Partages de l’auctorialité dans les fanfictions de Harry Potter

Sandra Provini


Résumés

Texte intégral

1Les fanfictions, ces textes écrits par des amateurs à partir d’univers fictionnels préexistants et aujourd’hui publiés principalement sur internet1, représentent une forme particulière d’écriture numérique collaborative, qui engage différents types de partages de l’auctorialité entre les acteurs du monde des fanfictions2, en particulier entre auteurs et lecteurs, à la fois parce que ce sont des lecteurs qui deviennent auteurs en proposant des récits à partir de fictions (littéraires, cinématographiques, télévisuelles, vidéoludiques…) créées par d’autres, et parce que ces auteurs sont en interaction constante, au sein d’une communauté de fans, avec d’autres lecteurs qui participent à leur création à des degrés divers.

2Dans Textual Poachers, ouvrage fondateur des études sur les fanfictions, Henry Jenkins utilise le terme de « braconnage », emprunté à Michel de Certeau, pour décrire la stratégie de lecture active des fans qui créent des fanfictions en s’appropriant ce qui appartient à un autre auteur :

Michel de Certeau (1984) has characterized such active reading as “poaching,” an impertinent raid on the literary preserve that takes away only those things that are useful or pleasurable to the reader […]. De Certeau’s “poaching” analogy characterizes the relationship between readers and writers as an ongoing struggle for possession of the text and for control over its meanings3.

3Dans leur travail de transformation créatrice, les fanfictions s’affranchissent en effet de la propriété intellectuelle – la pratique est illégale en droit français comme en droit américain –, tout comme de « l’intention » de l’auteur de l’œuvre d’origine, si bien qu’elles ont pu être considérées par la critique comme l’ultime manifestation de la « mort de l’auteur » théorisée par Barthes en 1967 au profit du pouvoir du lecteur4. Si l’auteur tel que l’a défini Foucault est « le principe par lequel on entrave la libre circulation, la libre manipulation, la libre composition, décomposition, recomposition de la fiction5 », l’existence même des fanfictions – qui proposent des continuations, des versions alternatives ou même des croisements entre différentes fictions6 – lance, comme l’a remarqué Richard Saint-Gelais, un défi à la « fonction-auteur [qui] sert depuis quelques siècles à réguler la production fictionnelle7 ».

4Non contentes de brouiller ainsi en amont du processus de création la frontière entre auteur et lecteur, les fanfictions le font aussi tout au long de ce processus dans la mesure où elles présentent une forme d’écriture collaborative qui substitue à une autorité individuelle celle de la communauté des fans qui a contribué à sa rédaction, sa publication et sa diffusion.

5Je me propose d’étudier ces différentes formes de partage de l’auctorialité au sein du megafandom de Harry Potter8, qui a produit le plus grand nombre de fanfictions à ce jour9, à la fois dans le rapport que ces œuvres transformatives entretiennent à l’œuvre source de J. K. Rowling 10, et dans le caractère collectif de leur écriture qui mobilise toute une communauté de lecteurs, tout en examinant comment trois fans influentes dans cette communauté, Colubrina, Olivie Blake et Shaya Lonnie, ont paradoxalement réussi, à travers leurs fanfictions, à revendiquer une auctorialité individuelle et à se construire une identité d’autrices à part entière.

Partage de l’auctorialité : œuvre source et fanfiction

Auteur et lecteur

6Comme le rappelle Richard Saint-Gelais, les théoriciens de la lecture ont montré que « les lecteurs, loin d’enregistrer un contenu véhiculé par le texte, participent d’active manière à l’élaboration de la diégèse11 ». Ils ont ainsi remis en question « l’idée d’autorité exclusive du texte au profit de celle de coproduction, fut-elle asymétrique, de [la] fiction12 ». L’intervention du lecteur a été pensée tour à tour sous les notions d’« actualisation », de « résolution des lieux d’indétermination » ou encore de « coopération interprétative13 », Hans Robert Jauss proposant l’image de la partition mise en musique par le lecteur et Wolfgang Iser celle de l’ébauche qui stimule l’imagination du lecteur14. Richard Saint-Gelais propose quant à lui le terme de « parafictionnalisation » pour désigner toutes les interventions du lecteur : « paraphrases à fonction d’élucidation, inférences, hypothèses, prévisions15… »

7Les fanfictions sont un témoignage de cette lecture active, qu’elles développent en un texte créatif des hypothèses de lecture ou remplacent les ellipses du récit par des « scènes manquantes ».

Canon et fanon

8Elles peuvent en outre être considérées comme un acte de lecture critique. Comme tout hypertexte, elles ont « toujours peu ou prou valeur de métatexte », pour citer Gérard Genette dans Palimpsestes16. Les fanfictions proposent en effet des lectures du texte source, s’attachant par exemple à révéler ce qui était en germe, ou implicite dans le récit d’origine. Mais elles peuvent aussi, bien souvent, remettre en cause l’autorité de l’auteur en pratiquant une lecture contre le texte ou ce qu’elles estiment être l’intention de son créateur.

9Les fans pratiquent en effet un choix dans le canon, qui représente l’ensemble des événements racontés dans l’œuvre source, son univers, son décor et ses personnages17, acceptant ou rejetant tel élément de la diégèse. Ainsi, dans le cas de Harry Potter, l’épilogue – qui met en scène Harry, marié à Ginny Weasley, accompagnant leurs trois enfants au Poudlard Express – n’est souvent pas admis par les fans, qui utilisent pour le signaler le tag (ou étiquette) fort répandu EWE (pour « Epilogue, what Epilogue ? »). De même, la pièce Harry Potter et l’enfant maudit18, quoique cautionnée par J. K. Rowling , ce qui en fait la « suite officielle » des romans, n’est souvent pas admise par les fans dans le canon19, ce qui témoigne d’une « crise au sein du système […] de légitimation auctorielle de la fiction20 ». Les « assertions extra-opérales » de l’écrivaine ne font pas non plus nécessairement autorité, comme l’a montré Richard Saint-Gelais au sujet des déclarations de J. K. Rowling sur l’homosexualité d’Albus Dumbledore, formulées après la publication du dernier tome de la série21 : c’est la communauté des fans, en définitive, qui valide ou non tel ou tel élément comme canonique.

