Sommaire
Littérature et occulture
Programme de recherche
Coordination scientifique : Frank Greiner, Sylvain Ledda et Catherine Douzou

- Frank Greiner Introduction
- Tom Fischer Pantheum alchemicum, ou quand l’alchimie s’intéresse à la mythologie gréco-romaine
- Piero Latino La littérature française et l’ésotérisme de Dante
- Caroline Legrand L’arithmosophie dans Lorenzaccio : pour une herméneutique du nombre ?
- Frank Greiner À propos d’Umberto Eco et de la sémiosis hermétique
- Agnès Parmentier Quelques caractéristiques d’une herméneutique ésotérique. Le Märchen de J. W. von Goethe lu par Oswald Wirth et Rudolf Steiner
- Sylvain Ledda Présentation
- Laurence Danguy Comment regarder le tarot de Marseille ?
- Frank Greiner Court de Gébelin : du tarot au livre de Thot
- Antony Glinoer Les vies transmédiatiques des Atouts d’Ambre
- Esther Nka Manyol Les arcanes du tarot dans Sépulcre de Kate Mosse
- Stéphane Pouyaud Le crime au miroir du jeu de cartes : parties de cartes et cartomancie chez Agatha Christie
- Martin Hervé Augurer de l’écriture. La voyance littéraire d’après Sophie Létourneau et Anne-Renée Caillé
- Gwenael Beuchet Arcane 17, un essai de cartomancie objective
- Piero Latino Les arcanes majeurs selon Ouspensky, Guaita et le Père Gabriele Amorth
- Frank Greiner Prologue
- Frank Greiner Comment l’alchimie vint au roman. Nazari, Verville, Andreae et la quête philosophale
- Valérie Wampfler La Ruine de Saturne : un épisode de la Peruviana de Claude-Barthélemy Morisot, roman alchimique (1644)
- Fiona McIntosh-Varjabédian Les transmutations romanesques de Walter Scott : l’alchimie entre croyances anciennes et jugements modernes
- Tom Fischer Quel alchimiste pour les écrivains romantiques français ? Le cas Nicolas Flamel
- Piero Latino Littérature et alchimie dans le sillage d’Elémire Zolla
- Bounthavy Suvilay Fullmetal Alchemist : quand le manga s’empare de l’alchimie
Les Maîtres sonneurs de George Sand, roman initiatique ou simple roman champêtre ?
Jean-Michel Mathonière
1Les Maîtres sonneurs appartient aux romans dits « champêtres » de George Sand (1804-1876). Publié en 18531, il évoque la vie des cornemuseux dans le Berry et le Bourbonnais à la fin du xviiie siècle, récit qui sert de toile de fond à des intrigues amoureuses : au travers de trente-deux veillées et de la description d’un voyage entre les deux provinces sont contés les amours de Joseph (Joset), de Huriel et de Brulette, ainsi que de Tiennet et de Thérence. Le héros, Joseph, un jeune Berrichon, décide de quitter son village natal pour suivre les leçons du « grand bûcheux », un sonneur de cornemuse bourbonnais très réputé. George Sand décrit les épreuves qu’il affronte pour devenir cornemuseux ainsi que les rites secrets de la confrérie des maîtres sonneurs. De ce seul point de vue, Les Maîtres sonneurs peut sans conteste être qualifié de roman « initiatique ». Est-ce pour autant un roman qui serait révélateur des traditions initiatiques de cette confrérie oubliée ? Est-ce, plus simplement, un témoignage de l’influence exercée par l’occulte et les rituels ésotériques ou initiatiques sur la littérature ? De quels matériaux s’est servie la romancière pour constituer la toile de fond de son roman ? A-t-elle puisé dans les rites et symboles de la franc-maçonnerie ? A-t-elle puisé dans ce qu’elle connaissait des rites et traditions des compagnons du Tour de France ? Ou encore dans ceux des compagnonnages forestiers alors actifs dans une partie de la région où se déroule le voyage entre Berry et Bourbonnais ?
2L’examen des sources documentaires potentielles est important car non seulement cela permet de faire la part entre réalité et fiction, mais aussi il fournit un éclairage quant à la manière dont les discours se réclamant de l’occulte et de l’ésotérique s’insèrent au sein d’une œuvre littéraire, la nourrissent et enrichissent son signifiant. Il n’est sans doute pas inutile de préciser en préambule qu’en présentant cette brève étude, je fais un « pas de côté ». Spécialiste avant tout de l’histoire des compagnonnages de tailleurs de pierre et non de littérature, je me suis très tôt intéressé à ce roman de George Sand car je suis originaire de cette région frontalière entre Berry et Bourbonnais : je suis Berrichon par ma mère, née non loin de Nohant, et Bourbonnais par mon père, né en bordure de la forêt de Tronçais et ayant ses racines dans les métiers du bois et de la forêt. Le voyage des maîtres sonneurs passe à un jet de pierre du village où, à mi-chemin de ces origines familiales, j’ai grandi, à l’ombre de l’étude au collège de La Mare au diable (1846) et de La Petite Fadette (1848).
