Compte-rendu du colloque du CIST 2018 - « Représenter les territoires »

Arnaud Brennetot, Clarisse Didelon-Loiseau, Pascale Nédélec, Laura Péaud, Alfonso Pinto, Bertrand Pleven, Géraldine Molina, Caroline Tafani et Dominique Prunetti


Texte intégral

1Après trois premiers colloques qui ont successivement visé à « fonder les sciences du territoire » (2012), à en dépasser « les fronts et frontières » (2014), notamment en termes de collaborations interdisciplinaire, et à explorer la demande sociale territoriale (2016), le 4ème colloque du Collège International des Sciences du Territoire qui s’est tenu du 22 au 24 mars 2018 à l’université de Rouen avait pour titre « Représenter les territoires ». Au cours de ces trois journées, plus d’une centaine de spécialistes, scientifiques ou experts se sont succédé pour proposer leur appréhension des représentations territoriales au cours de communications, d’ateliers, de tables-rondes ou de conférences-débats. Le CIST ayant vocation à proposer une science ouverte sur la société, plusieurs moments d’échanges ont été organisés avec le grand public autour de questions relatives à la construction de l’imaginaire métropolitain, aux relations entre la littérature et les territoires ou à la crise d’image que rencontre le projet européen. Plusieurs moments ont été ouverts à la participation d’acteurs extra-académiques (élus, techniciens, administrateurs, acteurs économiques ou culturels...) afin de démontrer comment la recherche en sciences sociales est susceptible de contribuer à nourrir le débat public et à permettre une meilleure intelligence collective des rapports entre société et territoires.

2Ce colloque avait plusieurs ambitions. Il avait tout d’abord pour objectif de poursuivre le travail d’ouverture pluridisciplinaire amorcé au sein du CIST. Des représentants de diverses disciplines ont ainsi pu contribuer à la réflexion et aux débats : la géographie, à l’origine de la création du CIST, mais aussi les sciences politiques et juridiques, la sociologie, l’histoire, l’archéologie, l’urbanisme et l’aménagement, l’économie, la gestion, les géosciences, les sciences de l’information et de la communication… Un deuxième objectif concernait l’ouverture du colloque à des chercheurs appartenant à différentes structures institutionnelles, membres ou non du CIST et représentatives de différents courants des recherches menées sur les territoires. Afin de rendre possible cette ouverture, le colloque a été organisé en quinze sessions co-portées par des chercheurs appartenant à des établissements et des unités de recherche différents. Un troisième et dernier objectif concernait l’ouverture à des contributions internationales lesquelles n’ont pas été aussi nombreuses que les organisateurs le souhaitaient, ce qui interroge la capacité du CIST à participer aux débats émergents dans le champ des territorial studies.

3Une large gamme de formes de « représentations » a ainsi pu être abordée au cours du colloque : des concepts, des idées, des normes, des schèmes, des énoncés, des cartes, des représentations artistiques, des textes, des images fixes ou animées, des bases de données, des supports multimédias... De même, les sources mobilisées par les intervenants ont été très variées : des enquêtes, des entretiens, des témoignages, des documents prescriptifs à caractères juridique ou politique, des productions artistiques, des supports publicitaires, ludiques ou militants, des œuvres canoniques ou bien des traces fugaces sur les réseaux sociaux... Ce riche matériau empirique a permis d’investir les débats scientifiques portant sur la question du rôle des représentations dans la territorialisation des sociétés autour de trois principaux axes thématiques : les représentations territoriales dans les perceptions et les imaginaires sociaux ; les formes, les images et le contenu des discours territoriaux ; les usages collectifs et politiques que les représentations sont susceptibles d’accompagner au service de l’action territoriale. Les sessions proposées ont ainsi pu donner une large part à l’analyse des interactions entre les formes, les conditions de production et les usages des représentations territoriales afin de mieux appréhender le caractère socialement construit de la territorialité, c’est-à-dire la propension des acteurs à s’approprier l’espace géographique, de façon matérielle et symbolique, dans le cadre de relations intersubjectives à la fois contraignantes et structurantes. Au-delà de l’organisation en sessions, le colloque a fait apparaître une grande diversité d’approches, de perspectives, de problématiques et d’interrogations. Pour rendre compte d’une telle variété, plusieurs sessions sont présentées ci-après sur les thèmes du marketing territorial, de la valorisation des territoires ou sur les fictions territoriales, autant de thématiques qui font écho au spectre scientifique de la Revue Marketing Territorial.

