Littérature et occulture

Programme de recherche
Coordination scientifique : Frank Greiner, Sylvain Ledda et Catherine Douzou

Littérature et occulture

Les coulisses de la messe noire dans Là-Bas (1891) de Joris-Karl Huysmans

Tom Fischer


Texte intégral

1Parmi les rituels ésotériques décrits par les écrivains des siècles passés, il est une cérémonie que le sociologue Massimo Introvigne qualifie de « sans nul doute la plus célèbre dans l’histoire de la littérature1 », et qui n’est autre que la fameuse « messe noire » décrite par Joris-Karl Huysmans (1848-1907) dans son roman Là-bas (1891)2. Sixième livre de l’écrivain-fonctionnaire, sa rédaction amorça définitivement la quête spirituelle de celui qui, de chapelle en chapelle, alla du naturalisme au mysticisme en passant par le satanisme. Huysmans y met en scène son alter-ego, Durtal ; romancier lui aussi, Durtal cherche à rompre avec le genre naturaliste pour lui substituer une esthétique nouvelle, qu’il baptise du nom de « naturalisme spiritualiste3 ». Le prétexte à cet exercice de style s’avère être l’établissement d’une biographie du maréchal Gilles de Rais, alors considéré par certains comme le modèle du terrifiant Barbe-Bleue des contes de Charles Perrault. L’étude des frasques de ce criminel médiéval entraîne toutefois le romancier de papier aux frontières du monde clérical et des mystères de l’occultisme, avant de lui faire découvrir les pratiques du satanisme contemporain dont la « messe noire », une parodie de l’office catholique romain célébrée en l’honneur de Satan, représente l’infernale acmé. Véritable roman à clefs4, Là-bas rencontra le succès dès sa publication en feuilleton dans L’Écho de Paris (du 17 février au 20 avril 1891), épouvantant les uns et fascinant les autres. Au-delà de ses qualités et de son succès littéraires, le tableau de la « messe noire », tel que dressé par Huysmans, offre également au chercheur des pistes pour reconstituer l’univers social et mental de celui qui, pendant plusieurs années, s’intéressa de près à de nombreux sujets dits « occultes ». Notre propos sera donc d’examiner cette fameuse cérémonie, d’en questionner les sources, puis d’esquisser sa postérité, et ce afin de mettre en lumière un chapitre privilégié des liens entre littérature et ésotérisme à la fin du xixe siècle.

Le récit de la « messe noire »

2Rituel étrange, infernal et fantasmé, la « messe noire » célébrée en l’honneur de Satan est mentionnée pour la première fois dans Là-bas par le biais du médecin érudit des Hermies, un ami et confident de Durtal. Attablé à la table de Carhaix, le sonneur de cloches de l’église Saint-Sulpice de Paris, des Hermies raconte à Durtal les anciennes enquêtes inquisitoriales du dominicain bâlois Jacob Sprenger et du magistrat bordelais Pierre de Lancre, puis rappelle les légendaires pactes de la reine Catherine de Médicis ou des derniers Valois avec les forces occultes. Il s’attarde en particulier sur les terribles messes qu’aurait célébré au xviie siècle l’abbé Étienne Guibourg, et prend la peine d’en décrire les principaux éléments ; une femme nue qui sert d’autel (la Montespan, ancienne favorite du roi Louis XIV, s’y serait prêtée), et des enfants sacrifiés dont le sang sert à la préparation, peu ragoutante, de « pâtes conjuratoires » (p. 475-477)5. Intéressé par ce sujet à cause de ses travaux sur Gilles de Rais, lequel fut également accusé d’infanticides sordides et de pactes démoniaques6 (des éléments qui se trouvent eux aussi racontées, de manière enchâssée, dans la trame narrative de Là-bas), Durtal / Huysmans finit par questionner son informateur sur la survivance de tels crimes en plein xixe siècle. Des Hermies lui assure alors la pérennité de ladite « messe noire », et avance que les affiliés du Diable appartiennent aujourd’hui à de hauts prélats ou à de riches bourgeois, ce qui explique, d’après lui, pourquoi de tels scandales religieux soient étouffés « si toutefois la police les découvre » (p. 477). Il en veut pour preuve les nombreux vols d’hosties commis dans des églises, car « la grande question, c’est de consacrer l’hostie et de la destiner à un infâme usage ; tout est là ; le reste varie ; il n’y a pas actuellement de rituel régulier pour la messe noire » (p. 477). Des Hermies s’attaque ensuite aux « associations sataniques » qui « ravagent les Deux Mondes », annonçant, déjà, les fumeuses révélations dues à Léo Taxil (pseudonyme de Gabriel Jogand-Pagès) sur une hypothétique franc-maçonnerie luciférienne organisée7. Une fois cet exposé infernal et quelque peu complotiste terminé, Durtal ne souhaite désormais plus qu’une chose : assister, par curiosité, à l’une de ces fameuses « messes noires ».