Résumé général de l’œuvre
3Je présume que la majorité d’entre vous n’a pas lu ce roman. Aussi en ferais-je tout d’abord un résumé général avant d’en détailler quelques passages. Le récit est raconté par Étienne Depardieu, dit Tiennet, qui se remémore, au fil de plusieurs veillées, sa jeunesse auprès de sa cousine Brulette, de leur ami Joseph, et des Bourbonnais Huriel et Thérence. Joseph, considéré au début comme l’idiot du village, est fasciné par la musique et, grâce à l’amitié et l’enseignement d’un muletier bourbonnais, Huriel, fils d’un grand maître de cet art, il développe un don exceptionnel pour la cornemuse. Sa quête musicale et son talent suscitent rapidement jalousies et tensions. Cette toile de fond met en valeur les intrigues amoureuses entre les cinq protagonistes. D’un point de vue plus général, le roman s’articule autour de l’opposition culturelle entre les Berrichons, attachés à la tradition, et les Bourbonnais, plus vifs et indépendants. Il explore aussi la force de la musique et son influence sur l’âme humaine, les rivalités entre régions, et la difficulté, déjà, de concilier tradition et modernité.
Les épisodes initiatiques
4L’exercice de la communication ne permet bien sûr qu’un inventaire partiel des passages du roman touchant aux aspects occultes et à l’initiation. Le récit des rapports entre Tiennet et la musique débute lors de la troisième veillée. Le jeune Berrichon, se promenant dans la forêt de Saint-Chartier, non loin de Nohant, entendit :
[…] le son d’une musique, qui était approchant celui d’une cornemuse, mais qui menait si grand bruit, qu’on eût dit d’un tonnerre2.
5Il précise :
Cette musique, dans un lieu si peu fréquenté, me parut endiablée. Elle chantait trop fort pour être naturelle, et surtout elle chantait un air si triste et si singulier, que ça ne ressemblait à aucun air connu sur la terre chrétienne3.
6Et il ajoute :
Tandis que la musique braillait d’un côté, une clochette sonnait de l’autre, et ces deux résonnances venaient sur moi, comme pour m’empêcher d’avancer ou de reculer4.
7Comme hypnotisé, il se jette :
De côté en me baissant dans les fougères ; mais, au mouvement qui s’ensuivit, quelque chose fit feu des quatre pieds tout auprès de moi, et je vis un grand animal noir, que je ne pus envisager, bondir, prendre sa course et disparaître. Tout aussitôt, de tous les points de la fougeraie, sautèrent, coururent, trépignèrent une quantité d’animaux pareils, qui me parurent gagner tous vers la clochette et vers la musique, lesquelles s’entendaient alors comme proches l’une de l’autre. Il y avait peut-être bien deux cents de ces bêtes, mais j’en vis au moins trente mille […]5.
8D’emblée, le surnaturel est convoqué et c’est en quelque sorte au sabbat des sorciers, figurés par cette foule des animaux noirs, qu’invite la musique.
9C’est lors de la quatrième veillée que le récit rapporte que Joseph dévoile à Tiennet ses capacités à discerner, dans un air de cornemuse entendu au loin, que ce n’est pas le musicien auquel appartient cet instrument qui est en train d’en jouer. Étonné, Tiennet lui dit :
Comment peux-tu connaître que cette musette-là est celle à Carnat [un cornemuseux local qui sera l’ennemi juré de Joseph] ? Il me semble, à moi, que musette pour musette, ça braille toujours de la même mode. J’entends bien que celle qui sonne là-bas n’est pas soufflée comme il faut, et que l’air est estropié un si peu ; mais ça ne me gêne point, car je n’en saurais pas faire autant. Est-ce que tu crois que tu ferais mieux ?
– Je ne sais pas ! [lui répond Joseph] mais, pour sûr, il y en a qui font mieux que ce cornemuseux-là, et mieux que Carnat, son maître. Il y en a qui sont dans la vérité de la chose.
– Où les as-tu trouvés ? Où sont-ils, ces gens dont tu parles ?
– Je ne sais pas ; mais il y a quelque part une vérité, c’est le tout de la rencontrer, puisqu’on n’a pas le temps et le moyen de la chercher6.
10Là encore, le surnaturel pointe son nez, mais d’une manière beaucoup plus spirituelle que diabolique. La « vérité de la chose » est une belle définition du talent, qui ne s’acquiert pas mais doit se rencontrer. Sur ce, Joseph annonce qu’il veut devenir sonneur, en faire son métier, et invite Tiennet et Brulette à l’écouter jouer :
Ce qu’il flûta ne me le demandez point. Je ne sais si le diable y eût connu quelque chose ; tant qu’à moi, je n’y connus rien, sinon qu’il me parut bien que c’était le même air que j’avais ouï cornemuser dans la fougeraie. […] soit que la musique en fût longue, soit que Joseph y mît du sien, il ne décota de flûter d’un gros quart d’heure, menant ses doigts bien finement, ne désoufflant mie, et tirant si grande sonnerie de son méchant roseau, que dans des moments, on eût dit trois cornemuses jouant ensemble7.
11La sixième veillée fait le récit de la rencontre entre Étienne et Huriel, le muletier, et décrit ce personnage important qui est le fournisseur et l’initiateur de Joseph pour la cornemuse. Il lui vante sa vie d’itinérant, d’homme libre de la forêt :
Nous autres, gens des forêts, nous serions malades s’il fallait nous ensevelir vivants dans des draps et des couvertures. Une hutte de branchage, un lit de fougère, voilà notre mobilier, et même ceux de nous qui voyagent sans cesse et qui ne se soucient pas de payer dans les auberges, ne supportent pas le toit d’une maison sur leurs têtes […]8.