1. Session « Marketing et mise en scène des territoires : représentations matérielles et réceptions citadines »

Animée par Pascale Nédélec et Laura Péaud

4L’idée de cette session provient tout d’abord des terrains respectifs des animatrices de la session. Pascale Nédélec interroge la fabrique urbaine et citadine à l’aide de son terrain végasien, notamment à partir d’images ; De même avec Laura Péaud et le terrain berlinois, notamment les opérations de transformation métropolitaine de la ville depuis la chute du mur. Plus largement, elles se questionnent face au processus contemporain de renforcement de la place du marketing territorial. Dans un contexte métropolitain et un contexte économique de compétition internationale accrue entre grandes métropoles, villes moyennes, régions, ou toute autre échelle territoriale, pour attirer investisseurs et nouveaux habitants, les politiques d’attractivité urbaine se sont en effet imposées aux gouvernements locaux. Ce faisant, les représentations matérielles institutionnelles se sont multipliées, que l’on considère de manière non exhaustive les supports publicitaires, les documents d’urbanisme, les affiches de chantiers ou encore les slogans de collectivités. L’ensemble de ces représentations participent à un processus, connu sous le nom de city branding ou place branding, qui traduit la sémiotisation de l’espace (Raffestin, 1986), en particulier urbain, pour mieux en assurer la visibilité à l’échelle mondiale.

5Pour autant, elles ont aussi fait le constat d’un manque théorique en géographie concernant la notion de marketing territorial. Si le paysage bibliographique récent traduit cette inflation d’intérêt pour le thème, peu d’écrits cherchent à en démêler les ressorts en adoptant une approche réflexive, voire critique. En s’arrimant à la thématique générale du colloque, cette session souhaitait donc interroger la nature des représentations des territoires, mais aussi leur très grande diversité en même temps que la surreprésentation des supports visuels, s’attachant au volet opérationnel et matériel du marketing territorial (par qui, comment, selon quels ressorts voire normes sont produites les représentations matérielles des territoires ?). Il s’agissait aussi de questionner le caractère performatif de ces représentations matérielles de nature institutionnelle, en se penchant sur les réceptions citadines et citoyennes. Cette session visait à faire dialoguer des études de cas ou des monographies dans le but de faire émerger des invariants, mais aussi des points d’achoppement ou d’interrogation propres à nourrir de futures réflexions.

6Dans cette optique, elles avaient appelé à entrer dans ce questionnement à partir de matériaux divers (enquêtes de terrain, analyses de discours et d’images, entretien...), d’espaces et d’échelles diverses, et si possible dans des contextes spatiaux variés voire croisés (Nords ou Suds). Les textes reçus et les communications retenues témoignent de cette variété, mais révèlent tout de même un tropisme européen et métropolitain assez net.

7D’une manière générale, les présentations et échanges ont fait émerger plusieurs points convergents de réflexion. Tout d’abord, les supports et modalités de production des représentations territoriales répondent certes à des pratiques et demandes variées mais elles s’inscrivent cependant toutes dans un objectif de valorisation des territoires concernés. La nécessité pour les acteurs de permettre une identification et une singularisation des territoires, dans le cadre d’une mondialisation concurrentielle, est ainsi mentionnée à plusieurs reprises. Même si les productions divergent, il semblerait que les acteurs cherchent tous à se conformer au même modèle, qui renvoie une image positive du territoire. Derrière cela se cachent des injonctions à être dynamique, jeune, international (l’usage de l’anglais sur les supports semble être un invariant), créatif et à proposer des événements réguliers. Dans ce cadre, la place des acteurs privés a été soulignée par l’ensemble des intervenants.

8En ce qui concerne la réception de ces images, les participants de la session ont nettement pointé l’enjeu de l’intégration des individus. Les problématiques d’inclusion/exclusion ne doivent pas être négligées car les ressentis citadins et citoyens sont parfois en profond décalage avec les images et discours construits. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les représentations mettent souvent en scène des individus stéréotypés et idéal-typiques ; comme les territoires qu’ils habitent et représentent, ils sont jeunes, beaux, actifs, dynamiques et créatifs. Pour autant, les recherches portant sur la réception proprement dite demeurent peu nombreuses, ce qui dénote un point aveugle des recherches qui pour le moment se concentrent sur les images et les ressorts de leur production plus que sur leur efficace ou performativité.