3Toute l’architecture de Là-bas s’organise alors autour de cette perspective. La présence du protagoniste à cette cérémonie mystérieuse scelle en effet le dénouement du « petit roman » (celui de la quête satanique de Durtal), et apporte une contrepartie à la conclusion du « grand roman » (celui de la réhabilitation finale de Gilles de Rais). Durtal arrive à ses fins par l’intermédiaire de sa maîtresse, une dénommée Hyacinthe Chantelouve qui, familière de ces milieux satanistes, finit par l’introduire à l’une de ces messes sacrilèges. Ce personnage inquiétant est calqué pour une part sur l’hétaïre Henriette Maillat, qui entretint une relation tant physique qu’épistolière avec Huysmans8, et pour une autre part sur la demi-mondaine Berthe (de) Courrière, dont nous reparlerons ci-après9. Huysmans place en outre sa cérémonie dans un cadre géographique bien réel : la rue Olivier-de-Serres, en plein xve arrondissement de Paris. La description qu’il donne de ce lieu correspond d’ailleurs fort bien à l’atmosphère qui nous en a été transmise par quelques descriptions et clichés contemporains :

Des maisons basses et mortes bordaient une chaussée aux pavés tumultueux et sans trottoirs ; en se retournant, quand le cocher partit, il [Durtal] se trouva devant un long et haut mur, au-dessus duquel bruissaient, dans l’ombre, des feuilles d’arbres. Une petite porte, trouée d’un guichet, s’enfonçait dans l’épaisseur de ce mur sombre, chiné de traits blancs par des raies de plâtres qui hourdaient ses fissures et bouchaient ses brèches10.

4Après avoir franchi un premier seuil, parcouru un jardin, traversé le vestibule d’une bâtisse, puis une cour donnant sur une ancienne maison, les deux protagonistes atteignent finalement une vieille chapelle, « au plafond bas, traversé par des poutres peinturlurées au goudron, aux fenêtres cachées sous de gros rideaux, aux murs lézardés et déteints » ; Chantelouve prétend qu’il s’agit des restes d’un ancien couvent d’Ursulines (p. 623). S’il n’y en eut jamais dans ce coin de Paris, la rue Olivier-de-Serres fut toutefois longtemps longée par un « chemin de la Chapelle », tandis que de nombreux collèges et séminaires fleurissaient bel et bien sur la rue voisine de Vaugirard. La maison de campagne du séminaire des Trente-trois possédait d’ailleurs un petit pavillon, justement situé en bordure de la rue Olivier-de-Serres, et qui était surnommé au xixe siècle la « Maison du diable11 ». Huysmans, qui habita un temps au numéro 114 de ladite rue de Vaugirard, connaissait sans doute cette particularité locale12. Outre une volonté de rendre encore plus manifeste le caractère sacrilège de la « messe noire », ce détail expliquerait également pourquoi l’auteur choisit de placer celle-ci dans un lieu aussi précis.

5Pour en revenir au déroulement de la cérémonie, Dominique Millet-Gérard a magistralement démontré qu’il s’agit dans Là-bas d’une parodie par « inversion carnavalesque » de l’office de la Pentecôte, et au cours de laquelle « l’Esprit de luxure » se substitue à « l’Esprit-saint13 ». Des oraisons blasphématoires à la gestuelle de l’officiant, presque tous les éléments qui rythment la messe diabolique trouvent en effet leur équivalent dans la liturgie eucharistique ; nous verrons que cela peut s’expliquer, en partie, par la nature des sources vraisemblablement utilisées par Huysmans. Notons encore que sa « messe noire » est prononcée par un chanoine nommé Docre, personnage inspiré par l’abbé belge Lodewijk Van Haecke (1829-1912). Influencé par les témoignages concordants du poète Édouard Dubus et de Berthe (de) Courrière, qui l’avaient tous deux rencontré, l’écrivain soutint en effet jusqu’à sa mort que ce tranquille chapelain de la basilique du Saint-Sang de Bruges n’était, en réalité, qu’un dangereux prêtre dévolu à Satan14. Quant aux fidèles présents dans cette chapelle, à savoir « très peu d’hommes et beaucoup de femmes » (p. 368), Huysmans leur alloue les réactions et les traits des « grands hystériques » décrits, quelques années plus tôt, par les aliénistes Jean-Martin Charcot et Paul Richer, en particulier dans un ouvrage intitulé Les Démoniaques dans l’art (1887). Leur article sur « Les possédés de Rubens », par exemple, fut certainement parcouru par le romancier et critique d’art qui, dans Certains (1889), s’extasiait alors sur les séries de gravures des « Sataniques » et des « Diaboliques » réalisées par l’artiste Félicien Rops15. L’une d’entre elles, « L’Enlèvement », qui représente une sorcière en partance pour le sabbat, offrit d’ailleurs l’occasion à Huysmans de s’intéresser à cette cérémonie orgiaque, bien plus qu’il ne l’avait déjà fait dans À rebours (1884)16. Le lien est patent, car c’est en effet « l’odeur du sabbat » qui finit par vicier l’air du « cabanon exaspéré d’hospice » de la rue Olivier-de-Serres, devenu « une monstrueuse étuve de prostituées et de folles » (p. 379). Durtal, entraînant Chantelouve, s’en échappe finalement en laissant derrière lui « dans la fumée, ainsi qu’au travers d’un brouillard, les cornes rouges de Docre qui, maintenant assis, écumait de rage, mâchait des pains azymes, les recrachait, se torchait avec, en distribuait aux femmes » (p. 379). Saisissante, cette scène de la « messe noire » ne cessa dès lors de questionner ses lecteurs sur son éventuelle authenticité.