12Dans la septième veillée, lors d’un bal donné à la Saint-Jean d’été près de Nohant, Huriel surgit de la nuit pour jouer de la musette. S’ensuit, après quelques danses, un affrontement avec le cornemuseux local, jaloux, qui prétend que Huriel n’a pas le droit de jouer car :
[…] au pays d’ici, les musiqueux payent un droit au corps des ménétriers pour avoir licence d’exercer, et ils en reçoivent lettres patentes, s’ils en sont agréés après les épreuves9.
13Ce à quoi Huriel rétorque :
Je joue gratis où il me plaît, et cela, nul ne m’en peut empêcher, par la raison que je suis reçu maître sonneur, tandis que vous ne l’êtes peut-être point, vous qui parlez si haut10.
14Là-dessus, les deux protagonistes se disent tout bas quelques mots que personne n’entend, par lesquels ils se font connaître l’un à l’autre qu’ils sont bien membres de la corporation. George Sand ne décrit pas davantage ce rituel, mais nous avons là une reconnaissance secrète par paroles chuchotées semblable à celle des maîtres maçons ou des compagnons du Tour de France lorsqu’ils se rencontrent sur les chemins. L’appartenance à une confrérie et ses coutumes deviennent alors des éléments essentiels du roman.
15Brulette, l’amie de Joseph à qui elle est en quelque sorte promise depuis leur enfance, est alors séduite par la prestance de Huriel. Celui-ci lui réclame la cornemuse de Joseph qu’elle a en garde pour la remettre à ce dernier, dans le Bourbonnais où il réside maintenant. S’ensuit ce dialogue :
[…] voilà un gage qu’on m’a dit de vous montrer, dans le cas où vous douteriez que je suis chargé d’emporter la musette. […] Regardez à mon oreille, dit le muletier, en relevant une peignée de ses cheveux noirs tout crépus, et en nous montrant un tout petit cœur en argent, passé par son anneau à une grande boucle en or fin qui lui traversait l’oreille à la manière des bourgeois de ce temps-là11.
16Notre initiateur affiche ainsi son appartenance à une forme de compagnonnage, car les anneaux d’oreille sont de coutume chez certains groupes sociaux itinérants, tels les soldats, les marins, les muletiers, les gitans ou les compagnons du Devoir. Mais George Sand souligne immédiatement l’ambiguïté de la chose, car déjà « à la mode » chez les bourgeois de son temps. Environ une année passe, durant laquelle Joseph donne peu de nouvelles. Une lettre est finalement adressée à Brulette dont, ne sachant ni lire, ni écrire, elle demande au curé de donner lecture. Il dit qu’en guise de signature, il ne voit que la représentation d’un bout d’oreille avec un anneau et un cœur passé dedans :
C’est, dit-il, quelque signe de compagnonnage. Toute confrérie a ses emblèmes, et personne n’y connaît goutte12.
17Voici donc à nouveau le compagnonnage qui est convoqué…
18Huriel revient en Berry, peu reconnaissable dans son costume de muletier, tant et si bien que devant Brulette méfiante :
Relevant ses rudes cheveux noirs, comme par hasard, mais de manière à montrer que le gage de Brulette était toujours à son oreille : – C’est bien moi, dit-il et non point un autre. Je viens exprès de mon pays pour vous parler d’un ami qui, grâce à Dieu, n’est ni mort ni mourant […]13.
19Le joint d’or sert à nouveau de signe de reconnaissance14.
20La dixième veillée débute par la présentation de Huriel, de passage en Berry, à l’oncle de Brulette :
Je m’appelle Jean Huriel, muletier de mon état, fils de Sébastien Huriel, qui est dit Bastien le grand bûcheux, maître sonneur très-renommé, et ouvrier très-estimé dans les bois du Bourbonnais. Voilà mes noms et qualités, dont je peux faire preuve et honneur. Je sais que pour gagner plus de confiance, j’aurais dû me présenter à vous comme j’ai le moyen de paraître ; mais ceux de mon état ont une coutume…
21Il s’agit formellement d’une présentation « en règle », comme l’on dit toujours chez les compagnons du Devoir où l’arrivant doit décliner son identité profane et compagnonnique selon un protocole précis afin de faire valoir son nom compagnonnique avec honneur15. Huriel apprend à Brulette que Joseph est malade car il est amoureux d’elle. Il lui rapporte quelles sont ses relations avec lui depuis qu’ils se connaissent, et lui apprend pourquoi Joseph est parti apprendre le métier de sonneur en Bourbonnais lors de la Saint-Jean d’été précédente :
Il m’a dit […] qu’il ne serait pas souffert par les autres sonneurs. D’ailleurs, je lui devais la vérité, puisqu’il me donnait sa confiance quasiment à la première vue. La musique est une herbe sauvage qui ne pousse pas dans vos terres. Elle se plaît mieux dans nos bruyères, je ne saurais vous-dire pourquoi ; mais c’est dans nos bois et dans nos ravines qu’elle s’entretient et se renouvelle comme les fleurs de chaque printemps ; c’est là qu’elle s’invente et fait foisonner des idées pour les pays qui en manquent ; c’est de là que vous viennent les meilleures choses que vous entendez dire à vos sonneux ; mais comme ils sont paresseux ou avares, et que vous vous contentez toujours du même régal, ils viennent chez nous une fois en leur vie, et se nourrissent là-dessus tout le restant. À cette heure même, ils font des élèves qui rabâchent nos vieux airs en les corrompant, et qui se croient dispensés de venir consulter nos anciens. Donc un jeune homme bien intentionné comme toi, disais-je à votre Joset [Joseph], qui s’en irait boire à la source, s’en reviendrait si frais et gras nourri que personne ne pourrait se soutenir contre lui.
