à l’auantage de Messieurs les Princes, contre le Mazarin, (1652) chez (s.n.), à (s.l.), 14 pages (p. 13).

20 Ibid., p. 9.

21 Charles IV, duc de Lorraine, LETTRE DV DVC DE LORRAINE, AVEC LA DÉCLARATION DE SES BONNES INTENTIONS sur son entrée en France, pour le secours de la Ville de Paris, & la conclusion de la paix generale. A tous les bons & veritables François (1652), chez la veuve Guillemot (Jean), à Paris, 8 pages (p. 3), référence RIM : M0_2106.

22 Lettre dv dvc de Lorraine à madame la dvchesse d’Orléans sa sœvr, op. cit., p. 6.

23 Manifeste de Dom Gabriel de Tolede, op. cit., p. 3.

24 R., LETTRE PROPHÉTIQUE sur les affaires du temps, présentée à Messieurs les Princes (1652), à Paris, chez Remy (Pierre), à Paris, 10 pages (p. 3), référence RIM : M0_2253.

25 Anonyme, Articles du traité accordés entre le duc de Loraine et le C. Mazarin, pour retirer son armée d’avec celle de Son Altesse Royale, (1652), chez Brunet (Jean), à Paris, 8 pages (p. 3), référence RIM : M0_423.

26 L’Illusion pvblique, op. cit., p. 3.

27 Anonyme, LE TOVR BVRLESQVE DV DVC CHARLES, (1652) chez [s. n.], à [s. l.], 19 pages (p. 3), référence RIM : M0_3788 ; cote locale : B_8_60.

28 Ibid., p. 16.

29 Ibid., p. 14.

30 Id.

31 Ibid., p. 5.

32 Ibid., p. 6, nous soulignons.

33 Anonyme, LE MANIFESTE DV DVC DE LORRAINE PRÉSENTÉ À SON ALTESSE Royale (1652 ?), à Paris, chez Salomon de la Fosse, 14 pages (p. 8), référence RIM : M0_2393, cote locale : B_8_43.

34 Id.

35 La Lettre dv dvc de Lavraine escrite à monseignevr le prince de Condé, op. cit.

36 Lettre dv dvc de Lorraine à madame la dvchesse d’Orléans sa sœvr, op. cit, et Lettre dv dvc de Lorraine, envoyée à S.A. royale madame la duchesse d’Orléans, op. cit.

37 Anonyme, L’ARRIVÉE DV DVC DE LORAINE DANS CETTE VILLE, AVEC LA RECEPTION DE SON ALTESSE ROYALLE ET DE MESSIEVRS LES PRINCES (1652), chez Pousset (François), à Paris, 7 pages, référence RIM : M0_395.

38 Le Manifeste dv dvc de Lorraine, op. cit.

39 Manifeste de Dom Gabriel de Tolede, op. cit., p. 13.

40 Ibid., p. 10.

41 Ibid., p. 9.

42 Ce rebondissement d’un libelle à l’autre constitue un « engrenage polémique », selon l’expression proposée par Christian Jouhaud (op. cit., p. 223-224).

43 Manifeste de Dom Gabriel de Tolede, op. cit., p. 6.

44 Anonyme, LA TRAHIZON DV DVC CHARLES, Tramée par le Roy d’Angleterre & le Cardinal de Rez, Coadiuteur de Paris. Et descouuerte par Monseigneur le Duc de Beaufort, le Dimanche 16. Iuin 1652, chez Porteur (Simon Le), à Paris, 7 pages (p. 6), référence RIM : M0_3792 ; cote locale : B_8_63.

45 L’adjectif naturel signifie ici « ceux qui habitent dans le pays où ils sont nez » (Antoine Furetière, Dictionnaire universel, La Haye et Rotterdam, Arnout et Neinier Leers, 1690, art. « Naturel »).

46 Articles du traité, op. cit., p. 8.

47 L’expression « bons François » désigne une catégorie politique. Ses partisans sont des « héritiers des Politiques du xvie siècle », et ils se définissent sous Louis XIII par « une position de juste milieu : hostiles aux grands à leurs rébellions, ils sont favorables au roi, tout en étant les premiers à réclamer des réformes » (Hélène Duccini, Faire voir, faire croire. L’opinion publique sous Louis XIII, Seyssel, Champ Vallon, 2017, p. 140 puis p. 193).

48 L’Illvsion publique, op. cit., p. 9.

49 Ibid., p. 4-5.

50 Anonyme, LA HONTEVSE SORTIE DES MAZARINS HORS DE LA VILLE DE PARIS, ensemble la chasse à eux donnée par la Paille victorieuse, (1652) chez [s. n.], à Paris, 8 pages (p. 5), référence RIM : M0_1590 ; cote locale : B_16_33.