10Inversement, certains éléments du fanon – les « événements créés par la communauté des fans, et qui sont répétés de manière insistante dans les textes que produisent ces fans22 » – finissent par être admis de tous, si bien que des interprétations de lecteurs finissent par s’imposer face aux déclarations de l’autrice elle-même, portées par l’écriture collaborative. Henry Jenkins, dans la conclusion de Textual Poachers, considère même le « métatexte » construit par les fans comme plus riche, complexe et intéressant que l’œuvre originale :

Fan critics work to resolve gaps, to explore excess details and undeveloped potentials. This mode of interpretation draws them far beyond the information explicitly present and toward the construction of a meta-text that is larger, richer, more complex and interesting than the original series. The meta-text is a collaborative enterprise; its construction effaces the distinction between reader and writer, opening the program to appropriation by its audience23.

La remise en cause par les fans de l’autorité de l’auteur

11Le traitement du personnage de Draco Malfoy par les fans est un exemple particulièrement éclairant de la « résistance » des lecteurs à l’autorité de l’autrice24 : une grande partie des fanfictions qui le mettent en scène interprètent le canon dans un sens contraire à celui qu’a établi J. K. Rowling , malgré les affirmations répétées de celle-ci, notamment sur le site officiel Pottermore, où elle se dit mortifiée de voir le personnage de Draco Malfoy susciter un intérêt romantique de la part des « lectrices », auxquelles elle juge nécessaire de rappeler sévèrement la « moralité douteuse » de cet « anti-héros », qui n’est pas destiné à devenir le « meilleur ami » d’Harry Potter25. Plusieurs essais de fans lui ont répondu pour réaffirmer leur attachement au personnage et revendiquer leur droit à créer le « fandom !Draco » qui s’impose dans des dizaines, voire des centaines de milliers de fanfictions. Un article publié après la sortie d’Harry Potter et l’ordre du Phénix (2003), qui prend la forme d’un manifeste des fans amateurs de fanfictions « Drarry26 », conteste même frontalement l’autorité de J. K. Rowling sur ce personnage, au point d’affirmer qu’« elle a tort » :

J. K. Rowling may be the technical authority on how Malfoy really is and how he should behave, but I think that her word is no more nor less final than any great writer who has had their work expounded on later by another good writer. […] And if the evidence we see in Order of the Phoenix is truly how Rowling sees Draco Malfoy and his relationship to Harry Potter, then I will continue to write Harry/Draco slash, because – Rowling and Heaven forgive me – I am certain that she is wrong27.

12Par-delà le personnage de Draco Malfoy, c’est toute la Maison des Serpentards qui serait en droit de voir son image dans le canon entièrement révisée. Colubrina, autrice importante dans le fandom de Harry Potter depuis 201428, assume ainsi explicitement les choix qu’elle a opérés au sujet de la représentation des Serpentards, en s’appuyant sur une analyse critique des premiers volumes de la série, qui ont recours à un narrateur non fiable. La fanfiction qui l’a rendue célèbre, The Green Girl29, reprend par exemple l’ensemble de l’intrigue des sept romans avec un point de divergence initial : Hermione Granger est placée à Serpentard et non à Gryffondor lors de la cérémonie d’entrée à Poudlard. Cette fanfiction fait d’Hermione et de Draco les personnages principaux, au détriment de Harry, qui périt dans le chapitre 20 de la main de Voldemort. Si Colubrina a choisi de prendre le contrepied des livres de J. K. Rowling dans la caractérisation des personnages et la place qu’elle leur attribue dans le dénouement, sa version a reçu un très bon accueil dans le fandom30. Elle résulte en réalité non seulement d’une réécriture critique de l’œuvre source, mais aussi d’un dialogue avec un fandom déjà mûr en 2015. L’autrice travaille en effet à partir des « tropes31 » propres à la communauté « Dramione32 », qui a inventé des scénarios, récurrents de fanfiction en fanfiction, pour Hermione Granger et Draco Malfoy, comme en témoigne sa note introductive à Madness in Love : « This is part of my daft project to write at least a drabble for every major dramione trope. This one, obviously, is slave!hermione33. »

13Les fanfictions de Colubrina jouent ainsi avant tout avec les représentations collectives au sein de la communauté des fans déjà constituées en un fanon, qui fait référence tout autant, voire plus, que le canon.

Partage de l’auctorialité : alpha-lecteurs, bêta-lecteurs, lecteurs

14Loin d’être des initiatives personnelles de lecteurs indépendantes les unes les autres, orientées vers la seule œuvre source qu’elles transforment, les fanfictions se nourrissent des échanges intenses au sein des « communautés interprétatives34 », qu’elles contribuent en retour à alimenter. Il existe en outre de nombreux intermédiaires pour qu’elles soient publiées en ligne : auteur, alpha- et bêta-lecteur, webmaster, lecteur, illustrateur parfois, qui forment le « monde des fanfictions », selon la définition d’Howard Becker, pour qui ce sont les « mondes de l’art » plutôt que les artistes qui font les œuvres35. De fait, ce sont les interactions de tous ces acteurs qui façonnent à la fois le contenu et la forme des fanfictions.

Bêta-lecteurs

15Les acteurs variés qui interviennent aux différentes étapes de la chaîne allant de la production à la réception des fanfictions jouent des rôles similaires à ceux du monde littéraire professionnel (auteur, éditeur, lecteur, critique)36. Parmi ces acteurs, les bêta-lecteurs, qui combinent les rôles traditionnels du lecteur, du critique et de l’éditeur37, sont devenus essentiels dans le cadre du développement des fanfictions sur internet à partir des années 2000 : la massification, le rajeunissement et l’internationalisation de la pratique d’écriture fanfictionnelle, qui s’était d’abord développée au sein de fanzines effectuant un certain travail d’édition38, sont en effet susceptibles d’affecter la qualité de ces textes diffusés sans caution éditoriale reconnue. Comme le souligne Sébastien François, il n’y a pas de « barrière d’entrée » sur une archive généraliste comme fanfiction.net (1998-…) : il suffit de disposer d’une connexion internet pour y publier ses fanfictions, tout comme sur Archive of Our Own (2008-…), si bien que ces archives peuvent apparaître comme des « fourre-tout », stockant « une minorité de bons textes et beaucoup de moins bons, ou de tentatives inachevées39 ».

16Pour faire émerger des textes de qualité selon leurs propres critères, certains sites de dépôt ont mis en place un processus de sélection et d’éditorialisation. La bêta-lecture était ainsi une étape obligatoire de la publication sur le site The Sugar Quill, désormais fermé40. Les bêta-lecteurs, choisis parmi des contributeurs expérimentés, se portaient garants de la qualité des fanfictions publiées, mais jouaient aussi un rôle formateur pour les nouveaux auteurs : le site The Sugar Quill se voulait explicitement pédagogique, recréant l’école des sorciers, avec ses « étagères des Professeurs » et sa rubrique « Ask Madam Pince », du nom de la bibliothécaire de Poudlard.