9Enfin, les discussions ont souligné des enjeux, voire difficultés méthodologiques. En termes d’échelles et d’espaces, un biais urbain et métropolitain ressort des échanges et exemples présentés. En effet, peu d’études concernent encore les territoires ruraux ou les petites villes, même si plusieurs communications les prennent pour objets, ce qui annonce peut-être un élargissement des recherches, ce qu’a montré le dernier numéro 2017 de la revue Gestion et Management Public. En matière de recueil de données, la mesure des effets des images est aussi une difficulté importante : les mises en récit de la réception des images pouvant être elles aussi de pures inventions.

10L’ensemble des échanges a donc soulevé de nombreux points susceptibles d’alimenter plus avant des recherches critiques et réflexives sur le marketing territorial.

2. Session « Territoires et fictions. De la construction à la réception et à l’appropriation : processus croisés »

Animée par Géraldine Molina (absente) Alfonso Pinto et Bertrand Pleven.

11Cette session proposait un questionnement concernant certaines formes de représentations qui jouent un rôle crucial dans la fabrication et dans la circulation et les négociations symboliques des imaginaires territoriaux : les fictions. Portée par Géraldine Molina, Alfonso Pinto et Bertrand Pleven, l’objectif était de travailler les liens entre écriture fictionnelle et construction des territoires, permettant la mise en œuvre d’un questionnement large et interdisciplinaire à propos des processus de stabilisation ou de subversion des imaginaires des territoires. L’idée était de mieux saisir les dimensions immatérielles des espaces humains (Lussault, 2007).

12L’appel à communication a obtenu dix propositions dont huit retenues. En dehors des jeux-vidéos, tous les supports représentationnels évoqués dans le texte de l’appel ont été concernés : les récits mythiques, les séries télévisées, la BD, le cinéma, les productions littéraires, les fictions pour enfants (livres et mappemondes), les clips musicaux le street art. L’ensemble proposait ainsi une intéressante diversité de modalités fictionnelles : formes sensibles variées et dimensions narratives plus ou moins affirmées.

13L’intervention signée par S. Battistelli, A. Nicoli et D. Santini, de l’Université de Corté, s’intéressait à une fiction captée de façon sensible. Elle portait sur les récits mythiques de certains territoires de la région utilisés dans des buts de mise en valeur patrimoniale. Au travers d’une approche éthnologico-géographique, inspirée entre autres par les écrits d’Augustin Berque, les auteurs ont offert un passionnant compte-rendu à propos des pratiques de veillée dans lesquelles langue vernaculaire, tradition orale, récit légendaire se mêlaient dans le but de créer un récit profondément ancré dans les territoires concernés. Remarquable également pour son originalité, l’intervention de E. Olmedo et F. Troin consistait à faire dialoguer la réflexion de la première sur les cartes sensibles et le travail de la seconde sur la traduction cartographique des récits littéraires. En s’inspirant de la pratique maghrébine des cartes textiles, les auteurs ont offert une mise en carte sensible de plusieurs territoires littéraires comme par exemple les villes de Marrakech, Oran, Marseille et Beyrouth, en travaillant des auteurs comme J.C. Izzo et A. Camus. L. Sallenave a, quant à elle, présenté une étude menée au sein du Street Art Festival de Grenoble. Son but était d’analyser les processus de labellisation territoriale en se servant d’une pratique artistique qui à la base devrait être informelle. Comprendre comment se mêlent logiques ascendantes et logiques descendantes dans les œuvres et dans la ville ouvrait ainsi à une compréhension des enjeux poétiques et politiques des relations spatialisées entre pouvoir public et artistes. Séverin Guillard a proposé une présentation à propos de la musique rap, considérée comme un genre dans lequel le facteur territorial est l’un des éléments constituants. L’enquête s’appuyait notamment sur une analyse du morceau et du clip C’est nous le grand Paris (Médine, 2017) et visait à questionner la capacité de ce produit musical à influencer ou à résister à certaines dynamiques propres à l’agglomération parisienne. Selon l’auteur, l’imaginaire du rap propose un retournement des hiérarchies territoriales et se prête en outre à de nombreuses réutilisations de la part de différents acteurs engagés dans des projets urbains et culturels.