C’est pourquoi Joset fit accord de partir à la Saint-Jean ensuivante, et de s’en aller en Bourbonnais, ou il trouverait, à la fois, de l’ouvrage pour vivre dans nos bois et des leçons du meilleur maître. Car il faut vous dire que les plus fameux inventeurs sont dans le haut Bourbonnais, vers les bois de pins, du côté où la Sioule descend emmi les monts-dômes, et que mon père, natif du bourg nommé Huriel, d’où il a pris son nom, a passé sa vie dans les meilleurs endroits et se tient toujours en bonne haleine et provision de belle science. C’est un homme qui n’aime pas à travailler deux ans de suite au même pays, et plus il avance en âge, plus il est vif et changeant. Il était en la forêt de Tronçay l’an dernier ; il a été ensuite en celle de l’Épinasse, et il est, à cette heure, en celle de l’Alleu, où Joset, toujours fendant, bûchant et cornemusant avec lui, l’a suivi fidèlement, l’aimant comme s’il était son fils et se louant d’en être pareillement aimé16.
22Nous avons là à nouveau une allusion à ces familles de substitution que sont les compagnonnages de métier, en l’occurrence celui des fendeurs qui vivent dans les forêts17. Ces « bons cousins fendeurs », tel qu’ils se nomment eux-mêmes dans leurs rituels initiatiques, existaient encore dans certaines contrées forestières, notamment la Franche-Comté et aussi le Bourbonnais. Leur métier était de fendre le bois afin d’en tirer la matière première des douelles de tonneau ou encore les lattes et le bois utilisé à la fabrication des caisses. Ils exerçaient aussi en amont de cette activité le métier de bûcheron et de scieurs de long, fournissant les pièces de bois nécessaires aux charpentiers. De fait, ils étaient également en relation avec un autre compagnonnage forestier, celui des « Bons Cousins charbonniers » dont l’évolution politique de certaines de leurs associations avait produit le carbonarisme des années 1820.
23Huriel, Brulette et Tiennet prennent alors le chemin du Bourbonnais pour revoir Joseph (voir la carte de ce trajet, devenu un chemin touristique de randonnée). Ils le retrouvent dans un village de loges de forestiers. Le fait notable de leur séjour est une rixe qui les oppose à des muletiers bourbonnais et durant laquelle Huriel en vient à tuer un homme. Mais ce dernier étant le responsable de la bagarre, le drame est étouffé par la confrérie des muletiers.
24Vient le moment de rentrer au pays, accompagnés de leurs nouveaux amis. Arrivés à Sainte-Sévère, qui n’est plus bien loin de Nohant, « le grand bûcheux », le père d’Huriel dit à Joseph qui veut le quitter, à la fin de dix-septième veillée :
[…] tu trouveras ailleurs l’instruction qu’il te faut pour sonner la musette ou la vielle. Si tu veux revenir à moi, je t’y aiderai ; si tu crois trouver du nouveau dans le pays d’en sus, il faut y aller. Tout ce que j’aurais souhaité, c’est de te mener tout doucement, jusqu’au temps où ton souffle saura se donner sans effort, et où tes doigts ne se tromperont plus ; car pour l’idée, ça ne se donne point, et tu as la tienne, que je sais être de bonne qualité. Je ne t’ai pas épargné la provision que j’ai dans la tête, et ce que tu auras retenu, tu t’en serviras s’il te plaît ; mais, comme ton vouloir est de composer, tu ne peux mieux faire que de voyager un jour ou l’autre, pour tirer la comparaison de ton fonds avec celui d’autrui. Il te faut donc monter jusqu’à l’Auvergne et au Forez, afin de voir, de l’autre côté de nos vallons, comme le monde est grand et beau, et comme le cœur s’élargit quand, du haut d’une vraie montagne, on regarde rouler des eaux vives qui couvrent la voix des hommes et font verdir des arbres qui ne déverdissent jamais. Ne descends pourtant guère dans les plaines des autres pays. Tu y retrouverais ce que tu aurais laissé dans les tiennes ; car voici le moment de te donner un enseignement que tu ne dois pas oublier. Écoute-le donc bien fidèlement18.
25La dix-huitième veillée débute donc par les enseignements du « grand bûcheux » sur la musique :
La musique à deux modes que les savants, comme j’ai ouï dire, appellent majeur et mineur, et que j’appelle, moi, mode clair et mode trouble ; ou, si tu veux, mode de ciel bleu et mode de ciel gris ; ou encore, mode de la force ou de ta joie, et mode de la tristesse ou de la songerie19.
26Finalement revenus seuls dans leur pays, Tiennet et Brulette restent sans nouvelles pendant plusieurs mois de Joseph et des Bourbonnais.