17Dans les archives généralistes qui n’imposent pas le recours à un bêta-lecteur, l’usage s’est aussi répandu largement depuis son émergence à la fin des années 1990 sur Usenet ou les mailing lists Yahoo!41 et son adoption dans le megafandom de Twilight42. Il semble désormais s’imposer à tous, si bien que les auteurs qui n’ont pas fait relire leur fanfiction s’en excusent presque systématiquement et que le fait de connaître cette pratique et d’y avoir recours est un élément indispensable à la pleine participation à la communauté43.

18Le recours aux bêta-lecteurs est ainsi encouragé par fanfiction.net qui propose un menu déroulant pour trouver des correcteurs, classés par fandom44. Ces volontaires présentent leur profil avec précision, indiquant leurs points forts et leurs faiblesses, leurs préférences pour certains personnages, ainsi que les thématiques sur lesquelles ils ne souhaitent pas intervenir. Ashleigh, autrice de 397 fanfictions publiées sur fanfiction.net sous le pseudonyme Fire The Canon depuis 2007, propose par exemple ses compétences en matière d’orthographe mais aussi de technique narrative45. On rencontre ainsi parmi les volontaires nombre d’auteurs aguerris qui font profiter de nouveaux auteurs de leur expérience – et de leur réputation46 –, mais aussi des personnes qui n’ont quasiment rien publié (le minimum requis sur fanfiction.net est cinq fanfictions ou 6 000 mots) et pour qui la bêta-lecture peut représenter une porte d’entrée dans la communauté, la réputation des auteurs et des bêta-lecteurs se renforçant mutuellement.

19Les bêta-lecteurs peuvent jouer un rôle de simples correcteurs comme ceux des maisons d’édition, suivant la définition de leur fonction proposée par le site fanfiction.net :

A beta reader (or betareader, or beta) is a person who reads a work of fiction with a critical eye, with the aim of improving grammar, spelling, characterization, and general style of a story prior to its release to the general public47.

20Leur rôle va néanmoins souvent au-delà de ces seules questions de rédaction et de style. Colubrina propose cette definition :

For me, beta readers are proofreaders. They look over a fanfic chapter when I think it’s done and they check for spelling and grammar issues, typos, canon consistency issues, or specific cultural sensitivity issues48.

21Si la correction de coquilles est une tâche similaire à celle des relecteurs d’autres types de créations littéraires numériques, les bêta-lecteurs de fanfictions ont donc aussi pour mission de repérer d’éventuelles incohérences par rapport au canon (« canon consistency issues »), qui peuvent porter aussi bien sur la caractérisation des personnages (sont-ils in ou bien out of character ?), que sur le respect de la langue et des réalités britanniques (« britpicking »). Olivie Blake précise elle-même le rôle qu’elle a joué pour Colubrina comme bêta-lectrice, au-delà de la vérification de l’orthographe et de la grammaire :

What I did for Colubrina was definitely limited to beta reading, as she did not consult me on the plot trajectory for the story she was writing; at no point did she share the direction the plot was going or how she intended to use the characters. I read her chapters exclusively for SPAG49 edits, though I believe the author’s note you’re referring to is because I caught something that read as problematic. I can’t recall exactly what it was, but I’m almost positive that I pointed out a potential issue a reader might have had with a situation that read like assault or dubious consent, although it wasn’t. It might also have been a continuity concern, which would typically fall under the category of alpha reading, but I would not say we collaborated to any extent beyond potential errors within the individual chapters50.

22Olivie Blake pointe ici deux types d’intervention supplémentaires : le repérage de problèmes de cohérence narrative au sein d’un chapitre, et surtout de difficultés qu’une scène au contenu « sensible » est susceptible de poser pour les lecteurs. Les bêta-lecteurs jouent ainsi un rôle dans les avertissements (« warnings ») qui accompagnent la publication des fanfictions, dans le résumé ou les tags de celles-ci.

Alpha-lecteurs et bêta-lecteurs

23Olivie Blake distingue en outre les rôles qu’elle a joués sur les fanfictions de Colubrina en tant que bêta-lectrice de celui des alpha-lecteurs auxquels il revient de conseiller l’auteur sur le cours de l’intrigue et la trajectoire des personnages. Le terme « alpha-lecteur » vient comme « bêta-lecteur » du monde du logiciel informatique, l’alpha testing correspondant à un test opéré en interne à la société, tandis que le beta testing s’opère juste avant la sortie commerciale auprès de consommateurs potentiels, extérieurs à la société51. Colubrina distingue elle aussi nettement ces deux catégories de relecteurs :

Alpha readers, for me, are first readers. They’re people who read something in rough draft stage and make notes about things like: where is it confusing? where do I start to get bored? what phrases are great? which ones are awkward? what are your first, gut reactions as you read? They are gods willing to slog their way through something where I literally have no idea where I am going when I start.
I don’t need to especially trust beta readers in any emotional sense. I’m not going to get distraught over someone pointing out I forgot to capitalize something, and I’m not even sure how you could point that out in a nasty way without going way out of your way to be trollish about it. But if someone […] wants you to read over something in that raw, undone place of creation, they are trusting you with their heart
.

24Ainsi, dans les notes de sa fanfiction But the Darkness Alters52, ce sont d’abord des alpha-lecteurs qui sont remerciés, dans les deux premiers chapitres53, alors que l’intrigue est encore en cours d’élaboration. Plusieurs bêta-lecteurs interviennent sur les chapitres suivants, certains des alpha-lecteurs cités précédemment se mettant à jouer ce rôle54. À partir du chapitre 14, le processus se stabilise. C’est Olivie Blake qui assure seule la bêta-lecture, jusqu’à la fin de la fanfiction ou presque55, avec parfois des interventions d’autres relecteurs sur des scènes particulièrement délicates : la nuit de noce de Draco et Hermione, suite à un mariage politique, qui pose la question du consentement, au chapitre 2856, et une scène érotique explicite entre les deux protagonistes après que Draco a commis un meurtre, au chapitre 3457. Les deux derniers chapitres, 37 et 38, sont publiés sans remerciements, comme si Colubrina n’avait plus besoin, à ce stade, du soutien de relecteurs.

25Le témoignage de Colubrina place le degré de proximité et de confiance qu’elle entretient avec ses différents relecteurs au cœur de la distinction entre alpha- et bêta-lecteurs, mais tous participent à une certaine sociabilité propre au fandom. S’ils jouent un rôle de correcteur ou d’éditeur, l’exemple d’Olivie Blake montre qu’à la différence du monde de l’édition professionnelle, ce sont les mêmes individus qui peuvent occuper alternativement les différents rôles, tantôt auteurs, tantôt bêta-lecteurs.