14A.C. Ott a proposé une étude critique des imaginaires offerts à un jeune public. A partir d’objets comme des albums et des jeux pour enfants (carte manipulable en bois par exemple) incarnant des représentations territoriales, elle analysait les rapports de domination géopolitiques et géoculturelles à l’œuvre au sein de ces imagines mundi. Toujours dans la salle de classe, P. Denmat retraçait une recherche menée auprès d’un groupe d’élèves du secondaire et analysait des sériés télévisées nord-américaines et nigériennes de manière à en faire un vecteur d’apprentissages scolaires. Le but était de questionner un public jeune à propos des processus de construction territoriale, mais aussi de réception, mis en place par ces produits. L’intervention de P.J. Olagnier portait sur les rapports entre les imaginaires urbains véhiculés dans le cinéma de science-fiction et ceux qui se construisent à partir d’autres supports tels que la BD. Son propos étudie la capacité de ces imaginaires à révéler certaines conceptions utopiques/dystopiques de l’urbain, à affirmer la nécessité de les comparer de manière diachronique mais aussi à étudier le rôle et la place plus générale du cinéma au sein des savoirs géographiques. N. Rouiaï a exploré les représentations cinématographiques de la ville d’Hong-Kong en mettant en exergue les processus de construction des icônes métropolitaines. Son analyse est centrée sur les phénomènes de surreprésentation/invisibilisation de certains territoires urbains ainsi que sur les influences que le cinéma est susceptible d’avoir auprès des aménageurs urbains.

15La session a donc permis de progresser dans la réflexion des interactions au sein du couple classique « représentations-territoires » et ce dans un certain nombre d’axes permettant de mieux saisir les processus de territorialisation des fictions et de fictionnalisation des territoires. D’abord, les logiques de production/fabrication des fictions gagnent à être pensées en relation avec les territoires et leurs acteurs dans ce qui s’apparente souvent dans une dialectique entre logiques ascendantes et descendantes. La session a également donné à interroger les méthodologies à l’œuvre des fictions (collecte, transformation, réécriture, analyse, interprétation…) et tout l’intérêt de les rendre explicite et de les confronter. Enfin, les communicants ont tous démontrés l’intérêt de croiser, plus que d’opposer, démarches dites internalistes (analyse des contenus discursifs) et démarches externalistes (analyse des réceptions) dans la compréhension du « partage des sensibles » (Rancière, 2000) territoriaux.

3. Session « Les valeurs des territoires révélées »

Animée par Caroline Tafani (absente), Claudio Detotto, Dominique Prunetti.

16Autour de la thématique « Représenter les territoires : les valeurs des territoires révélées », cette session a rassemblé un panel de chercheurs pluridisciplinaire qui a conduit à faire dialoguer économistes, géographes, sociologue, architecte, spécialistes du marketing territorial et du développement local. Les communications ont permis d’aborder les deux dimensions de l’articulation entre représentations et valeurs des territoires : ce que les images et les représentations disent de la valeur des territoires d’une part, et comment l’expression des représentations territoriales permet la construction de valeurs territoriales communes d’autre part.

17Interrogeant les représentations comme révélateur des valeurs des territoires, un grand nombre de communications s’est attaché à déconstruire les images et représentations produites par certaines catégories d’acteurs pour en comprendre les ressorts. En particulier, C.E. Houllier-Guibert ou A. Zieleniec ont décortiqué les représentations véhiculées par le marketing territorial de façon à exprimer et révéler les valeurs émises et diffusées auprès des populations : analysant les discours des acteurs publics en charge de la promotion des territoires, mais aussi les images produites sur ces territoires (comme les films par exemple), ces auteurs mettent en évidence le caractère performatif des représentations. Ils illustrent la manière dont les rapports de pouvoir entre détenteurs du discours et des images et porteurs de valeurs « habitantes » tendent à produire le territoire. C’est aussi l’un des résultats présenté par A. Cantat qui, sur la base d’une analyse des dessins des formes urbaines par les habitants, montre comment le rapport entre valeurs marchandes et valeurs attachées à l’habitat informel conduit à évincer les communautés locales de certains quartiers pauvres d’Istanbul. Toujours dans cette optique de comprendre ce que les différents supports de représentations des territoires expriment des valeurs qui lui sont attachées, d’autres auteurs se sont intéressés au sens que l’on peut donner à l’indicateur prix en tant que valeur marchande des biens et des territoires. Dans ces travaux, le prix de l’immobilier ou des produits alimentaires agrège un ensemble de valeurs sous-jacentes et peut être perçu comme une résultante de valeurs multiples et multidimensionnelles : c’est ce qu’a exposé A. Coulondre à partir d’un focus sur le rôle particulier tenu par le promoteur immobilier dans ce système tandis que C. Detotto, S. Giannoni, D. Prunetti et C. Tafani ont proposé une démarche méthodologique visant à estimer, à partir du prix des produits de terroir en Corse, la valeur identitaire attribuée par les touristes à ces biens.