Les sources de la « messe noire »

6Au moment d’annoncer la publication de Là-bas dans ses colonnes, la rédaction de L’Écho de Paris affirmait à ses lecteurs que « si étranges que puissent sembler ces récits, M. Huysmans en garantit l’absolue véracité17 ». Au-delà de la réclame publicitaire, la question des sources de cette « étude sur le satanisme » se pose en effet, d’autant plus qu’il n’existait alors que peu d’occurrences littéraires d’un rituel semblable à celui de la « messe noire ». Certes, le romancier Gilbert Augustin-Thierry, qui selon Anatole France « doit être compté au premier rang parmi les esprits doués du sens des choses étranges et mystérieuses18 », avait déjà mis en scène une messe funeste, mêlant reliques étranges et pratiques bibliomantiques, dans L’Aventure d’une Âme en peine (1875)19. De son côté, l’écrivain Paul Adam, « métaphysicien idéaliste » d’après Bernard Lazare20, avait décrit un extraordinaire sabbat dans Être (1888)21. Si Huysmans lut peut-être ces ouvrages, il n’y fait nulle allusion ; il nous a par conséquent semblé judicieux de retracer ici brièvement la genèse de son attrait pour les sujets occultes.

7Huysmans s’intéressa à l’ésotérisme dès l’automne 1887, ainsi que l’attestent plusieurs lettres respectivement envoyées à Émile Zola22, à l’homme de lettres Arij Prins23, ainsi qu’à l’avocat Jules Destrée24. L’écrivain réfléchit alors à un ouvrage dont l’intrigue se situerait sur « la lisière du monde clérical », et qui mettrait en scène des naundorfiens, (à savoir les partisans du prétendant au trône de France Karl-Wilhelm Naundorff), mais aussi des occultistes. Il rencontra vraisemblablement les premiers lors de réceptions organisées par le romancier catholique Charles Buet, lequel fut d’ailleurs dépeint sous les traits de Monsieur Chantelouve dans Là-bas25. Quant aux seconds, il les aurait croisés avec son ami Auguste de Villiers de l’Isle-Adam à la Librairie de l’Art indépendant, dirigée par l’éditeur symboliste Edmond Bailly26. Parmi ces derniers, Huysmans s’attacha tout particulièrement au médecin Michel de Lézinier, qui fut un temps l’un de ses principaux informateurs sur le petit milieu occultiste parisien27. Un autre facilitateur fut Remy de Gourmont qui, en tant qu’employé à la Bibliothèque nationale, avait été chargé par Huysmans de recherches bibliographiques sur le diabolisme « du xve siècle au nôtre28 ». Quant à sa compagne Berthe (de) Courrière, déjà évoquée, elle n’aurait pas été « sans faire quelques tentatives » pour incliner l’écrivain au satanisme ou, du moins, à le sensibiliser à ses potentialités littéraires. Mais la collaboration de cette dernière à l’écriture de Là-bas se résuma surtout à « de démarches près de certains occultistes et, document important, de confidences touchant un très curieux mauvais prêtre qu’elle avait connu29 » (à savoir le fameux Van Haecke). Il manquait cependant à Huysmans un guide dans ce labyrinthe, comme il l’explique lui-même dans une lettre à son ami Prins :

Je suis plongé dans des courses, à la recherche d’un prêtre démoniaque et sodomite qui dit la messe noire. J’en ai besoin pour mon livre. J’ai dû pénétrer dans le monde des occultistes pour tout cela – quels jobards et quels fripons30 !

8Après quelques tentatives infructueuses, il arriva finalement à dénicher cet oiseau rare en la personne de Joseph-Antoine Boullan (1824-1893).