26Ainsi, quand Colubrina remercie sa bêta-lectrice Shaya Lonnie pour avoir relu The Green Girl, elle cite une fanfiction de celle-ci, The Debt of Time58, elle aussi très appréciée dans le fandom, avec 13 852 commentaires (au 22 mars 2024), et soutenue par une centaine de bêta-lecteurs, que Shaya Lonnie remercie dans une note liminaire, en tête du chapitre 1, et dans une note postliminaire, à la fin du chapitre 154 :

My magnum opus. The Debt of Time is the first creative thing I ever really finished, and thrust me into the fanfiction community which has changed my life so much for the better. I’ve spent the past two years since finishing this story working behind the scenes with a team of betas to perfect it as much as humanly possible. Over 100 people volunteered to help with this story, whether they heavily edited 1 or 153 chapters, I am forever grateful for their contribution (and a list of names will be added in the final chapter)59.

27Les deux autrices se sont liées d’amitié tôt dans leur « carrière », si bien que Shaya Lonnie (citée d’abord sous le pseudonyme Shealone) a joué un rôle dans la sélection des fanfictions de Colubrina qui lui semblaient mériter d’être développées, comme le drabble60 Fairy Stone, devenu une histoire en quatre chapitres grâce à ses conseils61.

28Une telle relation de réciprocité entre auteurs et bêta-lecteurs, qui assument tantôt l’une de ces deux fonctions, tantôt l’autre, et se relisent mutuellement, révèle et entretient au sein du monde des fanfictions des réseaux de sociabilité et d’amitié qui jouent un rôle moteur dans la création. Le fort lien communautaire entre auteurs et relecteurs se manifeste dans le paratexte des fanfictions, non seulement via les remerciements, qui associent étroitement le nom du bêta-lecteur à celui de l’auteur, mais aussi via la dédicace de fanfictions à tel ou tel bêta-lecteur, voire à des lecteurs fidèles62.

Lecteurs

29Les simples lecteurs jouent en effet eux aussi un rôle important pour les créateurs. Comme l’a montré Sébastien François, les commentaires qu’ils laissent sur une fanfiction fonctionnent comme une rétribution pour le travail gratuit fourni par l’auteur, mais aussi comme un indicateur de qualité permettant de distinguer, dans la masse des textes publiés, les « meilleures » fanfictions selon le nombre de « reviews » (sur fanfiction.net) ou « comments » (sur Archive of Our Own) qui les accompagnent63. Dans le cas des fanfictions publiées chapitre par chapitre, sous la forme de WIP (« work in progress »), les lecteurs effectuent en outre à travers leurs commentaires un travail similaire à celui des bêta-lecteurs. Certains auteurs comme Olivie Blake publient sans l’aide de ces derniers et se réfèrent seulement aux commentaires des lecteurs pour améliorer leur récit :

I can certainly speak to blurred lines between reader and author – many times the reviews on a WIP will determine how I approach the story as I write. I usually use them to decide how long to spend on a certain subplot or which minor characters are more likable than others, that sort of thing. Unlike with a novel, I don’t outline or plan my fanfics, so the story essentially lives and breathes as I write and the audience reads along. […] While I wouldn’t say that any single reviewer necessarily changed my view of where a story was going, the collective community of fandom definitely influenced how I chose to focus my plot.

30Olivie Blake publie ses fanfictions chapitre par chapitre, les nouveaux chapitres étant mis en ligne chaque semaine, sur le modèle de la diffusion des séries télévisées. La réaction des lecteurs détermine ses choix pour la conception du chapitre de la semaine suivante, qu’il s’agisse du développement d’une sous-intrigue ou de la place accordée à tel ou tel personnage secondaire selon la manière dont le public le perçoit. Si les réactions positives des lecteurs l’encouragent à accorder plus de place à un personnage ou à un couple, des réactions négatives, parfois violentes, peuvent conduire à la fin précipitée d’une fanfiction. Nobility, qui présente deux personnages féminins, Hermione et Pansy, toutes deux moralement ambiguës et dans une position de rivalité64, a subi un tel sort quand les lecteurs se sont partagés entre les supporters de l’une et de l’autre :

Because I couldn’t stand the harmful language in the reviews (often comments that one or the other should kill themselves, that sort of thing) I wound up finishing the fic with 6 chapters in 2 weeks, basically sprinting to the end. […] All of which is to say that without exception, the audience has a major influence on how the story proceeds, for better and for worse.

31Olivie Blake affirme ainsi le rôle majeur que les réactions de la communauté des fans dans son ensemble jouent, « pour le meilleur ou pour le pire », dans l’élaboration de l’intrigue de ses fanfictions en cours d’écriture.

32Par tous ces aspects, les fanfictions apparaissent comme des créations collectives et collaboratives, impliquant différents acteurs, de l’auteur de l’œuvre originale aux lecteurs en passant par les alpha- et bêta-lecteurs, et semblent bien relever d’une auctorialité plurielle. Toutefois, les autrices de fanfictions qui rencontrent un certain succès dans le fandom se créent progressivement une identité reconnue – même si toutes n’atteignent pas la notoriété d’E. L. James, qui a transformé sa fanfiction Master of the Universe, publiée au sein du fandom de Twilight sous le pseudonyme Snowqueens Icedragon, en Fifty Shades of Grey65 et a tourné le dos à la communauté des fans qui avaient soutenu son écriture de leur travail gratuit pour une aventure éditoriale personnelle lucrative66. Les autrices évoquées jusqu’ici, Colubrina, Olivie Blake ou encore Shaya Lonnie, actives dans la communauté Dramione, témoignent en effet toutes trois d’une construction concertée de leur image et de leur identité d’autrice, qui s’accompagne d’une revendication de la singularité de leur style et de leur propriété intellectuelle sur leur production, si bien que l’on peut parler avec Kristina Busse d’un « retour de l’auteur67 ».