18Partant d’un autre point de vue, une seconde série de communications s’est plutôt focalisée sur la façon dont la mise en débat de valeurs territoriales permet de construire un projet collectif. Plusieurs exemples ont été présentés : la co-construction de la qualité de l’eau en Brie sur la base de la mise en discussion des valeurs portées par une diversité d’acteurs dans le cadre d’une démarche d’accompagnement de projet (F. Barataud et L. Séguin) ; l’étude de l’appropriation des valeurs inhérentes à l’agroécologie par les élus locaux de l’Hérault et du Gard et de la façon dont elles sont remobilisées pour légitimer l’action publique communale (P. Schéromm, T. Prud’Hon, L. Laurens) ; l’expression des valeurs et l’adhésion à un système de valeurs communs dans le cadre de la mise en œuvre de systèmes alimentaires territorialisés en Alsace et en Loire-Atlantique (J. Lequin). Dans ces travaux, les valeurs sont comprises au sens de normes guidant l’action et ce sont les méthodes mobilisées par les chercheurs qui conduisent à révéler les représentations portées par les acteurs interrogés.

19Ce qui semble finalement relier les différentes approches les unes aux autres, c’est que les valeurs sont plurielles et qu’elles sont attachées aux lieux mais surtout au regard que portent les acteurs sur eux. Mais aussi, les valeurs des territoires et les représentations qui en sont diffusées sont mobilisées par les acteurs territoriaux de manière ambivalente : pour fonder une représentation collective et faire communauté, construire un projet, un sentiment d’appartenance mais aussi comme enjeu de pouvoir et de réappropriation des lieux conduisant parfois à produire de la ségrégation socio-spatiale ou une profonde distorsion entre l’image produite et les réalités vécues par les habitants. Enfin, on retiendra un enseignement majeur des communications présentées qui se pose comme un défi aux chercheurs : les valeurs des lieux, des biens et des produits ne sont pas immuables mais elles sont bien encastrées dans des régimes de représentations en évolution permanente. Aussi, comment mesurer, estimer, appréhender et restituer les valeurs d’un territoire dans leurs spatialités mais aussi dans leurs temporalités ?

Tableau. Liste des intervenants dans les trois sessions du CIST qui se convoquent le marketing territorial

Marketing et mise en scène des territoires : représentations matérielles et réceptions citadines

Paul GOURDON 

Les villes européennes et la circulation des modèles urbains : labellisation des municipalités et légitimation de l’action des pouvoirs locaux

Mathilde VIGNAU

et Alexandre GRONDEAU

Marketing territorial et politique de labellisation culturelle : entre transformations socio--urbaines et contestations, l’exemple de Marseille-Provence 2013 Capitale européenne de la culture

Thomas BIHAY

L’identité créative du territoire locale reconfigurée par des grands évènements : le cas de la Fête des Lumières

Matthieu ADAM

Habiter une vitrine métropolitaine. Les habitants de Confluence, acteurs ou figurants du marketing urbain lyonnais ?

Halime YÜCEL 

L’image publicitaire d’Istanbul : une construction sociale de la réalité

Cyril ROUSSEL (absent)

et Roman STADNICKI

Des images pour construire, déconstruire et reconstruire les villes du Moyen-Orient : les cas du Koweït et des régions kurdes d’Irak et de Syrie

Territoires et fictions. De la construction à la réception et à l’appropriation : processus croisés

Don-Mathieu SANTINI, Sonia BATTISTELLI (absente), Agata NICOLI (absente)

 Récits mythiques traditionnels corses : un patrimoine immatériel au service de la valorisation des territoires

Florence TROIN, Elise OLMEDO (absente) 

Récits et carte sensibles : écritures croisées des espaces méditerranéens

Anne-Cécile OTT 

Les représentations du Monde dans les fictions pour enfants : transmission d’une hiérarchisation des espaces et des sociétés ? 