27Dans la vingt-deuxième veillée, on apprend que Huriel souffre d’avoir tué un homme dans la rixe avec les muletiers. Il s’en confesse à l’évêque de Montluçon, qui lui tient alors ce discours :
« Faites-en pénitence, mon fils, et repentez-vous. Votre affaire est arrangée devant les hommes ; vous n’en serez jamais inquiété ; mais vous devez apaiser le mécontentement de Dieu, et pour cela, je vous engage à quitter la compagnie et la confrérie des muletiers, qui sont gens sans religion et dont les pratiques secrètes sont contraires aux lois du ciel et de la terre. » Huriel lui ayant remontré qu’il s’y trouvait pourtant d’honnêtes gens, l’évêque lui répond : « Si les honnêtes gens qui s’y trouvent refusaient les serments qui s’y font, le mal sortirait de cette société-là, et ce serait une corporation d’ouvriers aussi estimable que toute autre20. »
28On voit là combien l’appartenance à une confrérie pourvue de pratiques secrètes est jugée contraire à la foi catholique, conformément aux positions bien connues de l’Église à l’encontre de la franc-maçonnerie21 et celles, beaucoup moins connues aujourd’hui mais tout aussi importantes à cette époque, vis-à-vis de certains compagnonnages de métier à qui il est reproché, dans une Résolution publiée par les docteurs de la Sorbonne en 1655, leurs « pratiques impies, sacrilèges et superstitieuses22 ». Thérence apprend à Brulette que le « grand bûcheux » aide Joseph à se faire recevoir maître sonneur et elle précise tout aussitôt :
Car vous savez, ou ne savez pas, que cela aussi est une confrérie, et qu’il y faut des pratiques dont on ne dit pas le secret23.
29C’est seulement à la vingt-neuvième veillée que la question de la réception dans la confrérie des maîtres sonneurs revient au cœur du récit. Tiennet apprend que :
[…] le concours ne se faisait point secrètement et qu’on le disait fixé pour l’heure d’après vêpres, à Saint-Chartier, dans le cabaret de Benoît. La délibération qui devait s’ensuivre était la seule chose où les sonneurs se retiraient entre eux ; mais c’était toujours dans la maison même, et leur jugement était rendu en public24.
30Les forestiers bourbonnais, en se promenant dans les cabarets des environs de Saint-Chartier (à deux pas de Nohant) ont entendu et surpris les mauvais desseins de la bande des sonneurs berrichons qui veulent évincer Joseph lors de sa candidature. Le fils Carnat (le fils du cornemuseux local, ennemi juré de Joseph) et Joseph font chacun leur tour la démonstration de leur art :
C’était le moment de délibérer, et les sonneurs montèrent en une chambre haute, dont j’allai leur ouvrir la porte à seules fins d’essayer de surprendre quelque chose en les écoutant causer sur l’escalier. Les derniers qui se présentèrent à cette porte pour entrer furent le grand bûcheux et Huriel ; mais alors, le père Carnat, qui reconnaissait le fils pour l’avoir vu chez nous à la jaunée de Saint-Jean, leur demanda ce qu’ils souhaitaient, et de quel droit ils se présentaient au conseil.
– Du droit que nous donne la maîtrise, répondit le père Bastien, et si vous en doutez, faites-nous les questions d’usage, où éprouvez-nous en quelle musique vous voulez25.
31On voit là encore l’importance donnée à l’appartenance à une confrérie.
32Durant la trentième veillée, Joseph est reçu maître sonneur de première classe. Mais les choses ne sont pas pour autant terminées. Le doyen des sonneurs lui dit alors :
Vous n’êtes pas sans savoir […] qu’il ne s’agit pas seulement de sonner d’un instrument pour être reçu en notre compagnie, mais qu’il y a un catéchisme […] qu’il faut connaître et sur lequel vous serez questionné, si toutefois vous vous sentez l’instruction et la hardiesse pour y répondre. Il y a encore des engagements à prendre. Si vous n’y répugnez point, il faut vous décider avant une heure et que la chose soit terminée demain matin26.
33Son brevet de maître sonneur permet en effet à Joseph d’exercer où il veut, sauf s’il refuse de subir les preuves de l’initiation, dans les cent cinquante paroisses du Berry où règne la confrérie.
34La trente-et-unième veillée rapporte le récit de Tiennet assistant en cachette, dans les souterrains du château de Saint-Chartier, à la réception de Joseph durant laquelle les sonneurs berrichons entendent bien lui en faire rabattre, voire, pour certains, lui régler son compte. La mise en scène est terrifiante : dans les anciens cachots, des débris d’ossements sont dressés en manière d’épouvantail, avec des cierges de résine plantés dans les crânes. Joseph est là, seul, écoutant le tintamarre de dix-huit musettes cachées dans une cave voisine et qui braillent toutes ensemble. Puis les sonneurs se mettent à pousser des cris qui, répétés par l’écho, paraissent être ceux d’une grande foule d’animaux furieux. Une apparition, semblable à un seigneur des temps passés avec une tête de mort, glace les sens de Tiennet. Regardant alors dans le caveau où est Joseph, il y voit une autre chose plus étrange encore :
« Un être abominable, tout habillé de peau de chien, portant des cornes dans une tête chevelue, avec une figure rouge, des griffes, une queue », qui fait « toutes les sauteries et grimaces d’un possédé » et qui dit à Joseph : « […] je suis le roi des musiqueux et, sans ma permission, tu n’exerceras point que tu ne m’aies vendu ton âme27. »
35S’ensuit un dialogue où Joseph, ayant reconnu le sonneur ainsi déguisé, traite ce diable de sot. Un autre sonneur lui dit alors qu’il doit se :
Conformer à l’usage, qui est de battre le diable, en marque de refus que tu fais chrétiennement de te soumettre à lui28.