Affirmation de l’auctorialité : la construction d’une identité d’autrice à part entière

Pages de profil et réseaux sociaux

33Colubrina, Olivie Blake et Shaya Lonnie construisent sur plusieurs supports leur identité d’autrices, d’abord dans ce lieu éminemment stratégique qu’est la page de profil, sur fanfiction.net ou Archive of Our Own. Ainsi, Colubrina liste toutes les traductions en langue étrangère qui ont été faites de ses fanfictions publiées en anglais, tandis qu’Olivie Blake cite de nombreux commentaires enthousiastes de lecteurs dans un « Review Hall of Fame », ainsi que les prix qu’elle a remportés dans les différents concours organisés par la communauté. Le profil de Shaya Lonnie, qui fait aussi le bilan de tous les prix et nominations reçus par ses fanfictions, témoigne d’une vive conscience d’être une autrice qui compte dans la communauté des fans d’Harry Potter :

I’m Shaya Lonnie, and these are my Horcruxes. I made them out of the hearts of readers, and I shine them with your tears. You might know me as the author of such fanfics as The Debt of Time, Safe Word in Devil’s Snare, Presque Toujours Pur, and several other stories that my readers have frighteningly screamed in your face the first time you said “Who’s that?” or “I’m new to fanfic.” I am known for obsessive details, cliffhangers, twisting canon, and luring readers into new ships like a siren, where I then feast upon the flesh of their hearts so that I may live forever68.

34Ces quelques lignes témoignent d’une grande assurance et d’une ambition qui a été celle des poètes depuis les origines de la littérature. Shaya Lonnie se compare aux sirènes de l’Odyssée qui séduisent les marins par leurs chants pour se repaître de leur chair, et reprend l’image des Horcruxes qui garantissaient à Voldemort de vivre éternellement : c’est en blessant le cœur de ses lecteurs, en manipulant leurs émotions par son talent, qu’elle entend gagner son immortalité d’autrice.

35La construction de l’identité de ces autrices passe aussi par les réseaux sociaux et les blogs de la plateforme Tumblr, plusieurs de ces outils étant simultanément utilisés, parfois associés à un site web personnel. Tumblr est privilégié pour tisser et maintenir le lien avec les lecteurs69 : Colubrina utilise son blog pour présenter ses nouvelles fanfictions et permettre à ses « fans » de suivre la progression de leur rédaction, avec des annonces qui créent une attente chez ses lecteurs, comme lorsqu’elle poste le début d’un chapitre après avoir tenu un compte régulier du nombre de mots écrits quotidiennement via le tag « amwriting ». C’est aussi sur Tumblr qu’elle reçoit des demandes de lecteurs lui proposant des sujets pour de nouvelles fanfictions (« prompts ») et publie des illustrations créées par ses lecteurs, comme, dès 2015, le fanart70 suscité par The Green Girl71, en complément de Pinterest où elle présente des montages photographiques d’une grande cohérence esthétique. Olivie Blake propose quant à elle sur Spotify un accompagnement musical pour la plupart de ses fanfictions, comme Nobility, Nigthmare and Nocturnes ou encore Ride and Die.

Une singularité esthétique

36C’est en effet sur le plan esthétique que se joue pour ces écrivaines amateurs la reconnaissance de leur identité d’autrice, alors que les fanfictions sont généralement décriées pour la pauvreté de leur écriture. Ainsi, Shaya Lonnie affirme dans son profil, cité plus haut, ce qu’elle estime être la singularité de son style, dans l’attention aux détails, la création de suspens, l’ingéniosité avec laquelle elle tord le canon. Olivie Blake, dans le « Review Hall of Fame » de sa page de profil, cite les commentaires de lecteurs qui louent la qualité de son écriture et sa maîtrise des techniques narratives. Colubrina déploie des stratégies de distinction efficaces qui font de ses vingt-cinq fanfictions de Harry Potter une « œuvre » cohérente, caractérisées par des thématiques et une esthétique propres. Une fanfiction de Colubrina est reconnaissable à la caractérisation de ses personnages, notamment de la maison de Serpentard, peints en aristocrates et politiciens habiles et pragmatiques, y compris Tom Riddle débarrassé des oripeaux de Voldemort, aux couples qu’elle met en avant (Dramione et Tomione72), et surtout à son détournement systématique des clichés (ou « tropes ») du fandom, qu’elle explore d’une manière originale, dans des récits généralement sombres, faisant une large place à une violence feutrée et mettant en scène une Hermione moins idéaliste, voire devenue « Darkish » ou « Dark ». Cette singularité esthétique est reconnue par ses lecteurs, comme en témoigne par exemple le commentaire de PotterizeMe au chapitre 31 :

I made it to this chapter, absolutely zipping through this amazing story, before I realized the author. No wonder it’s so magnificent. You are one of the best writers on this site. I’m so in love with this story and your writing style. I’m excited to see where this goes !

Une reconnaissance par les fans… et par l’édition professionnelle ?

37Colubrina est ainsi parvenue à être identifiée comme « l’une des meilleurs autrices » du fandom Harry Potter sur fanfiction.net. Sa fanfiction la plus populaire et la plus fréquemment citée dans les listes de recommandation, Rebuilding, longue de 300 chapitres et 263 336 mots, compte un nombre de commentaires – 40 527 au 22 mars 2024 – qui dépasse le tirage de nombre d’auteurs débutants publiés par de grandes maisons d’édition73. Shaya Lonnie a touché elle aussi plus d’une dizaine de milliers de lecteurs avec sa fanfiction The Debt of Time, tandis que plusieurs fanfictions d’Olivie Blake ont reçu entre 2 000 et 4 000 commentaires. Si bien que l’on voit émerger des « microfandoms » autour de leur « œuvre » : The Debt of Time a suscité un tel engouement que des lecteurs se sont fait tatouer des motifs évoquant des éléments de l’intrigue74. Colubrina cite quant à elle dans son profil certaines des fanfictions de ses fanfictions écrites par ses lecteurs, dont une trentaine ont été publiées sur fanfiction.net75, ce qui témoigne une fois encore de la dissolution des hiérarchies dans le monde des fanfictions76, les lecteurs de Colubrina écrivant dans son univers tout autant que dans celui de J. K. Rowling. Annamonk, autrice d’une fanfiction de Pygmalion77, rend ainsi hommage à part égale à Colubrina et à J. K. Rowling dans la note liminaire à Vixen’s Vocation :

I wrote a fanfic for a fanfic. Colubrina creates lush and loveable characters, and I hope I did them justice. This is inspired by a photo I found on Tumblr and Colubrina’s Pygmalion. All respect should go to her and to J. K. One created the sandbox. The other is making an awesome castle in it78.

38L’image du « château de sable » créé par Colubrina dans le « bac à sable » de J. K. Rowling penche même en faveur de la première.