Léa SALLENAVE 

Les récits imagés autour du Grenoble Street Fest’ : le street art, outil d’exploration et de valorisation territoriales ? 

Séverin GUILLARD 

C’est nous le grand Paris » : quand les imaginaires du rap retravaillent les dynamiques métropolitaines de la région parisienne 

Pierre-Jacques OLAGNIER 

Imaginaires urbains et (science-)fictions. Etude d’un genre narratif au croisement du cinéma, de la littérature et de la bande-dessinée 

Nashidil ROUIAÏ 

Impacts des représentations cinématographiques sur les processus de territorialisation 

Pierre DENMAT 

Quand les séries télévisées deviennent vecteurs de savoirs géographiques. Réflexion sur la réception et l’appropriation des représentations des espaces urbains par des élèves du secondaire

Les valeurs des territoires révélées

Fabienne Barataud

et Laura Seguin

Rendre visibles et discutables les valeurs d’un territoire à travers une démarche participative : une étape (indis)pensable ?

Aysegül Cantat

La connaissance comme valeur ajoutée. Représenter les territoires de l’informel à Istanbul

Alexandre Coulondre

La géographie de la promotion immobilière est-elle un révélateur de la valeur des territoires ?

Claudio Detotto, Sauveur Giannoni, Dominique Prunetti, Caroline Tafani (absente)

La valeur identitaire des produits de terroir en Corse

Charles-Edouard Houllier-Guibert

Les valeurs publiques locales au fil des décennies à travers la communication rennaise

Julie Lequin

Communautés de valeurs et communautés de pratiques : quelles articulations au sein des systèmes agroalimentaires territorialisés en France ?

Pascale Scheromm, Thomas Prud’Hon et Lucette Laurens

L’agroécologie, une nouvelle valeur pour le développement des territoires ? Expériences de politiques municipales autour de Montpellier et Nîmes

Andrzej Zieleniec

Tartan, Shortbread, Whisky and the Stag : Representations and Realities of the Scottish Highlands and Islands

Bibliographie

Gestion & Management Public, 2017, numéro thématique : Gérer l’image des territoires avec le marketing territorial, vol.6, n°1, Septembre-Octobre 2017

Lussault M., 2007, L’Homme spatial, La construction sociale de l’espace humain, Seuil, 400 p.

Medine, 2017, « Grand Paris » Ft. Lartiste, Lino, Sofiane, Alivor, Seth Gueko, Ninho, Youssoupha tiré de l’album Prose élite.

Raffestin C., 1986, « Écogénèse territoriale et territorialité », in Auriac F., Brunet R., Espaces, jeux et enjeux, Paris, Fayard.

Ranciere J., 2000, Le partage du sensible, La fabrique éditions, 74 p.

Pour citer ce document

Arnaud Brennetot, Clarisse Didelon-Loiseau, Pascale Nédélec, Laura Péaud, Alfonso Pinto, Bertrand Pleven, Géraldine Molina, Caroline Tafani et Dominique Prunetti, « Compte-rendu du colloque du CIST 2018 - « Représenter les territoires » » dans © Revue Marketing Territorial, 2 / hiver 2019

URL : http://publis-shs.univ-rouen.fr/rmt/index.php?id=324.

Quelques mots à propos de :  Arnaud Brennetot

Arnaud Brennetot est maître de conférences en géographie à l'Université de Rouen, habilité à diriger les recherches. Membre de l'UMR CNRS 6266 IDEES, il s’intéresse aux idées et aux normes idéologiques qui président à la construction et à la justification des politiques territoriales et aux controverses qu’elles alimentent dans le débat public. Il travaille en particulier sur la néolibéralisation des territoires en France et en Europe à partir d’une comparaison des doctrines et des référentiels que mobilisent les acteurs impliqués dans la recomposition de la gouvernance. Il dirige le projet ARAPT (Analyse de la Recomposition de l'Action Publique Territoriale) au sein du CIST (2019-2021).