51 Op. cit., p. 5.

52 C’est ainsi que La Lettre prophétique appelle Mazarin (op. cit., p. 5).

53 Le Cardinal de Retz polémiste, Saint-Etienne, Publication de l’Université de Saint-Etienne, 2005. Pour une autre approche des liens qui unissent les mazarinades et les Mémoires, voir aussi l’article de Myriam Tsimbidy sur les mazarinades dans les pratiques éditoriales (« Usages des mazarinades dans les Mémoires de la Fronde », p. 225‑237, dans Stéphane Haffemayer, Patrick Rebollar et Yann Sordet (dir.), Histoire et civilisation du livre XII : Mazarinades, nouvelles approches, Genève, Droz, 2016).

54 Boudon, Mémoires de Philippe Boudon, sieur de la Salle (1626-1652), le comte de Baillon (éd.), Paris, Léon Techener, 1870, p. 98-99 ; le comte de Brienne, Mémoires du comte de Brienne, Amsterdam, Jean-Frédéric Bernard, 1719, vol. III, p. 147-149 ; le comte de Bussy-Rabutin, Mémoires de Roger de Rabutin, comte de Bussy, lieutenant général des armées du roi […], Paris, Charpentier, 1857, vol. I, p. 316 ; Conrart, Mémoires dans Mémoires de Valentin Conrart, premier secrétaire perpétuel de l’Académie française, suivis des Mémoires du Père Berthod, Louis Monmerqué (éd.), Genève, Slatkine Reprints, 1971, p. 72 puis p. 76-88 ; Guy Joly, Mémoires de Mr. Joli, conseiller au Parlement […], Amsterdam, Jean-Frédéric Bernard, 1718, vol. II, p. 9 ; le duc de La Rochefoucauld, Mémoires, Bruno Tribout (éd.), Paris, Classiques Garnier, 2022, vol. I, p. 475 ; le marquis de Montglat, Memoires De François De Paule De Clermont, Marquis De Montglat […], Amsterdam, 1727, vol. III, p. 274-277 ; la duchesse de Montpensier, Mémoires dans Œuvres complètes, éd. Jean Garapon, Paris, Honoré Champion, 2020, p. 354-358 ; Mme de Motteville, Mémoires pour servir à l’Histoire d’Anne d’Autriche […], Amsterdam, François Changuion, 1723, vol. IV, p. 363-368 ; le duc de Navailles, Mémoires du duc de Navailles et de la Vallette, pair et maréchal de France, & Gouverneur de Monseigneur le Duc de Chartres, Paris, la Veuve de Claude Barbin, 1701, p. 128-131 ; la duchesse de Nemours, Mémoires de M.L.D.D.N contenant ce qui s’est passé de plus particulier en France pendant la Guerre de Paris […], Cologne, 1709, p. 257-258 ; le cardinal de Retz, Mémoires dans Œuvres, Marie-Thérèse Hipp et Michel Pernot (éd.), Paris, Gallimard, 1983, p. 839-842 ; le prince de Tarente, Mémoires de Henri-Charles de la Tremoille, prince de Tarente, Liège, J.‑F. Bassompierre, 1767, p. 107-108 ; le comte de Tavannes, Mémoires de Messire Jacques de Saulx, comte de Tavannes […], Paris, Jean-Baptiste Langlois, 1691, p. 243-246 ; le maréchal de Turenne, Mémoires du maréchal de Turenne, Paris, Librairie Renouard, 1909, vol. I, p. 195-200. Le père Berthod raconte l’arrivée du duc de Lorraine à Paris, mais il ne mentionne pas sa retraite (Mémoires dans Mémoires de Valentin Conrart, op. cit., p. 360-362).

55 Hormis les mémorialistes cités, voir Conrart (op. cit., p. 72), Brienne (op. cit., p. 148) et Motteville (op. cit., p. 363).

56 Berthod, op. cit., p. 360.

57 Nemours, op. cit., p. 257-258, nous soulignons.

58 La Rochefoucauld, p. 475.

59 Bruno Tribout invite ainsi à considérer « la puissance polémique d’un texte rédigé dans une période où La Rochefoucauld cherchait à se dégager de l’alliance condéenne et œuvrait à un rapprochement avec Mazarin » (« Introduction », dans Mémoires, La Rochefoucauld, op. cit., p. 62).