39Leur notoriété au sein du fandom conduit ces écrivaines amateurs à se soucier de leur propriété intellectuelle, afin de protéger leur œuvre de tentatives de piratage ou de plagiat. Colubrina tient par exemple à maîtriser la diffusion de ses fanfictions et demande qu’elles ne soient pas repostées sur d’autres sites par ses lecteurs. Sa prudence est justifiée, dans la mesure où l’on peut en effet repérer des imitations qui flirtent avec le plagiat : une scène de sa fanfiction Fairy Stone, publiée en 2015, est par exemple reprise un an plus tard dans Silver Linings and Grey Areas79. Shaya Lonnie, quant à elle, mentionne sur son profil depuis janvier 2019 qu’elle refuse les traductions de ses fanfictions, car elle ne peut en contrôler le contenu ni le processus de publication, et jusqu’à l’écriture de suite à ses histoires, pourtant l’une des formes de fanfictions qu’elle a elle-même pratiquées80.

40En définitive, l’écriture des fanfictions remet doublement en question l’auctorialité individuelle : d’une part, elle bouscule le système traditionnel de légitimation auctorielle de la fiction, l’autorité de l’auteur de l’œuvre-source se trouvant contestée par l’interprétation collective des lecteurs au sein du fandom ; d’autre part, elle dilue les fonctions de l’auteur, tout au long du processus créatif, au profit de l’échange de différents acteurs, parmi lesquels les lecteurs eux-mêmes se trouvent inclus, depuis le choix de l’intrigue jusqu’aux détails des dialogues et de la mise en forme des textes.

41Mais si les lignes entre auteur et lecteur se trouvent éminemment brouillées dans le monde des fanfictions, la figure traditionnelle de l’auteur comme génie individuel semble pourtant rester l’horizon de référence pour les auteurs comme pour les lecteurs de fanfictions. On constate ainsi une co-existence entre deux modèles de l’auctorialité : tandis que l’autorité de J. K. Rowling se trouve minée au profit des interprétations de la communauté des fans, nombre d’autrices de fanfictions travaillent – avec succès – à faire reconnaître leur propre autorité dans cette communauté, voire au-delà. Colubrina, de son vrai nom Stacie Turner, propose ainsi dans le menu de son Tumblr la catégorie « So You Want to Pursue Traditional Publishing Resource Guide » et se consacre depuis le début de l’année 2020 à des histoires originales qu’elle espère faire publier par une maison d’édition traditionnelle, grâce à l’aide d’un agent littéraire. Olivie Blake, de son vrai nom Alexene Farol Follmuth, y est quant à elle déjà parvenue et publie depuis 2020 des œuvres de fantasy originales, parmi lesquelles la série The Atlas Six a rencontré un succès international81.

Notes

1 Pour une histoire des fanfictions et de leurs supports de publication, des premiers fanzines aux plateformes numériques, voir Anne Jamison, Fic. Why Fanfiction is Taking Over the World, Dallas, BenBella Books, 2013. Voir aussi Marion Lata, « Fan fiction. Une introduction (à l’usage des débutants) », Fabula, 2016, URL : https://www.fabula.org/atelier.php?Fan_fiction_Une_introduction, page consultée le 5 janvier 2026.

2 La manière dont les fanfictions interrogent la notion d’auctorialité a fait l’objet de plusieurs études récentes : dossier « Authors and authorship », Transformative Works and Cultures (TWC), no 11, 2012, DOI : https://doi.org/10.3983/twc.2012.0467 ; Kristina Busse, « The Return of the Author : Ethos and Identity Politics », Framing fan fiction: Literary and Social Practices in Fan Fiction Communities, Iowa City, University of Iowa Press, 2017, p. 19-38 ; Hannah E. Dahlberg-Dodd, « The Author in the Postinternet Age: Fan Works, Authorial Function, and the Archive », TWC, no 30, 2019, DOI : https://doi.org/10.3983/twc.2019.1408.

3 Henry Jenkins, Textual Poachers: Television Fans and Participatory Culture, New York/London, Routledge, 1992, p. 24.

4 Alexandra Herzog, « ‛But this is my story and this is how I wanted to write it’: Author’s Notes as a Fannish Claim to Power in Fan Fiction Writing », TWC, no 11, 2012, DOI : https://doi.org/10.3983/twc.2012.0406.

5 Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », Dits et écrits I : 1954-1975, 2001 [1969], p. 839.

6 Ces différents types de transfictions ont été décrits par Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges. La transfictionnalité et ses enjeux, Paris, Seuil, 2011.

7 Ibid., p. 359.

8 Le terme megafandom est employé par Anne Jamison (Fic. Why Fanfiction…, op. cit.) dans le chapitre qu’elle consacre aux fanfictions de Harry Potter et Twilight, p. 151 et suivantes. Le « fandom » désigne une communauté de personnes partageant une passion pour un même objet culturel et s’engageant dans différentes activités créatives liées à cet objet, ainsi que la sous-culture que ces fans ont développée.

9 On comptait, le 21 mars 2024, 457 058 fanfictions de Harry Potter sur Archive of Our Own et 847 000 sur fanfiction.net, pour citer les deux plus grandes plateformes de publication.

10 Joanne K. Rowling, Harry Potter, Londres, Bloomsbury Publishing ; trad. fr. par Jean-François Ménard, Paris, Gallimard Jeunesse : 1. Harry Potter and the Philosopher’s Stone, 1997 ; Harry Potter à l’école des sorciers, 1998 ; 2. Harry Potter and the Chamber of Secrets, 1998 ; Harry Potter et la chambre des secrets, 1999 ; 3. Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, 1999 ; Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, 1999 ; 4. Harry Potter and the Goblet of Fire, 2000 ; Harry Potter et la coupe de feu, 2000 ; 5. Harry Potter and the Order of the Phoenix, 2003 ; Harry Potter et l’ordre du Phénix, 2003 ; 6. Harry Potter and the Half-Blood Prince, 2005 ; Harry Potter et le prince de sang-mêlé, 2005 ; 7. Harry Potter and the Deathly Hallows, 2007 ; Harry Potter et les reliques de la mort, 2007.

11 Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges, op. cit., p. 456.

12 Ibid., p. 457.

13 Ibid.

14 Voir Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception [1974], trad. Claude Maillard, Paris, Gallimard, 1978, et Wolfgang Iser, L’Acte de lecture. Théorie de l’effet esthétique [1976], trad. Évelyne Sznycer, Bruxelles, Mardaga, 1985, cités par R. Saint-Gelais, Fictions transfuges, op. cit., p. 457, n. 1. Voir aussi Umberto Eco, Lector in fabula. La coopération interprétative dans les textes narratifs [1978], trad. Myriem Bouzaher, Paris, Grasset, 1985.

15 Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges, op. cit., p. 458.