9Condamné à trois ans de prison pour escroquerie et outrage public à la pudeur (1861), interdit par Rome à cause de ses tendances hérétiques (1875), Boullan résidait alors à Lyon et s’était autoproclamé successeur du « prophète » Eugène Vintras, tout en s’imposant à la tête d’une secte appelée l’« Œuvre de la Miséricorde31 ». Huysmans, méconnaissant le passé de ce sulfureux personnage mais confiant dans sa réputation d’exorciste, avait obtenu son adresse par l’entremise de l’occultiste Stanislas de Guaita32. Boullan avait en effet été proche, un temps, des milieux ésotériques de la capitale, et avait même signé quelques articles dans La Lumière et dans la Revue des Hautes Études du nom de « Docteur Johannès » (pour les disciples de Vintras, ce nom désignait celui qui avait reçu la mission de prêcher l’avènement du Paraclet)33. Ce détail explique d’ailleurs pourquoi nous retrouvons un tel sobriquet attribué à un autre personnage important de Là-bas, rendant ainsi tout à fait transparente son identité réelle. Mais si Huysmans se décida enfin à écrire à Boullan (le 6 février 1890), c’est parce qu’il s’était décidé à mettre la main sur des « informations authentiques » au sujet de la « messe noire ». Il explique ainsi d’emblée à l’ancien abbé :

Je prépare un livre dans lequel je veux faire en opposition au matérialisme abject de ce temps, une étude sur le satanisme moderne, montrer que depuis Gilles de Rais, le Moyen Âge, en passant par l’abbé Guibourt [sic.] qui disait de si exquises messes noires sur le ventre nu de la Montespan, le satanisme s’est perpétué, qu’un type grandiose du Mal peut exister encore34.

10Il insiste tout particulièrement sur ce point dans une troisième missive (datée du 12 février 1890), exposant ce qu’il sait déjà et confiant que, selon lui, cette cérémonie se célèbre encore à l’heure actuelle35. Ses espérances envers les connaissances de Boullan s’avèrent largement comblées, ainsi qu’il le rapporte à Prins :

Je travaille énormément. La moitié du roman est fait. J’espère être prêt pour la fin de l’année. Mais quel labeur, mon ami ! je ne crois pas que jamais romancier ait soulevé un tel amas de documents plus bizarres. Mon prêtre [Boullan] continue à m’en envoyer avec un dévouement qui me stupéfie ; et d’autre part, la bibliothèque nationale est fouillée pour moi, avec rage36.

11Les quelques lettres encore accessibles de la correspondance entre Boullan et Huysmans nous renseignent en effet sur le rôle primordial du premier dans la maturation et l’écriture de Là-bas. Le 4 septembre 1890, le prêtre communique à l’écrivain ce qu’il sait, et l’engage en ces termes :

La messe noire est, et doit être, en effet, le chapitre capital de votre livre. Tout doit y être de la plus absolue exactitude. C’est là du reste où est la base la plus redoutable du satanisme. […]. Avec votre style, et votre mise en art, vous pouvez faire un chapitre qui rappelle celui de Lucain dans la Pharsale37.

12Réellement appâté par les documents promis par son correspondant, Huysmans décide de se rendre à Lyon, du 2 au 11 octobre 1890 ; il espère y découvrir des « choses étranges », et voir « des messes spéciales38 ». C’est finalement là-bas qu’il rédige les trois derniers chapitres de son livre, dont celui sur la « messe noire39 ». Si le détail de ce séjour n’est pas connu, l’auteur revint de son périple « fort troublé », et affirma à Prins avoir « eu en mains […] les plus surprenantes archives sur le satanisme, sur les opérations démoniaques effectuées par des prêtres sacrilèges40 ».

13Ces documents étaient sans nul doute ceux qui constituaient les archives de l’« Œuvre de la Miséricorde », patiemment rassemblées par Vintras, puis par Boullan. Ces papiers sur les prodiges, la magie noire, et le satanisme au xixe siècle étaient rangés en trois classes (selon leur importance), et conservées dans le carmel lyonnais de la secte. Boullan les avait déjà mises à contribution pour quelques articles publiés dans les Annales de la Sainteté au xixe siècle (1870-1875), une revue de mystique dont il assuma la direction à partir de janvier 187241. D’autres passages en furent encore rendus publics quelques années plus tard, grâce à la vaste enquête du journaliste Jules Bois sur Le Satanisme et la magie (1895) ; Bois se servit alors de papiers provenant de ces fameuses archives, et mis à sa disposition par Huysmans lui-même42. Ces documents firent malheureusement sans doute partie de ceux que l’écrivain ordonna de brûler à la fin de sa vie ; nous n’en avons, en tous cas, pas retrouvé la trace. S’il n’est donc pas possible de les étudier, il est, en revanche, possible de rester critique sur leur authenticité, surtout au sujet de ladite « messe noire ». Boullan était en effet le possesseur de rituels réparateurs et participatoires originellement rédigés par Vintras, et relatifs à une théo-philosophie assez particulière (qu’il n’est pas nécessaire de résumer ici). Le « Sacrifice provictimal de Marie » (imprimé en 1877), par exemple, consistait en une parodie de messe en l’honneur de la sainte Vierge (prononcée en français, comme dans le cas de la « messe noire43 »). Pressé par Huysmans, Boullan s’inspira peut-être de ces rituels pour imaginer les détails de la cérémonie diabolique, qui partage elle aussi, rappelons-le, des affinités avec l’office catholique. Dans ses premières lettres, le romancier fournit en outre de lui-même certaines sources, et pose des questions très précises à partir desquelles l’hérésiarque pouvait aisément élaborer une supercherie du goût de son interlocuteur. Si cette possibilité ne pourra sans doute jamais être confirmée ni infirmée, elle coïncide en tous cas avec la duplicité généralement reprochée à Boullan, ainsi qu’à la crédulité souvent pardonnée à Huysmans.