60 Ibid., p. 180.

61 Op. cit., p. 355.

62 Expression présente au sein des deux anecdotes, op. cit., p. 356.

63 Ibid., p. 841.

64 En effet, selon Jean Garapon, Montpensier aurait lu cette partie de ses Mémoires à ces dames d’honneur, qu’elle souhaiterait divertir lors de leur exil à Saint-Fargeau (voir le chapitre intitulé « Les étapes d’un projet », dans La Grande Mademoiselle mémorialiste, une autobiographie dans le temps, Genève, Droz, 1989, p. 37-58).

65 Montpensier, op. cit., p. 358, nous soulignons.

66 Boudon, op. cit., p. 98-99, nous soulignons.

67 Montglat, op. cit., p. 275-276, nous soulignons.

68 Voir Lettre de monsievr le dvc de lorraine apportée à son Altesse royalle, op. cit., p. 3 et p. 6.

69 La Rochefoucauld, op. cit., p. 475 ; Montpensier, op. cit., p. 358 ; Retz, op. cit., p. 842.

70 Guy Joly évoque cette rumeur pour la réfuter (op. cit., p. 9). Nemours mentionne uniquement ce motif (op. cit., p. 257).

71 Faure, François (dit P. Faure, cordelier) [?] / Arnauld d'Andilly, Robert [?], LA VÉRITÉ TOVTE NVË, OU ADVIS SINCERE ET des-interessé sur les veritables causes des maux de l’Estat, & les moyens d’y apporter le remede (1652), chez [s.n.], à Paris, 16 pages (p. 14), référence RIM : M0_4007, cote locale : B_17_13.

72 « Le retour de l’événement », dans Jacques Le Goff et Pierre Nora (dir.), Faire de l’histoire : nouveaux problèmes, nouvelles approches, nouveaux objets, Paris, Gallimard, 1974, p. 283‑306. Voir aussi Pierre Rétat (dir.), L’Attentat de Damiens. Discours sur l’événement au xviiie siècle, Paris, Lyon, Éditions du CNRS, Presses universitaires de Lyon, 1979 et Éliséo Véron, Construire l’événement. Les médias et l’accident de Three Mile Island, Paris, Éditions de Minuit, 1981.

73 Karine Abiven et Laure Depretto, « “L’évangile du jour” : écrire l’actualité (xvie-xviiie siècles) », Écritures de l’actualité (xvie-xviie siècles), Littératures classiques, Karine Abiven et Laure Depretto (dir.), 2012, no 78, p. 5‑16, ici p. 12.

74 « Le moment discursif des barricades d’août 1648 : quelle interprétation des récurrences dans le discours sur l’événement ? », Cahiers de narratologie, 2019, no 35, mis en ligne le 03/09/2019, consulté le 06/08/2025, p. 15.

75 Op. cit., nous soulignons.

76 Op. cit., nous soulignons.

77 Anonyme, LA RESPONSE DV ROY FAITE AVX REMONTRANCES de Messieurs du Parlement & de la ville de Paris. Auec l’offre faite à Son Altesse Royale par les Bourgeois de ladite ville, d’entretenir douze mille hommes à leurs despens. Et l’asseurance de sadite Altesse de l’approche du Duc de Lorraine pour le secours de Paris (1652), chez Legentil (Jacques), à Paris, 8 pages, référence RIM : M0_3439, cote locale : B_8_46, nous soulignons.

78 Lettre dv dvc de L’orraine a madame la dvchesse d’Orleans sa soevr, op. cit., p. 6.

79 L’Arrivée du duc de Loraine dans cette ville, avec la reception de son Altesse royalle et de Messieurs les Princes, Paris, François Pousset, 1652, p. 3-4. Furetière assimile immédiatement ce terme à la sphère divine : « Secours, […] Charité qu’on fait à quelqu’un, protection, assistance qu’on luy donne dans ses besoins. Il faut dans ses afflictions implorer le secours divin » (op. cit., art. « Secours »).

80 Montpensier, op. cit., p. 355 et Bussy-Rabutin, op. cit., p. 316.

81 Tarente, op. cit., p. 107.

82 Boudon, op. cit., p. 98 ; Retz, op. cit., p. 839.

83 Chez le premier, le duc d’Orléans « dépêch[e] […] au Duc de Lorraine son beau-frère pour lui demander secours » (Montglat, op. cit., III, p. 275) et chez la seconde « Monsieur envo[ie] demander du secours aux Espagnols & à Monsieur de Lorraine » (Nemours, op. cit., p. 257).

Pour citer ce document

Cécile Leduc, « Un duc étranger allié des princes français : la construction du personnage de Charles IV de Lorraine dans les Mazarinades et les Mémoires » dans Les mazarinades et l'international,

Revue du GRHis, n° 2, 2026

URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/grhis/181.html.

Quelques mots à propos de :  Cécile Leduc

Sorbonne Université (STIH)