16 Gérard Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, 1982, p. 554. Sur ce point, je me permets de renvoyer à mon article sur « Le travail critique des fanfictions : observations sur la réflexivité dans les œuvres dérivées de Harry Potter », dans La critique culturelle sur internet. Espaces, discours, valeurs, dir. Julie Anselmini et Marianne Bouchardon, Caen, Presses universitaires de Caen, 2025, p. 79-90.

17 D’après la définition proposée par Kristina Busse et Karen Hellekson dans leur introduction à Fan Fiction and Fan Communities in the Age of the Internet, Jefferson, McFarland, 2006, p. 5-32, cité et traduit par Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges, op. cit., p. 400.

18 Harry Potter and the cursed child. Parts one and two. Based on an original new story by J. K. Rowling, John Tiffany and Jack Thorne, a new play by Jack Thorne, New York, Arthur A. Levine books, 2016 ; Harry Potter et l’enfant maudit, trad. fr. par Jean-François Ménard, Paris, Gallimard Jeunesse, 2016.

19 Voir Kristina Busse, Framing Fan Fiction, op. cit., part II, « Canon, Context and Consensus », p. 99-156.

20 Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges, op. cit., p. 367.

21 Ibid., p. 367-368.

22 Définition proposée par Kristina Busse et Karen Hellekson dans leur introduction à Fan Fiction and Fan Communities, cité et traduit par Richard Saint-Gelais, Fictions transfuges, op. cit., p. 400.

23 H. Jenkins, Textual Poachers, p. 278.

24 Sur la notion de « lecture résistante » (resistant reading), voir Stuart Hall, « Codage/décodage » [1980], trad. M. Albaret et M.-Ch. Gamberini, Réseaux, vol. 12, no 68, « Les théories de la réception », 1994.

25 J. K. Rowling, « Draco Malfoy », article originellement publié sur le site Pottermore le 10 août 2015, accessible sur le site Wizarding World, URL : https://www.wizardingworld.com/writing-by-jk-rowling/draco-malfoy, page consultée le 5 janvier 2026.

26 Contraction désignant le couple non-canonique Draco Malfoy/Harry Potter.

27 OOTP, « Harry/Draco, the Damnation of Slytherin, and the right of fans to be upset », 25 juin 2003, URL : https://web.archive.org/web/20080618095426/http:/notquiteroyal.net/topgallant/rants/ootp.html, page consultée le 5 janvier 2026.

28 Colubrina est active depuis le 1er août 2014 sur fanfiction.net, où elle a publié vingt-cinq fanfictions de Harry Potter, dont certaines ont été traduites dans plusieurs langues. Voir sa page : https://www.fanfiction.net/u/4314892/Colubrina, page consultée le 5 janvier 2026.

29 Colubrina, The Green Girl, 6 février-26 avril 2015, https://www.fanfiction.net/s/11027125/1/The-Green-Girl, page consultée le 5 janvier 2026.

30 The Green Girl a suscité 6 317 commentaires et a été déclarée « favorite » par 15 666 lecteurs.

31 Dans le lexique des fans, les « tropes » sont des schémas narratifs devenus, à force de répétition, des clichés bien identifiés par les auteurs et les lecteurs de fanfictions, et propices aux jeux de détournement.

32 Contraction désignant le couple non-canonique Draco Malfoy/Hermione Granger.

33 Colubrina, A/N à Madness in Love, 28 octobre 2015-4 novembre 2015, chapitre 1, https://www.fanfiction.ws/s/11582857/1/Madness-in-Love, page consultée le 5 janvier 2026.

34 Voir Stanley Fish, Quand lire, c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives [1980], trad. E. Dobenesque, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007.

35 Howard Becker, Les Mondes de l’art [Art Worlds, 1982], Paris, Flammarion, coll. « Champs arts », 2010.

36 Sur les « acteurs du monde des fanfictions », voir Sébastien François, Les créations dérivées comme modalités de l’engagement des publics médiatiques : le cas des fanfictions sur internet, thèse de doctorat, Télécom ParisTech, 2013, p. 238 et suivantes.

37 Le terme « bêta-lecteur » vient du vocabulaire de la micro-informatique et des jeux vidéo, où le beta testing correspond à l’une des dernières étapes avant le lancement d’un nouveau matériel ou logiciel, durant laquelle des utilisateurs potentiels sont invités à donner leur avis (ibid., p. 263).

38 Ibid., p. 254.

39 Ibid., p. 262. Voir aussi Bronwen Thomas, « What is fanfiction and Why are people saying such nice things about it? », Storyworlds: A Journal of Narrative Studies, no 3, 2011, p. 1-24.

40 Les archives du site The Sugar Quill, fondé le 5 janvier 2001, et actif jusqu’à la fin des années 2000, restent accessibles depuis la page https://www.sugarquill.net/. Sur la fermeture du site, voir Natasha Whiteman et Joanne Metivier, « From post-object to “Zombie” fandoms: The “deaths” of online fan communities and what they say about us », Participations. Journal of Audience & Reception Studies, no 10-1, 2013, URL : https://www.participations.org/10-01-14-whiteman.pdf, page consultée le 5 janvier 2026.

41 Sur l’histoire de cette pratique, voir Angelina I. Karpovich, « The Audience as Editor. The Role of Beta Readers in Online Fan Fiction Communities », dans Fan Fiction and Fan Communities, op. cit., chap. 7.

42 A. Jamison, Fic. Why Fanfiction…, op. cit., p. 151-156.

43 A. I. Karpovich, « The Audience as Editor », art. cité.

44 https://www.fanfiction.net/betareaders/book/Harry-Potter/, page consultée le 5 janvier 2026.

45 https://www.fanfiction.net/beta/1190993/Fire-The-Canon, page consultée le 5 janvier 2026.

46 A. I. Karpovich, « The Audience as Editor », art. cité.

47 https://www.fanfiction.net/betareaders/, page consultée le 5 janvier 2026.

48 Entretien avec Colubrina, conduit par écrit le 4 septembre 2020 (tous les propos de Colubrina cités sont issus de cet entretien).

49 SPAG est l’acronyme de « Spelling, ponctuation and grammar ».

50 Entretien avec Olivie Blake, conduit par écrit le 10 septembre 2020 (tous les propos d’Olivie Blake cités sont issus de cet entretien).

51 A. I. Karpovich, « The Audience as Editor », art. cité.

52 Colubrina, But the Darkness Alters, 8 novembre 2018-6 décembre 2019, https://www.fanfiction.net/s/13116020/1/But-the-Darkness-Alters, page consultée le 5 janvier 2026.