36On songe ici à l’épreuve du crachat sur le crucifix chez les Templiers, ou bien d’assassiner un traître chez les compagnons.
37Les deux lutteurs s’étrillent. Huriel et son père interviennent pour arrêter le combat, Joseph étant en sang. Mais ils sont aussitôt pris à partie par les Berrichons, lesquels sont finalement mis en déroute par une voix plaintive venant du fond de l’oubliette et qui récite la « prose des morts » (le Dies iræ). Il s’agit en fait d’un ami de nos héros, un moine venu à leur rescousse. Le personnage du moine est présent dans les initiations des compagnons charpentiers et aussi des fendeurs, où c’est un père ermite qui baptise les nouveaux reçus. Ce n’est pas pour autant significatif d’une parenté, tant ce personnage est commun dans la littérature d’antan. Ce qui est certain, c’est que cette initiation évoque dans sa brutalité ce que l’on sait, mais grâce à des publications postérieures, des anciennes cérémonies des compagnons passants charpentiers.
38La trente-deuxième veillée clôt le roman. Tout finit bien… sauf pour le malheureux Joseph, qui repart aussitôt dans sa quête insatiable et, quelque peu asocial, meurt après une querelle avec des maîtres sonneurs dans le Morvan.
La question des sources orales et de la mémoire
39George Sand présente le roman comme s’il provenait de ses propres souvenirs de veillées et des récits, faits à cette occasion, par Étienne Depardieu, né vers 1755. S’il est possible de voir dans le patronyme de ce personnage une allusion à Dieu, dont il serait en quelque sorte le lieutenant, il faut cependant tout de suite noter que c’est là un nom de famille localement attesté (ainsi, le célèbre Gérard Depardieu est-il originaire de Châteauroux). Il est assez probable qu’il s’agit là non d’une forme de collecte ethnologique, mais d’un procédé littéraire bien connu, d’un hommage à la tradition orale et à la vie paysanne où les histoires se racontaient lors des longues soirées. Enfant, j’en ai moi-même connu de semblables pendant mes vacances d’été, à fignoler les sabots que fabriquait mon grand-père paternel, ancien scieur de long, qui racontait à la nuit tombante ses souvenirs de guerre et son enfance en bordure de la forêt de Tronçais. J’ai également eu la chance de passer quelques soirées dans la magnifique cuisine de Nohant, restée dans son jus. Il me souvient en particulier de l’une d’entre elles, par une nuit sans lune, en compagnie d’un vieux conteur local (Jean-Louis Boncœur) dont les histoires de loups et de revenants faisaient frémir tout le monde… Mais de généreuses lampées d’eau-de-vie réchauffaient les corps et enflammaient aussi l’imagination.
40Tenant compte des dates, il n’est évidemment pas impossible que George Sand se soit réellement souvenu de bribes de récits rapportés lors de telles veillées dans les années 1820-1830. Mais sachant combien la mémoire a tendance à déformer les souvenirs, il convient de rester prudent quant à leur fiabilité documentaire.
Des sources livresques plutôt qu’un travail ethnologique
41Le thème de l’initiation et de ses épreuves offre bien évidemment un ressort idéal pour nourrir les intrigues romanesques et enflammer l’imagination. Mais est-ce dans ses souvenirs de veillées ou bien dans ses lectures que George Sand a pris son inspiration pour la grandiose scène finale ? Existait-il à cette époque en Berry des survivances d’anciennes confréries de sonneurs, dont George Sand aurait eu connaissance ? Mes recherches n’ont rien produit de significatif, d’autant que le thème des traditions musicales est encombré de publications qui y sont plus ou moins consacrées mais n’ayant aucune fiabilité historique29. Mon expérience personnelle m’incite d’autant plus à la prudence que, concernant les filiations des compagnonnages de métiers, il m’est souvent arrivé de trouver des sources écrites contredisant les affirmations des grands initiés qui invoquaient à tout propos, à la rescousse de ce qui n’était finalement qu’opinions personnelles et mauvaises lectures, la sacro-sainte tradition orale devant laquelle les profanes sont en quelque sorte bien obligés de se taire. On peut juger ma prudence excessive, mais précisément, j’ai fait l’expérience d’entendre lors de ma propre réception dans une société initiatique une glose éminemment ésotérique sur un symbole géométrique… qui provenait d’un article que j’avais publié une dizaine d’années plus tôt ! De fait, le symbole en question étant transmis sans explication, un des membres de la société avait pris l’initiative d’en donner une en se référant, explicitement, à une source documentaire lui semblant fiable. D’une manière ou d’une autre, on le voit : la tradition est une fabrication permanente30 !