La réalité de la « messe noire »

14Un autre argument joue encore en faveur de cette théorie : la réalité historique de la « messe noire ». Nul témoignage sérieux n’atteste en effet qu’une telle cérémonie se soit déroulée en France dans les années précédant la publication de Là-bas, et ce, quoi qu’en dise Huysmans dans sa préface à Le Satanisme et la magie44. À la question « Huysmans a-t-il assisté à une messe noire ? », les réponses ont d’ailleurs été souvent contradictoires. Oui, s’il faut accorder une once d’autobiographie à la confession prononcée par Durtal dans En route (1895)45, ou croire les témoignages tardifs de certains de ses anciens amis, tels que l’académicien Léon Hennique46 ou le baron Firmin Van den Bosch47. Non, selon l’abbé Arthur Mugnier, lequel amena Huysmans à la foi48, ou Remy de Gourmont, qui assure dans ses Promenades littéraires (1909) que la « messe noire » était « purement imaginaire49 ». Ce qui est en revanche certain, c’est que hormis le petit monde occultiste qui lui reprochait des erreurs et des imprécisions50, l’auteur de Là-bas fut dès lors considéré comme une autorité dans le domaine du satanisme. Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter sa correspondance, patiemment rassemblée par le libraire Pierre Lambert et aujourd’hui conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal. Des inconnus écrivent ainsi à Huysmans pour lui demander « quand il y a à Paris des séances sataniques », ou le prier de leur « procurer l’occasion d’assister à une messe noire51 ». Le poète néo-gnostique Léonce Fabre des Essarts fait même appel à son « profond savoir en matière satanique » en vue de la rédaction d’un article, lequel se transforma finalement en une petite brochure intitulée Sadisme, Satanisme et Gnose (1906)52.

15La publication de Là-bas déclencha en outre une véritable mode. Entre 1891 et 1899, les premières pages des grands quotidiens titrent ainsi régulièrement sur le satanisme ou sur la « messe noire », que ce soit Le Petit Parisien (6 mai 1881), L’Univers illustré (16 mai 1891), L’Express du Midi (7 avril 1893), ou encore Le Matin (27 mai 1899). Si la plupart des journalistes restent dubitatifs sur sa réalité, certains racontent en revanche y avoir assisté ; leur récit ressemble toutefois beaucoup au scénario de Là-bas, et le nom de Huysmans apparaît d’ailleurs systématiquement dans les articles qui touchent à ce sujet53. Au cabaret du Chat noir, le dramaturge Maurice Donnay consacre de son côté un tableau entier de son spectacle-revue de l’année 1891 à une « messe noire », où le public retrouve « le chanoine Docre, horrible, grimaçant, [et qui] préside à des scènes orgiaques54 ». Quelques pages du Journal des Goncourt nous apprennent que les habitués du grenier d’Auteuil échangeaient eux aussi, en mars 1891, sur Huysmans, sur Boullan, et sur ladite cérémonie55. Quant aux poètes Paul Verlaine et Eugène Longuet, ils discutent tous deux de Là-bas et de la mise en scène de son rituel diabolique lorsqu’ils se rencontrent, au hasard d’un soir, dans un café du boulevard Saint-Michel56. Bref, la fortune du dix-neuvième chapitre de ce roman, des poèmes de Catulle Mendès57 aux romans de René Schwaeblé58, mériterait une communication particulière. La littérature secondaire consacrée à la « messe noire » constitue également une bibliothèque à part entière, qu’il s’agisse, rien que dans le premier quart du xxe siècle, des diverses publications sur le « luciférisme », le « palladisme », ou les monographies de l’historien Gabriel Legué59, des docteurs Caufeynon & Jaf (pseudonymes de Jean Fauconney)60, ou des occultistes Joanny Bricaud61 et Jean Lignières (pseudonyme d’Henri-Louis Meslin)62. Des cérémonies réelles, calquées sur le modèle huysmansien, furent vraisemblablement organisées depuis, en particulier dans les milieux liés à l’Église de Satan créée par Anton Szandor LaVey (pseudonyme de Howard Stanton Levey). Presque cent-cinquante ans plus tard, Là-bas continue toujours à être cité pour sa description de la « messe noire », véritable modèle du genre63.

