Littérature et occulture

Programme de recherche
Coordination scientifique : Frank Greiner, Sylvain Ledda et Catherine Douzou

Littérature et occulture

Prologue

Frank Greiner


Texte intégral

1Le 28 juin 2024, la Maison de la Recherche de l’Université de Lille a accueilli une journée d’étude placée sous le signe d’un imaginaire aussi ancien que fascinant : « Romans alchimiques, alchimies du roman ». Cette rencontre scientifique s’est donné pour objectif d’interroger les multiples formes que peut prendre l’inspiration alchimique dans la fiction narrative, depuis les premières œuvres de l’Italien Nazari jusqu’aux mangas japonais en passant par Walter Scott et Victor Hugo.

2L’alchimie, avec ses symboles, ses étapes initiatiques et son langage ésotérique, s’est révélée être bien plus qu’une simple thématique littéraire. Elle a souvent servi de matrice, de modèle de construction ou de métaphore à part entière pour l’écriture romanesque. Le principal enjeu de cette journée aura été de démêler les fils complexes qui relient la quête de la pierre philosophale à celle, parallèle, de la création littéraire, en explorant les échos et résonances entre ces deux formes d’élaboration symbolique du monde.

3Le champ d’exploration ainsi ouvert était vaste, tant par son étendue chronologique – du xvie siècle à nos jours – que par sa diversité géographique, allant de l’Europe occidentale au Japon. Les six communications ici rassemblées témoignent de cette richesse et de cette diversité d’approches.

4J’ai moi-même proposé une réflexion sur l’origine du lien entre art romanesque et alchimie dans certains textes hybrides – ceux de Nazari, Béroalde de Verville et Andreae – où la quête philosophale, pour des raisons multiples, s’entrelace étroitement avec l’aventure initiatique.

5Valérie Wampfler nous a transportés au cœur d’un roman néo-latin méconnu du xviie siècle, dont elle prépare la traduction, La Peruviana de Claude-Barthélémy Morisot, œuvre dans laquelle les étapes du Grand Œuvre sont transposées en une narration allégorique et parfois littérale, riche d’implications politiques.

6Fiona McIntosh-Varjabédian s’est penchée sur un roman de Walter Scott, Kenilworth, où l’alchimie, entre érudition ésotérique et distance critique, devient le vecteur d’une mise en abyme ironique de l’acte d’écriture.

7Tom Fischer a exploré l’imaginaire romantique gravitant autour de la figure mythifiée de Nicolas Flamel, véritable incarnation de la science occulte médiévale selon Victor Hugo.

8Piero Latino a proposé une exploration de l’herméneutique alchimique à travers les lectures ésotériques d’Elémire Zolla, critique et penseur italien du xxe siècle. Proche de René Guénon par sa vision symbolique et spirituelle du monde, Zolla fut lui aussi un fin connaisseur de la tradition hermétique.

9Enfin, Bounthavy Suvilay a illustré la vitalité contemporaine de l’imaginaire alchimique à travers l’analyse du manga Fullmetal Alchemist, où l’univers fictif repose sur une relecture cohérente et érudite de l’hermétisme occidental, visible aussi bien dans les noms que dans les images et les structures narratives.

10Ces six perspectives croisées ouvrent des pistes précieuses pour l’étude du symbolisme alchimique dans les fictions narratives, en interrogeant aussi bien les structures des récits que la nature des personnages, leur dimension mythique, ou encore les analogies entre la figure de l’adepte et celle de l’écrivain.

11Puissent ces travaux contribuer à renouveler l’intérêt pour un imaginaire à la fois ancien et d’une étonnante actualité, et, qui sait, susciter de nouvelles vocations parmi les chercheurs désireux d’explorer ces territoires obscurs et féconds où se rencontrent l’art, la science et le mythe.

Pour citer ce document

Frank Greiner, « Prologue » dans Littérature et occulture,

Programme de recherche
Coordination scientifique : Frank Greiner, Sylvain Ledda et Catherine Douzou

© Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude », n° 29, 2023

URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/2117.html.