53 Chap. 1: « Thank you to sulisaints, slytherinxbadxgirl, and sm for their alpha reading skills!  »

54 Chap. 6 : « Many thanks to Megan and Sulisaints for betareading! »

55 Chap. 17 : « All my love to OlivieBlake, who continues to deal with my hatred of all things comma and who convinced me to add parentheses. »

56 Chap. 28 : « Many thanks to the many people who read and commented on this chapter to help me try to shape it the way I wanted. All of you are gems: OlivieBlake, dulce-de-leche-go, turbulenthandholding, fibrochemist, misedemeanor1331, torrilin, and dragondiva. »

57 Chap. 34 : « Thank you to Breenieweenie, bayleesan Nantai, and ersosjyn for taking a look over that sex scene for me. And, as always, all my love to Olivie Blake, who keeps me from committing many errors. »

58 Shaya Lonnie, The Debt of Time, 22 octobre 2014-27 octobre 2016, https://www.fanfiction.net/s/10772496/1/The-Debt-of-Time, page consultée le 5 janvier 2026.

59 Shaya Lonnie, A/N à The Debt of Time, https://www.fanfiction.net/s/10772496/1/The-Debt-of-Time, page consultée le 5 janvier 2026.

60 Un drabble est une fanfiction longue de cent mots exactement, le terme étant aussi employé pour de très courtes fanfictions.

61 https://www.fanfiction.net/s/11208716/1/Fairy-Stone, page consultée le 5 janvier 2026.

62 Voir Tisha Turk, « Fan work: Labor, worth, and participation in fandom’s gift economy », TWC, no 15, 2014, DOI: https://doi.org/10.3983/twc.2014.0518.

63 Sébastien François, Les créations dérivées…, op. cit., p. 269.

64 Olivie Blake, Nobility, 18 novembre 2016-29 janvier 2018, https://www.fanfiction.net/s/12237877/1/Nobility, page consultée le 5 janvier 2026.

65 E. L. James, Fifty Shades of Grey, New York, Vintage Books, 2011.

66 Voir, sur les conflits autour de Fifty Shades dans la communauté des fans de Twilight, l’article de Bethan Jones, « Fifty shades of exploitation : Fan labor and Fifty Shades of Grey », TWC, no 15, 2014, DOI : https://doi.org/10.3983/twc.2014.0501.

67 Kristina Busse, « The Return of the Author », art. cité. Voir aussi Alexandra Herzog, « But this is my story », art. cité.

68 https://www.fanfiction.net/u/5869599/ShayaLonnie, page consultée le 5 janvier 2026.

69 Voir Tumblr and Fandom, dir. Lori Morimoto et Louise Stein, TWC, no 27, 2018, DOI : https://doi.org/10.3983/twc.2018.1580.

70 Le fanart désigne les créations picturales ou graphiques des fans à partir de l’univers fictionnel (lieux, personnages, scènes…) de l’œuvre source.

71 https://colubrina.tumblr.com/post/117794071796/yourslytherinbitch-the-green-girl-by-colubrina, page consultée le 5 janvier 2026.

72 Contraction désignant le couple non-canonique Tom Riddle / Hermione Granger.

73 Dans les grandes maisons d’édition américaines de fantasy et de science-fiction, le tirage se situerait autour de 20 000-50 000 exemplaires pour un auteur confirmé et de 5 000-10 000 pour un nouvel auteur.

74 Kristina Manente, « When fanfiction gets so popular, it spurs its own fandom (and babies) », Syfy, 12 février 2019, URL : https://www.syfy.com/syfywire/when-fanfiction-gets-so-popular-it-spurs-its-own-fandom-and-babies, page consultée le 5 janvier 2026.

75 https://www.fanfiction.net/search/?keywords=colubrina&ready=1&type=story, page consultée le 5 janvier 2026.

76 Alexandra Herzog, « But this is my story », art. cité.

77 Colubrina, Pygmalion, 14 mai 2015-26 novembre 2016, https://www.fanfiction.net/s/11248015/1/Pygmalion, page consultée le 5 janvier 2026.

78 Annamonk, Vixen’s Vocation, 2 avril 2016, https://www.fanfiction.net/s/11875771/1/Vixen-s-Vocation, page consultée le 5 janvier 2026.

79 Colubrina, Fairy Stone, 25 avril 2015-1er mai 2015, chap. 3, https://www.fanfiction.net/s/11208716/3/Fairy-Stone, page consultée le 5 janvier 2026. ; Mescerises, Silver Linings and Grey Areas, 21 février 2016-09 août 2017, chap. 8, https://m.fanfiction.net/s/11802202/8/, page consultée le 5 janvier 2026.

80 « If you want to write fanfic of my fanfics, go for it. Just do not use any of my stories word for word, please. I’d also ask to not do any sequels, as I do have plans of my own. Also please credit as inspiration. »

81 La trilogie a été traduite en français : Olivie Blake, Atlas Six, trad. Anath Riveline, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2022 ; Le Paradoxe d’Atlas, trad. Anath Riveline, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2023 ; Le Complexe d’Atlas, trad. Anath Riveline, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2025. Olivie Blake rejoint ainsi les nombreuses autrices qui ont commencé leur carrière littéraire par la publication de fanfictions de Harry Potter, véritable école d’écriture, de Cassandra Clare, dans le domaine de la fantasy (série The Mortal Instruments, 2007-2014 ; trad. fr. La Cité des ténèbres) à Alice Winn, autrice de fanfictions Drarry sous le pseudonyme Galla Placidia, qui a publié en 2023 un roman sur la Première Guerre mondiale, In Memoriam (trad. fr. Les Ardents), plusieurs fois primé et acclamé par la critique.

Pour citer ce document

Sandra Provini, « Partages de l’auctorialité dans les fanfictions de Harry Potter » dans ,

© Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude »,

URL : https://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/2163.html.

Quelques mots à propos de :  Sandra Provini

Université de Rouen Normandie / IUF
CÉRÉdI – UR 3229
Sandra Provini est Professeure de littérature française du xvie siècle à l’Université de Rouen Normandie et membre de l’IUF (2023-2028). Ses recherches portent principalement sur les traductions, réécritures et imitations des œuvres antiques à la Renaissance, ainsi que dans les littératures de l’imaginaire contemporaines (L’Antiquité dans l’imaginaire contemporain : science-fiction, fantasy, fantastique, dir. M. Bost-Fievet et S. Provini, Paris, Classiques Garnier, 2014 ; I. Pantin et S. Provini, Tolkien et la mémoire de l’Antiquité, Paris, Les Belles Lettres, 2025). Elle a consacré un séminaire de Master Humanités numériques aux fanfictions de 2018 à 2022.