16Huysmans ne revint cependant jamais plus sur ce rituel satanique dans la suite de son œuvre romanesque. Seul un court article sur la ville de Bruges, publié en première page de L’Écho de Paris (1er février 1899), y fait encore allusion. Dans un hommage à Georges Rodenbach, l’auteur de Bruges-la-Morte (1892), l’écrivain prétend que « comme à Lyon, où toutes les hérésies survivent, le satanisme fleurit à Bruges ; la flore des sorcières pousse sur certaine petite place, et il est telle maison verrouillée, badigeonnée de jaune ainsi que les édifices scélérés du moyen âge, où les messes noires se célèbrent dans des réunions sacrilèges de jeunes gens64 ». Curieusement, ce passage ne fut pas réimprimé dans la version de l’article qui figure dans De tout (1902) ; s’agit-il d’une autocensure pour raisons juridiques (et la crainte d’une plainte pour diffamation de la part de l’abbé Van Haecke), ou pour des raisons personnelles (l’écrivain catholique ayant abandonné l’idée de trouver dans l’occultisme un remède au matérialisme) ? Quoi qu’il en soit, les coulisses de la « messe noire » décrite dans Là-bas témoignent bel et bien d’un moment privilégié pour l’étude des liens entre ésotérisme et littérature en général, et entre occultistes et romanciers en particulier.

Notes

1 Massimo Introvigne, Enquête sur le satanisme, Satanistes et antisatanistes du xviie siècle à nos jours, traduit de l’italien par Philippe Baillet, Paris, Dervy, 1997, p. 135.

2 Nous citons dans cet article le texte et la pagination de l’édition critique établie par Jean-Marie Seillan, avec la collaboration d’Alice de Georges : Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV : « 1888-1891 », Paris, Classiques Garnier, 2019, désormais abrégé « Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV ».

3 Voir Alice de Georges, Poétique du naturalisme spiritualiste dans l’œuvre romanesque de Joris-Karl Huysmans, Paris, Hermann, 2022.

4 Voir par exemple la « Clef du livre » due à l’écrivain Gustave Boucher (1863-1932), et aujourd’hui conservée à Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 15150 (xixe-xxe siècles). Éditée dans Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV, op. cit., p. 1089-1093.

5 Détails rapportés notamment par Jean-Louis Cara, Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille, t. I, Londres / Paris, Buisson, 1789, p. 136-139.

6 Huysmans se servit pour son roman de la thèse d’Eugène Bossard, Gilles de Rais, Maréchal de France dit Barbe-Bleue (1404-1440), d’après les documents inédits réunis par M. René de Maulde, Paris, Honoré Champion, 1886 (2e éd. aug., éd. or. 1885). Il paraît s’être premièrement intéressé à ce personnage par les similitudes de caractère qu’il décelait entre Gilles de Rais et des Esseintes, le héros de À rebours (1884). Voir Robert Baldick, La Vie de J. K. Huysmans, traduit de l’anglais par Marcel Thomas, Paris, Denoël, 1958 (éd. or. 1955), p. 177.

7 Voir Emmanuel Kreis, Quis ut Deus ? Antijudéo-maçonnisme et occultisme en France sous la IIIe République, t. I-II, Paris, Les Belles Lettres, 2017.

8 Jean-Marie Seillan (éd.), Correspondance de J.-K. Huysmans avec Henriette Maillat, Tusson, Du Lérot, 2016.

9 André du Fresnois, Une étape de la conversion de Huysmans, d’après des lettres inédites à Mme de C…, avec un portrait de J.-K. Huysmans, Paris, Dorbon-Aîné, 1912.

10 Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV, op. cit., p. 622. Voir par exemple une photographie anonyme conservée à Paris, Musée Carnavalet, inventaire PH58453 (deuxième moitié du xixe siècle).

11 Jean Rebufat, Histoire de la paroisse Saint-Lambert de Vaugirard, lettre d’introduction de S. E. le Cardinal Verdier, illustrations de M. J. des Lauriers et reproductions d’anciens plans, Paris, Chez l’Auteur, 1930, p. 125-128. L’auteur explique : « [Ce pavillon] devait cette bizarre appellation à un fait amusant : le propriétaire autorisait volontiers certains ecclésiastiques, anciens élèves du séminaire, à se promener dans les jardins : ils se divertissaient en déclament dans ce pavillon des sermons qu’ils avaient appris à prononcer au temps de leur jeunesse, et les voisins, intrigués par ces éclats de voix, s’imaginaient que des esprits venaient en ce lieu solitaire et y faisaient tapage ! »

12 Maffeo-Charles Poinsot & Gabriel-Ursin Langé, Les Logis de Huysmans, Paris, La Maison française d’art et d’édition, 1919, p. 31.

13 Dominique Millet-Gérard, « La messe noire de Huysmans, Une réécriture démoniaque de l’office de la Pentecôte », dans Le Tigre et le Chat gris, Vingt études sur Léon Bloy et Joris-Karl Huysmans, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 253-262.

14 Voir Robert Baldick, La Vie de J. K. Huysmans, op. cit., p. 184. Consulter également l’enquête de Jan Landuydt, « Docre ». L’abbé van Haecke remodelé par Huysmans : le chanoine Docre de Là-bas, Malines, En régie, 2012.

15 Joris-Karl Huysmans, Certains, Paris, Tresse & Stock, 1889, p. 97-118. Dans sa première lettre adressée à Boullan, Huysmans assure vouloir « confondre en même temps les Charcot et les Richer qui me semblent expliquer bien aisément les mystères, avec leurs expériences de la Salpêtrière » ; Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 104 (xixe siècle). Reproduite dans Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV, op. cit., p. 1082-1083, ici p. 1082 (lettre datée du 6 février 1890).