42Si la franc-maçonnerie était présente dans son histoire familiale, George Sand n’y a jamais été initiée31. Mais les grandes lignes de l’initiation maçonnique étaient depuis longtemps déjà décrites dans nombre de publications, à commencer par le Sethos de l’abbé Jean Terrasson (1670-1750), un roman dit « de formation » publié en 1731 qui a pour cadre l’Égypte ancienne et qui aura un succès considérable. On sait d’ailleurs que lors de la rédaction de romans antérieurs, Consuelo (1842) et La Comtesse de Rudolstadt (1843), Sand s’était plongée dans l’étude du sujet. Dans une lettre à son fils Maurice, en juin 1843, elle confie :
Je suis dans la franc-maçonnerie jusqu’aux oreilles, je ne sors pas du Kadosch, du Rose-Croix et du Sublime Écossais. Il va en résulter un roman des plus mystérieux. Je t’attends pour retrouver les origines de tout cela dans l’histoire d’Henri Martin, les templiers, etc.32
43Le catalogue de sa bibliothèque33 montre qu’elle possédait un bon rayon maçonnique, dont je dresserai ici un inventaire partiel.
44Je citerai en premier lieu l’Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes, de François-Timoléon Bègue Clavel (1798-1852), le grand classique de l’époque, dans sa seconde édition publiée en 1843. Cet ouvrage nourrira l’imaginaire de nombreux romanciers de l’époque, et c’est à mon avis sa lecture qui a le plus contribué aux détails des Maîtres sonneurs. Suivent les livres de Guillemain de Saint-Victor, qui eurent une influence importante au début du xixe siècle, non seulement dans la franc-maçonnerie mais aussi dans les rituels et légendes compagnonniques : Recueil précieux de la maçonnerie adonhiramite (1789) ; La Vraie Maçonnerie d’adoption (1787) ; Origine de la Maçonnerie adonhiramite (1787).
45Elle possède également les premières divulgations maçonniques du xviiie siècle : L’Ordre des Francs-Maçons trahi et leur secret révélé ; Les Francs-maçons écrasés (Amsterdam, 1766) ; L’Ordre des Francs-Maçons trahi et le secret des mopses révélé (Amsterdam, 1766). Enfin, elle a à sa disposition le très complet Thuileur des 33 degrés de l’Écossisme, du rit ancien dit accepté (1833), de François-Henri-Stanislas de L’Aulnaye (1739-1830).
46Je laisserai de côté quelques ouvrages moins importants, mais je noterai sous le numéro de lot 657, aux côtés des principaux ouvrages de son ami Agricol Perdiguier (1805-1875) et d’autres auteurs sur le compagnonnage, que sont également présentes onze livraisons de la revue Le Monde Maçonnique (années 1858-1859). Son intérêt pour la franc-maçonnerie ne s’est donc pas achevé avec la publication de Consuelo et de La Comtesse de Rudolstadt, une quinzaine d’années auparavant.
47Concernant le compagnonnage, on remarquera que le périple des maîtres sonneurs présente en quelque sorte une analogie avec le Tour de France des compagnons. Par ailleurs, à ma connaissance, aucun des ouvrages maçonniques de sa bibliothèque n’étudie les Bons Cousins Fendeurs. Pourtant, j’ai longtemps pensé que c’était le compagnonnage forestier que semblait évoquer George Sand en ce qui concerne la confrérie que forment ses « bûcheux » bourbonnais. Ce n’est pourtant qu’en 1861 que sera publié le premier ouvrage sur les Bons Cousins Charbonniers et Fendeurs, Le Rituel de la Maçonnerie forestière de Jean-Marie Ragon (1781-1862). C’est donc probablement dans ce qu’elle a vaguement entendu dire à leur sujet par les paysans berrichons qu’elle puise la matière nécessaire à son roman, ce qui expliquerait assez bien le fait que nos étranges « bûcheux » bourbonnais ne sont pas explicitement désignés comme étant des « fendeurs » et que leurs rites secrets, passionnants, ne sont pas mis à contribution dans l’intrigue34.
48En fait, la fréquentation un tant soit peu attentive de l’abondante littérature merveilleuse à résonance ésotérique ou initiatique depuis la seconde moitié du xviiie siècle suffit à y trouver matière visuelle à brosser l’ambiance quelque peu sulfureuse de la scène finale de l’initiation. On retrouve aussi cette matière première dans l’imagerie, la musique et le théâtre de l’époque : il me suffira d’évoquer les sombres lithographies d’Eugène Delacroix réalisées en 1827 pour illustrer le Faust de Goethe, traduit par Gérard de Nerval puis mis en musique en 1829 par Berlioz dans ses Huit scènes de Faust. Or, Delacroix séjourna plusieurs fois à Nohant et entretint avec George Sand une correspondance suivie…
49En conclusion, et après analyse, je pense qu’en bonne romancière George Sand a amplifié de manière romanesque ses souvenirs et ses lectures. Pour d’emblée contredire la tentation, ô combien fréquente dans les milieux s’intéressant à l’ésotérisme et à l’initiatique, de voir dans ce qui n’est apparemment qu’un roman un manifeste voilé de vérités plus subtiles, j’insisterai sur le fait que je n’ai croisé au cours de mes recherches aucune source documentaire qui permette de faire l’hypothèse que ces confréries de maîtres sonneurs, disparues dans la tourmente révolutionnaire, auraient tenu des réunions semi-clandestines sous la Restauration et la monarchie de Juillet afin de transmettre leurs rites. Au regard des tracasseries policières de l’époque, la réalité de semblables réunions est d’ailleurs improbable.