Quelques mots à propos de :  Clarisse Didelon-Loiseau

Professeure des universités à l’université Paris 1

Quelques mots à propos de :  Pascale Nédélec

Enseignante en classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Janson de Sailly, docteure en géographie de l’université Lyon 2

Quelques mots à propos de :  Laura Péaud

Maîtresse de Conférences en Géographie à l’université Grenoble Alpes - Laboratoire PACTE - équipe Justice Sociale, Laura Péaud a soutenu sa thèse en histoire et en épistémologie de la géographie. Elle a notamment travaillé sur les liens entre les premières institutions géographiques et le monde politique en France, Prusse et Grande-Bretagne au début du XIXe siècle. Aujourd'hui, ses recherches portent sur les relations entre la géographie et les autres sciences humaines sociales, mais aussi sur l'inscription des patrimoines scientifiques dans les villes, en particulier à Berlin.

Quelques mots à propos de :  Alfonso Pinto

Chercheur postdoctoral à l’École Urbaine de Lyon – Université Lyon 2 – UMR 5600 EVS, le géographe Alfonso Pinto a soutenu une thèse à l’ENS à propos des rapports entre cinéma et géographie et analysant en particulier les processus de fabrication des imaginaires urbains des catastrophes. En considérant les données subjectivées comme des éléments pertinents à la définition des territoires, il a interrogé la capacité du cinéma et des séries télévisées de contribuer à définition des identités territoriales. Actuellement il s’intéresse aux imaginaires et aux expériences de l’Anthropocène en se concentrant sur la notion d’écocides. L’approche vise à analyser les catastrophes environnementales sous le prisme d’une expérience spatio-temporelle à saisir avec l’interaction entre données objectivées et subjectivées.

Quelques mots à propos de :  Bertrand Pleven

Professeur agrégé à l’université Paris IV, doctorant à l’UMR Géographie-cités

Quelques mots à propos de :  Géraldine Molina

Géraldine Molina est chargée de recherche CNRS à ESO (UMR 6590) et à l’IRSTV (FR CNRS 2488). L'un de ses chantiers de recherche concerne les relations entre villes, arts et littérature et leurs logiques de co-production. Comment les arts et la littérature participent-ils à construire et façonner les villes jusque dans leurs matérialités ? De quelles façons sont-ils utilisés dans la fabrication et la gestion des villes contemporaines ? Comment certaines pratiques littéraires se "spatialisent" ? Dans quelle mesure une certaine littérature se construit-elle désormais dans et avec la ville, témoignant ainsi du développement de nouvelles pratiques littéraires ? Quels sont les effets socio-spatiaux de cette co-production et la nature des relations qu'elle entretient avec les habitants des villes, leurs modes de vie et leurs usages des espaces ?

Après une thèse et plusieurs articles consacrés à ces questions, elle a récemment coordonné avec Pauline Guinard deux numéros de revues internationales :  en 2018, « Urban geography of arts:The coproduction of arts and cities », guest editorial, Cities, The International Journal of Urban Policy and Planning, vol.77, july 2018 et en 2017, « Arts in Cities – Cities in Arts », Articulo – Journal of Urban Research, n°15.

Quelques mots à propos de :  Caroline Tafani

Maître de conférences à l’université de Corse

Quelques mots à propos de :  Dominique Prunetti

Dominique Prunetti est Maître de Conférences en Sciences Economiques à l’Université de Corse depuis 2003 et a soutenu une Habilitation à Diriger des Recherches intitulée “Prise en compte du caractère spatialisé et de l’hétérogénéité des choix en matière d’environnement” en juillet 2015. Il est membre de l’UMR CNRS 6240 LISA depuis sa création, co-directeur de l’UMR et responsable de l’Equipe TerRA (Territoires, Ressources, Acteurs) depuis janvier 2018. Il est par ailleurs co- responsable de la Plateforme Géomatique LOCUS de LISA dont l’objectif est l’étude interdisciplinaire de la dynamique de l’occupation de l’espace en Corse. Son activité scientifique récente porte sur les questions d’impacts de la pollution sur les choix de localisation des activités économiques et des individus, sur la prise en compte d’attributs environnementaux et de préférences hétérogènes dans le cadre de l’utilisation des ressources foncières et sur la valorisation des impacts environnementaux et du temps consacré au recyclage dans le domaine du traitement des déchets ménagers et assimilés.