16 Joris-Karl Huysmans, À rebours, Paris, G. Charpentier et Cie, 1884, p. 109-110, et p. 212-213.

17 L’Écho de Paris, 2463 (dimanche 15 février 1891), p. 1.

18 Anatole France, La Vie littéraire, t. I, Paris, Calmann-Lévy, 1888, p. 124.

19 Gilbert Augustin-Thierry, L’Aventure d’une Ame en peine, Paris, Didier & Cie, 1875, p. 94-107.

20 Bernard Lazare, Figures contemporaines, Ceux d’aujourd’hui, ceux de demain, Paris, Didier/Perrin et Cie, 1895, p. 161.

21 Paul Adam, Être, Paris, La Librairie illustrée, 1888, p. 244-257.

22 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Émile Zola, publiées et annotées par Pierre Lambert, avec une introduction de Pierre Cogny, Genève, Droz, 1953, p. 131-132 (lettre datée du 31 octobre 1887). Texte reproduit dans le catalogue d’exposition de la BnF intitulé Joris-Karl Huysmans, Du naturalisme au satanisme et à Dieu (1979), p. 67, no 196.

23 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Arij Prins (1885-1907), publiées et annotées par Louis Gillet, Genève, Droz, 1977, p. 99 (lettre datée du 11 novembre 1887). Une missive semblable (datée du 12 novembre 1887) fut apparemment encore adressée au romancier Édouard Dujardin ; Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Émile Zola, op. cit., p. 133, n. 3.

24 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Jules Destrée, avant-propos d’Albert Guislain, introduction et notes de Gustave Vanwelkenhuyzen, Genève, Droz, 1967, p. 119-120 (lettre datée du 30 novembre 1887).

25 Voir René-Pierre Colin, « Les salons et les “jours” en régime naturaliste », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, 19 (2012), p. 31-44, ici p. 37-39.

26 Voir Victor-Émile Michelet, Les Compagnons de la hiérophanie, Souvenirs du mouvement hermétiste à la fin du xixe siècle, Paris, Dorbon-Ainé, 1937, p. 65-78. Huysmans accorda d’ailleurs la primeur de cinq pages encore inédites d’En route (1895) aux lecteurs de La Haute Science, Revue documentaire de la Tradition Ésotérique et du Symbolisme Religieux, qui était publiée par cette librairie ; La Haute Science, 2 (1894), p. 2-6.

27 Michel de Lézinier, Avec Huysmans, Promenades et souvenirs, Paris, André Delpeuch, 1928, p. 148-194. Voir notre article sur ce personnage, à paraître dans Studi Francesi.

28 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Arij Prins, op. cit., p. 194 (lettre datée du 15 juin 1890).

29 Remy de Gourmont, Promenades Littéraires, t. III, Paris, Mercure de France, 1909, p. 15.

30 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Arij Prins, op. cit., p. 182 (lettre datée du 6 février 1890).

31 Voir Maurice Garçon, Vintras hérésiarque et prophète, Paris, Émile Nourry, 1928.

32 Voir Bruno Fouquet, « Huysmans et Stanislas de Guaita », Bulletin de la Société J.-K. Huysmans, 96 (2003), p. 85-93. Guaita s’attacha par la suite à dénoncer les frasques de Boullan dans un chapitre de son ouvrage intitulé Le Temple de Satan (1891).

33 Voir Marcel Thomas, « De l’Abbé Boullan au “Docteur Johannès” », Les Cahiers de la Tour Saint Jacques, VIII (1963), p. 138-161, ici p. 144-145. Un dossier sur la collaboration de Boullan à la Revue des Hautes Études se trouve à Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 104 (xixe siècle).

34 Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 104 (xixe siècle). Éditée dans Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV, op. cit., p. 1082-1083, ici p. 1082.

35 Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 104 (xixe siècle). Éditée dans Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV, op. cit., p. 1086-1088, ici p. 1088.

36 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Arij Prins, op. cit., p. 192 (lettre datée du 17 mai 1890).

37 Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 104 (xixe siècle). Passage édité dans Joris-Karl Huysmans, Œuvres complètes, t. IV, op. cit., p. 1051. La référence est bien évidemment Lucain, La Pharsale, VI.

38 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Arij Prins, op. cit., p. 201 (lettre datée du 21 septembre 1890).

39 Pierre Cogny, « Quinze lettres inédites de J.-K. Huysmans au docteur Roger Dumas », Bulletin de la Société J.-K. Huysmans, 67 (1977), p. 1-27, ici p. 7.

40 Joris-Karl Huysmans, Lettres inédites à Arij Prins, op. cit., p. 205-206 (lettre datée du 3 novembre 1890).

41 « Les périls des sociétés secrètes, et le moyen donné par le ciel pour les combattre », Annales de la Sainteté au xixe siècle, 39 (avril 1873), p. 307-310 ; « Un coup d’œil sur une étude importante de la science sacrée », Annales de la Sainteté au xixe siècle, 61 (janvier 1875), p. 68-72.