1 Cette œuvre est d’abord parue en feuilleton dans le journal Le Constitutionnel (juin-juillet 1853), avant de paraître sous forme de livre en quatre tomes à Paris, chez Alexandre Cadot, éditeur rue Serpente, à Paris (la même année).
2 Georges Sand, Les Maîtres sonneurs, édition présentée, établie et annotée par Marie-Claire Bancquart, Paris, Folio/Gallimard, 1979, p. 99.
3 Ibid., p. 99.
4 Ibid., p. 99-100.
5 Ibid., p. 100.
6 Ibid., p. 107.
7 Ibid., p. 116.
8 Ibid., p. 142.
9 Ibid., p. 157.
10 Ibid., p. 158.
11 Ibid., p. 160.
12 Ibid., p. 170.
13 Ibid., p. 173.
14 Le cœur d’argent accroché à l’anneau d’oreille, comme signe de reconnaissance et comme gage, réapparaît dans la quatorzième veillée où se situe un échange de cœurs d’argent entre les protagonistes, Thérence en ayant un également : « La preuve que je ne le ferai point, dit Brulette en l’attachant au collier de Thérence, c’est que je le lui donne en garde. Et quant à vous, dont voici l’oreille déchargée de ce poids, vous n’avez plus besoin d’aucun signe pour vous faire reconnaître quand vous reviendrez en mon pays » ; Ibid., p. 246.
15 La notion d’honneur est centrale chez les compagnons du Devoir ; ainsi, la devise des compagnons passants tailleurs de pierre d’Avignon au xviiie siècle est « Labor & Honor ». Voir Laurent Bastard et Jean-Michel Mathonière, Travail et Honneur, Les compagnons passants tailleurs de pierre en Avignon aux xviiie et xixe siècles, Dieulefit, La Nef de Salomon, 1996.
16 Georges Sand, Les Maîtres sonneurs, op. cit., p. 176-178.
17 Sur le sujet général des compagnonnages forestiers, consulter le catalogue de l’exposition organisée par le musée de la Franc-maçonnerie en 2025 : Initiations forestières, Des « Bons Cousins » aux Carbonari, Paris, Musée de la Franc-maçonnerie, 2025. Voir également Jean-Michel Mathonière, « Aperçus sur les compagnons fendeurs charpentiers du Mont Liban », dans À l’avantage des bons cousins, Paris, Musée de la Franc-maçonnerie, 2025, p. 84-99, ou encore « Les compagnonnages et la “franc-maçonnerie du bois” au xixe siècle : plus opératif que moi… », Politica Hermetica, 21 (2007), p. 75-85.
18 Georges Sand, Les Maîtres sonneurs, op. cit., p. 292-293.
19 Ibid., p. 293.
20 Ibid., p. 349.
21 Dès 1738, la bulle In eminenti du pape Clément XII (Lorenzo Corsini, 1652-1740) condamne en effet la franc-maçonnerie.
22 Résolution des docteurs de la Faculté de Paris touchant les pratiques impies, sacrilèges et superstitieuses qui se font dans les métiers de Cordonniers, Tailleurs d’habits, Chapeliers et Selliers, pour passer Compagnons, et qu’ils appellent du Devoir, depuis peu reconnues et avouées par plusieurs desdits métiers (1655). Cette condamnation sera plusieurs fois réimprimée, jusqu’au milieu du xviiie siècle.
23 Georges Sand, Les Maîtres sonneurs, op. cit., p. 350.
24 Ibid., p. 442.
25 Ibid., p. 447.
26 Ibid., p. 459.
27 Ibid., p. 475.
28 Ibid., p. 476.
29 Sur l’aspect musicologique, voir les actes du colloque de La Châtre (23-25 octobre 1997), publiés sous le titre suivant : À la croisée des chemins, Musiques savantes – Musiques populaires, Hommage à George Sand, Saint-Jouin-de-Milly, FAMDT, 1999.
30 Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 (traduction française par Christine Vivier, Paris, Éditions Amsterdam, 2006).
31 Son père, Maurice Dupin (1778-1808), aurait été initié par Joachim Murat (1767-1815), et son bisaïeul, Maurice de Saxe (1696-1750), fut un franc-maçon de haut rang.
32 George Sand, Correspondance, t. VI (1843-juin 1845), éd. Georges Lubin, Paris, Classiques Garnier, 1969, p. 161.
33 Catalogue de la bibliothèque de Mme George Sand et de M. Maurice Sand, Paris, Librairie des Amateurs / A. Ferroud, 1890.
34 Au moment de la réalisation de cette communication, je n’avais pas encore connaissance de l’ouvrage suivant, qui permet d’en envisager certains prolongements sur le plan de l’ethnographie régionale sans pour autant en modifier l’idée générale quant au rapport avec la question des rituels et des sociétés initiatiques : Daniel Bernard, Coureux et gens d’étrange en Berry. Essai sur l’itinérance dans une région du Centre de la France, Déols, Chez l’auteur, 1984 (ouvrage issu d’une thèse de doctorat, réalisée sous la direction de Maurice Agulhon et soutenue en 1982 à l’EHESS).
Programme de recherche
Coordination scientifique : Frank Greiner, Sylvain Ledda et Catherine Douzou
© Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude », n° 29, 2023
URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/2215.html.
Quelques mots à propos de : Jean-Michel Mathonière
Chercheur indépendant