42 Jules Bois, Le Satanisme et la Magie, avec une étude de J.-K. Huysmans, illustrations de Henry de Malvost, Paris, Léon Chailley, 1895, p. 231, et p. 233.

43 Joseph-Antoine Boullan, « Sacrifice provictimal de Marie », document publié et présenté par Robert Amadou, Les Cahiers de la Tour Saint Jacques, VIII (1963), p. 316-338. Sur la célébration de cette messe, consulter le témoignage de Jules Bois, Les Petites Religions de Paris, Paris, Léon Chailley, 1894, p. 119-131, ici p. 122-123.

44 Joris-Karl Huysmans, « Préface », dans Jules Bois, Le Satanisme et la Magie, op. cit., p. VII-XXVII.

45 Joris-Karl Huysmans, En route, Paris, Tresse & Stock, 1895, p. 284.

46 Frédéric Lefèvre, « Une heure avec M. Léon Hennique », Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 9-395 (10 mai 1930), p. 1-2, ici p. 2.

47 Herman Bossier, Un personnage de roman, Le chanoine Docre de Là-bas de J.-K. Huysmans, Bruxelles / Paris, Les Écrits, 1942, p. 71.

48 Paul-Antoine-Honoré Rolland, Étude psychopathologique sur le mysticisme de J.-K. Huysmans, Nice, L’Éclaireur de Nice, 1930, p. 10.

49 Remy de Gourmont, Promenades Littéraires, op. cit., p. 15.

50 Papus, « Là-bas (par J.-K. Huysmans) », L’Initiation, 11-8 (mai 1891), p. 97-114 ; Quoerens, « Jobards », Le Voile d’Isis, 2-25 (mercredi 6 mai 1891), p. 1-2 ; Papus, « La Messe noire », Le Voile d’Isis, 2-27 (mercredi 20 mai 1891), p. 1-3 ; Georges Vitoux, Les Coulisses de l’Au delà, Paris, Chamuel, 1901, p. 285-297. Trois conférences sur « La messe noire à travers les âges » furent également données par Papus (pseudonyme de Gérard Encausse) au Groupe Indépendant d’Études Ésotériques, en la salle parisienne des Capucines. Joséphin Péladan, nommément critiqué dans Là-bas, rendit la pareille à Huysmans dans Comment on devient mage (Éthique), Paris, Chamuel, 1892, p. 226-230.

51 Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 31 (1) (xixe-xxe siècles) (lettres datées du 22 février (?) 1887, et du 18 mars 1899).

52 Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. Lambert 31 (1) (xixe-xxe siècles) (lettre datée du 7 mars 1902).

53 Voir par exemple S. B., « Une messe noire », Le Matin, 5571 (27 mai 1899), p. 1-2.

54 Maurice Donnay, Ailleurs, Revue représentée au Chat noir, Paris, Paul Ollendorff, 1892, p. 46-48, ici p. 47.

55 Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt, Mémoires de la vie littéraire, t. VIII, Paris, Charpentier, 1895, p. 218-220.

56 Eugène Longuet, « Comment j’ai connu Paul Verlaine », Le Sylphe, Poésies des poètes du Dauphiné, t. V, Voiron, Auguste Mollaret, 1891, p. 131-132.

57 Catulle Mendès, « Le bénitier », dans Poésies, t. I, Paris, Charpentier, 1892, p. 19-20.

58 René Schwaeblé, Chez Satan, Roman de mœurs de satanistes contemporains, avec photographies, Paris, Lucien Bodin, 1902.

59 Gabriel Legué, La Messe noire, Paris, Charpentier & Fasquelle, 1904.

60 Caufeynon & Jaf, Les Messes Noires, Le culte de Satan-Dieu, Paris, Librairie des publications populaires, 1905.

61 Joanny Bricaud, La Messe noire ancienne et moderne, Paris, Librairie générale des sciences occultes / Chacornac Frères, 1924.

62 Jean Lignières, Les Messes noires, La Sexualité dans la Magie, Paris, Librairie Astra, 1928.

63 MIVILUDES, Le Satanisme, Un risque de dérive sectaire, Paris, La Documentation française, 2006, p. 69, et p. 71. En 1975, Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière travaillèrent à une adaptation cinématographique ; le projet ne vit finalement pas le jour, mais le scénario fut publié en 1993.

64 L’Écho de Paris, 16-5364 (1er février 1899), p. 1.

Pour citer ce document

Tom Fischer, « Les coulisses de la messe noire dans Là-Bas (1891) de Joris-Karl Huysmans » dans Littérature et occulture,

Programme de recherche
Coordination scientifique : Frank Greiner, Sylvain Ledda et Catherine Douzou

© Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude », n° 29, 2023

URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/2220.html.

Quelques mots à propos de :  Tom Fischer

École Pratique des Hautes Études-PSL